Médiathèque baha'ie

L'appel du seigneur des armées

Tablettes de Baha'u'llah

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Table des matières

Suriy-i-haykal
- Sourate du Temple
- Pape Pie IX
- Napoléon III
- Tsar Alexandre II
- Reine Victoria
- Nasiri'd-Din Shah / Lawh-i-Sultan
Suriy-i-ra'is
Lawh-i-Ra'is
Lawh-i-Fu'ad
Suriy-i-Muluk


INTRODUCTION

Au cours des années qui suivirent l'arrivée de Baha'u'llah à Andrinople, sa révélation atteignit, selon les paroles de Shoghi Effendi, "l'apogée de sa gloire" dans la proclamation du message de son auteur aux rois et dirigeants du monde. Pendant cette période relativement brève, mais combien agitée, de l'histoire de la Foi et durant les premières années de son exil dès 1868 dans la ville-prison d'Acre, il lança un appel collectif aux monarques de l'Orient et de l'Occident et individuel à certains d'entre eux pour qu'ils acceptent le Jour de Dieu et reconnaissent celui que promettent les Écritures des religions professées par les destinataires de son appel. "Jamais depuis le commencement du monde", déclare Baha'u'llah, "un message n'a été si ouvertement proclamé".
Le présent volume propose la traduction française de la première collection normative en langue anglaise de tous ces écrits importants. Parmi ceux-ci figure le texte complet de la Suriy-i-Haykal, la Sourate du Temple, une des oeuvres des plus audacieuse de Baha'u'llah. À l'origine, elle fut révélée lors de son exil à Andrinople et remaniée plus tard après son arrivée à Acre, pour comprendre les messages individuels à des potentats : le Pape Pie IX, Napoléon III, le Tsar Alexandre II, la reine Victoria et Nasiri'd-Din Shah.
C'est cette oeuvre composite qui fut, selon les instructions de Baha'u'llah, présentée sous la forme d'un pentacle symbolisant le temple humain. Baha'u'llah y ajouta en guise de conclusion ce que Shoghi Effendi décrivit comme : "des paroles qui dénotent l'importance qu'il attachait à ces messages et indiquent leurs liens directs aux prophéties de l'Ancien Testament" :

"Ainsi avons-nous bâti le Temple des mains de puissance et de pouvoir, si vous pouviez le savoir. C'est le Temple que le Livre vous a promis. Approchez-vous ! C'est ce qui vous sera profitable, si seulement vous pouviez le comprendre. Soyez justes, ô peuples de la terre ! Qu'est-ce qui est préférable, ceci ou un temple construit d'argile ? Tournez vos visages vers lui. Voilà ce que vous ordonne Dieu, le Secours, l'Absolu."

Pendant les dernières années de son ministère, Baha'u'llah prit des dispositions pour faire publier pour la première fois la version définitive de quelques-uns de ses écrits les plus importants. La Suriy-i-Haykal y a une place prééminente.

Parmi les écrits qui composent la Suriy-i-Haykal, il faut en mentionner un plus particulièrement. La Lawh-i-Sultan, l'épître à Nasiri'Din Shah qui est la plus longue des épîtres adressées par Baha'u'llah à un souverain individuel, fut révélée au cours des semaines qui précédèrent son exil à Acre. Elle fut effectivement remise plus tard au souverain par Badi, un jeune homme de dix-sept ans qui avait supplié Baha'u'llah de lui octroyer l'honneur d'un service. Cet acte lui valut la couronne du martyre et immortalisa son nom. L'épître contient le passage bien connu qui décrit les circonstances dans lesquelles l'appel divin fut transmis à Baha'u'llah et l'effet qu'il produisit. Nous y trouvons également son offre sans équivoque de rencontrer le clergé musulman en présence du Chah, et de fournir toute preuve de sa révélation que ce clergé aurait à accepter définitivement, un test d'intégrité spirituelle auquel les gardiens du message du Coran échouèrent lamentablement.

Cet ensemble comprend également une traduction complète, pour la première fois de manière normative, de la Suriy-i-Muluk, la Sourate aux rois, que Shoghi Effendi décrit comme "la plus capitale des épîtres révélées par Baha'u'llah, dans laquelle, pour la première fois, il s'adresse collectivement à l'ensemble des monarques de l'Orient et de l'Occident". Elle expose à la fois le caractère de sa mission et les normes de justice qui doivent présider à l'exercice de leur pouvoir en ce Jour de Dieu :

"Ne négligez pas la crainte de Dieu, ô rois de la terre, et veillez à ne pas transgresser les limites fixées par le Tout-Puissant. Obéissez aux injonctions de son livre, et gardez-vous d'en outrepasser les limites. Veillez à n'être injustes envers personne, ne fût-ce que dans la mesure d'un grain de moutarde. Suivez le sentier de la justice, car c'est là, en vérité, le droit sentier."

L'épître inaugure quelques-uns des grands thèmes qui allaient prendre une place prééminente dans les écrits de Baha'u'llah au cours des deux décennies et demie qui suivraient : l'obligation de promouvoir le règne de la justice pour ceux dans les mains de qui Dieu a remis l'autorité civile, la nécessité de réduire les armements, de résoudre les conflits entre nations et de mettre fin aux dépenses excessives qui appauvrissent les sujets des dirigeants.
Dans son étude du contenu de cet appel majestueux de Baha'u'llah aux rois et dirigeants du monde, Shoghi Effendi a écrit :

"L'ampleur et la diversité du thème, la puissance de l'argument, la sublimité et l'audace du langage retiennent l'attention et étonnent l'esprit. Empereurs, rois et princes, présidents et ministres, le Pape lui-même, prêtres, moines et philosophes, dispensateurs de savoir, parlementaires et députés, riches de la terre, adeptes des religions, et le peuple de Baha, tous sont interpellés par l'auteur de ces messages et reçoivent, chacun selon sa condition, les conseils et admonestations qu'ils méritent. La diversité des sujets abordés dans ces épîtres n'en est pas moins étonnante. La majesté transcendante et l'unité d'un Dieu inconnaissable et inabordable est affirmée, l'unité de ses messagers proclamée et soulignée. Le caractère exceptionnel, l'universalité et les potentialités de la foi baha'ie sont mis en évidence, et le but ainsi que le caractère de la Révélation babie sont dévoilés."

Le contenu met en lumière le jugement irréductible de Baha'u'llah sur les conditions d'une société humaine dont les dirigeants sont tenus responsables au premier chef :

"Sont racontés des épisodes, à la fois émouvants et merveilleux, au cours des différentes phases de son ministère ; est catégoriquement affirmé le caractère passager de la pompe humaine, de la renommée, de la richesse et de la souveraineté ; sont lancés avec force et insistance, des appels à l'application des principes les plus nobles dans les relations humaines et internationales ; est enjoint l'abandon d'usages indignes, de pratiques nuisibles au bonheur, à la croissance, à la prospérité et à l'unité du genre humain. Des rois sont critiqués, des ecclésiastiques accusés, des ministres et parlementaires condamnés. L'assimilation de son avènement avec la venue du Père lui-même est évoquée de manière catégorique et proclamée à plusieurs reprises. La chute violente de quelques-uns de ces rois et empereurs est prophétisée, deux d'entre eux sont mis en cause sans le moindre doute, la plupart sont mis en garde, tous sont appelés et exhortés."

Dans une épître dont l'original est perdu, Baha'u'llah avait déjà condamné très sévèrement la mauvaise administration du sultan 'Abdu'l-'Aziz. Le présent volume contient trois autres épîtres interpellant deux ministres du sultan, dont l'influence égoïste et peu scrupuleuse joua un rôle important dans les exils successifs de Baha'u'llah. La Suriy-i-Ra'is qui interpelle 'Ali Pasha, le Premier Ministre ottoman, fut révélée en août 1868, alors que les exilés se déplaçaient d'Andrinople à Gallipoli, elle expose magistralement les abus de pouvoir civil commis par le ministre. La Lawh-i-Ra'is qui contient des passages adressés à 'Ali-Pasha, fut révélée peu après l'incarcération de Baha'u'llah dans la forteresse d'Acre et contient une terrible dénonciation du caractère du ministre. La troisième épître, Lawh-i-Fu'ad, fut révélée en 1869, peu après le décès de Fu'ad Pasha, le ministre ottoman dont elle dénonce les machinations. Elle décrit les conséquences de l'abus de pouvoir et prédit la chute imminente de son collègue, 'Ali Pasha, ainsi que le renversement du sultan lui-même - prophéties qui circulèrent abondamment et dont les réalisations dramatiques ajoutèrent grandement au prestige de leur auteur.

Il nous paraît particulièrement opportun, alors que l'influence de Baha'u'llah pénètre de plus en plus dans la société à travers le monde, de mettre à la disposition des lecteurs le texte intégral de ces grandes épîtres. Nous exprimons aux comités qui reçurent la tâche d'entreprendre et de revoir ces traductions, la gratitude que nous éprouvons pour le soin et la sensibilité qu'ils ont apportés à ce travail. Les baha'is reconnaîtront les passages importants déjà mis à la disposition de l'Occident par Shoghi Effendi. Ses traductions en anglais des Textes sacrés baha'is fournissent un modèle à ceux qui relèvent le défi de préparer des transpositions adéquates en anglais de ces trésors de la foi.

LA MAISON UNIVERSELLE DE JUSTICE



SURIY-I-HAYKAL

Sourate du Temple

Voici la sourate du Temple que Dieu a choisi pour être le miroir de ses Noms entre les cieux et la terre, et le signe de son souvenir parmi les peuples du monde.

Il est le Très-Merveilleux, le Très-Glorieux !

1. Gloire à celui qui révèle ses versets à ceux qui comprennent. Gloire à celui qui envoie ses versets à ceux qui perçoivent. Gloire à celui qui guide en son sentier qui il lui plaît. Dis : En vérité, je suis le Sentier de Dieu pour tous ceux qui sont au ciel et sur la terre. Bonheur à ceux qui se hâtent de le suivre !

2. Gloire à celui qui envoie ses versets à ceux qui comprennent. Gloire à celui qui parle du royaume de sa révélation et qui reste inconnu de tous sauf de ses serviteurs honorés. Gloire à celui qui éveille quiconque il veut en vertu de sa parole "Sois", et cela est ! Gloire à celui qui fait monter quiconque il veut vers les cieux de grâce et qui envoie de là ce qu'il désire selon une mesure prescrite.

3. Béni celui qui fait ce qu'il veut par une parole de son ordre. Il est, en vérité, le Véritable, le Connaisseur des choses invisibles. Béni celui qui inspire quiconque il veut selon son irrésistible et inscrutable commandement. Béni celui qui aide quiconque il désire par les armées de l'invisible. Sa puissance, en vérité, est à la hauteur de son but et il est vraiment le Très-Glorieux, l'Absolu. Béni celui qui exalte quiconque il veut par le pouvoir de sa puissance souveraine et confirme quiconque il choisit selon son bon plaisir. Bonheur à ceux qui comprennent !

4. Béni celui qui, dans une Tablette préservée, a prescrit à toutes choses une mesure fixée. Béni celui qui a révélé à son Serviteur ce qui illuminera le coeur et l'esprit des hommes. Béni celui qui a envoyé sur son Serviteur ces tribulations qui ont fait fondre le coeur de ceux qui habitent au sein du Tabernacle d'éternité et les âmes de ceux qui se sont approchés de leur Seigneur. Béni celui qui, des nuées de son décret, a décoché sur son Serviteur les flèches du chagrin, et qui m'a vu les supporter avec patience et endurance. Béni celui qui a décrété pour son Serviteur ce qu'il n'a destiné à aucune autre âme. Il est, en vérité, l'Unique, l'Incomparable, l'Absolu.

5. Béni celui qui, des nuées de la haine, a fait se déverser sur son Serviteur livré aux mains du peuple du déni, les traits des épreuves et des tribulations, et qui pourtant, voit notre coeur empli de gratitude. Béni celui qui a fait reposer sur les épaules de son Serviteur le poids des cieux et de la terre - un poids dont nous lui rendons grâce, bien que personne ne puisse le comprendre sauf ceux doués de compréhension. Gloire à celui qui a remis l'incarnation de sa Beauté entre les griffes des envieux et des méchants - un destin auquel nous nous sommes complètement résigné, bien que personne ne puisse en percevoir la raison sauf ceux qui sont dotés d'intuition. Gloire à celui qui a laissé Husayn demeurer au milieu de l'armée de ses ennemis, et exposer chaque souffle de son corps aux pointes de la haine et de la colère. Pourtant, nous le remercions pour tout ce qu'il a décrété pour son Serviteur qui a recours à lui dans son chagrin et son affliction.

6. Alors que j'étais cerné par les tribulations, j'entendis une voix des plus merveilleuses, des plus douces, appelant au-dessus de ma tête. Tournant mon visage, je vis, suspendue dans les airs devant moi, une vierge, incarnation du souvenir du nom de mon Seigneur. Son âme était si réjouie que son visage resplendissait de l'ornement du bon plaisir de Dieu, et ses joues luisaient de la splendeur du Très-Miséricordieux. Entre le ciel et la terre, elle lançait un appel qui captivait le coeur et l'esprit des hommes. Elle faisait part, tant à mon être intérieur qu'à mon être extérieur, de joyeuses nouvelles qui réjouissaient mon âme et les âmes des serviteurs honorés par Dieu.

7. Pointant son index vers moi, elle s'adressa à tous dans le ciel et sur la terre, disant : Par Dieu ! voici le Bien-aimé des mondes et cependant vous ne comprenez pas. Voici la Beauté de Dieu et le pouvoir de sa souveraineté parmi vous, si vous pouviez comprendre. C'est le Mystère de Dieu et son trésor, la Cause de Dieu et sa gloire pour tous ceux qui sont dans les royaumes de la révélation et de la création, si vous êtes de ceux qui perçoivent. Voici celui dont la présence est l'ardent désir des habitants du royaume d'éternité et de ceux qui vivent dans le Tabernacle de gloire ; pourtant, vous vous détournez de sa Beauté.

8. Ô peuple du Bayan, si vous ne l'aidez pas, Dieu assurément l'assistera des pouvoirs de la terre et du ciel et le soutiendra par les armées de l'invisible, grâce à son ordre "Sois", et cela est ! Le jour est proche où Dieu aura suscité, par un acte de sa volonté, une race d'hommes dont la nature est insaisissable à tous sauf à lui, le Tout-Puissant, l'Absolu. Il les purifiera de la souillure des imaginations futiles et des désirs corrompus, il les élèvera jusqu'aux hauteurs de sainteté et il les fera manifester les signes de sa souveraineté et de sa puissance sur terre. Ainsi en a-t-il été décrété par Dieu, le Très-Glorieux, le Très-Bon.

9. Ô peuple du Bayan, renieriez-vous celui dont la présence est l'objet même de votre création, tandis que vous vous réjouissez avec indolence sur votre couche ? Iriez-vous jusqu'à la raillerie et le mépris, vous opposeriez-vous à celui dont un seul cheveu surpasse, aux yeux de Dieu, tous les habitants du ciel et de la terre ? Ô peuple du Bayan, produisez donc les preuves que vous possédez afin que je puisse connaître celle qui vous a porté à croire jusqu'ici dans les Manifestations de sa cause, et pour quelle raison vous devenez à présent si dédaigneux !

10. Je le jure par celui qui m'a créé de la lumière de sa propre Beauté ! Je n'ai jamais vu quelqu'un qui vous surpasse dans l'insouciance ou l'ignorance. Vous cherchez à prouver votre foi en Dieu par ces épîtres sacrées que vous possédez. Mais lorsque les versets de Dieu sont révélés et sa lampe allumée, vous vous détournez de celui dont la plume elle-même a fixé la destinée de toutes choses dans la Tablette préservée. Vous récitez les versets sacrés et pourtant vous reniez celui qui est leur source et leur révélateur. Ainsi Dieu a-t-il aveuglé vos yeux en punition de vos actes, si vous pouviez le comprendre. Jour et nuit, vous transcrivez les versets de Dieu, et cependant, vous restez séparés, comme par un voile, de celui qui les a révélés.

11. En ce jour, l'Assemblée céleste vous regarde perpétrer vos méfaits et se détourne de votre compagnie, et pourtant vous ne vous en rendez pas compte. Ils se demandent les uns les autres : Quelles sont les paroles que prononcent ces fous, et dans quelle vallée ont-ils l'habitude de paître ? Renient-ils ce que leur âme même atteste, et ferment-ils les yeux à ce qu'ils voient clairement ? Je le jure par Dieu, ô peuple ! Ceux qui habitent les cités des Noms de Dieu sont déconcertés par vos actions, tandis que vous errez, sans but et inconscients, sur une terre stérile et aride.

12. Ô Plume du Très-Haut, écoute l'appel de ton Seigneur, lancé par l'Arbre divin depuis ce Lieu sacré et lumineux afin que les doux accents de ton Seigneur, le Très-Miséricordieux, emplissent ton âme de joie et de ferveur, et que les brises qui émanent de mon nom, le Magnanime, dissipent tes soucis et tes chagrins. De ce Temple, élève donc les temples de l'unité de Dieu afin qu'ils fassent part, dans les royaumes de la création, des joyeuses nouvelles de leur Seigneur, le Très-Exalté, le Très-Glorieux, et qu'ils soient de ceux qui sont illuminés par sa lumière.

13. Nous avons, en vérité, décrété que ce Temple soit la source de toute existence dans cette nouvelle création afin que tous tiennent pour certain mon pouvoir d'accomplir mon dessein par ma parole " Sois", et cela est ! À l'ombre de chaque lettre de ce Temple, nous avons suscité un peuple dont personne ne peut compter le nombre sauf Dieu, le Secours, l'Absolu. Sous peu, Dieu fera sortir de son Temple ces âmes qui demeureront imperturbables face aux insinuations des rebelles, et boiront à tout moment de cette coupe qui est la vie même. Ceux-là sont, en vérité, parmi les bienheureux.

14. Voici les serviteurs qui demeurent à l'abri de la tendre miséricorde de leur Seigneur et restent impassibles face à ceux qui cherchent à obstruer leur sentier. Sur leur visage, on peut voir la lumière resplendissante du Très-Miséricordieux et de leur coeur, on peut entendre le souvenir de mon Nom très glorieux et inaccessible. S'ils déliaient leur langue pour louer leur Seigneur, les habitants du ciel et de la terre se joindraient à eux dans leurs chants de louange - et pourtant, si peu nombreux sont ceux qui entendent ! Et s'ils exaltaient leur Seigneur, toutes les choses créées les accompagneraient dans leurs hymnes de gloire. Ainsi Dieu les a-t-il glorifiés au-dessus du reste de sa création, et pourtant le peuple reste inconscient !

15. Ce sont eux qui gravitent autour de la cause de Dieu, comme les ombres tournent autour du soleil. Ouvrez alors vos yeux, ô peuple du Bayan afin que vous puissiez les contempler ! C'est en vertu de leur mouvement que toutes les choses sont mues et en vertu de leur immobilité que toutes les choses sont amenées à s'arrêter, si vous pouviez en avoir la certitude ! Par eux, les croyants en l'unité divine se sont tournés vers celui qui est l'objet de l'adoration de l'ensemble de la création, et par eux le coeur des justes a trouvé le repos et la sérénité, si seulement vous pouviez le savoir ! Par eux, la terre a été créée, les nuées ont déversé leur générosité et le pain de la connaissance est descendu du ciel de grâce, si seulement vous pouviez le comprendre !

16. Ces âmes sont les protectrices de la cause de Dieu sur terre ; elles préserveront sa beauté de la noire poussière des désirs futiles et des vaines imaginations. Dans le sentier de leur Seigneur, elles ne craindront pas pour leur vie ; plutôt sacrifieront-elles tous leurs biens, dans leur enthousiasme à contempler la face de leur Bien-aimé, dès qu'il apparaîtra en ce Nom, le Tout-Puissant, l'Omnipotent, le Très-Glorieux, le Plus-Saint.

17. Ô Temple vivant, lève-toi par le pouvoir de ton Moi, de telle manière que toutes les choses créées soient mises en mouvement pour se lever avec toi. Aide ainsi ton Seigneur par cette ascendance et ce pouvoir que nous t'avons accordés. Prends garde de crainte de faillir en ce jour où toutes les choses créées sont consternées. Sois plutôt le révélateur de mon nom, le Secours, l'Absolu. Assiste ton Seigneur au mieux de tes capacités et ne prête pas attention aux peuples du monde, car ce qui sort de leur bouche est comparable au bourdonnement d'un moustique dans une vallée sans fin. Bois l'eau de la vie en mon nom, le Très-Miséricordieux, et invite ceux qui sont proches parmi les habitants de ce rang éminent à se détacher de tous les noms et à se placer sous cette ombre bénie et universelle.

18. Ô Temple vivant, par toi, nous avons rassemblé toutes les choses créées, qu'elles soient sur la terre ou dans le ciel, et nous les avons appelées à reconnaître ce dont nous étions convenu avec elles avant la fondation du monde. Pourtant voyez, à part quelques visages radieux et quelques langues éloquentes, nous avons trouvé que la plupart des gens étaient confus, leurs yeux figés par la peur. Grâce aux premiers, nous avons engendré la création de tout ce qui a été et sera. C'est leur visage que Dieu a miséricordieusement détourné de la face des incroyants, et qu'il a abrité sous l'arbre de son propre Etre. C'est à leur coeur qu'il a accordé le don de paix et de tranquillité, et c'est ce coeur qu'il a renforcé et assisté par les armées du visible et de l'invisible.

19. Ô regard de ce Temple, ne considère pas les cieux et ce qu'ils contiennent, ni la terre et ceux qui l'habitent, car nous t'avons créé pour contempler notre seule Beauté : Vois ! Elle est à présent devant toi ! Ne détourne pas ton regard d'elle, et ne te prive pas de la beauté de ton Seigneur, le Très-Glorieux, le Bien-aimé. Sous peu, nous créerons à travers toi des yeux perçants et pénétrants qui contempleront les signes multiples de leur créateur et se détourneront de tout ce qui est perçu par les peuples du monde. Par toi, nous accorderons le pouvoir de la vision à quiconque nous désirerons, et nous nous saisirons de ceux qui se sont privés de cette générosité. Ceux-là, en vérité, ont bu à la coupe des illusions, bien qu'ils ne le sachent pas.

20. Ô oreilles de ce Temple, purifiez-vous de toute clameur inutile et écoutez la voix de votre Seigneur. Du Trône de gloire, il révèle, en vérité, qu'il n'est pas d'autre Dieu que moi, le Très-Glorieux, le Tout-Puissant, le Secours, l'Absolu. Sous peu, nous créerons par vous des oreilles pures de toute souillure qui seront attentives à la Parole de Dieu et à ce qui découle du Jour de la parole de ton Seigneur, le Très-Miséricordieux. Assurément, elles percevront les doux accents de la divine révélation qui proviennent de cet enclos béni et sacré.

21. Ô langue de ce Temple, en vérité, nous t'avons créée par notre nom, le Très-Miséricordieux, nous t'avons enseigné ce qui était resté caché dans le Bayan, et t'avons accordé le pouvoir de la parole afin que tu fasses mention de mon être exalté parmi mes créatures. Proclame alors ce souvenir puissant et merveilleux et ne crains pas les manifestations du Mal. Tu fus appelée à l'existence dans ce but même, en vertu de mon ordre transcendant et irrésistible. Par toi, nous avons libéré la langue de la parole pour expliquer tout ce qui a été, et nous le ferons encore par notre pouvoir souverain afin qu'elle parle de ce qui doit encore advenir. Sous peu, nous créerons par toi des langues éloquentes qui nous loueront et nous glorifieront au sein de l'Assemblée céleste et parmi les peuples du monde. Ainsi sont révélés les versets de Dieu, et en est-il décrété par le Seigneur de tous les noms et attributs. Ton Seigneur, en vérité, est le Véritable, celui qui connaît les choses invisibles. Rien n'empêchera ces langues de magnifier leur créateur. Par elles, toutes les choses créées se lèveront pour exalter le Seigneur des noms et attester qu'il n'est pas d'autre Dieu que moi, le Tout-Puissant, le Très-Glorieux, le Bien-aimé. Ceux qui font mention de moi ne s'exprimeront que s'ils sont inspirés par cette Langue éminente. Rare, cependant, sont ceux qui comprennent ! Il n'y a pas de langue qui ne fasse l'éloge de son Seigneur ni ne mentionne son Nom. Parmi le peuple, pourtant, il s'en trouve qui comprennent et chantent des louanges, et d'autres qui chantent des louanges mais pourtant ne comprennent pas.

22. Ô Vierge des significations intérieures, sors de la chambre de la parole avec la permission de Dieu, le Seigneur des cieux et de la terre. Révèle-toi parée du vêtement du royaume céleste et propose de tes mains de rubis, le vin de la souveraineté céleste afin que les habitants de ce monde puissent percevoir la lumière qui resplendit du royaume de Dieu lorsque l'Etoile du jour de l'éternité apparaît au-dessus de l'horizon de gloire. Par chance, il se peut qu'ils se lèvent devant les habitants du ciel et de la terre pour chanter et magnifier cet Adolescent qui s'est établi au coeur du paradis, sur le trône de son nom, le Secours suprême, dont le visage resplendit de l'éclat du Très-Miséricordieux, dans les yeux duquel apparaît le regard du Très-Glorieux, et dont les manières révèlent les signes et les preuves de Dieu, le Protecteur omnipotent, le Tout-Puissant, le Très-Bon.

23. Ne t'afflige point si nul ne se trouve pour accepter le vin vermeil offert par ta blanche main et pour le déguster au nom de ton Seigneur, le Très-Exalté, le Très-Haut, celui qui est apparu à nouveau en son nom, le Très-Glorieux. Abandonne ces gens à eux-mêmes et retire-toi dans le tabernacle de majesté et de gloire, là où tu rencontreras un peuple dont le visage resplendit autant que le soleil à son zénith, un peuple qui loue et chante son Seigneur en ce Nom qui s'est levé dans la plénitude de la puissance et du pouvoir pour occuper le trône de la souveraineté indépendante. De leurs lèvres, tu n'entendras que les accents de ma glorification et de ma louange. De ceci ton Seigneur me porte témoignage. L'existence de ces gens, cependant, est restée cachée aux yeux de tous ceux qui, de toujours, ont été créés par la Parole de Dieu. Ainsi avons-nous rendu explicite notre signification et mis en avant nos versets pour que les hommes réfléchissent sur les signes et les preuves de leur Seigneur.

24. Voici ceux qui, en vérité, ne furent pas enjoints de se prosterner devant Adam [1]. Ils ne se sont jamais détournés de la face de ton Seigneur, et ils prennent leur part à chaque instant des dons et des délices de la sainteté. Ainsi la plume du Très-Miséricordieux a-t-elle établi les secrets de toutes choses, qu'ils soient du passé ou de l'avenir. Si le monde pouvait comprendre ! Sous peu, Dieu rendra manifeste sur terre ce peuple, et par lui, il exaltera son nom, diffusera ses signes, soutiendra ses paroles et proclamera ses versets, en dépit de ceux qui ont renié sa vérité, contredit sa souveraineté et ergoté sur ses signes.

[1] Cf. Coran 2 :30-34, 38 :71-75. Les citations sont tirées de la traduction de D. Masson, La pléiade, Paris, Gallimard 1967

25. O Beauté du Très-Glorieux, si par hasard tu devais te trouver en présence de ce peuple relate-lui ce que cet Adolescent t'a raconté sur lui ainsi que les choses qui lui sont advenues afin qu'il soit amené à connaître ce qui a été inscrit sur la Tablette préservée. Familiarise-le avec les joyeuses nouvelles de cet Adolescent, et avec les épreuves et les tribulations qu'il a endurées, pour qu'il prenne conscience de mes afflictions et être de ceux qui comprennent. Alors, dis-lui la façon dont nous avons choisi d'accorder notre faveur à l'un de nos frères [1]. La manière dont nous lui avons accordé une goutte de rosée de cet océan sans fin de la connaissance, dont nous l'avons revêtu de l'habit de l'un de nos Noms, dont nous l'avons glorifié à un tel rang que tous furent incités à chanter ses louanges, et dont nous l'avons protégé de la méchanceté des malveillants pour désarmer même le plus puissant d'entre eux.

[1] Mirza Yahya

26. Nous nous sommes levé devant les peuples de la terre et du ciel à un moment où tous avaient résolu de nous tuer. Alors que nous habitions parmi eux, nous avons continuellement fait mention du Seigneur et chanté ses louanges. Nous sommes resté ferme en sa Cause, jusqu'à ce qu'enfin la Parole de Dieu fût justifiée parmi ses créatures, ses signes répandus à l'extérieur, son pouvoir exalté et sa souveraineté révélée à l'apogée de son éclat. De ceci, ses serviteurs honorés en témoignent. Pourtant, lorsque mon frère vit la renommée grandissante de la Cause, il se gonfla d'arrogance et d'orgueil. Il sortit alors de derrière le voile de la dissimulation, se dressa contre moi, argumenta sur mes versets, renia mon témoignage et répudia mes signes. Sa faim n'aurait connu d'apaisement que s'il avait pu dévorer ma chair et boire mon sang. En attestent ces serviteurs de Dieu qui l'accompagnèrent en exil, ainsi que ceux qui le côtoient.

27. À cette fin, il s'entretint avec l'un de mes serviteurs [1] et chercha à le gagner à ses propres vues. Mais le Seigneur m'envoya l'aide des armées du visible et de l'invisible, me protégea par le pouvoir de la vérité et envoya sur moi ce qui contrecarra son projet. Ainsi furent déjoués les complots de ceux qui ne croient pas aux versets du Très-Miséricordieux. En vérité, ils forment un peuple réprouvé. Lorsque se répandit la nouvelle des actes de mon frère, que les pulsions de son ego avaient poussé à perpétrer, et lorsque nos compagnons d'exil eurent vent de ses plans infâmes, la voix de leur indignation et de leur chagrin s'éleva et faillit se répandre dans toute la ville. Nous avons interdit, cependant, ces récriminations et leur avons enjoint la patience afin qu'ils soient de ceux qui supportent avec fermeté.

[1] Ustad Muhammad -'Aliy-i-Salmani. Voir Dieu passe près de nous, MEB, Bruxelles, 1976, pages 158-159, pour un récit des événements auxquels Baha'u'llah fait allusion dans ce paragraphe et les suivants.

28. Par Dieu, aux côtés duquel il n'est pas d'autre Dieu, nous avons supporté toutes ces épreuves avec endurance, et avons enjoint aux serviteurs de Dieu de faire preuve de patience et de courage. Nous nous sommes retiré de leur présence et nous sommes allé vivre dans une autre demeure afin que la flamme de l'envie s'éteigne dans le coeur de notre frère, et qu'il soit guidé dans le droit chemin. Nous ne nous sommes pas opposé à lui, ni ne l'avons revu par la suite. Au contraire, nous sommes resté chez nous, plaçant nos espoirs en la miséricorde de Dieu, le Secours, l'Absolu. Lorsque pourtant, il comprit que ses actions avaient été dévoilées, il saisit la plume de la calomnie et écrivit aux serviteurs de Dieu, attribuant à ma propre Beauté, à la fois incomparable et lésée, ce qu'il avait lui-même commis. Il n'avait d'autre but que de semer la discorde parmi les serviteurs de Dieu et d'instiller la haine dans le coeur de ceux qui avaient cru en Dieu, le Très-Glorieux, le Très-Bon.

29. Par celui qui tient mon âme en sa main, nous avons été consterné par sa malhonnêteté - que dis-je, accablées furent toutes les choses visibles et invisibles. Ce qu'il abritait en son sein ne lui laissa pas de répit jusqu'à ce qu'il commît ce qu'aucune plume n'ose décrire, et ce par quoi il dégrada la dignité de mon rang et profana la sainteté de Dieu, le Tout-Puissant, le Très-Glorieux, le Très-Loué. Si Dieu devait changer tous les océans de la terre en encre et toutes les choses créées en plumes, cela ne me suffirait pas pour faire la liste complète de ses méfaits. Ainsi nous relatons ce qui nous est advenu afin que vous puissiez être de ceux qui comprennent.

30. Ô Plume d'éternité, ne t'afflige pas des choses qui te sont advenues car, sous peu, Dieu suscitera un peuple qui verra par ses propres yeux et se souviendra de tes tribulations. Retiens ta plume de mentionner tes ennemis, et encourage-la dans la louange du Roi éternel. Renonce à toutes les choses créées et bois le vin scellé de mon souvenir. Crains de ne te préoccuper que de la mention de ceux dont on ne perçoit que les saveurs putrides de l'inimitié, de ceux qui sont tellement esclaves de leur appétit de pouvoir qu'ils n'hésiteraient pas à se détruire dans leur désir d'asseoir leur renommée et de perpétuer leur nom. Dieu a noté ces âmes dans la Tablette préservée comme simples adorateurs des noms. Narre alors ce que tu as conçu pour ce Temple afin que ses signes et preuves soient rendus manifestes sur terre, et que l'éclat de cette Lumière illumine l'horizon du monde et purifie la terre de la souillure des mécréants. Ainsi avons-nous établi les versets de Dieu et donné l'explication à ceux qui comprennent.

31. Ô Temple vivant, étends ta main sur tous ceux qui sont sur la terre et dans le ciel, et que ta volonté saisisse les rênes du commandement. En vérité, nous avons placé dans ta main droite l'empire sur toutes choses. Agis selon ta volonté et ne crains pas les ignorants. Empare-toi de la Tablette qui s'est levée au-dessus de l'horizon de la plume de ton Seigneur, et saisis-toi d'elle avec une telle force que, par ton intermédiaire, les mains de tous les habitants de la terre soient capables de s'en emparer. C'est, en vérité, ce qui te convient si tu es de ceux qui comprennent. Par l'élévation de ta main vers le ciel de ma grâce, les mains de toutes les choses créées seront élevées vers leur Seigneur, le Puissant, le Gracieux. Sous peu, nous susciterons, à l'aide de ta main, d'autres mains dotées de pouvoir, de force et de puissance, et nous établirons par elles notre empire sur tout ce qui vit dans les royaumes de la révélation et de la création. Ainsi les serviteurs de Dieu reconnaîtront la vérité selon laquelle il n'est d'autre Dieu que moi, le Secours, l'Absolu. C'est aussi par ces mains que nous donnerons et nous reprendrons, mais personne ne peut le comprendre, sauf ceux qui voient par l'oeil spirituel.

32. Dis : Ô peuple, pouvez-vous jamais espérer échapper au pouvoir souverain de votre Seigneur ? Par la rectitude de Dieu, vous ne trouverez aucun refuge en ce jour ni personne pour vous protéger, sauf si vous êtes de ceux à qui Dieu a accordé la faveur de sa miséricorde. Il est, en vérité, celui qui toujours pardonne, le Très-Compatissant. Dis : Ô peuple, renoncez à tout ce que vous possédez, et entrez à l'ombre de votre Seigneur, le Très-Miséricordieux. Cela vaut mieux pour vous que toutes vos oeuvres passées et futures. Craignez Dieu et ne vous privez pas des douces saveurs dispensées lors des jours du Seigneur de tous les noms et attributs. Prenez garde de peur d'altérer ou de pervertir le texte de la Parole de Dieu. Marchez dans la crainte de Dieu et soyez du nombre des justes.

33. Dis : Ô peuple, voici la Main de Dieu qui a toujours été au-dessus de vos propres mains, si vous pouviez comprendre. Entre ses mains, nous avons ordonné tout le bien du ciel et de la terre afin que seul soit rendu manifeste le bien qui en découle. Ainsi en avons-nous fait la source et le trésor de tout bien, par le passé et à l'avenir. Dis : Les rivières de la sagesse et de la parole divines qui s'écoulent des Tablettes de Dieu ont rejoint ce plus grand Océan, si seulement vous pouviez le percevoir, et tout ce qui a été établi dans ses Livres a atteint sa consommation finale dans cette Parole la plus exaltée, une Parole resplendissant au-dessus de l'horizon de la volonté du Très-Glorieux dans cette révélation qui a rempli de délices toutes les choses visibles et invisibles.

34. Sous peu Dieu tirera, du sein du pouvoir, les mains de l'ascendance et de la puissance. Il suscitera un peuple qui se lèvera pour remporter la victoire pour cet Adolescent et purgera l'humanité de la souillure des proscrits et des impies. Ces mains se mobiliseront pour se faire les champions de la foi de Dieu et, en mon nom, l'Absolu, le Puissant, elles subjugueront les peuples et les tribus de la terre. Elles entreront dans les villes et inspireront la crainte dans le coeur de tous leurs habitants. Voici les preuves de la puissance de Dieu ! Terrible et véhémente est la puissance de Dieu, et il la manie avec justesse ! En vérité, il règne et transcende tous ceux qui sont dans le ciel et sur la terre et il révèle ce qu'il désire selon une mesure prescrite.

35. Si, parmi ce peuple, une personne était appelée à affronter toutes les armées de la création, assurément elle prévaudrait par l'ascendance de ma volonté. En vérité, c'est une preuve de mon pouvoir, bien que mes créatures ne le saisissent pas. En vérité, c'est un signe de ma souveraineté, bien que mes sujets ne le comprennent pas. En vérité, c'est un gage de mon commandement, bien que mes serviteurs ne le perçoivent pas. En vérité, c'est une preuve de mon ascendance, bien que personne n'en soit véritablement reconnaissant, sauf ceux dont Dieu a illuminé les yeux par la lumière de son savoir, dont il a fait les coeurs un réceptacle de sa révélation et sur les épaules desquels il a placé le poids de sa Cause. Ceux-là inhaleront les parfums du Très-Miséricordieux, exhalés par le vêtement de son Nom et, à chaque instant, ils se réjouiront des signes et des versets de leur Seigneur. Quant à ceux qui ne croient pas en Dieu et lui donnent des associés, ils encourront sa colère, ils seront jetés au feu, et contraints de demeurer dans ses profondeurs, emplis d'effroi et de désarroi. Ainsi expliquons-nous nos versets et clarifions la vérité par des preuves évidentes afin que le peuple puisse réfléchir aux signes de leur Seigneur.

36. Ô Temple vivant, par notre parole "Sois", et cela est, nous t'avons désigné pour être le signe de notre majesté parmi tout ce qui a été et tout ce qui sera, et nous t'avons suscité pour être l'emblème de notre Cause entre le ciel et la terre.

37. Ô première lettre de ce Temple, exprimant l'essence de Divinité [1]. Nous avons fait de toi le trésor de notre Volonté et le récipiendaire de notre Dessein pour tous ceux qui sont dans les royaumes de la révélation et de la création. Ce n'est qu'un gage de la grâce de celui qui est le Secours, l'Absolu.

[1] Le mot Haykal (Temple) est composé en arabe des quatre lettres Ha', Ya', Kaf et Lam (HYKL). Sa première lettre symbolise le mot Huviyyah (Essence de Divinité) ; sa deuxième lettre pour le mot Qadir (Tout-Puissant), dont Ya' est la troisième lettre ; sa troisième lettre pour le mot Karim (Très-Généreux) ; et sa quatrième lettre pour le mot Fadl (Grâce), dont Lam est la troisième lettre.

38. Ô deuxième lettre de ce Temple, exprimant mon nom, le Tout-Puissant ! Nous avons fait de toi la manifestation de notre souveraineté et l'aube de nos Noms. Puissant je suis pour accomplir ce que ma langue profère.

39. Ô troisième lettre de ce Temple, exprimant mon nom, le Très-Généreux ! Nous avons fait de toi l'aube de notre bonté parmi nos créatures et la source de notre générosité parmi notre peuple. Puissant je suis en mon empire. Rien de ce qui a été créé dans les cieux ou sur la terre ne peut échapper à notre connaissance et je suis le seul Vrai, celui qui connaît les choses invisibles.

40. Ô Plume, envoie des nuées de ta générosité ce qui enrichira toutes les choses créées, et ne retire pas tes faveurs du monde de l'existence. Tu es en vérité, le Très-Généreux dans le ciel de ton éternité et le Seigneur de grâce infinie pour tous ceux qui habitent le royaume des noms. Ne regarde pas les gens et les choses qu'ils possèdent. Considère plutôt les merveilles de tes dons et de tes faveurs. Rassemble alors tes serviteurs sous ton ombre qui recouvre toute l'humanité. Étends la main de la générosité sur toute la création et les doigts de la faveur sur toute existence. C'est, en vérité, ce qui te convient, bien que le peuple ne le comprenne pas. Quiconque tourne son visage vers toi, le fait par ta grâce, et quant à celui qui se détourne de toi, ton Seigneur est vraiment indépendant de toutes choses créées. De cela témoignent ses serviteurs véritables et dévoués.

41. Sous peu Dieu suscitera, par ton intermédiaire, ceux qui, armés de la main de force indomptable et des bras de puissance invincible, surgiront de derrière les voiles, rendront victorieux le Très-Miséricordieux parmi les peuples du monde. Il poussera un cri si puissant qu'il en fera trembler de peur tous les coeurs. Ainsi en a-t-il décrété dans une Tablette écrite. Tel sera l'ascendant dont feront preuve ces âmes, que la consternation et l'effarement saisiront tous les habitants de la terre.

42. Prenez garde de ne verser le sang de personne. Sortez l'épée de votre langue du fourreau de la parole, car c'est ainsi que l'on conquiert la citadelle du coeur des hommes. Nous avons aboli la loi de la guerre sainte les uns contre les autres. En vérité, la miséricorde de Dieu a embrassé toutes les choses créées, si vous êtes de ceux qui comprennent. Aidez votre Seigneur, le Dieu de Miséricorde, avec l'épée de la compréhension. Plus tranchante est-elle, en effet, et plus finement aiguisée que celle de la langue, si vous réfléchissiez aux paroles de votre Seigneur. Ainsi les armées de la révélation divine sont-elles envoyées par Dieu, le Secours, l'Absolu. Ainsi les troupes de l'inspiration divine sont-elles déployées par la Source de commandement, comme ordonné par Dieu, le Très-Glorieux, le Bien-aimé.

43. Dis : Ce Temple, caché et manifeste à la fois, est la mesure de toute la création ; en lui est enchâssée la connaissance du ciel et de la terre, et de toutes les choses passées et futures. Le doigt de l'oeuvre de Dieu a gravé sur cette Tablette ce que les hommes les plus sages et les plus érudits ne peuvent comprendre. Il y a créé des temples que personne ne peut scruter, sauf son propre Soi [1], si vous pouviez saisir cette vérité. Béni est celui qui la lit, qui médite son contenu et qui est du nombre de ceux qui comprennent !

[1] NDT. Le Soi de Dieu est sa Manifestation, en l'occurrence Baha'u'llah.

44. Dis : On ne peut voir dans mon temple que le Temple de Dieu, et dans ma beauté que sa Beauté, et dans mon être que son être, et dans mon moi que son Moi, et dans mon mouvement que son Mouvement, et dans mon consentement que son Consentement, et dans ma plume que sa Plume. Il est le Tout-Puissant, le Très-Loué. Il n'y a en mon âme que la Vérité, et l'on ne peut voir en moi rien d'autre que Dieu.

45. Prenez garde de parler de dualité en ce qui concerne ma nature, car tous les atomes de la terre proclament qu'il n'est d'autre Dieu que lui, l'Unique, le Seul, le Puissant, l'Aimant. Depuis le commencement qui n'a pas de commencement, je proclame, du royaume de l'éternité, que je suis Dieu, qu'il n'est pas d'autre Dieu que moi, le Secours, l'Absolu. Et jusqu'à la fin qui n'a pas de fin, je proclamerai, parmi le royaume des noms, que je suis Dieu, qu'il n'est d'autre Dieu que moi, le Très-Glorieux, le Bien-aimé. Dis : Mon Nom est "souveraineté" d'où j'ai créé des manifestations dans le monde de l'existence, tandis que nous restions nous-même sanctifié au-dessus d'elles, si vous pouviez méditer cette vérité. Et mon Nom est "divinité" d'où nous avons tiré des interprètes dont le pouvoir embrassera le peuple de la terre et fera d'eux de véritables adorateurs de Dieu, si vous pouviez le reconnaître. Ainsi devriez-vous considérer l'ensemble de nos Noms, si vous êtes dotés d'intuition.

46. Ô quatrième lettre de ce Temple, exprimant l'attribut de la Grâce ! Nous avons fait de toi la manifestation de la grâce entre le ciel et la terre. De toi, nous avons engendré toute grâce dans le monde contingent et à toi, nous ferons en sorte qu'elle retourne. Et de toi, nous la manifesterons encore par une parole de notre commandement. Puissant suis-je pour accomplir ce que je désire par ma parole "Sois", et cela est ! Chaque grâce qui apparaît dans le monde de l'existence trouve son origine en toi, et à toi elle retournera. C'est, en vérité, ce qui est décrété dans une Tablette que nous avons préservée derrière le voile de gloire et cachée aux yeux des mortels. Bonheur à ceux qui ne se privent pas de cette grâce manifeste et intarissable.

47. Dis : En ce jour, les vents fécondants de la grâce de Dieu passent sur toutes choses. Chaque créature est dotée de toutes les potentialités qu'elle peut porter. Et pourtant, les peuples du monde ont renié cette grâce. Chaque arbre est doté des fruits les plus choisis, chaque océan enrichi des gemmes les plus lumineuses. L'être humain lui-même est investi des dons de la compréhension et de la connaissance. L'ensemble de la création est devenu le réceptacle de la révélation du Très-Miséricordieux, et la terre, la dépositaire de choses imperceptibles à tous sauf à Dieu, le Vrai, celui qui connaît les choses invisibles. Le temps approche où chaque chose créée aura rejeté son fardeau. Glorifié soit Dieu qui a accordé cette grâce qui embrasse toutes choses, visibles ou invisibles ! Ainsi avons-nous recréé toute la terre en ce jour, pourtant la plupart des gens manquent de le percevoir. Dis : La grâce de Dieu ne peut jamais être comprise de manière adéquate. Combien moins encore peut être saisi son propre Soi, le Secours, l'Absolu !

48. Ô Temple de la cause, ne t'afflige pas si tu ne trouves personne prêt à recevoir tes dons. Tu as été créé pour moi ; en conséquence, occupe-toi de me louer parmi mes serviteurs. C'est ce qui est décrété pour toi dans la Tablette préservée. Ayant trouvé sur terre plus d'une main souillée, nous avons sanctifié l'ourlet de ton vêtement de l'impiété de leur atteinte et l'avons placé hors de la portée des impies. Sois patient dans la cause de ton Seigneur, car sous peu il suscitera des âmes dotées d'un coeur sanctifié et d'yeux illuminés qui de partout, se précipiteront vers ta grâce universelle et sans limites.

49. Ô Temple de Dieu, les armées de la révélation divine étaient-elles à peine envoyées par le Seigneur de tous les noms et attributs, brandissant les bannières de ses signes, qu'étaient mis en déroute les interprètes du doute et de l'imagination. Ils ne crurent pas aux preuves évidentes de Dieu, le Secours, l'Absolu, et ils se dressèrent contre lui avec inimitié et opposition. Parmi eux se trouvent ceux qui proclament : Ces versets ne viennent évidemment pas de Dieu, pas plus qu'ils ne proviennent d'une nature innée et spontanée. Ainsi les incroyants cherchent-ils à remédier au mal de leur coeur, insouciants au point de se faire maudire de tous ceux qui vivent au ciel et sur la terre.

50. Dis : L'Esprit-Saint lui-même a été engendré par l'action d'une seule lettre révélée par ce très grand Esprit, si vous pouviez être de ceux qui saisissent. Et cette nature innée et spontanée dans son essence est appelée à l'existence par les versets de Dieu, le Secours, le Très-Glorieux, le Bien-aimé. Dis : Cette nature tire orgueil de cette relation à notre Vérité transcendante. Nous, pour notre part, ne tirons gloire ni de cela ni de rien d'autre, car tout, à part moi, est créé par la puissance de ma parole, si vous pouviez le comprendre.

51. Dis : Nous avons révélé nos versets en neuf styles [1]. Chacun d'eux parle de la souveraineté de Dieu, le Secours, l'Absolu. Un seul d'entre eux suffit comme preuve devant tous, au ciel et sur la terre. Pourtant le peuple, dans sa majorité, persiste dans son insouciance. Si telle était notre souhait, nous les révélerions en d'innombrables autres styles.

[1] Ces styles ont été définis par définis par Jinab-i-Fadl-i-Mazindarani, voir Adib Taherzadeh, The Revelation of Baha'u'llah, Volume I, p.43

52. Dis : Ô peuple, craignez Dieu et ne laissez pas votre langue prononcer, dans sa duplicité, ce qui lui déplaît. Soyez humbles devant celui qui, vous le savez, vous a créés d'une goutte d'eau [1]. Dis : Nous avons créé tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre dans la nature façonnée par Dieu. Quiconque se tourne vers ce Visage béni, manifestera les potentialités de cette nature innée, et quiconque en reste séparé par un voile, sera privé de cette grâce invisible et universelle. En vérité, il n'y a rien qui n'ait bénéficié de notre faveur dans la mesure où nous avons agi équitablement en les créant tous et chacun, et, par une parole issue de notre bouche, nous leur avons offert le don de notre amour. Ceux qui l'ont accepté sont, en effet, en sécurité et ne sont pas affectés par les terreurs de ce Jour. Quant à ceux qui l'ont rejeté, ils n'ont pas cru en Dieu, le Secours, l'Absolu. Ainsi distinguons-nous entre les gens et prononçons sur eux le jugement. Assurément, nous avons le pouvoir de faire la différence.

[1] Cf. Coran: 21:30 ; 24:45 ; 25:54

53. Dis : La Parole de Dieu ne peut jamais être confondue avec les paroles de ses créatures. Il est le Roi de la parole, car, en vérité, il est le Seigneur souverain de tout, et sa Cause transcende tout ce qui fut et tout ce qui sera. Pénètre, ô peuple, dans la Cité de la certitude où est établi le trône de ton Seigneur, le Très-Miséricordieux. Ainsi vous l'ordonne la Plume du Très-Glorieux, en gage de sa grâce intarissable. Puissiez-vous faire en sorte que sa révélation ne soit pas une cause de dissension entre vous.

54. Parmi les infidèles, se trouvent ceux qui répudient son Soi, s'opposent à sa Cause, et proclament que ces divins versets sont inventés. C'étaient aussi les objections des détracteurs de jadis, qui à présent supplient que le feu de l'enfer leur soit évité. Dis : Que l'affliction soit sur vous pour les vaines paroles qui sortent de votre bouche ! Si ces versets sont inventés, par quelle preuve croyez-vous en Dieu ? Produisez-la, si vous être des hommes d'entendement ! Lorsque nous leur révélâmes nos versets évidents, ils les rejetèrent, et lorsqu'ils virent ce que les forces combinées de la terre sont impuissantes à produire, ils déclarèrent que c'était de la sorcellerie.

55. De quoi souffre ce peuple pour parler de ce qu'il ne comprend pas ? Ils soulèvent les mêmes objections que les disciples du Coran lorsque leur Seigneur vint à eux avec sa Cause. En vérité, ils forment un peuple réprouvé. Ils en empêchèrent d'autres de paraître devant celui qui est la Beauté ancienne, et de partager le pain de ses Bien-aimés. "N'approche pas d'eux", entendit-on même dire, "car ils jettent un sort sur les gens et les éloignent du sentier de Dieu, le Secours, l'Absolu." Par la rectitude du seul vrai Dieu, celui qui est incapable de parler en notre présence a proféré des paroles que personne, parmi les précédentes générations, n'avait jamais prononcées, et a commis des actes qu'aucun des croyants des âges anciens n'avait jamais commis.

56. Les paroles et les actes de ces hommes témoignent avec éloquence de la vérité de mes paroles, si vous êtes de ceux qui jugent avec équité. Quiconque attribue les versets de Dieu à de la sorcellerie, ne croit en aucun de ses Messagers, vit et oeuvre inutilement et fait partie de ceux qui parlent de ce qu'ils ne connaissent pas. Dis : Ô serviteur, crains Dieu, ton Créateur et ton Façonneur, et ne pêche pas contre lui, mais juge avec équité et agis avec justice. Ceux que le Seigneur a dotés de la connaissance trouveront dans les objections soulevées par les incroyants, des preuves concluantes pour invalider leurs prétentions et justifier la vérité de cette Lumière manifeste. Dis : Répèteriez-vous ce que les incroyants profèrent quand un Message leur vient de leur Seigneur ? Que l'affliction soit sur vous, ô assemblée d'insensés, et que vos oeuvres soient flétries !

57. Ô Beauté ancienne, détourne-toi des incroyants et de ce qu'ils possèdent, et répands au-dessus de toutes les choses créées les doux parfums du souvenir de ton Bien-aimé, l'Exalté, le Grand. Ce souvenir éveille le monde de l'existence et renouvelle le temple de toutes les choses créées. Dis : Il s'est, en vérité, assis sur le Trône de puissance et de gloire. Désires-tu contempler son visage ? Vois, il se tient devant toi ! Béni soit le Seigneur qui s'est révélé dans cette Beauté lumineuse et éclatante. Désires-tu écouter ses mélodies ? Écoute, tu les entends s'élever de ses lèvres resplendissantes et merveilleuses ! Et à ceux qui désirent être illuminés par les splendeurs de sa lumière, dis : Recherchez la cour de sa présence, car Dieu vous a, en vérité, accordé la permission de l'approcher, en gage de sa grâce envers toute l'humanité.

58. Dis : Ô peuple, nous vous poserons une question en toute véracité, prenant Dieu à témoin entre vous et nous. Il est, en vérité, le défenseur des justes. Comparaissez devant son Trône de gloire et répondez avec justice et équité. Est-ce Dieu qui a le pouvoir de parvenir à ses fins, ou bien est-ce vous qui bénéficiez d'une telle autorité ? Est-ce lui qui est véritablement libre, comme vous l'affirmez lorsque vous dites qu'il fait ce qu'il lui plaît et qu'il ne lui sera pas demandé compte de ses actes, ou bien est-ce vous qui exercez le pouvoir, et qui avancez de telles assertions par imitation aveugle, comme le firent vos ancêtres à l'apparition de chaque autre Messager de Dieu ?

59. S'il est véritablement libre, regardez alors la manière dont il a envoyé la Manifestation de sa cause avec des versets auxquels personne au ciel ni sur la terre ne peut s'opposer. La manière dont ces versets furent révélés n'a rien de semblable ni de comparable dans le monde de l'existence, comme vous l'avez vu et entendu lorsque le Soleil du monde a resplendi au-dessus de l'horizon de l'Irak, avec un pouvoir évident. Toutes les choses atteignent leur consommation dans les versets divins, car ils sont les versets de Dieu, le Seigneur souverain, le Secours, le Très-Glorieux, le Tout-Puissant. De plus, il a été confirmé comme le porteur d'une Cause dont la puissance souveraine est reconnue par toutes les choses créées. Cela, personne ne peut le nier sauf les pécheurs et les impies.

60. Ô peuple, est-ce votre souhait de cacher la beauté du Soleil derrière les voiles de vos propres désirs, ou d'empêcher l'Esprit de lancer ses mélodies du sein de cette poitrine sanctifiée et lumineuse ? Craignez Dieu, et ne rivalisez pas avec celui qui représente la Divinité. Ne vous disputez pas avec celui sur l'ordre duquel la lettre "S" fut créée et associée à son puissant pilier [1]. Croyez en eux, les Messagers de Dieu, croyez au pouvoir souverain de Dieu, en son Soi et en sa majesté. Ne suivez pas ceux qui répudient ce qu'ils ont cru autrefois et qui cherchent pour eux-mêmes un rang d'après leurs propres imaginations. En vérité, ils font partie des impies. Attestez de ce que Dieu lui-même atteste afin que la compagnie de ses élus soit illuminée par les paroles qui sortent de vos lèvres. Dis : En vérité, nous croyons en ce qui fut révélé aux Apôtres d'autrefois, en ce qui a été révélé à 'Ali [2], par le pouvoir de la vérité, et en ce qui est à présent révélé depuis son Trône de gloire. Ainsi votre Seigneur vous instruit-il, en signe de sa faveur et en gage de sa grâce qui embrasse tous les mondes.

[1] C'est-à-dire la lettre "Kaf". Dans tous les exemples où sont mentionnées, dans les Écrits, les lettres "Kaf" et "Nun", ce sont les deux consonnes arabes qui forment le mot "Kun", qui est l'impératif du verbe "être" en arabe. "Sois" dans la traduction française, d'où la lettre "S". Le puissant pilier est constitué par les Manifestations dont la parole est créatrice.
[2] Le Bab.

61. Ô pieds de ce Temple, en vérité, nous vous avons fait d'acier. Restez fermes en la cause de votre Seigneur avec une constance qui affermira les pieds des âmes chancelantes dans le sentier de Dieu, le Tout-Puissant, le Très-Sage. Évitez que les tempêtes de l'inimitié et de la haine, ou les foudres des artisans d'iniquité ne vous fassent chanceler. Soyez inébranlables en la foi de Dieu, et ne vacillez pas. En vérité, nous vous avons suscités en vertu de ce Nom qui est la source de toute fermeté, et par la grâce de chacun de nos Noms les plus excellents qui sont révélés à tous, sur la terre et au ciel. Sous peu, nous appellerons à l'existence, grâce à vous, d'autres pieds, fermes et loyaux, qui marcheront impavides en notre sentier, alors même qu'ils seraient attaqués par des armées aussi formidables que les forces combinées des générations anciennes et nouvelles. Oui, nous tenons toute grâce au creux de notre main, et l'accordons comme il nous plaît à nos serviteurs préférés. Encore et encore, nous vous avons offert nos faveurs afin que vous soyez si reconnaissants envers votre Seigneur, que toutes choses créées chantent mes louanges, à moi, le Très-Miséricordieux, le Très-Compatissant.

62. Ô Temple vivant, lève-toi pour servir cette Cause grâce à une puissance et un pouvoir issus de nous. Divulgue aux serviteurs de Dieu tout ce que t'a transmis l'Esprit de Dieu, le Seigneur souverain, l'Incomparable, le Très-Glorieux, le Très-Sage. Dis : Ô peuple, vous détourneriez-vous de celui qui est la Vérité éternelle, et choisiriez-vous à la place celui que nous avons créé d'une simple poignée de glaise ? Agir ainsi, c'est vous infliger une grave injustice, si vous êtes de ceux qui méditent sur les versets de votre Seigneur. Dis : Ô peuple, purifiez votre coeur et vos yeux afin que vous puissiez reconnaître votre créateur dans ces habits saints et lumineux. Dis : L'Adolescent céleste est monté sur le Trône de gloire, a rendu manifeste sa souveraineté indépendante et maintenant il lance entre terre et ciel, en accents doux et merveilleux, cet appel : "Ô peuples de la terre, pour quelle raison avez-vous cessé de croire en votre Seigneur, le Très-Miséricordieux, et vous êtes-vous détournés de celui qui est la Beauté du Très-Glorieux ? Par la justice de Dieu ! Voici son secret caché, qui s'est levé à l'aurore de la création. Et voici sa Beauté adorée, qui resplendit au-dessus de l'horizon de ce rang exalté, investie de la souveraineté de Dieu, le Secours, le Très-Glorieux, le Conquérant, le Tout-Puissant."

63. Ô Temple de sainteté, en vérité, nous avons purifié ta poitrine des murmures du peuple et l'avons sanctifiée des allusions terrestres afin que la lumière de ma beauté y apparaisse et se reflète dans les miroirs de tous les mondes. Ainsi t'avons-nous distingué au-dessus de tout ce qui fut créé dans le ciel et sur la terre, et au-dessus de tout ce qui fut décrété dans les royaumes de la révélation et de la création. Nous t'avons choisi comme notre propre Moi. Ce n'est qu'une preuve de la bonté que Dieu t'a accordée, une bonté qui durera jusqu'au Jour qui n'a pas de fin en ce monde contingent. Il perdurera aussi longtemps que perdurera Dieu, le Roi suprême, le Secours, le Puissant, le Sage. Car le jour de Dieu n'est autre que son propre Soi, apparu avec le pouvoir de la vérité. Voici le Jour qui ne sera pas suivi par la nuit, pas plus qu'il ne sera limité par quelque louange, si vous êtes de ceux qui peuvent comprendre !

64. Ô coeur de ce Temple, en vérité, nous avons fait en sorte que toutes les choses reflètent ta réalité, et nous avons fait de toi un miroir de notre propre Moi. Jette sur le coeur de toutes choses créées, les splendeurs de la lumière de ton Seigneur afin qu'il soit libéré de toutes allusions et limitations. Ainsi resplendit le Soleil de la sagesse, au-dessus de l'horizon de la plume du Roi éternel. Bénis ceux qui le perçoivent ! Par toi, nous avons créé d'autres coeurs sanctifiés, et nous les ferons retourner à toi, en gage de notre grâce pour toi et pour nos serviteurs préférés. Par toi, nous appellerons sous peu à l'existence, des hommes au coeur sanctifié et illuminé, qui n'attesteront que de ma beauté et ne montreront que la lumière resplendissante de mon visage. Ceux-ci seront, en vérité, les miroirs de mes Noms parmi toutes les choses créées.

65. Ô Temple de sainteté, en vérité, nous avons fait du tréfonds de ton coeur le trésor de toute la connaissance des âges passés et futurs, et le lieu d'où pointe l'aurore de notre savoir que nous avons ordonné pour les habitants de la terre et du ciel afin que toute la création prenne sa part des générosités de ta grâce et parvienne, par les merveilles de ta science, à la reconnaissance de Dieu, l'Exalté, le Puissant, le Grand. En vérité, ce savoir qui appartient à ma propre essence, est tel que personne ne l'a jamais compris ou n'en saisira jamais le poids, et aucun coeur ne sera capable de le porter. Si nous devions divulguer ne serait-ce qu'une seule parole de ce savoir, les hommes seraient consternés, les fondations de toutes choses s'écrouleraient et le pied des plus sages en trébucherait.

66. Au coeur du trésor de notre sagesse, réside, celé, un savoir dont une seule parole, si nous choisissions de la divulguer à l'humanité, ferait reconnaître par chaque être humain la Manifestation de Dieu et admettre son omniscience ; elle permettrait à chacun de découvrir les secrets de toutes les sciences, et d'atteindre un rang si élevé, qu'il se trouverait totalement indépendant de tout savoir passé et futur. Nous possédons aussi d'autres savoirs, dont nous ne pouvons divulguer une seule lettre, pas plus que nous trouvons l'humanité apte à entendre la plus simple référence à leur signification. Ainsi t'avons-nous informé de la science de Dieu, l'Omniscient, le Très-Sage. Si nous trouvions des vases dignes, nous déposerions en eux les trésors des sens cachés et leur transmettrions un savoir, dont une seule lettre embrasserait toutes les choses créées.

67. Ô saint des saints de ce Temple, nous avons fait de toi l'aurore de notre connaissance et de notre sagesse pour tous ceux qui sont au ciel et sur la terre. De toi, nous avons fait naître toutes les sciences, et à toi nous les ferons retourner. Et de toi, nous les susciterons une deuxième fois. Telle est, en effet, notre promesse, et puissant sommes-nous pour accomplir notre dessein. Par toi, nous appellerons sous peu à l'existence, des interprètes de sciences nouvelles et merveilleuses, d'arts puissants et créatifs, et par eux, nous rendrons manifeste ce que n'a encore conçu le coeur d'aucun de nos serviteurs. Ainsi, nous accordons à qui nous voulons ce que nous désirons, et nous reprenons de qui nous voulons ce que nous avons donné autrefois. Ainsi par notre ordre, décrétons-nous ce qui nous plaît.

68. Dis : Choisir, à un moment, de jeter les rayons de notre tendre providence sur les miroirs de toutes choses, et à un autre, de soustraire d'eux les splendeurs de notre lumière, est véritablement en notre pouvoir, et personne n'a le droit de demander "pourquoi ?" ou "pour quelle raison ?". Car nous sommes puissant pour réaliser notre dessein, et n'avons pas à rendre compte de ce que nous provoquons. Personne ne peut argumenter sur ce point sauf ceux qui donnent des partenaires à Dieu et doutent de sa vérité. Dis : Rien ne peut résister au pouvoir de notre puissance ou interrompre le cours de notre volonté. Nous exaltons qui nous plaît dans le royaume de puissance et de gloire céleste, et, si nous le désirons, nous le jetons dans les abîmes les plus profonds de la dégradation.

69. Ô habitants de la terre, prétendriez-vous que si nous élevons une âme jusqu'au Sadratu'l-Muntaha [1], elle cesserait d'être soumise au pouvoir de notre souveraineté et de notre empire ? Non, par mon propre Moi ! Si tel était notre voeu, nous la rendrions à la poussière plus rapidement qu'un clin d'oeil. Voyez un arbre. Regardez comment nous le plantons dans un jardin, et comment nous le nourrissons des eaux de notre tendre attention. Et considérez comment, lorsqu'il est devenu grand et mature, qu'il a donné des feuilles et de bons fruits, nous lui envoyons les vents impétueux de notre décret, nous le déracinons et nous le laissons se prosterner face contre terre. Ainsi avons-nous procédé avec toutes choses, et ainsi en est-il en ce jour. Telles sont, en vérité, les merveilles incomparables de notre méthode immuable, une méthode qui a toujours gouverné et gouverne toujours toutes choses, si vous êtes de ceux qui perçoivent. Nul, cependant, n'en connaît la sagesse, si ce n'est Dieu, l'Omnipotent, le Tout-Puissant, le Très-Sage.

[1] "L'arbre au-delà duquel il n'y a pas de passage", est une référence au rang de la Manifestation de Dieu.

70. Réfuteriez-vous, ô peuple, ce que voient vos yeux ? Malheur à vous, ô assemblée de détracteurs ! Seul est exempt du changement, son propre Soi, le Très-Miséricordieux, le Très-Compatissant, si vous voyiez avec les yeux de l'intuition, tandis que tout ce qui est autre que lui peut être altéré par un acte de sa volonté. En vérité, il est l'Omnipotent, le Tout-Puissant, le Très-Sage.

71. Ô peuple, ne disputez pas de ma Cause, car vous ne saisirez jamais la sagesse multiple de votre Seigneur, pas plus que vous ne mesurerez jamais la connaissance de celui qui est le Très-Glorieux, le Dominateur. Quiconque affirme avoir connu son essence figure sans aucun doute parmi le plus ignorant de tout le peuple Chaque atome dans l'univers accuserait d'imposture un tel individu, et de ceci porte témoignage ma langue, laquelle ne dit que la vérité. Magnifiez ma cause, promulguez mes enseignements et mes commandements, car aucune autre voie ne vous conviendra et aucun autre sentier ne mènera jamais à lui. Puissiez-vous seulement suivre notre conseil !

72. Ô Temple vivant, nous avons fait de toi la source de chacun de nos titres excellents, l'aube de chacun de nos plus augustes attributs et la fontaine de chacune de nos multiples vertus pour les habitants de la terre et du ciel. Par la suite, nous t'avons élevé à notre propre image entre le ciel et la terre, et avons décrété que tu sois le signe de notre gloire pour tous ceux qui sont dans les royaumes de la révélation et de la création afin que mes serviteurs puissent suivre tes traces et être de ceux qui sont bien guidés. Nous t'avons désigné pour être l'Arbre de grâce et de bonté pour les habitants à la fois des cieux et de la terre. Bonheur à ceux qui recherchent l'abri de ton ombre et qui s'approchent de ton Soi, le Protecteur omnipotent des mondes.

73. Dis : Nous avons fait de chacun de nos Noms une source qui fait jaillir et s'écouler les torrents de la sagesse et de la compréhension divines dans le jardin de notre Cause, des torrents que personne ne peut dénombrer, si ce n'est ton Seigneur, le Très-Saint, l'Omnipotent, l'Omniscient, le Très-Sage. Dis : Nous avons engendré toutes les Lettres à partir du Point et nous les avons fait retourner à lui. Nous l'avons de nouveau envoyé sous la forme d'un temple humain. Toute gloire soit à l'Auteur de cet ouvrage incomparable et merveilleux ! Sous peu, nous le dévoilerons et l'expliquerons encore, en notre nom, le Très-Glorieux. C'est en effet un gage de notre grâce, et je suis, en vérité, le Très-Généreux, l'Ancien des Jours.

74. Nous avons engendré toutes les Lumières à partir de l'Orbe de notre nom, le Véritable et les y avons renvoyées, et nous les rendrons de nouveau manifestes sous la forme d'un temple humain. Toute gloire soit au Seigneur de force, de puissance et de pouvoir ! Personne ne peut s'opposer à l'opération de ma volonté ni à l'exercice de ma puissance. Je suis celui qui a créé toutes les créatures par une parole sortie de ma bouche et mon pouvoir est, en vérité, égal à mon dessein.

75. Dis : Il est en notre pouvoir, si nous le souhaitons, de faire expirer en un instant toutes les créatures et, l'instant d'après, de leur redonner vie. La connaissance en reste, cependant, avec Dieu seul, l'Omniscient, le Très-Informé. Il est en notre pouvoir, si nous le souhaitons, de permettre à un grain de poussière en suspension dans l'air, d'engendrer, plus rapidement qu'en un clin d'oeil, des soleils d'une splendeur infinie, inimaginable, de faire d'une goutte de rosée, des océans vastes et innombrables, d'infuser en chaque lettre une force telle qu'elle pourrait dévoiler toute la connaissance des âges passés et futurs. C'est, en vérité, une chose simple à réaliser. Telles sont les preuves de mon pouvoir, du commencement qui n'a pas de commencement jusqu'à la fin qui n'a pas de fin. Mes créatures, pourtant, se montrent négligentes envers mon pouvoir, elles répudient ma souveraineté et rivalisent avec mon propre Moi, l'Omniscient, le Très-Sage.

76. Dis : Rien de ce qui réside entre le ciel et la terre ne peut se mouvoir sans ma permission, et personne ne peut accéder à mon royaume sans mon ordre. Pourtant, ma puissance et ma souveraineté restent voilées aux yeux de mes créatures qui sont comptées parmi les insouciants. Dis : Rien n'est visible en ma révélation que la révélation de Dieu, et en ma puissance, que sa puissance, si vous pouviez le savoir. Dis : Mes créatures sont comme les feuilles d'un arbre. Elles proviennent de l'arbre et dépendent de lui pour leur existence, pourtant elles demeurent inconscientes de leur racine et de leur origine. Nous établissons ces comparaisons pour le bien de nos serviteurs perspicaces afin qu'ils puissent dépasser le simple niveau d'existence du végétal et parvenir à la véritable maturité en cette Cause irrésistible et ferme. Dis : Mes créatures sont comme les poissons de l'océan. Leur vie dépend de l'eau et pourtant, ils restent inconscients de ce qui, par la grâce d'un Seigneur omniscient et omnipotent, pourvoit à leur existence. Leur inconscience est telle, que si on leur posait des questions concernant l'eau et ses propriétés, ils s'avèreraient complètement ignorants. Ainsi, établissons-nous des comparaisons et des similitudes afin que le peuple se tourne vers celui qui est l'objet de l'adoration de l'ensemble de la création.

77. Ô peuple, craignez Dieu et croyez en celui dont la grâce a enveloppé toutes choses, dont la miséricorde a pénétré le monde contingent et dont la Cause souveraine et puissante embrasse votre être à la fois intérieur et extérieur, votre commencement et votre fin. Demeurez dans la crainte du Seigneur, et soyez de ceux qui agissent avec rectitude. Prenez garde d'être au nombre de ceux qui permettent aux versets de leur Seigneur de passer près d'eux sans être entendus ni reconnus ; ceux-là, en vérité, figurent parmi les entêtés.

78. Dis : Vénéreriez-vous celui qui n'entend ni ne voit, et qui est véritablement le plus abject, le plus abominable des serviteurs de Dieu ? Pour quelle raison avez-vous refusé de suivre celui qui est venu vers vous de la Source du commandement divin, porteur des nouvelles de Dieu, le plus Exalté, le plus Grand ? Ô peuple, ne soyez pas comme ceux qui se présentent devant notre trône, et qui pourtant n'ont pas su percevoir ni comprendre. Ceux-là sont en effet un peuple méprisable. Nous leur avons récité des versets qui captiveraient les habitants de l'Empyrée céleste et ceux du royaume d'en haut, et pourtant, ils s'en sont éloignés en se voilant la face et ont préféré écouter la voix de celui qui n'est qu'un serviteur de Dieu et une simple création de sa volonté. Ainsi vous transmettons-nous ce qui vous guidera vers le sentier des favoris de Dieu.

79. Nombreux sont ceux qui entrèrent dans la demeure paradisiaque, siège où est établi le trône de Dieu et se tinrent devant leur Seigneur, le plus Exalté, le plus Grand, dans le seul but de s'enquérir des quatre Portes ou de quelque Imam de la foi de l'islam ! [1]. C'était l'état de ces âmes, si vous êtes de ceux qui comprennent. C'est exactement ce dont vous êtes aujourd'hui témoins : Ceux qui n'ont pas cru en Dieu et lui ont donné des associés, s'accrochent à un seul de nos Noms, et sont empêchés de reconnaître celui qui est le Créateur de tous les Noms. Nous attestons que ces hommes appartiennent véritablement au peuple du Feu. Ils demandent au soleil d'expliquer les paroles de l'ombre, et au seul Véritable d'expliquer les paroles de ses créatures, si vous pouviez le percevoir ! Dis : Ô peuple, le soleil n'offre que le rayonnement de sa propre lumière et de ce qui en est visible, tandis que tout le reste recherche l'éclairage de ses rayons. Craignez Dieu, et ne soyez pas du nombre des ignorants ! Parmi eux figurent ceux qui interrogèrent l'obscurité au sujet de la lumière. Dis : Ouvre les yeux afin de pouvoir regarder l'éclat qui a visiblement enveloppé la terre. C'est, en vérité, une lumière qui s'est levée et resplendit d'un rayonnement évident au-dessus de l'horizon de l'Aube de la connaissance divine. Demanderiez-vous aux Juifs si Jésus était le seul vrai envoyé de Dieu, ou aux idoles si Muhammad était un apôtre de son Seigneur ? Interrogeriez-vous le peuple du Coran au sujet de celui qui était le Souvenir de Dieu, le Plus Exalté, le Plus Grand ?

[1] Ce sont des exemples du type de questions posées au Bab. D'après les enseignements de l'islam chi'ite, la direction de la communauté musulmane appartenait de droit, après le décès du Prophète Muhammad, à une lignée de douze successeurs, descendants de sa fille Fatimih, connus sous le nom de "Imams". Cette lignée fut, en fait, interrompue par "l'occultation" du douzième Imam. La communication avec celui-ci fut maintenue pendant un certain temps par une succession de quatre intermédiaires connus sous le nom de "Portes".

80. Dis : Ô peuple, devant les splendeurs de cette révélation, détachez-vous de ce que vous possédez, et adhérez à ce que Dieu vous a prescrit d'observer. Tel est son commandement envers vous, et il est, en vérité, le mieux à même de commander. Par ma Beauté ! Mon dessein, en révélant ces paroles, consiste à rapprocher les hommes de Dieu, le Très-Glorieux, le Très-Loué. Prenez garde d'agir avec moi comme vous avez agi avec mon Héraut. N'ergotez pas, lorsque les versets de Dieu vous sont envoyés de la cour de ma générosité, en disant : ils ne proviennent pas d'une nature innée et spontanée, car cette nature même est créée par ma parole et gravite autour de moi, si vous êtes de ceux qui saisissent cette vérité. Inhalez l'arôme des paroles de votre Seigneur, le Très-Miséricordieux et la douce odeur du vêtement des significations intérieures, qui se diffuse dans toute la création et répand ses parfums sur toutes les choses créées. Heureux sont ceux qui le perçoivent et se hâtent vers Dieu d'un coeur radieux.

81. Ô Temple vivant, en vérité, nous avons fait de toi un miroir pour le royaume des noms afin que tu sois, parmi les hommes, un signe de ma souveraineté, un héraut de ma présence, un rassembleur devant ma beauté et un guide en mon droit et clair sentier. Don de notre présence, nous avons exalté ton Nom parmi nos serviteurs. Je suis, en vérité, le Très-Généreux, l'Ancien des jours. Nous t'avons, de plus, paré du vêtement de notre propre Moi, et t'avons transmis notre Parole pour ordonner dans ce monde contingent ce que tu veux et accomplir ce qu'il te plaît. Nous t'avons destiné tout le bien des cieux et de la terre, et décrété que personne ne pourra y prendre part, à moins d'entrer sous ton ombre, ainsi que l'a voulu ton Seigneur, l'Omniscient, le Très-Informé. Nous t'avons octroyé le bâton de l'autorité et le pouvoir d'assigner en jugement pour te permettre d'éprouver la sagesse de chaque commandement. Nous avons fait jaillir de ton coeur les océans de l'explication et du sens intérieur, en souvenir de ton Seigneur, le Dieu de miséricorde afin que tu lui rendes grâce et le loues, et que tu sois de ceux qui sont véritablement reconnaissants. Nous t'avons distingué parmi toutes nos créatures, et t'avons désigné comme la manifestation de notre propre Moi pour tous ceux qui sont sur la terre et dans le ciel.

82. Avec notre permission, amène à l'existence des miroirs éclatants et des lettres exaltées qui attesteront de ta souveraineté et de ton empire, témoigneront de ta puissance et de ta gloire, et seront les manifestations de tes Noms parmi l'humanité. Nous avons fait encore en sorte que tu sois l'origine et le créateur de tous les miroirs, de même que, de toi, nous les avions engendrés auparavant. Et nous te ferons revenir à notre propre Moi, comme nous t'avons appelé au commencement. Ton Seigneur, en vérité, est l'Indépendant, le Tout-Puissant, l'Irrésistible. Mets en garde ces miroirs, dès qu'ils sont désignés, de peur qu'ils ne s'enflent d'orgueil devant leur Créateur, leur Façonneur lorsqu'il apparaît au milieu d'eux, ou qu'ils ne laissent les pièges du pouvoir les tromper et les empêcher de se courber devant Dieu, le Tout-Puissant, le Très-Généreux.

83. Dis : Ô assemblée de miroirs, vous n'êtes qu'une création de ma volonté et vous êtes venus à l'existence par vertu de mon commandement. Prenez garde de renier les versets de mon Seigneur, de faire partie des artisans d'iniquité et d'être comptés au nombre des égarés. Prenez garde de vous accrocher à ce que vous possédez, ou de vous enorgueillir de votre renommée et de votre prestige. Ce qui vous est nécessaire, c'est de vous détacher entièrement de tout ce qui est au ciel et sur terre. Ainsi en est-il décrété par celui qui est le Tout-Puissant, l'Omnipotent.

84. Ô Temple de ma cause ! Dis : Si je souhaitais transformer, en un seul instant, toutes choses en miroirs de mes Noms, ce serait sans le moindre doute en mon pouvoir, et combien plus en celui de mon Seigneur, celui qui m'a appelé à l'existence par son commandement absolu et inscrutable. Et si je choisissais de révolutionner en un clin d'oeil la création entière cela me serait assurément possible, et combien plus pour ce souverain dessein enchâssé dans la volonté de Dieu, mon Seigneur et le Seigneur de tous les mondes.

85. Dis : Ô vous les manifestations de mes Noms, si vous offriez tout ce que vous possédez, vos vies mêmes, dans le sentier de Dieu, si vous l'invoquiez aussi souvent qu'il y a de grains de sable, de gouttes de pluie et de vagues de la mer tout en vous opposant à la Manifestation de sa cause au moment de son apparition, vos oeuvres ne seraient en aucune façon mentionnées devant Dieu. Si vous négligiez toutes les oeuvres justes et choisissiez cependant de croire en lui en ces jours, Dieu remettra peut-être vos péchés. Il est, en vérité, le Très-Glorieux, le Très-Généreux. Ainsi le Seigneur vous informe de son dessein afin que vous ne vous enorgueillissiez pas devant celui qui a confirmé tout ce qui est révélé de toute éternité. Heureux celui qui s'approche de cette très sublime Vision et malheur à ceux qui s'en détournent !

86. Combien nombreux sont ceux qui dépensent toute leur richesse dans le sentier de Dieu, et que nous trouvons, à l'heure de sa révélation, parmi les rebelles et les impudents ! Combien sont ceux qui jeûnent le jour, uniquement pour protester contre celui par ordre de qui a été établie l'ordonnance du jeûne ! Ces hommes sont, en vérité, au nombre des ignorants. Et combien sont ceux qui mangent du pain le plus grossier, n'ont pour siège que l'herbe des champs et endurent toutes sortes de difficultés, simplement pour entretenir leur supériorité aux yeux des hommes ! Ainsi révélons-nous leurs actes afin que cela serve d'avertissement aux autres. Ceux-là se soumettent à toutes sortes de privations sous le regard des autres, dans l'espoir de perpétuer leurs noms, tandis qu'en réalité, il ne restera aucun souvenir d'eux, sauf dans les malédictions et les imprécations des habitants de la terre et du ciel.

87. Dis : Cela vous serait-il le moins du monde profitable si, comme vous vous plaisez à l'imaginer, vos noms devaient perdurer ? Non, par le Seigneur de tous les mondes ! Est-ce que l'idole 'Uzza [1] en a été rendue plus grande, parce que son nom a vécu parmi les adorateurs des noms ? Non, par celui qui est le Soi de Dieu, le Très-Glorieux, l'Irrésistible ! Si vos noms devaient s'effacer de tout esprit mortel, mais que Dieu soit satisfait de vous, vous seriez comptés au nombre des trésors de son nom, le plus Caché. Ainsi avons-nous envoyé nos versets afin qu'ils vous attirent vers la Source de toutes lumières, et vous familiarisent avec le dessein de votre Seigneur, l'Omniscient, le Très-Sage. Abstenez-vous donc de tout ce qui est interdit dans le Livre, et mangez des choses licites que Dieu a données pour votre subsistance. Ne vous privez pas de ses dons appréciables, car il est, en vérité, le Très-Généreux, le Seigneur de grâce abondante. Ne vous soumettez pas à des épreuves excessives, mais suivez le chemin évident que nous avons tracé pour vous grâce à nos versets lumineux et nos preuves explicites, et ne soyez pas négligents.

[1] Une des trois divinités de l'Arabie, dont le culte fut aboli par le Prophète Muhammad

88. Ô assemblée de religieux, il ne vous sied pas de vous vanter de vous abstenir de boire du vin, et de vous interdire d'autres transgressions similaires qui vous sont prohibées dans le Livre, car si vous commettiez de tels actes, la dignité de votre rang serait entachée aux yeux du peuple, vos affaires connaîtraient des difficultés et votre nom serait disgracié et déshonoré. Non, votre gloire véritable et pérenne réside en la soumission à la parole de celui qui est la Vérité éternelle et en votre détachement à la fois intérieur et extérieur de tout autre chose que Dieu, l'Absolu, le Tout-Puissant. Grande est la béatitude de ce religieux qui n'a pas permis au savoir de tirer un voile entre lui et celui qui est l'objet de toute connaissance, et qui, lorsque l'Absolu est apparu, s'est tourné vers lui avec un visage rayonnant. Il est, en vérité, au nombre des savants. Les habitants du paradis recherchent la bénédiction de son souffle, et sa lampe illumine tous ceux qui sont au ciel et sur la terre. Il est, en vérité, compté parmi les héritiers des Prophètes. Celui qui pose son regard sur lui, en vérité, a contemplé le Véritable, et celui qui s'est tourné vers lui, en vérité, s'est tourné vers Dieu, le Tout-Puissant, le Très-Sage.

89. Ô vous qui êtes les aurores de la connaissance, prenez garde de ne pas tolérer qu'on vous change, car si vous changez, la plupart des hommes changeront de même. Ce serait, en vérité, une injustice envers vous-mêmes et les autres. De ceci atteste tout homme de discernement et d'intuition. Vous êtes semblables à une source. Si elle est changée, les ruisseaux qui en découlent le seront aussi. Craignez Dieu, et soyez du nombre des pieux. De la même façon, si le coeur de l'homme est corrompu, ses membres le seront aussi. Et si les racines d'un arbre sont pourries, ses branches et ses boutures, ses feuilles et ses fruits le seront également. Ainsi avons-nous établi des similitudes pour votre instruction afin que vos possessions ne vous empêchent d'atteindre ce qui vous est destiné par celui qui est le Très-Glorieux, le Très Généreux.

90. Il est, en effet, en notre pouvoir de prendre une poignée de poussière et de la parer du vêtement de nos Noms. Ce ne serait, cependant, qu'un signe de notre faveur et non une indication d'un quelconque mérite qu'elle aurait possédé par nature, ainsi que le révèle celui qui est le souverain Révélateur, l'Omniscient. Considère la Pierre noire [1] dont Dieu a fait un point autour duquel tous les hommes gravitent en adoration. Cette bonté lui a-t-elle été conférée en vertu de son excellence naturelle ? Non, par mon propre Moi ! Cette distinction trouve-t-elle son origine dans sa valeur intrinsèque ? Non, par ma propre existence, dont l'essence a échappé même aux plus sages et aux plus sagaces des hommes !

[1] Un petit rocher situé en bas de l'angle est de la Kaaba.

91. Regarde aussi la Mosquée d'Aqsa et les autres lieux dont nous avons fait des sanctuaires dans chaque pays et chaque région. L'honneur et la distinction dont ils jouissent ne sont dus en aucune manière à leur propre mérite, mais trouvent leur origine dans leur relation avec nos Manifestations, que nous avons choisies pour être les sources de notre révélation parmi l'humanité, si vous êtes de ceux qui comprennent. En ceci réside une sagesse inscrutable pour tous sauf Dieu. Demandez afin qu'il puisse gracieusement vous expliquer son dessein. Son savoir, en vérité, embrasse toutes choses. Ô peuple, détachez-vous du monde et de ses vanités, et ne prêtez pas attention à l'appel de ceux qui n'ont pas cru en Dieu et lui ont donné des associés. Levez-vous au-dessus de l'horizon de la parole pour chanter et louer votre Seigneur, le Très-Miséricordieux. Voici ce que Dieu vous a destiné. Bonheur à ceux qui le perçoivent.

92. Dis : ô peuple, nous vous avons ordonné dans nos Tablettes de vous efforcer, au moment de la révélation promise, de sanctifier votre âme de tous noms, et de la purifier de tout ce qui a été créé dans le ciel ou sur la terre afin qu'y apparaissent les splendeurs du Soleil de vérité brillant au-dessus de l'horizon de la volonté de votre Seigneur, le Tout-Puissant, le Très-Grand. Nous vous avons, de plus, ordonné d'épurer votre coeur de toute trace de l'amour ou de la haine des peuples du monde, de peur qu'ils ne vous détournent d'une direction ou vous dirigent vers une autre. C'est en vérité, l'un des conseils des plus important que je vous donne dans le Livre explicite, car quiconque s'attache à l'un ou à l'autre, ne pourra parvenir à une compréhension correcte de notre Cause. De ceci atteste chaque âme juste et clairvoyante.

93. Cependant, vous avez rompu l'Alliance de Dieu, oublié son Pacte, et enfin, vous vous êtes détournés de celui dont la venue a consolé les yeux de chaque véritable croyant en l'unité divine. Levez les voiles et les coiffes qui obscurcissent votre vision, et considérez les témoignages des Prophètes et des Messagers afin de pouvoir reconnaître la cause de Dieu en ces jours où le Promis est venu, investi d'une souveraineté puissante. Craignez Dieu, et ne vous privez pas de celui qui est la source de ses signes. Cela, en vérité, ne profitera qu'à vous-mêmes. Car votre Seigneur, en vérité, peut se permettre de se passer de toutes les créatures. De toute éternité il est seul, il n'y a personne d'autre que lui. C'est en son nom que l'étendard de l'unité divine est hissé sur le Sinaï des mondes visibles et invisibles, proclamant qu'il n'est pas d'autre Dieu que moi, l'Inégalable, le Glorieux, l'Incomparable.

94. Voyez, cependant, comment ceux qui ne sont qu'une création de sa volonté et de son commandement, se détournent de lui et se donnent un seigneur et un maître aux côtés de Dieu. En vérité, ils sont au nombre des entêtés. La mention du Très-Miséricordieux a de tout temps été sur leurs lèvres et pourtant, lorsque celui-ci leur fut manifesté par le pouvoir de la vérité, ils se sont dressés contre lui. Vile, en effet, est la condition de ceux qui ont brisé l'Alliance de leur Seigneur lorsque le Luminaire du monde resplendit au-dessus de l'horizon de la volonté de Dieu, le Très-Saint, l'Omniscient, le Très-Sage. Contre Dieu, ils dégainèrent les épées de l'inimitié et de la haine, et pourtant, ils ne le perçoivent pas. Ils demeurent morts et enterrés dans la tombe de leurs désirs égoïstes, bien que les brises de Dieu aient soufflé sur toutes les régions. Ils sont, en vérité, enveloppés dans un voile épais et honteux. Et aussi souvent que les versets de Dieu leur sont répétés, ils persistent dans un dédain orgueilleux. C'est comme s'ils étaient dénués de toute compréhension, ou n'avaient jamais entendu l'appel de Dieu, le Très-Exalté, l'Omniscient.

95. Dis : Hélas pour vous ! Comment pouvez-vous vous affirmer croyants, quand vous reniez les versets de Dieu, le Tout-Puissant, le Très-Sage ? Dis : ô peuple, tournez votre visage vers votre Seigneur, le Très-Miséricordieux. Craignez d'être voilé par ce qui est révélé dans le Bayan. Celui-ci, en vérité, n'a été révélé que pour faire mention de moi, le Tout-Puissant, le Très-Haut, et n'avait d'autre objet que ma Beauté. Le monde entier est rempli de mon témoignage, si vous êtes de ceux qui jugent avec équité.

96. Si le Point premier avait été quelqu'un d'autre que moi, comme vous le proclamez, et s'il était parvenu en ma présence, jamais il ne se serait permis d'être séparé de moi ; nous aurions plutôt éprouvé ensemble un plaisir mutuel en mes Jours. En vérité, il a pleuré de douleur dans son éloignement de moi. Il m'a précédé afin de pouvoir appeler le peuple à mon royaume, comme établi dans les Tablettes, si vous pouviez le percevoir ! Oh, si l'on pouvait trouver des hommes capables d'entendre la voix de ses lamentations s'apitoyer dans le Bayan sur ce qui m'est advenu aux mains de ces âmes inconscientes, gémir sur sa séparation d'avec moi et dire son désir d'être uni avec moi, le Puissant, l'Incomparable. Il regarde, en vérité, en ce moment même, son Bien-aimé au milieu de ceux qui furent créés pour atteindre son Jour et se prosterner devant lui, et qui pourtant, dans leur malfaisance, lui infligèrent une humiliation telle que la plume confesse son incapacité à la décrire.

97. Dis : Ô peuple, en vérité, nous vous avons appelés, dans notre précédente révélation, à cette Scène de gloire transcendante, ce Siège de sainteté immaculée, et nous vous avons annoncé l'avènement des Jours de Dieu. Pourtant, lorsque ce très grand voile s'est déchiré, et que la Beauté ancienne vint à vous dans les nuées du décret de Dieu, vous avez renié celui en qui vous aviez cru auparavant. Le malheur soit sur vous, ô compagnie d'infidèles ! Craignez Dieu, et n'invalidez pas la vérité à cause de ce que vous possédez. Lorsque le luminaire des divins versets se lève sur vous à l'horizon de la plume du Roi de tous les noms et attributs, prosternez-vous devant Dieu, le Seigneur de tous les mondes. Car s'incliner en adoration au seuil de sa porte est meilleur pour vous que le culte de deux mondes, et vous soumettre à sa révélation vous est plus profitable que tout ce qui a été créé dans les cieux et sur la terre.

98. Dis : Ô peuple, je ne vous exhorte que pour l'amour de Dieu, et n'attends de vous aucune rétribution. Car la compagnie de Dieu sera ma récompense, lui qui m'a amené à l'existence, m'a élevé par le pouvoir de la vérité et a fait de moi la Source de son souvenir parmi ses créatures. Hâtez-vous de contempler cette Image divine et glorieuse, le lieu où Dieu a établi son siège. Ne suivez pas ce que le Malin vous murmure dans le coeur, car en vérité, il vous incite à courir après vos appétits et vos désirs avides, et il vous empêche d'emprunter le sentier droit qu'a ouvert cette Cause universelle et irrésistible.

99. Dis : Le Malin est apparu d'une manière que l'oeil de la création n'a jamais vue. Celui qui est la Beauté du Très-Miséricordieux a de même été manifesté, paré d'une façon jamais attestée par le passé. L'appel du Très-Miséricordieux a été lancé et ensuite l'appel de Satan. Bonheur à ceux qui écoutent la Voix de Dieu et tournent leur visage vers son trône pour contempler une image éminemment sainte et bénie. Car quiconque chérit en son coeur l'amour de tout autre que moi, ne serait-ce que dans la mesure d'un grain de moutarde, sera incapable d'entrer dans mon royaume. De ceci porte témoignage ce qui orne le préambule du Livre de l'existence, si vous pouviez le percevoir. Dis : Voici le Jour où la très grande faveur de Dieu a été rendue manifeste. La voix de tous au plus haut des cieux et ici-bas sur la terre proclame mon Nom et chante mes louanges, si vous pouviez l'entendre !

100. Ô Temple de la révélation divine, sonne la trompette en mon Nom ! Ô Temple des divins mystères, lance le clair appel de ton Seigneur, l'Inconditionné, l'Indépendant ! Ô Vierge du paradis, sors des chambres du paradis et annonce au peuple du monde : Par la rectitude de Dieu, il est désormais venu celui qui est le Bien-aimé des mondes, lui qui a toujours été le désir de chaque coeur perspicace, l'objet de l'adoration de tous ceux qui sont au ciel et sur la terre et le phare des générations anciennes et nouvelles

101. Prenez garde, de peur d'hésiter à reconnaître cette resplendissante Beauté une fois qu'elle est apparue dans la plénitude de sa puissance et de sa majesté souveraine. En vérité, il est le Véritable ; tout autre que lui n'est rien face à un seul de ses serviteurs et n'est que néant face à la révélation de ses splendeurs. Hâtez-vous donc de parvenir aux eaux vivifiantes de sa grâce et ne soyez pas du nombre des négligents. Quant à celui qui hésite, même pour moins qu'un instant, Dieu, en vérité, réduira ses oeuvres à néant et le renverra vers le siège de colère. Misérable est, en effet, le séjour de ceux qui s'attardent !


Pape Pie IX

102. Ô Pape, déchire les voiles : le Seigneur des Seigneurs est venu à l'ombre des nuées, et Dieu, le Tout-Puissant, l'Indépendant, a tenu sa promesse. Disperse les brumes par le pouvoir de ton Seigneur et élève-toi jusqu'au royaume de ses noms et de ses attributs. Ainsi te commande la Plume du Très-Haut sur l'ordre de ton Seigneur, le Tout-Puissant, l'Irrésistible. Oui, il est venu du ciel comme il en vint la première fois. Garde-toi d'argumenter avec lui comme le firent les pharisiens, sans aucun signe ni preuve évidente. À sa droite coulent les eaux vives de sa grâce, et à sa gauche le vin choisi de la justice, tandis que devant lui, porteurs des bannières de ses signes, marchent les anges du paradis. Prends garde qu'un nom ne te cache Dieu, le créateur de la terre et du ciel. Oublie le monde pour te tourner vers ton Seigneur, par qui la terre tout entière fut illuminée.

103. De notre nom, le Très-Glorieux, nous avons décoré le Royaume. Ainsi en a décrété Dieu, qui façonne tout. Prends garde que tes vaines imaginations ne te retiennent, maintenant que le Soleil de certitude s'est levé à l'horizon de la parole de ton Seigneur, le Puissant, le Bienveillant. Peux-tu vivre dans des palais, alors que celui qui est le Roi de la révélation habite la plus délabrée des demeures ? Laisse ces imaginations à ceux qui les désirent, et avec joie et ravissement, tourne ton visage vers le Royaume.

104. Dis : Ô peuples de la terre, détruisez les demeures de négligence par les mains du pouvoir et de l'assurance puis, au creux de votre coeur, construisez les palais du vrai savoir afin que le Très-Miséricordieux les inonde de la radiance de sa lumière. Cela vaut mieux pour vous que tout ce qui est sous le soleil comme en témoigne celui qui tient en sa main l'ultime décret. Lors de l'avènement du Désiré dans toute sa gloire, la brise de Dieu a soufflé sur le monde et chaque pierre, chaque motte de terre s'est exclamée : Voici le Promis ! le royaume est à Dieu, le Puissant, le Généreux, l'Indulgent.

105. Prends soin que la sagesse humaine ne t'éloigne de celui qui est l'objet suprême de toute connaissance ou que le monde ne te détourne de celui qui l'a créé et l'a mis en mouvement. Lève-toi au milieu des peuples du monde, au nom de ton Seigneur, le Dieu de miséricorde, et prends avec confiance la coupe de vie. Bois-en d'abord puis offres-en à ceux qui, parmi toutes les croyances, se tournent vers elle. Ainsi la lune de la parole se lève à l'horizon de la sagesse et de la compréhension.

106. Déchire le voile de la connaissance humaine de crainte qu'il ne te retienne loin de celui qui est mon nom, l'Absolu. Souviens-toi de celui qui était l'Esprit. Lorsqu'il vint, les plus érudits le condamnèrent en son propre pays alors qu'un simple pêcheur crut en lui. Prenez exemple, hommes au coeur éclairé. Tu es, en vérité, un des soleils du firmament de ses noms. Redoute que le voile des ténèbres ne s'étende sur toi et ne te prive de sa lumière. Médite sur ce qui fut révélé dans le Livre par ton Seigneur, le Puissant, le Très-Généreux.

107. Dis : immobilisez vos plumes, ô assemblée de prêtres, car voici que le crissement de la Plume de gloire s'élève entre le ciel et la terre. Rejetez tout ce que vous possédez et saisissez fermement ce que nous vous avons révélé avec puissance et autorité. L'heure occultée dans la connaissance de Dieu a sonné et tous les atomes de la terre proclament : L'Ancien des jours est venu dans sa grande gloire ! D'un coeur humble et contrit, hâtez-vous vers lui, ô peuples de la terre. Dis : En vérité, nous nous sommes offert en rançon pour vos vies. Hélas, lorsque nous revînmes, nous vous vîmes fuyant loin de nous et les yeux de ma tendre générosité pleurèrent amèrement sur mon peuple. Craignez Dieu, ô vous qui savez voir.

108. Considère ceux qui s'opposèrent au Fils quand il vint vers eux avec son souverain pouvoir. Combien de pharisiens attendaient sa venue et se lamentaient d'être séparés de lui ! Et pourtant lorsque leur parvint le parfum de sa présence et que sa beauté se dévoila, ils se détournèrent et entrèrent en contestation avec lui. Ainsi te rappelons-nous ce qui est écrit dans les Livres et les Écritures. Personne ne se tourna vers lui, sauf quelques-uns, dénués de tout pouvoir. Et cependant, aujourd'hui, tout homme doté de puissance et d'autorité s'enorgueillit de son Nom ! De même, considère combien sont nombreux aujourd'hui ces moines qui se cloîtrent dans leurs églises en se revendiquant de mon Nom ; ils ne nous reconnurent pas lorsqu'arriva le temps prévu pour dévoiler notre beauté alors qu'ils nous invoquaient soir et matin. Nous les voyons accrochés à mon Nom mais se détournant de moi. Quelle chose vraiment étrange !

109. Dis : Ne laissez pas vos dévotions vous retenir loin de celui qui est l'objet de toute dévotion, ni votre adoration vous éloigner de celui qui est l'objet de toute adoration. Lacérez les voiles de vos folles imaginations ! Voici votre Seigneur, le Puissant, l'Omniscient, qui vient revivifier le monde et unir tous ceux qui vivent sur terre. Tournez-vous vers la source de la révélation, ô peuple, et ne tardez pas, fut-ce d'un battement de paupière. Lisez-vous l'Évangile tout en refusant de reconnaître le Seigneur très glorieux ? Ceci ne vous convient pas, ô assemblée de savants !

110. Dis : Si vous reniez cette révélation, sur quelle preuve croyez-vous en Dieu ? Produisez-la. Ainsi l'appel pressant de votre Seigneur est révélé par la Plume du Très-Haut, sur l'ordre de ton Seigneur, le Très-Glorieux, dans cette épître à l'horizon de laquelle brille la splendeur de sa lumière. Nombreux sont nos serviteurs dont les actes, voiles entre eux et leur être propre, les ont retenus loin de Dieu, celui qui fait souffler les vents.

111. Ô assemblée de moines, la création embaume la fragrance du Très-Miséricordieux. Béni celui qui oublie ses désirs et se cramponne à cet avis. Il est de ceux qui atteignent la présence de Dieu en ce jour où les habitants de la terre sont traumatisés et où tous sont désespérés à l'exception de ceux que Dieu protège, lui qui fait ployer le cou des hommes.

112. Alors qu'aux mains des êtres de négation, le manteau de Dieu est taché du sang de la haine, vous ornez vos corps ! Sortez de vos habitations et appelez le peuple à pénétrer dans le royaume de Dieu, le Seigneur du jour du jugement. La parole cachée par le Fils est rendue manifeste. Elle est révélée en ce jour sous la forme du temple humain. Béni soit le Seigneur qui est le Père ! Il vient vers les nations dans sa grande majesté. Tournez-vous vers lui, ô assemblée de justes !

113. Ô disciples de toutes les religions, nous vous voyons errer, perdus dans la solitude de l'erreur. Vous êtes les poissons de cet océan ; pourquoi vous éloigner de ce qui vous fait vivre ? Voyez : il s'enfle devant vous. Depuis toutes les collines, hâtez-vous vers lui. Voici le jour où le Rocher crie, s'exclame et célèbre la louange de son Seigneur, le Très-Haut, le Possesseur de toutes choses ; il dit : "Voyez ! le Père est venu et ce qui vous fut promis dans le Royaume est accompli !" Cette parole, préservée derrière le voile de grandeur, répand, avec évidence, sa lumière à l'horizon de la volonté divine, lorsque la promesse s'accomplit.

114. Mon corps supporte l'emprisonnement afin que vos âmes soient libérées de leurs chaînes et nous consentons à être abaissé afin que vous soyez exaltés. Écoutez le Seigneur de gloire et de puissance plutôt que n'importe quel oppresseur impie. Mon corps désire ardemment la croix et ma tête espère le coup de lance dans le sentier du Très-Miséricordieux, pour que le monde soit purifié de ses transgressions. Ainsi le soleil de l'autorité divine brille à l'horizon de la révélation de celui qui est le possesseur de tous les noms et attributs.

115. Le peuple du Coran s'est rebellé contre nous et nous inflige de tels tourments que l'Esprit saint se lamente, que l'orage tonne et que les nuages pleurent sur nous. L'un de ces impies s'imagine que les calamités peuvent détourner Baha d'accomplir le dessein de Dieu, le Créateur de tout. Dis : Par celui qui fait pleuvoir la pluie, rien, absolument rien, ne peut l'empêcher de se souvenir de son Seigneur.

116. Par la droiture de Dieu ! Qu'ils le jettent dans une fournaise allumée sur la terre et sa tête émergera au coeur de l'océan pour proclamer : Il est le Seigneur de tous ceux qui sont au ciel et sur la terre ! Qu'ils le précipitent au fond d'un puits ténébreux et ils le trouveront siégeant sur les plus hauts sommets, proclamant d'une voix forte à toute l'humanité : Voici le Désir du monde, venu dans sa majesté, sa souveraineté et son empire transcendant ! Qu'ils l'enterrent au tréfonds de la terre et son Esprit, s'élevant au sommet du ciel, lancera cet appel : Voyez la venue de la Gloire. Contemplez le royaume de Dieu, le Très-Saint, le Très-Puissant ! Et qu'ils répandent son sang, chaque goutte s'époumonera en invoquant Dieu en ce Nom par lequel les fragrances de son vêtement se diffusent dans toutes les directions.

117. Menacé par l'épée de nos ennemis, nous appelons néanmoins toute l'humanité à Dieu, qui créa la terre et le ciel ; l'aide que nous lui offrons ne peut être perturbée ni par les armées de la tyrannie ni par le pouvoir des iniques. Dis : Ô peuples de la terre, détruisez les idoles de vos vaines imaginations au nom de votre Seigneur, le Très-Glorieux, l'Omniscient, et tournez-vous vers lui, en ce jour que Dieu a fait le Roi des jours.

118. Ô souverain Pontife, tends l'oreille vers ce que te conseille celui qui ranime les os tombés en poussière, par la voix de celui qui est son plus grand Nom. Vends les somptueux vêtements que tu possèdes et dépenses-en le prix dans le chemin de Dieu, celui qui assure le retour des jours et des nuits. Abandonne ton royaume aux rois et, détaché du monde, le visage fixé sur le Royaume, sors de ta demeure pour chanter entre le ciel et la terre les louanges de ton Seigneur. Ainsi te l'ordonne, de la part de ton Seigneur, le Tout-Puissant, l'Omniscient, celui qui est le possesseur des Noms. Exhorte les rois en ces termes : Conduisez-vous de manière équitable avec les hommes. Veillez à ne pas transgresser les limites fixées dans le Livre. Voilà ce qui te convient. Garde-toi de t'approprier les choses de ce monde et ses richesses. Laisse-les à ceux qui les désirent et attache-toi à ce que te prescrit celui qui est le Seigneur de la création. Quelqu'un t'offrirait-il tous les trésors de la terre, refuse d'y jeter même un simple coup d'oeil. Agis comme ton Seigneur a agi. Ainsi la Langue de révélation te transmet-elle les paroles dont Dieu fait l'ornement du Livre de la création

119. Regarde une perle dont la nature est de briller. Un voile de soie suffit à cacher son lustre et sa beauté. De même, la distinction de l'homme réside en l'excellence de sa conduite, dans l'acquisition de ce qui convient à son état et non dans la poursuite de jeux enfantins. Sache que l'ornement qui te convient est l'amour de Dieu et le détachement de tout sauf de lui, et non le luxe que tu possèdes. Abandonne celui-ci à ceux qui le recherchent et tourne-toi vers Dieu, qui fait couler les fleuves.

120. Tout ce qui est sorti de la bouche du Fils fut révélé en paraboles, alors que celui qui proclame en ce jour la Vérité ne s'en sert pas. Attention de ne pas t'accrocher à la corde des vaines imaginations et que cela ne t'écarte de ce qui est ordonné dans le royaume de Dieu, le Puissant, le Bienfaisant. Si tu es grisé par le vin de mes versets, et décides de te présenter devant le trône de ton Seigneur, le créateur du ciel et de la terre, revêts-toi de mon amour, protège-toi avec mon souvenir et nourris-toi de la confiance en Dieu, qui dispense tout pouvoir.

121. Ô disciples du Fils, nous vous avons de nouveau envoyé Jean qui, en vérité, a crié dans le désert du Bayan : Ô peuples du monde, lavez vos yeux ! Voici qu'arrive le jour où vous pourrez contempler le Promis et vous en approcher. Ô disciples de l'Évangile, préparez la voie ! Le jour de l'avènement du Seigneur glorieux est proche. Préparez-vous à entrer dans le royaume. Ainsi l'ordonne Dieu qui fait se lever l'aurore.

122. Tendez l'oreille aux roucoulements de la Colombe d'éternité perchée sur les branches de l'Arbre divin : Ô peuples de la terre, nous vous avons envoyé Jean pour vous baptiser avec de l'eau afin que vos corps soient purifiés dans l'attente de l'apparition du Messie. Celui-ci, à son tour, vous purifia du feu de l'amour et de l'eau de l'esprit dans l'attente de ces jours prévus par le Très-Miséricordieux pour vous purifier avec l'eau de la vie, des mains de sa généreuse bonté. Voici le Père annoncé par Isaïe, le Consolateur que l'Esprit vous a promis. Ouvrez les yeux, ô assemblée d'évêques, afin de contempler votre Seigneur trônant sur le siège de puissance et de gloire.

123. Ô membres de toutes les religions, ne marchez pas dans les pas de ceux qui suivirent les pharisiens et s'écartèrent ainsi de l'Esprit. Ils se sont vraiment égarés dans l'erreur. La Beauté ancienne est venue dans son plus grand Nom et elle désire accueillir toute l'humanité dans son très saint royaume. Les coeurs purs contemplent le royaume de Dieu dévoilé devant sa Face. Hâtez-vous vers lui et ne suivez pas l'infidèle et l'impie. Si ton oeil s'y oppose, arrache-le [1]. Ainsi l'a décrété la Plume de l'Ancien des jours sur l'ordre du Seigneur de toute la création. Certes, il est venu de nouveau pour vous sauver, ô peuples de la terre ! Allez-vous assassiner celui qui désire vous offrir la vie éternelle ? Craignez Dieu, ô vous qui comprenez !

[1] cf. Matthieu 5 : 29, Marc 9 : 47

124. Ô peuple, écoutez ce qui vous est révélé par votre Seigneur très glorieux et tournez vos visages vers Dieu, le Seigneur de ce monde et du monde à venir. Ainsi vous commande celui qui est l'Orient du soleil de l'inspiration divine selon l'ordre du Façonneur de toute l'humanité. Certes, nous vous avons créés pour la lumière et nous ne désirons pas vous abandonner au feu. Émergez de l'ombre, ô peuple, par la grâce de ce Soleil qui brille à l'horizon de la providence divine et tournez-vous vers lui, le coeur sanctifié, l'âme assurée, l'oeil attentif et la face éclairée. L'Ordonnateur suprême vous le conseille depuis le lieu de sa gloire transcendante, afin qu'ainsi vous soyez attirés vers le royaume de ses noms.

125. Béni celui qui reste fidèle à l'Alliance de Dieu et malheur à celui qui la brise et qui ne croit pas en lui, le Détenteur des secrets. Dis : Voici le jour des bénédictions ! Empressez-vous afin que je fasse de vous des rois dans les royaumes de mon empire. Suivez-moi, et vous contemplerez ce qui vous fut promis ; je ferais de vous mes compagnons dans le domaine de ma majesté et les intimes de ma beauté au ciel de mon pouvoir, à jamais. Si vous vous rebellez contre moi, dans ma clémence, je le supporterai patiemment espérant que vous vous éveillerez et vous lèverez de la couche de la négligence. Ainsi ma miséricorde vous entoure-t-elle. Craignez Dieu et ne suivez pas ceux qui se sont détournés de sa Face alors qu'ils invoquent son nom jour et nuit.

126. Le jour de la moisson est certes venu et toutes choses sont séparées. Le Moissonneur a engrangé dans les greniers de la justice ce qu'il a choisi, et jeté au feu ce qui en est digne. Tel est, en ce jour promis, le décret de votre Seigneur, le Puissant, le Dieu d'amour. En vérité, Il ordonne ce qui lui plaît. Il n'est pas d'autre Dieu que lui, le Tout-Puissant, l'Irrésistible. Le désir du divin moissonneur est d'engranger toute bonne chose pour Moi. Il n'a parlé que pour vous faire connaître ma Cause et vous guider vers le chemin de celui dont la mention orne tous les Livres sacrés.

127. Dis : Ô assemblée de chrétiens, nous nous sommes déjà révélé à vous en une occasion précédente et vous ne nous avez pas reconnu. Voici qu'une autre occasion vous est offerte. Voici le jour de Dieu. Tournez-vous vers lui. Il est descendu du ciel comme il le fit la première fois et il désire vous abriter à l'ombre de sa miséricorde. Il est, en vérité, l'Éminent, le Puissant, l'Aide suprême. Le Bien-aimé n'aime pas vous voir consumés par le feu de vos désirs. Si un voile vous sépare de lui, ce n'est qu'en raison de votre égarement et de votre ignorance. Vous me mentionnez sans me connaître. Vous faites appel à moi, mais rejetez ma révélation bien que je sois venu vers vous dans ma gloire depuis le ciel de la préexistence. En mon Nom et par le pouvoir de ma souveraineté, déchirez les voiles pour découvrir un chemin vers votre Seigneur.

128. Depuis la tente de majesté et de grandeur, le roi de gloire proclame et dit : Ô peuple de l'Évangile, ceux qui n'étaient pas dans le royaume y sont maintenant entrés alors que nous vous voyons, en ce jour, vous attarder à la porte. Déchirez les voiles par le pouvoir de votre Seigneur, le Puissant, le Très-Généreux et, en mon Nom, entrez dans mon royaume. Ainsi vous le demande celui qui désire pour vous la vie éternelle. Il a, en vérité, pouvoir sur toutes choses. Bénis ceux qui ont reconnu la lumière et se hâtent vers elle. En vérité, ils résident dans le royaume et partagent la nourriture et la boisson des élus de Dieu.

129. Ô enfants du royaume, nous voyons que vous êtes dans l'ombre. Cela ne vous convient pas. Vos actes vous rendent-ils craintifs face à la Lumière ? Dirigez-vous vers lui. Les pas de votre Seigneur très glorieux ont béni les pays qu'ils ont foulés. Ainsi nous aplanissons pour vous le chemin de celui que l'Esprit a prophétisé. Je témoigne de lui comme il a témoigné de moi. Il a dit, en vérité : "Suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes". Mais en ce jour nous disons : Suivez-moi et je ferai de vous des vivificateurs de l'humanité. Ainsi la Plume de la révélation a inscrit ce décret dans cette épître.

130. Ô Plume du Très-Haut, remue-toi en pensant à d'autres rois cités dans ce Livre lumineux et béni afin qu'ils se lèvent de la couche de négligence, écoutent les chants du Rossignol niché sur les branches de l'Arbre divin et se hâtent vers Dieu dans cette merveilleuse et sublime révélation.


Napoléon III

131. Ô roi de Paris [1], dis aux prêtres de ne plus faire sonner les cloches. Par Dieu, le Vrai, celui qui est le plus grand Nom lance l'appel le plus puissant et les doigts de la volonté de ton Seigneur, le Très-Élevé, le Sublime, le font résonner en son Nom au ciel d'immortalité. Ainsi, une fois encore descendent sur toi les versets puissants de ton Seigneur, afin que tu te lèves pour mentionner Dieu, le créateur de la terre et du ciel, en ces jours où gémissent tous les peuples de la terre, où sont ébranlées les colonnes des cités, et où la poussière de l'irréligion enveloppe tous les hommes sauf ceux qu'il a plu à Dieu, le Savant, le Sage, d'épargner. Dis : Celui qui est l'Inconditionné est venu, entouré de nuées de lumière, pour vivifier toutes choses créées par la brise de son Nom, le Très-Miséricordieux, pour unifier le monde et pour rassembler tous les hommes autour de cette table descendue du ciel. Garde-toi de refuser la grâce de Dieu alors qu'il te l'a envoyée. Meilleure est-elle pour toi que tout ce que tu possèdes car disparaît ce qui est tien, alors que perdure ce qui est à Dieu. En vérité, il ordonne ce qui lui plaît. Oui, elles se lèvent les brises du pardon dispensées par ton Seigneur, le Dieu de miséricorde. Qui se tourne vers elles est purifié de ses péchés, de toute souffrance et de toute maladie. Heureux celui qui s'expose à ces brises et malheur à qui s'en protège.

[1] Il s'agit de la seconde épître adressée par Baha'u'llah à l'empereur des Français. Une première épître avait été révélée à Andrinople

132. Si tu tendais ton ouïe intérieure vers toutes choses créées, tu entendrais : L'Ancien des Jours est apparu dans sa grande gloire ! Tout célèbre la gloire du Seigneur. Certains ont connu Dieu et le mentionnent, d'autres le mentionnent sans le connaître. Aussi avons-nous consigné notre décret sur une tablette évidente.

133. Ô Souverain, écoute la voix du feu allumé dans cet arbre verdoyant, sur ce Sinaï élevé en ce lieu sacré et nivéen, par-delà la Cité éternelle : Certes, il n'est pas d'autre Dieu que moi, le Clément, le Très-Miséricordieux. En vérité, nous envoyons celui que nous soutenons par le Saint-Esprit afin qu'il vous annonce cette lumière qui brille de l'horizon de la volonté de votre Seigneur, le Sublime, le Très-Glorieux et dont les signes se manifestent en Occident. Tournez vos visages vers lui en ce jour que Dieu exalte au-dessus de tous les autres jours, et où le Très-Miséricordieux répand la splendeur de sa gloire rayonnante sur tous ceux qui sont au ciel et sur la terre. Lève-toi pour servir Dieu et soutenir sa cause. Il t'aidera vraiment par les armées du visible et de l'invisible et fera de toi le roi de tout ce qu'éclaire le soleil. Ton Seigneur est vraiment le Tout-Puissant, l'Omnipotent.

134. Les brises du Très-Miséricordieux soufflent sur toutes choses créées ; heureux l'homme qui découvre leur parfum et qui d'un coeur pur se dirige vers elles. Orne ton temple de la parure de mon nom, ta parole de mon souvenir et ton coeur de ton amour pour moi, le Tout-Puissant, le Très-Haut. Nous ne désirons pour toi que le meilleur, meilleur que ce que tu possèdes et que tous les trésors de la terre. Ton Seigneur est réellement celui qui sait, il est informé de tout. Lève-toi en mon Nom parmi mes serviteurs et dis : Ô peuples de la terre, tournez-vous vers celui qui se tourne vers vous. Il est en vérité le visage de Dieu parmi vous, son témoin et son guide pour vous. Il vient vers vous avec des signes qu'il est seul à présenter. La voix du Buisson ardent retentit au centre du monde et le Saint-Esprit annonce aux nations : Voyez ! Le Promis est venu avec un pouvoir évident.

135. Ô Roi, elles sont tombées, les étoiles du ciel du savoir : celles qui cherchent à établir la vérité de ma cause par leurs propres moyens et font mention de Dieu en mon Nom. Et cependant quand je suis venu vers elles dans toute ma gloire, elles se sont détournées de moi. Elles sont, certes, parmi les déchues. Voilà ce que l'esprit de Dieu annonça quand il vint avec la vérité parmi vous, lui que les docteurs juifs contestèrent jusqu'à commettre ce qui provoqua les lamentations du Saint-Esprit et les larmes de ceux qui sont proches de Dieu. Pense à ce pharisien qui adora Dieu pendant soixante-dix ans et rejeta le Fils lorsqu'il apparut alors que fut admis dans le Royaume quelqu'un qui avait commis l'adultère. Ainsi te conseille la Plume, selon l'ordre du Roi éternel, pour que tu saches ce qu'il advint dans le passé et que tu sois compté, en ce jour, parmi ceux qui croient sincèrement.

136. Dis : ô assemblée de moines, ne vous enfermez pas dans vos églises et vos cloîtres. Avec ma permission, sortez et travaillez à ce qui vous profitera et profitera aux autres. Ainsi vous ordonne celui qui est le Seigneur du jour de la résurrection. Enfermez-vous dans la forteresse de mon amour. Voici vraiment la réclusion qui vous convient si vous pouviez le savoir. Celui qui s'enferme chez lui est comme mort. Il convient à l'homme de produire ce qui bénéficie à l'humanité. Celui qui ne produit pas de fruit est destiné au feu. Ainsi vous conseille votre Seigneur. En vérité, il est le Fort, le Généreux. Mariez-vous afin que de vous naisse quelqu'un pour prendre votre place. Certes, nous interdisons la lubricité, mais pas ce qui favorise la fidélité. Etes-vous esclaves des inclinaisons de votre nature et rejetez-vous les lois de Dieu ? Craignez Dieu et ne soyez pas insensés. Si ce n'est l'homme, qui sur ma terre se souviendrait de moi, comment mes Noms et attributs pourraient-ils être connus ? Réfléchissez et ne soyez pas de ceux qui se cachent de lui derrière un voile et s'enfoncent rapidement dans le sommeil. Celui qui ne se maria pas [1] ne trouva aucune place pour demeurer ou pour poser sa tête à cause de ce qu'accomplirent les traîtres. Sa Sainteté ne consistait pas en ce que vous pensez ou imaginez, mais plutôt en ce que nous possédons. Demandez à appréhender son rang qui est exalté au-dessus des imaginations vaines de tous les peuples. Bénis ceux qui comprennent.

[1] Jésus

137. Ô Roi ! Nous avons entendu la réponse que tu adressas au tsar de Russie concernant ta décision au sujet de la guerre [1]. Certes, ton Seigneur sait, il est informé. Tu dis : J'étais endormi sur ma couche et fus réveillé par les cris des malheureux qu'on noyait dans la Mer Noire. Voilà ce que nous t'avons entendu dire, et ton Seigneur est vraiment le témoin de mes paroles. Nous affirmons que ce ne sont pas leurs cris qui t'ont réveillé mais l'aiguillon de tes propres passions, car nous t'avons mis à l'épreuve et nous t'avons pris en défaut. Comprends le sens de mes propos et sois perspicace. Nous ne souhaitons pas t'adresser de blâme en raison du haut rang que nous t'avons conféré en ce monde mortel. Nous préférons la courtoisie dont nous avons fait le signe distinctif de ceux qui sont proches de lui. La courtoisie est réellement le vêtement qui sied à tous les hommes, jeunes ou vieux. Heureux celui qui s'en pare et malheur à celui qui se prive de cette magnificence. Si ton discours avait été sincère, tu n'aurais pas rejeté le Livre de Dieu, lorsque le Tout-Puissant, le Très-Sage te l'a envoyé. Ainsi t'avons-nous éprouvé et nous ne t'avons pas trouvé tel que tu te prétendais. Lève-toi et fais amende honorable pour ce qui t'a échappé. Avant peu, le monde, et avec lui tout ce que tu possèdes, périra mais le Royaume appartiendra toujours à Dieu, ton Seigneur, le Seigneur de tes pères. Il ne te convient pas de gérer tes affaires selon les exigences de tes désirs. Redoute les soupirs de cet opprimé et protège le contre les traits des fauteurs d'injustice.

[1] Guerre de Crimée 1853-1856.

138. Pour ce que tu as fait et en punition de ce que tu as tramé, ton empire s'échappera de tes mains et ton royaume sera jeté dans le chaos [1]. Tu comprendras alors à quel point tu t'es trompé. Dans ton pays, l'agitation s'emparera du peuple, à moins que tu ne te décides à soutenir cette cause et à suivre dans ce droit chemin celui qui est l'Esprit de Dieu. Ton faste t'a-t-il enorgueilli ? Par ma vie, il ne durera guère et sera bientôt anéanti, à moins que tu ne t'accroches fermement à cette corde solide. Nous voyons l'humiliation à tes trousses aussi longtemps que tu seras compté parmi les insouciants. Alors que tu entends sa voix venant du siège de gloire, il t'appartient d'abandonner tout ce que tu possèdes et de t'écrier : Me voici, ô Seigneur de tout ce qui est au ciel et sur la terre.

[1] Napoléon III fut vaincu à la bataille de Sedan (1870) et envoyé en exil.

139. Ô, Roi, nous étions en Irak quand vint l'heure de la séparation [1]. Sur l'ordre du roi de l'islam [2], nous nous dirigeâmes vers son pays. Là, il nous advint de la part des méchants ce que les livres ne pourront jamais raconter, dont se lamentent les habitants du paradis et ceux qui demeurent dans les retraites sacrées ; et malgré cela, les gens sont toujours enveloppés d'un voile épais. Dis : Contestez-vous celui qui vient vers vous, porteur du seing de Dieu et de ses preuves, du témoignage de Dieu et de ses signes ? Ces choses ne sont pas de lui, mais de celui qui lui a ordonné de se lever, l'a envoyé avec le pouvoir de la vérité et en a fait une lampe pour l'humanité tout entière.

[1] Lorsque Baha’u’llah reçut l’ordre de se rendre à Constantinople.
[2] Le sultan de Turquie.

140. De jour en jour, que dis-je !, d'heure en heure, notre déplorable situation s'aggrava jusqu'à ce qu'on nous fit sortir de notre prison pour nous enfermer, avec une injustice flagrante, dans la plus grande Prison. Et si on leur demande : "Pour quels crimes les avez-vous emprisonnés ?", ils répondent : "Ils ont voulu remplacer la Foi par une nouvelle religion." Si vous préférez ce qui est ancien, pourquoi avez-vous rejeté ce qui a été révélé dans la Thora ou dans l'Évangile. Soyez clairs, ô peuple ! Par ma vie ! il n'y a pas de refuge pour vous en ce jour. Si mon crime est cela, Muhammad, l'apôtre de Dieu, l'a commis avant moi ; avant lui, celui qui est l'esprit de Dieu ; et précédemment encore, celui qui fut l'interlocuteur de Dieu. Si mon péché est d'avoir exalté la parole de Dieu et d'avoir révélé sa cause, alors je suis le plus grand des pécheurs. Un tel péché, je ne l'échangerai pas pour les royaumes du ciel et de la terre.

141. Dès notre arrivée dans cette prison, nous décidâmes d'adresser aux rois les messages de leur Seigneur, le Fort, le Loué. Bien que nous leur ayons transmis, en plusieurs épîtres, ce qui nous fut ordonné, nous le faisons une fois de plus en signe de la grâce de Dieu. Peut-être reconnaîtront-ils le Seigneur venu sur les nuages avec une souveraineté évidente.

142. À mesure que mes tribulations augmentaient, croissait mon amour pour Dieu et pour sa cause au point que ne pouvait me détourner de mon but tout ce qui m'advenait des mains des armées des récalcitrants. Me cacheraient-ils dans les profondeurs de la terre qu'ils me trouveraient chevauchant les nuages et lançant l'appel de Dieu, le Seigneur de force et de puissance. Je me suis offert en sacrifice dans le chemin de Dieu, et j'aspire aux tribulations dans mon amour pour lui et par égard à son bon plaisir. En témoignent les malheurs qui m'ont affligé et qui n'ont rien de comparable à ce que d'autres ont souffert. Chaque cheveu de ma tête fait retentir l'appel que le Buisson ardent a lancé sur le Sinaï et chaque veine de mon corps invoque Dieu en disant : Puis-je mourir dans ton sentier pour que bouge le monde et que s'unissent ses peuples ! Ainsi en a-t-il été décrété par celui qui est l'Omniscient, l'Informé.

143. Sachez que vos sujets sont un dépôt que Dieu vous a confié. Aussi, veillez sur eux comme sur vous-mêmes. Attention à ne pas laisser les loups devenir les bergers du troupeau, et que l'orgueil et la vanité ne vous empêchent pas de vous occuper des pauvres et des affligés. Si tu pouvais boire le vin mystique de la vie éternelle au calice des paroles de ton Seigneur, le Magnanime, tu serais capable d'abandonner tout ce que tu possèdes et de proclamer mon Nom à toute l'humanité. Purifie donc ton âme par les eaux du détachement. En vérité, il est le Souvenir qui luit au-dessus de l'horizon de la création, il lavera ton âme de la poussière du monde. Abandonne tes palais aux peuples des tombeaux et ton empire à qui le désire. Puis tourne-toi vers le Royaume. C'est cela que Dieu a vraiment choisi pour toi, si tu étais de ceux qui se tournent vers lui. Ils sont comme privés de vie ceux qui ont manqué de se tourner vers la face de Dieu en cette révélation. Ils agissent sous l'impulsion de leurs désirs égoïstes : en réalité, ils appartiennent aux morts. Mais si tu souhaites porter le poids de ta souveraineté, fais le pour venir en aide à la cause de ton Seigneur. Glorifié soit ce rang ! Celui qui y parvient reçoit toutes les faveurs que dispense l'Omniscient, le Très-Sage.

144. Lève-toi, en mon Nom, au-dessus de l'horizon du renoncement et au commandement de ton Seigneur, le Fort, le Puissant, tourne ta face vers le Royaume. Par le pouvoir de ma souveraineté, dresse-toi devant les habitants du monde et dis : Ô peuple, le Jour est venu et les bénédictions de Dieu se répandent sur la création tout entière. Ceux qui se sont détournés de son visage sont les victimes impuissantes de leurs inclinations corrompues. Ils se sont vraiment égarés.

145. Pare le corps de ton royaume du vêtement de mon Nom, et lève-toi pour enseigner ma cause. Cela vaut mieux pour toi que tout ce que tu possèdes. Alors Dieu exaltera ton nom devant tous les rois. Il a pouvoir sur toutes choses. Au nom de Dieu, avance