Mémorial des Fidèles, par 'Abdu'l-Baha, immortalise la vie de soixante-neuf baha'is
qui étaient l'essence de la fidélité. En apparence, c'est une collection de brefs
sketchs biographiques, mais il ne s'agit pas là des aspects transitoires de la
vie humaine. C'est la qualité de l'âme, les attributs de l'esprit, la quintessence
de l'humanité et le reflet divin dans l'homme qui est visée ici.
Ceux qui sont commémorés ici partagent une chose commune: ils sont poussés par
leur amour pour Baha'u'llah. Si grande est cette force magnétique dans leur vie
qu'ils traversent de vastes distances et surmontent toutes les barrières pour
être avec Lui. Malgré les particularités du temps et du lieu, les lecteurs reconnaîtront
d'éternels et universels types d'homme.
'Abdu'l-Baha ne dit presque rien à propos de lui-même dans ce livre. Mais certains
évènements de la vie de ses compagnons sont entremêlés avec la sienne, offrant
des aperçus de cette essence d'humanité et d'humilité qu'il était. Son amour observateur,
chaleureux et tendre entoure les fidèles, et à travers eux il nous fournit des
modèles nobles et héroïques. Ceci est un livre à savourer lentement, permettant
au langage figuré de créer son propre esprit tandis que les paroles de 'Abdu'l-Baha
dessinent la vallée de l'amour et de fidélité.
'Abdu'l-Baha (1844-1921) était le fils aîné de Baha'u'llah et Son Successeur choisi
et l'Interprète Autorisé de Ses enseignements.
Calligraphie en forme d'oiseau:
Mishkin-Qalam, calligraphe renommé baha'i, est une des personnes exaltées dans
ce livre. Il était le calligraphe principal de la Perse, jouissant d'une position
spéciale parmi les ministres de la cour à Tihran. Finalement, il partagea l'emprisonnement
avec Baha'u'llah dans la cité de Saint Jean d'Acre. Son dessin utilisé dans ce
livre est un arrangement artistique de la phrase "Bismi'llahi'l-Bahiyyi'l- Abha"
qui signifie "Au nom de Dieu, le Glorieux, le Plus Glorieux".
Préface à l'édition anglaise:
Voici un livre concernant des personnes qui essayèrent d'aller en prison plutôt
que de s'en échapper, car ils étaient prisonniers d'un très grand amour. Leur
amour était pour Baha'u'llah que le XIXème siècle a couvert de chaînes et qu'on
a essayé de réduire au silence en l'enfermant finalement, dans la forteresse des
Croisés à 'Akka. Comme l'oeil d'un cyclone, Il est le centre de ces récits, mais
apparaît rarement - restant, comme le gardien Le décrivit, "transcendant dans
Sa majesté, serein, imposant, inaccessiblement glorieux."
Qu'il soit un bijoutier de Baghdad, un plongeur ou un professeur qui ne peut plus
supporter l'arrogance de ses compères, le lecteur se retrouvera certainement dans
ces pages. Des mystiques, des féministes, des ecclésiastiques, des artisans, des
princes marchands sont représentés. Même la jeunesse moderne occidentale est ici
représentée, par exemple dans le chapitre concernant les derviches. C'est pour
cela que ceci est plus que de simples annales des premiers disciples baha'is ;
c'est en quelque sorte, un livre de prototypes ; et c'est une sorte de testament
des valeurs auxquelles nous adhérons et désirées pour nous par l'Exemple Baha'i,
valeurs tournées en dérision maintenant, mais - si la planète doit être un lieu
sans risque pour l'humanité - indispensables. Ce sont des récits courts et simples,
mais qui constituent un manuel de la façon de vivre et de mourir.
La tâche de traduire ces biographies en anglais m'a été confiée par le Gardien
il y a plusieurs années, lorsque j'étais en pèlerinage au centre baha'i à Haifa.
Peu de temps après, le Gardien m'envoya, à Tihran, le texte dont cette traduction
a été réalisée. D'après la page de titre en persan, ce fut le premier livre baha'i
à être imprimé à Haifa sous le Gardiennat. Une introduction en persan déclare
que 'Abdu'l-Baha a écrit ce livre en 1915 et a donné la permission à M. A. Kahruba'i
de le publier. Ce texte, daté de 1924, porte le sceau de l'Assemblée Baha'ie de
Haifa. Une seconde page de titre, en anglais, décrit ce travail comme "un récit,
de la plume de 'Abdu'l-Baha, de la vie de quelques-uns des premiers croyants qui
s'éteignirent lors de sa vie", bien que cette oeuvre soit, en fait, la transcription
de ses paroles.
Voici donc, environ un demi siècle après son ascension, un nouveau livre que 'Abdu'l-Baha
offre au monde.
Nous nous demandons combien d'entre nous, si proches d'années incroyablement pénibles
et difficiles, consacrerons notre temps non à nos propres mémoires mais à la vie
de quelques soixante-dix compagnons, dont la plupart sont morts depuis longtemps,
pour les sauver de l'oubli. 'Abdu'l-Baha était présent à beaucoup de ces scènes
et cependant, il s'effaçait en permanence pour se dévouer à un compagnon, un si
humble que les années seraient passées sans graver son nom dans l'histoire. Et
si, pour le sceptique, ces croyants semblent meilleurs que les hommes ordinaires,
nous devons nous rappeler que la présence de la Manifestation les a fait tels
quels, et qu'ils sont regardés à travers les yeux du Maître - qui dit que l'oeil
imparfait voit les imperfections, et qu'il est plus facile de faire plaisir à
Dieu que de faire plaisir aux hommes.
Ce livre est donc un autre témoignage du penchant de 'Abdu'l-Baha pour la race
humaine. L'amour qu'Il personnifiait n'était non pas aveugle, mais observateur,
non pas impersonnel, mais chaleureux et tendre ; Il avait une attitude constante
d'intérêt discret. Un tel amour venant d'un tel Etre ne s'arrête pas à la durée
d'une vie. Il a quitté ce monde il y a un demi siècle, et la plupart de ceux qui
soupiraient après lui si impatiemment, dont les ennemis disaient qu'ils n'étaient
pas baha'is mais 'Abdu'l-Baha'is, ont maintenant disparu. Mais son amour est toujours
là, pour des millions de personnes à venir.
Le traducteur
Keene, New Hampshire, Décembre 1969
Copywrite: Maison d'Editions Fada'il, Niger - email: mef @ intnet.ne
Traduit du persan vers l'anglais "Memorials of the Faithful" annoté par Marzieh
Gail -
Traduction en français de Arlette Ala'i, approuvée par l'Assemblée Spirituelle
Nationale des Baha'is du Niger - Édition, 2002
1.
Nabil-i-Akbar
Photo: Aqa Muhammad-i-Qa'ini, connu sous le titre de Nabil-i-Akbar
Dans la ville de Najaf habitait, parmi les disciples du très connu mujtahid Shaykh
Murtada, un homme sans égal. Il s'appelait Aqa Muhammad-i-Qa'ini. Plus tard, il
reçut de la Manifestation le titre de Nabil-i-Akbar [i].
Cette âme éminente devint le personnage le plus important des disciples du mujtahid.
Distingué parmi tous, il fut le seul à recevoir le titre de mujtahid. En effet,
Shaykh Murtada n'a jamais plus voulu donner ce titre.
Il excellait non seulement en théologie mais dans d'autres branches de la connaissance
comme les sciences humaines, la philosophie de l'illuminisme, les enseignements
des mystiques et l'école des Shaykhis. C'était un homme universel, et à lui seul,
une preuve convaincante. Quand ses yeux s'ouvrirent à la lumière de la direction
divine et qu'il respira les parfums célestes, il devint une flamme de Dieu. Alors
son coeur tressaillit au plus profond de lui-même et, dans un état de joie et
d'amour, il rugit comme un léviathan sortant des profondeurs.
Il reçut son nouveau titre du mujtahid, inondé par les louanges. Puis, il quitta
Najaf et arriva à Baghdad où il eut l'honneur de rencontrer Baha'u'llah. Là, il
aperçut la lumière qui embrasait l'Arbre Saint sur le Sinaï. Bientôt, il fut dans
un tel état qu'il ne pût prendre de repos ni le jour, ni la nuit.
Un jour, Nabil était agenouillé avec déférence devant Baha'u'llah sur le sol des
appartements réservés aux hommes. A ce moment précis, Haji Mirza Hasan-'Amu, un
collaborateur de confiance des mujtahids de Karbila rentra avec Zaynu'l-'Abidin
Khan, le Fakhru'd Dawlih. En voyant Nabil à genoux avec tant d'humilité et de
déférence, le Haji fut très surpris: "Monsieur", murmura-t-il, "que faites-vous
ainsi?" Nabil répondit: "Je suis venu ici pour la même raison que vous". Les deux
visiteurs ne pouvaient se remettre de leur surprise, car tout le monde savait
que ce personnage était unique parmi les mujtahids et était le disciple préféré
du renommé Shaykh Murtada.
Plus tard, Nabil-i-Akbar partit pour la Perse et alla au Khurasan. L'Émir de Qa'in,
Mir 'Alam Khan, lui montra tout d'abord beaucoup de courtoisie et apprécia grandement
sa compagnie. Si marquante était son estime que les gens sentirent combien l'Émir
était captivé par lui. En effet, il était fasciné par l'éloquence, le savoir et
les talents du maître. Nabil recevait les honneurs de tous car "les hommes suivent
la foi de leurs rois".
Nabil resta quelque temps ainsi, estimé et apprécié, mais l'amour qu'il avait
pour Dieu ne pouvait être caché. Il explosait de son coeur, l'enflammait et consumait
ses efforts pour le cacher.
De mille façons, j'ai essayé
De cacher mon amour -
Mais comment pouvais-je, sur un tel bûcher ardent,
Ne pas m'enflammer!
Il apporta la lumière dans la région de Qa'in et convertit un grand nombre de
gens. Et quand il fut connu par son nouveau nom, le clergé, envieux et malveillant,
se leva et le dénonça, portant leurs calomnies jusqu'à Tihran afin que Nasiri'd-Din
Shah se mette en colère. Terrifié par le Shah, l'Émir attaqua Nabil avec tout
son pouvoir. Bientôt, la ville entière fut en effervescence et le peuple en furie
se détourna de lui.
Cet amoureux épris de Dieu, jamais ne céda et résista à tous. Cependant, à la
fin, ils le chassèrent. Ils chassèrent cet homme qui avait vu ce qu'eux n'avaient
pas vu, et il alla à Tihran où il devint un fugitif, un sans logis.
Là, ses ennemis frappèrent encore. Il fut poursuivi par les hommes de garde; les
gardes le cherchèrent partout, demandant après lui dans chaque rue, le chassant
afin de l'attraper et de le torturer. Se cachant, il passait près d'eux comme
le soupir de l'opprimé et montait sur les collines; ou encore, comme les larmes
de ceux qui ont été trompés, il se glissait dans les vallées. Il ne pouvait plus
porter le turban qui indiquait son rang ; aussi il se déguisait, portant un chapeau
de laïque afin qu'ils ne puissent le reconnaître et le laissent tranquille.
En secret, de toutes ses forces, il continuait à propager la Foi et à fournir
des preuves. Il était une lampe qui guidait de nombreuses âmes. Il était exposé
au danger à tout moment, toujours vigilant et sur ses gardes. Le gouvernement
n'abandonna jamais ses recherches et les gens ne cessèrent de discuter son cas.
Puis il partit pour Bukhara et 'Ishqabad, enseignant la Foi inlassablement dans
toutes ces régions. Comme une bougie, il consumait sa vie, mais, malgré ses souffrances,
il n'était jamais découragé, au contraire sa joie et son ardeur progressaient
de jour en jour. C'était un prêcheur éloquent, un médecin habile, un remède pour
chaque malade, un baume pour toutes les douleurs. Il guidait les illuministes
par leurs propres principes philosophiques et, avec les mystiques, il prouvait
l'Avènement divin parlant d'"inspiration" et de "vision céleste". Il pouvait convaincre
les chefs Shaykhis en mentionnant les dernières paroles de leurs feux fondateurs
Shaykh Ahmad et Siyyid Kazim, et convertissait des théologiens islamiques avec
les textes du Qur'an et les traditions des Imams qui conduisent l'humanité. Il
était un remède instantané pour le malade et un riche donateur pour le pauvre.
Il fut démuni de tout à Bukhara et, en proie à de nombreux troubles, jusqu'à ce
que finalement, loin de sa terre natale, il mourut, se hâtant vers le Royaume
où il n'existe aucune misère.
Nabil-i-Akbar fut l'auteur d'un essai magistral démontrant la vérité de la Cause,
mais les amis ne l'ont pas retrouvé à ce jour. J'espère qu'un jour, il sera retrouvé
et qu'il servira d'exhortation aux érudits. Il est vrai que dans ce monde éphémère,
il fut la cible de chagrins innombrables; et, cependant, toutes ces générations
de clergés puissants, ces shaykhs tels que Murtada et Mirza Habibu'llah et Ayatu'llah-i-Khurasani
et Mulla Asadu'llah-i-Mazindarani, tous disparaîtront sans laisser aucune trace.
Ils ne laisseront aucun nom derrière eux, aucun signe, aucun fruit. Aucune parole
ne les mentionnera, aucun homme ne parlera d'eux. Mais, parce qu'il est resté
ferme dans cette foi sacrée, parce qu'il a guidé des âmes et servi cette Cause
et propagé sa renommée, cette étoile, Nabil, brillera à l'horizon d'une lumière
permanente.
Il est clair que quelque soit la gloire gagnée en dehors de la cause de Dieu,
elle finit toujours par devenir humiliation, et la tranquillité et le confort
loin des sentiers de Dieu ne sont finalement que souci et tristesse. Une telle
opulence est pénurie et rien de plus.
Il fut un signe de direction, un emblème de la crainte de Dieu. Pour cette foi,
il donna sa vie et en mourant, il triompha. Il passa à côté du monde et de ses
récompenses; il ferma les yeux sur le pouvoir et la richesse; il se libéra de
toutes chaînes et entraves, et mit de côté toutes pensées de ce monde. De connaissance
très étendue, à la fois mujtahid, philosophe, mystique et doué d'une grande intuition,
il était également un homme de lettres accompli et un orateur hors pair. Il avait
un esprit large et universel.
Loué soit Dieu, à la fin il devint le récipient de la grâce céleste. Sur lui soit
la gloire de Dieu, le Très Glorieux. Que Dieu déverse la clarté du Royaume d'Abha
sur son tombeau. Que Dieu l'accepte dans le paradis de la réunion, et l'abrite
pour toujours dans le royaume du juste, inondé par un océan de lumière. 2. Ismu'llahu'l-Asdaq
Parmi les Mains de la cause de Dieu qui ont quitté cette vie et sont montées vers
l'Horizon suprême, il y a Jinab-i-Ismu'llahu'l-Asdaq ainsi que Jinab-i-Nabil-i-Akbar.
Il y en avait également d'autres comme Jinab-i-Mulla 'Ali-Akbar et Jinab-i-Shaykh
Muhammad-Riday-i-Yazdi ou encore le très vénéré martyr Aqa Mirza Varqa.
Ismu'llahu'l-Asdaq fut réellement un serviteur du Seigneur depuis le début de
sa vie jusqu'à son dernier souffle. Dans sa jeunesse, il rejoignit le cercle du
regretté Siyyid Kazim et devint un de ses disciples. Il était réputé en Perse
pour sa vie pure et devint connu sous le nom de Mulla Sadiq, le saint. C'était
un être béni, un homme accompli, instruit, et très honoré. Les gens du Khurasan
étaient très attachés à lui, car il était un grand érudit et parmi les plus réputés
des théologiens, il était unique et sans égal. Comme enseignant de la Foi, il
parlait avec une telle éloquence et un tel pouvoir extraordinaire, que ses auditeurs
étaient conquis avec grande facilité.
Après qu'il fut arrivé à Baghdad et qu'il eut rencontré Baha'u'llah, je fus témoin
un jour de l'événement suivant. Il était assis dans la cour du appartement des
hommes, près du petit jardin. J'étais dans une des pièces, juste à l'étage supérieur,
qui donnaient sur la cour. A ce moment-là, un prince persan, le petit-fils de
Fath-'Ali Shah, arriva. Le prince lui dit: "Qui êtes-vous?" Ismu'llah répondit:
"Je suis un serviteur de ce Seuil sacré. Je suis un des gardiens de cette porte".
Et alors que j'écoutais d'en haut, il commença à enseigner la Foi. Tout d'abord
le prince protesta violemment mais, en moins d'un quart d'heure, il protesta plus
gentiment et avec bienveillance. Jinab-i-Ismu'llah l'avait calmé. Alors qu'au
départ le prince avait démenti vivement ce qui était dit, et que son visage avait
reflété nettement sa colère, son courroux s'était maintenant changé en sourire
et il montrait une grande satisfaction d'avoir rencontré Ismu'llah et d'avoir
écouté ce qu'il avait à dire.
Il enseignait toujours avec entrain et gaieté, et répondait gentiment et avec
bonne humeur, même si la personne avec qui il parlait montrait un emportement
passionné contre lui. Sa façon d'enseigner était excellente. Il était réellement
Ismu'llah, le Nom de Dieu, pas pour sa renommée mais parce qu'il était une âme
élue.
Ismu'llah avait en mémoire un grand nombre de traditions islamiques et maîtrisait
les enseignements de Shaykh Ahmad et de Siyyid Kazim. Il accepta la Foi à Shiraz,
à ses tout débuts, et fut très vite connu comme un croyant. Et parce qu'il commença
à enseigner ouvertement et audacieusement, ils l'attachèrent et le menèrent dans
les rues et les bazars de la ville. Même dans cette situation, tranquille et souriant,
il continuait de parler aux gens. Il ne céda pas; il ne fut jamais silencieux.
Quand ils le libérèrent il quitta Shiraz et alla au Khurasan et là, encore, il
commença à propager la Foi, à la suite de quoi, en compagnie du Babu'l-Bab, il
se dirigea vers le Fort Tabarsi. Là, il endura des souffrances intenses en tant
que membre de ce groupe de prêts au sacrifice, ils le firent prisonnier au Fort
et le remirent aux chefs de Mazindaran, pour le conduire ici et là dans des endroits
divers et pour finalement le tuer dans une certaine région de cette province.
Lorsque, enchaîné, Ismu'llah fut amené à l'endroit indiqué, Dieu mit dans le coeur
d'un homme qu'il fallait le délivrer de la prison au milieu de la nuit et le guider
vers un endroit où il serait en sécurité. Durant toutes ces épreuves angoissantes,
il resta inébranlable dans sa foi.
Pensez, par exemple, que l'ennemi avait entièrement cerné le Fort et que, sans
interruption, il lançait des boulets de canons depuis leurs pièces de siège. Les
croyants, parmi eux Ismu'llah, restèrent dix-huit jours sans nourriture. Ils vivaient
du cuir de leurs chaussures. Mais ce cuir se termina vite, et il n'eurent plus
rien qu'un peu d'eau, ils buvaient une gorgée chaque matin et restaient affamés
et éreintés dans leur Fort. Cependant, quand ils étaient attaqués, ils se remettaient
immédiatement sur leurs pieds et montraient devant leurs ennemis un courage magnifique
et une résistance étonnante, conduisant l'armée en dehors de leurs murs. La faim
dura dix-huit jours. Ce fut une épreuve terrible. Tout d'abord, ils étaient loin
de chez eux, entourés et isolés par leurs ennemis; de plus, ils étaient affamés;
et par-dessus tout, il y avait les attaques soudaines de l'armée et les pluies
d'obus qui éclataient au milieu du Fort. Dans de telles circonstances, garder
une foi et une patience inébranlables est extrêmement difficile et endurer de
telles afflictions un phénomène rare. Cependant, Ismu'llah ne faiblît pas sous
le feu de l'épreuve. Une fois libéré, il enseigna avec plus d'ardeur que jamais,
il passa chaque moment à appeler les gens vers le Royaume de Dieu. En Iraq, il
parvint en présence de Baha'u'llah et, une autre fois encore dans la Plus Grande
Prison, recevant de Lui grâce et faveur.
Il était comme une mer houleuse, un faucon prenant son essor. Son visage rayonnait,
sa parole était éloquente, sa force et sa ténacité renversantes. Quand il ouvrait
les lèvres pour enseigner, les preuves se déversaient; quand il chantait ou priait,
de ses yeux les larmes coulaient comme d'un nuage de printemps. Son visage était
lumineux, sa vie était spirituelle, ses connaissances à la fois acquises et innées;
et célestes étaient son ardeur, son détachement pour le monde, sa droiture, sa
piété et sa crainte de Dieu.
Le tombeau de Ismu'llah est à Hamadan. Plusieurs tablettes ont été révélées pour
lui par la plume suprême de Baha'u'llah, y compris une tablette spéciale de visitation
après son décès. Il fut un grand personnage, parfait en tout.
De tels êtres bénis ont maintenant quitté ce monde. Dieu merci, ils ne sont pas
restés pour être témoins des agonies qui suivirent l'ascension de Baha'u'llah
- des afflictions intenses; car les montagnes fermement enracinées en trembleront,
en seront secouées et devant cela les collines très élevées se prosterneront.
C'était réellement Ismu'llah, le Nom de Dieu. Heureux celui qui se promènera autour
de son tombeau, qui bénira son corps avec la terre de cette tombe. Que sur lui
soient les salutations et les louanges dans le Royaume d'Abha. 3. Mulla
'Ali-Akbar
Photo: Mulla 'Ali-Akbar (Haji Akhund) assis à gauche et, Mirza Abu'l-Hasan
(Haji Amin).
Une autre Main de la Cause était le vénéré Mulla 'Ali-Akbar, sur lui soit la gloire
de Dieu, le Très-Glorieux. Au début de sa vie, cet illustre homme suivit des enseignements
dans des institutions de haut niveau et travailla avec assiduité, jour et nuit,
jusqu'à ce qu'il devienne pleinement approfondi dans les connaissances de l'époque,
les études séculières, la philosophie et la jurisprudence religieuse. Il participait
aux rencontres de philosophes, de mystiques et des shaykhis, traversant avec prévenance
ces aires de la connaissance, de sagesse intuitive et d'illumination; mais il
avait soif de l'eau de la source de vérité et avait faim du pain qui descendait
du Ciel. Quels que soient ses efforts pour se perfectionner dans ces régions de
l'esprit, il n'était jamais satisfait; il n'atteignait jamais le but de ses désirs;
ses lèvres restaient sèches; il était confus, perplexe et avait l'impression qu'il
était sorti de son chemin. La raison en était que dans tous ces cercles il n'avait
trouvé aucune passion, aucune joie, aucune extase, pas le plus faible parfum d'amour.
Et en allant plus au fond de ces multiples croyances, il découvrit que du jour
de l'avènement du Prophète Muhammad à son propre temps, de nombreuses sectes étaient
nées avec des croyances différentes parmi elles; avec des opinions disparates,
des buts divergents et des routes et des chemins innombrables. Chacune d'elles
déclarant, pour une raison ou une autre, révéler la vérité spirituelle; chacune
croyant qu'elle était la seule à suivre le chemin de la vérité - en dépit du fait
que la mer muhammédique pouvait faire naître une grande marée et emporter toutes
ces sectes loin au fond de l'océan. "Tu n'entendras d'eux aucun cri, même pas
un murmure." [ii]
Celui qui réfléchit aux leçons de l'histoire apprendra que cette mer a levé des
vagues sans nombre. Cependant à la fin chacune a été dissipée et a disparu comme
une ombre passagère. Les vagues ont disparu mais la mer est toujours là. C'est
pourquoi 'Ali Qabl-i-Akbar ne pouvait jamais apaiser sa soif, jusqu'au jour où
il atteignit le rivage de Vérité et s'écria:
Voici la mer remplie à ras bord de trésors;
ses vagues lancent des perles sous le grand vent.
Enlevez votre robe et plongez, n'essayez pas de nager,
Ne vous faites pas une gloire en nageant -
plongez la tête la première.
Comme une fontaine, son coeur s'ouvrit et s'élança, compréhension et vérité commencèrent
à jaillir de ses lèvres comme les eaux cristallines. Au début, avec humilité,
avec pauvreté spirituelle, il emmagasina la nouvelle lumière. Seulement plus tard
commença-t-il à la répandre. Car comme il a été si bien dit :
Pourra-t-il partager avec les autres le cadeau de la vie
Celui qui n'a jamais eu une part du cadeau de la vie?
Un enseignant doit poursuivre son chemin; il doit tout d'abord s'instruire lui-même
et, ensuite instruire les autres. Si, lui-même continue de suivre le chemin des
appétits et des désirs charnels, comment peut-il guider les autres vers les "signes
évidents" [iii] de Dieu?
Cet homme honoré arriva avec succès à enseigner une multitude de personnes. Par
amour de Dieu, il défia toute prudence en se hâtant vers les chemins de l'amour.
Il devint comme un frénétique, un errant et un être que l'on prit pour fou. A
cause de sa nouvelle Foi, à Tihran il fut bafoué par les riches et les pauvres.
Quand il marchait dans les rues et le bazar, les gens le montraient du doigt,
l'appelant un baha'i.
Chaque fois que des troubles éclataient, il était le premier à être arrêté. Il
était toujours prêt et même s'y attendait car cela ne manquait jamais d'arriver.
Il fut enchaîné encore et encore, emprisonné et menacé par l'épée. La photo de
cet être béni, avec celle du grand Amin, prise lorsqu'ils étaient enchaînés, servira
d'exemple à celui qui a des yeux pour voir. Là, étaient assis ces deux hommes
distingués, enchaînés, entravés, et pourtant recueillis, consentants, paisibles.
La situation fut telle qu'à la fin, lorsqu'il y avait une tumulte, Mulla 'Ali
mettait son turban, revêtait son 'aba (manteau) et s'asseyait en attendant que
ses ennemis se soulèvent, que les farrashes se dressent et que les gardes le jettent
en prison. Mais, observez le pouvoir de Dieu! Malgré tout cela il restait en vie.
"Vous reconnaîtrez celui qui sait et celui qui aime car vous le trouverez sec
bien qu'immergé dans l'eau". C'est ainsi qu'il était. Le plus souvent sa vie ne
tenait qu'à un fil; le profane malveillant l'attendait; partout il était connu
comme un baha'i et cependant il était protégé contre tout danger. Il est resté
sec dans les profondeurs de la mer, frais et en sécurité au coeur du feu, jusqu'au
jour de sa mort.
Après l'ascension de Baha'u'llah, Mulla 'Ali continua, loyal au Testament de la
lumière du monde, inébranlable dans l'alliance qu'il servit et proclama. Pendant
la vie de la Manifestation, son désir ardent le fit se hâter vers Baha'u'llah,
qui le reçut avec grâce et bonté et déversa sur lui des bénédictions. Puis, il
retourna en Iran où il consacra tout son temps à servir la Cause.
Ouvertement en désaccord avec ses oppresseurs tyranniques, malgré le nombre de
fois où ils le menacèrent, il les défiait. Jamais il ne fut vaincu. Tout ce qu'il
avait à dire, il le disait. Il était une des Mains de la cause de Dieu, ferme,
inébranlable, inflexible.
Je l'aimais beaucoup car il était merveilleux de discuter avec lui et un compagnon
irremplaçable. Une nuit, il n'y a pas longtemps, je l'ai vu dans un rêve. Bien
que sa carrure ait toujours été massive, dans le rêve il apparaissait plus large
et plus corpulent que jamais. Il semblait qu'il revenait d'un voyage, je lui dis:
"Jinab, vous avez bien grandi et êtes plus fort".
"Oui", répondit-il, "loué soit Dieu! J'ai été dans des endroits où l'air était
frais et doux, et l'eau de pur cristal; le paysage était beau à voir, la nourriture
délectable. Tout ceci me fut profitable aussi je suis plus fort que je ne l'ai
jamais été et j'ai retrouvé l'enthousiasme de ma jeunesse. Les brises du Tout-Miséricordieux
soufflaient sur moi et je passais tout mon temps à parler de Dieu. J'ai mis en
avant ses preuves et enseigné sa foi". (La signification d'enseigner sa foi dans
le monde futur est de répandre les douces saveurs de sainteté; cette action est
la même qu'enseigner.) Nous avons parlé encore un peu et des personnes sont arrivées
et il a disparu.
Son tombeau est à Tihran. Bien que son corps repose sous la terre, son esprit
pur continue à vivre "au siège de la vérité, en présence du Roi puissant". [iv]
Je souhaiterais rendre visite aux tombeaux des amis de Dieu, si cela était possible.
Ce sont les serviteurs de la Beauté Bénie. Ils eurent des difficultés dans Son
sentier, ils rencontrèrent peine et ennui, ils supportèrent les injures et souffrirent
du danger. Sur eux soit la gloire de Dieu, le Très-Glorieux. Vers eux les salutations
et les bénédictions. Sur eux la tendre miséricorde de Dieu et le pardon. 4. Shaykh
Salman
Photo: Shaykh Salman
En 1266 A.H. (1849-1850), le messager de confiance, Shaykh Salman entendu pour
la première fois les appels de Dieu et son coeur bondit de joie. Il était alors
à Hindiyan. Irrésistiblement attiré, il marcha vers Tihran où, avec un amour ardent,
il rejoignit secrètement les croyants. Un jour qu'il passait dans le bazar avec
Aqa Muhammad Taqiy-i-Kashani, les farrashes le suivirent et découvrirent où il
habitait. Le jour suivant, la police et les farrashes vinrent le chercher et le
conduisirent chez le chef de la police.
"Qui êtes-vous?" demanda le chef.
"Je suis de Hindiyan" répondit Salman. "Je suis venu à Tihran et je me dirige
vers le Khurasan pour faire le pèlerinage au tombeau de l'Imam Rida".
"Que faisiez-vous hier", demanda le chef, "avec cet homme en robe blanche?"
Salman répondit: "Je lui ai vendu un aba avant-hier et il devait me payer hier".
"Vous êtes étranger ici" dit le chef. "Comment pouviez-vous avoir confiance en
lui?"
"Un homme de change a garanti le paiement" répliqua Salman. Il avait en tête le
croyant respecté Aqa Muhammad-i-Sarraf (homme de change).
Le chef se tourna vers un de ses farrashes et dit: "Emmenez-le chez l'homme de
change et faites des investigations".
Quand ils arrivèrent le farrash allait en tête. "Qu'est-ce que c'était que tout
cela" dit-il. "A propos de la vente d'un aba et de la garantie du paiement. Expliquez-vous".
"Je ne sais rien à ce sujet" répondit l'homme de change.
"Venez par ici" dit le farrash à Salman. "Tout s'éclaircit finalement. Vous êtes
un babi".
Le turban que Salman avait sur la tête était semblable à ceux portés à Shushtar
et comme ils traversaient un carrefour, un homme de Shushtar sortit de son magasin.
Il embrassa Salman et dit: "Où étiez-vous, Khajih Muhammad-'Ali ? Quand êtes-vous
arrivé? Soyez le bienvenu".
Salman répondit: "Je suis arrivé il y a quelques jours et maintenant la police
m'a arrêté".
"Qu'avez-vous contre lui" demanda le marchand au farrash. "Que cherchez-vous?"
"Il est babi" fut la réponse.
"Dieu me pardonne" dit l'homme de Shushtar. "Je le connais très bien, Khajih Muhammad-'Ali
est un musulman craignant Dieu, un Shi'ih, un disciple fervent de l'Imam 'Ali".
En plus, il donna une somme d'argent au farrash et Salman fut libre.
Ils rentrèrent dans le magasin et le marchand commença à demander à Salman ce
qu'il devenait. Salman lui dit: "Je ne suis pas Khajih Muhammad-'Ali".
L'homme de Shushtar fut abasourdi. "Vous êtes exactement comme lui" s'exclama-t-il.
"Vous êtes tous deux identiques. Cependant, puisque vous n'êtes pas lui, rendez-moi
l'argent que j'ai donné au farrash".
Immédiatement Salman lui tendit l'argent, le quitta, se dirigea vers la porte
de la ville et prit le chemin de Hindiyan.
Quand Baha'u'llah arriva en Iraq, le premier messager à être en sa sainte présence
fut Salman, qui ensuite, retourna à Hindiyan avec des tablettes adressées aux
amis.
Une fois par an, cet être béni prenait la route à pied pour rencontrer son Bien-Aimé,
après quoi il reprenait la route portant des tablettes dans plusieurs villes telles
Isfahan, Shiraz, Kashan, Tihran, etc.
Depuis l'an 69 jusqu'à l'ascension de Baha'u'llah en 1309 A.H. (1853-1892), Salman
arrivait une fois par an apportant des lettres, partant avec des tablettes, délivrant
fidèlement chacune à son destinataire. Chaque année pendant cette longue période,
il parcourait à pied le trajet de Perse en Iraq ou à Andrinople ou à la Plus Grande
Prison à 'Akka; il arrivait avec le désir et l'amour le plus grand et puis repartait
une fois de plus.
Il avait un remarquable pouvoir d'endurance. Il voyageait à pied, s'étant imposé
un régime d'oignons et de pain; et pendant tout ce temps, il bougea de telle façon
que jamais il ne fût pris et il ne perdit jamais une seule lettre ni une seule
tablette. Chaque lettre était délivrée avec soin; chaque tablette atteignait son
destinataire. Maintes et maintes fois, à Isfahan, il fut soumis à de sévères épreuves
mais il resta patient et reconnaissant sous toutes conditions et, obtint des non
baha'is le surnom de "l'Ange Gabriel des Babis".
Durant sa vie entière, Salman rendit ce service important à la cause de Dieu,
devenant ainsi le moyen de son expansion et contribuant au bonheur des croyants,
apportant annuellement les divines bonnes nouvelles dans les villes et les villages
de la Perse. Il était près du coeur de Baha'u'llah, qui le considérait avec une
faveur et une grâce spéciales. Parmi les Ecrits sacrés, il y a des tablettes révélées
en son nom.
Après l'ascension de Baha'u'llah, Salman resta ferme dans l'alliance, servant
la Cause du mieux qu'il pouvait. Puis, comme avant, il se rendait, chaque année,
à la Plus Grande Prison, délivrant le courrier des croyants et retournant en Perse
avec les réponses. A la fin, à Shiraz, il dirigea son chemin vers le Royaume de
gloire.
De l'aurore de l'histoire à nos jours, il n'y eut jamais un messager si digne
de confiance; il n'y eut jamais un courrier comparable à Salman. Il laissa une
postérité respectée à Isfahan qui, à cause des troubles actuels en Perse, sont
en difficulté. Il est certain que les amis prendront soin d'eux.
Sur lui soit la gloire de Dieu, le Très-Glorieux, vers lui les salutations et
les louanges. 5. Mirza
Muhammad-'Ali, l'Afnan
A l'époque de Baha'u'llah, pendant les temps les plus pénibles dans la Plus Grande
Prison, il n'était permis à aucun des amis de quitter la forteresse ni d'y rentrer
de l'extérieur. "Bonnet de biais" [v] et le Siyyid [vi]
habitaient près de la seconde porte de la ville, et de là ils épiaient continuellement,
jour et nuit. Dès qu'ils voyaient un voyageur baha'i, ils s'empressaient d'aller
chez le gouverneur et lui dire que le voyageur avait apporté des lettres et qu'il
ramenait les réponses. Alors le gouverneur faisait arrêter le voyageur, prenait
ses papiers, l'emprisonnait puis le jetait hors de la ville. Ceci devient une
habitude coutumière avec les autorités et dura pendant longtemps - en réalité
pendant neuf ans jusqu'à ce que, petit à petit, cette pratique fut abandonnée.
C'était à cette période que l'Afnan, Haji Mirza Muhammad-'Ali - ce grand rameau
de l'Arbre Saint (les Afnan sont les parents du Bab) - voyagea vers 'Akka, allant
de l'Inde à l'Egypte, puis d'Egypte à Marseille. Un jour, j'étais sur le toit
du caravansérail. Quelques amis étaient avec moi et je marchais de long en large.
C'était au coucher du soleil. A ce moment, jetant un regard sur le rivage, je
vis qu'une calèche approchait. "Messieurs" dis-je, "je sens qu'un être saint est
dans cette calèche". Il était encore très loin, presque hors de vue.
"Allons à la porte" leur dis-je, "bien qu'ils ne nous laisseront pas passer, nous
pouvons attendre jusqu'à ce qu'il arrive". Je pris une ou deux personnes avec
moi et nous partîmes.
A la porte de la ville, j'appelais le gardien discrètement, lui donnais quelque
chose et lui dit: "Une calèche arrive et je pense qu'elle emmène un de nos amis.
Quand elle arrivera, ne la retenez pas et ne faites pas de rapport au gouverneur".
Il me donna une chaise et je m'assis.
Entretemps, le soleil se coucha. Ils avaient fermé la porte principale, mais la
petite porte était restée ouverte. Le gardien était à l'extérieur, la calèche
atteignit la porte, le voyageur était arrivé. Quel visage radieux il avait! Il
n'était rien d'autre que lumière de la tête au pied. Regarder juste son visage
vous rendait heureux; il était si confiant, si rassuré, si enraciné dans sa foi
et son expression était si joyeuse. En vérité, il était un être béni. Il était
un homme qui progressait de jour en jour, qui élargissait, chaque jour sa certitude
et sa foi, ses qualités lumineuses, son amour ardent. Il fit des progrès extraordinaires
durant les quelques jours où il resta dans la Plus Grande Prison. A tel point
que l'on pouvait déjà percevoir son esprit et sa lumière alors que sa calèche
n'avait parcouru que la moitié du trajet entre Haifa et 'Akka.
Après qu'il eut reçu les bontés sans fin déversées sur lui par Baha'u'llah, il
reçut l'instruction de partir et de voyager en Chine. Là, pendant une période
considérable, il passa ses journées ne pensant qu'à Dieu et d'une manière conforme
au bon plaisir divin. Plus tard il alla en Inde où il mourut.
L'autre Afnan révéré et les amis de l'Inde pensèrent qu'il était plus sage d'envoyer
son corps béni en Iraq, apparemment à Najaf, près de la ville sainte; car les
musulmans avaient refusé qu'il soit enterré dans leur cimetière, et son corps
avait été placé, pour des raisons de sécurité, dans un emplacement provisoire.
Aqa Siyyid Asadu'llah, qui était alors à Bombay, avait été chargé de transporter
respectueusement son corps en Iraq. Il y avait des persans hostiles sur le bateau
et quand ces gens atteignirent Bushihr, ils rapportèrent que le cercueil de Mirza
Muhammad-'Ali, le babi, était transporté à Najaf pour être enterré dans la vallée
de la paix, près de l'enceinte sacrée du Tombeau, et qu'une telle chose était
intolérable. Ils essayèrent de retirer son corps béni du bateau mais ils échouèrent;
voyez ce que les divins décrets cachés peuvent accomplir.
Son corps arriva à Basra. Et comme c'était une période où les amis devaient rester
cachés, Siyyid Asadu'llah fut obligé d'agir comme s'il allait effectuer l'enterrement
à Najaf, tout en espérant que, d'une façon ou une autre, il pourrait le faire
près de Baghdad. Car, bien que Najaf soit une ville sainte et le sera toujours,
les amis avaient choisi un autre endroit. Dieu, par conséquent, secoua nos ennemis
pour empêcher l'enterrement à Najaf. Ils se pressèrent, attaquèrent le poste de
quarantaine pour récupérer le corps et soit l'enterrer à Basra soit le jeter dans
la mer ou dans le désert de sable.
L'affaire prit une telle importance qu'à la fin, il parut impossible de transporter
le corps à Najaf et Siyyid Asadu'llah dut le transporter à Baghdad. Là aussi,
il n'y avait aucun emplacement où le corps de l'Afnan pourrait être en sécurité
loin des mains ennemies. Finalement, le Siyyid décida de le transporter au tombeau
Persan de Salman le Pur [vii], à peu près à cinq farsakhs
en dehors de Baghdad, et de l'enterrer à Ctesiphon, près du tombeau de Salman,
à côté du palais des rois sassanides. Le corps y fut transporté et ce croyant
de Dieu, avec respect, reposa dans un endroit sûr près du palais de Nawshiravan.
C'était le destin, qu'après une période de plus de treize cents ans, depuis le
temps où le trône des anciens rois de Perse avait été écrasé et où il n'en restait
aucune trace, excepté des décombres et des dunes de sable, que même la toiture
du palais était fissurée de partout et cassée en deux, la moitié gisant sur le
sol - cet édifice devait retrouver le faste royal et la splendeur des temps anciens.
C'est en fait une grande arche. La largeur de son entrée est de cinquante deux
pas et ses tours sont très hautes.
Ainsi la grâce et la faveur de Dieu enveloppèrent les persans d'une époque lointaine,
de façon à ce que leur capitale en ruine soit reconstruite et à nouveau florissante.
A cette fin, et avec l'aide de Dieu, les événements aboutirent à ce que l'Afnan
fut enterré à cet endroit; et il n'y a aucun doute qu'une grande ville sera élevée
sur cet emplacement. J'ai écrit plusieurs lettres à ce sujet, jusqu'à ce qu'enfin
les restes bénis puissent reposer à cet endroit.
Siyyid Asadu'llah m'écrivait de Basra et je lui répondais. Un des fonctionnaires
publics nous était entièrement dévoué et je lui ai demandé de faire tout ce qu'il
pouvait. Siyyid Asadu'llah m'informa de Baghdad qu'il ne savait plus que faire
et qu'il n'avait aucune idée de la tombe dans laquelle il pourrait mettre ce corps.
"Où que je l'enterre", écrivit-il, "ils le sortiront encore de terre".
A la fin, loué soit Dieu, il reposa dans un endroit que le temps et encore la
Beauté Bénie avaient préparé; à cet endroit honoré par ses pas où Il a révélé
des tablettes, où les croyants de Baghdad avaient été en sa compagnie; cette même
place où le Plus Grand Nom avait l'habitude de flâner. Comment cela a-t-il pu
arriver? C'était dû à la pureté de coeur de l'Afnan. Sans cela, tous ces parcours
et moyens n'auraient servi à rien. En vérité, Dieu est l'inspirateur du ciel et
de la terre.
J'aimais beaucoup l'Afnan. Grâce à lui j'étais joyeux. J'ai écrit pour lui une
longue tablette de visitation et l'ai envoyée avec d'autres papiers en Perse.
L'emplacement de son tombeau est un des lieux saints où un Mashriqu'l-Adhkar magnifique
sera construit. Si possible, l'arche actuelle du palais royal sera restaurée et
deviendra la maison d'adoration. Les constructions auxiliaires de la maison d'adoration
seront également érigées: l'hôpital, les écoles et l'université, l'école élémentaire,
le refuge pour les pauvres et les indigents; ainsi que le refuge des orphelins
et des démunis et la maison des voyageurs.
Dieu plein de grâce! Cet édifice royal était un certain temps splendidement paré
de haut en bas. Mais aujourd'hui il y a des toiles d'araignées où des rideaux
de brocard d'or pendaient, et à l'endroit où les tambours du roi battaient et
ses musiciens jouaient, l'unique son est le cri strident des corbeaux. "C'est,
en vérité, la capitale du royaume des hiboux, où tu n'entendras aucun bruit, sauf
l'écho de ses appels répétés". C'est ainsi qu'étaient les casernes quand nous
sommes arrivés à 'Akka. Il y avait quelques arbres à l'intérieur des murs, et
sur leurs branches comme sur les bâtiments, les hiboux criaient toute la nuit.
Combien inquiétant est l'ululement d'un hibou; combien il attriste le coeur.
Depuis sa plus tendre enfance jusqu'à ce qu'il devint âgé et démuni, ce rameau
sacré de l'Arbre Saint, avec son visage souriant, brilla comme une lampe au milieu
de tous. Puis il s'éleva et prit son essor vers la gloire immortelle et plongea
dans l'océan de lumière. Sur lui soient les souffles de son Seigneur, le Très-Miséricordieux.
Sur lui, enroulé dans les flots de grâce et de pardon, soient la miséricorde et
la faveur de Dieu. 6. Haji
Mirza Hasan, l'Afnan
Photo: Mirza Siyyid Hasan Afnan-i-Kabir (Haji Mirza Hasan, l'Afnan)
Parmi les plus éminents de ceux qui ont quitté leur pays pour se joindre à Baha'u'llah
il y avait Mirza Hasan, le grand Afnan, qui durant ses derniers jours eut l'honneur
d'émigrer et de recevoir la faveur et la compagnie de son Seigneur. L'Afnan, parent
du Bab, a été spécifiquement nommé par la Plume Suprême comme un rejeton de l'Arbre
Saint. Encore jeune enfant il reçut sa part de bonté du Bab et montra un attachement
extraordinaire à cette Beauté éblouissante. Avant même d'atteindre l'adolescence,
il fréquentait la société des érudits et commençait à étudier les sciences et
les arts. Il méditait jour et nuit sur les questions spirituelles les plus abstraites,
et réfléchissait avec émerveillement sur les signes puissants de Dieu comme écrits
dans le Livre de Vie. Il devint même parfaitement versé dans les sciences matérielles
telles que les mathématiques, la géométrie et la géographie; en bref il était
très approfondi dans plusieurs matières, conversant parfaitement sur les pensées
anciennes et celles des temps modernes.
Marchand de profession, il passait très peu de temps pendant la journée et la
soirée à ses affaires, dévouant la plus grande partie de son temps aux discussions
et aux recherches. Il était réellement un érudit, un grand atout de la cause de
Dieu parmi les érudits de son temps. Avec quelques phrases concises, il pouvait
résoudre des questions très complexes. Ses discours étaient brefs, mais en eux-mêmes
une sorte de miracle.
Bien qu'il devint d'abord un croyant du temps du Bab, c'est du temps de Baha'u'llah
qu'il s'enflamma. Alors son amour de Dieu brûla tout voile obstruant et toute
pensée inutile. Il fit tout ce qu'il put pour propager la foi de Dieu, devenant
connu partout pour son amour ardent pour Baha'u'llah.
Je suis perdu, O Amour, possédé et abasourdi,
Fou d'amour suis-je, sur toute la terre.
On m'appelle le premier parmi les fous,
Alors qu'autrefois j'étais premier pour mon esprit et ma valeur...
Après l'ascension du Bab il eut le plus grand honneur de servir et de veiller
sur l'épouse révérée et sainte du Seigneur béni. Il était en Perse, pleurant sa
séparation d'avec Baha'u'llah quand son fils distingué devint, par mariage, un
membre de la sainte famille. L'Afnan en fut réjoui. Il quitta la Perse et se hâta
vers les faveurs protectrices de son Bien-Aimé. C'était un homme étonnant à voir,
son visage était si lumineux que même ceux qui n'étaient pas croyants avaient
l'habitude de dire qu'une lumière céleste brillait de son front.
Il partit pour un temps et séjourna à Beyrouth où il rencontra le distingué savant
Khajih Findik. Ce personnage fit l'éloge de l'érudition du grand Afnan dans divers
cercles, affirmant qu'un être d'un tel savoir étendu et varié était rare dans
tout l'orient.
Plus tard, l'Afnan retourna en Terre Sainte, s'installant près de la Résidence
de Bahji et dirigeant toutes ses pensées vers les aspects de la culture humaine.
La plupart du temps il s'occupait en cherchant à percer les secrets des cieux,
contemplant dans leurs détails les mouvements des étoiles. Il avait un télescope
avec lequel il faisait ses observations chaque nuit. Il vivait une vie heureuse,
sans souci et le coeur léger.
Dans le voisinage de Baha'u'llah, ses jours étaient sereins, ses nuits lumineuses
comme le premier matin du printemps.
Mais il y eut le départ de ce monde du Bien-Aimé. La sérénité de l'Afnan fut ébranlée,
sa joie fut changée en tristesse. L'affliction suprême était sur nous, la séparation
nous consumait, les jours autrefois lumineux devinrent sombres comme la nuit,
et toutes ces roses des autres heures n'étaient maintenant que poussière et décombres.
Il vécut encore très peu de temps, son coeur se consumant, ses yeux déversant
des larmes. Mais il ne pouvait plus supporter l'absence de son Bien-Aimé, et peu
de temps après son âme renonça à cette vie et vola vers la vie éternelle, passa
au Ciel de la réunion permanente et fut plongée dans l'océan de lumière. Que sur
lui soient la plus grande miséricorde, la bonté immense et toutes les bénédictions
pendant des âges et des âges. Sa tombe honorée est à 'Akka, à Manshiyyih. 7. Muhammad-'Aliy-i-Isfahani
Muhammad-'Ali d'Isfahan était parmi les premiers croyants, guidé à la Foi dès
le tout début. Il était un des mystiques, sa maison était, pour eux et pour les
philosophes, un lieu de rencontre. Noble, à l'esprit élevé, il était un des citoyens
les plus respectés d'Isfahan, et était un hôte et un refuge pour les étrangers,
riches ou pauvres. Il parlait avec enthousiasme, avec d'excellentes dispositions,
il était indulgent, courtois, généreux, un bon compagnon, et il était connu dans
toute la ville comme quelqu'un qui appréciait la vie.
Puis il fut guidé vers la Foi et s'enflamma au feu de l'arbre du Sinaï. Sa maison
devint un centre d'enseignement, dédiée à la gloire de Dieu. Jour et nuit les
croyants s'attroupaient comme attirés par une lampe allumée par un amour céleste.
Dans cette maison, pendant une longue période, les versets sacrés furent chantés
et des preuves claires mises en évidence. Même si tout cela était largement connu,
Muhammad-'Ali ne fut pas importuné, parce qu'il était un parent de l'Imam-Jum'ih
d'Isfahan. Cependant, à la fin la situation devint telle que l'Imam-Jum'ih lui-même
le renvoya en lui disant: "Je ne peux plus vous protéger. Vous êtes en grave danger.
La meilleure chose pour vous est de partir d'ici et d' entreprendre un voyage."
Alors, il quitta sa maison, partit en Iraq et entra en présence du Désiré du monde.
Il y resta quelque temps, progressant chaque jour; il avait de très petits moyens
pour vivre mais il était heureux et satisfait. Un homme avec d'excellentes dispositions,
il était plein de bienveillance pour les croyants comme pour les autres.
Quand Baha'u'llah et sa suite quittèrent Baghdad pour Constantinople, Muhammad-'Ali
en fit partie et continua avec lui jusqu'à la Ville des Mystères, Andrinople.
Il n'était pas de ceux qui changent d'avis et il conserva son immuabilité de coeur
caractéristique. Malgré ce qui put arriver, il resta le même. A Andrinople il
était heureux, sous la protection de Baha'u'llah. Il fit quelques affaires qui,
quoique insignifiantes, lui apportèrent étonnamment des revenus abondants.
D'Andrinople, Muhammad-'Ali accompagna Baha'u'llah jusqu'à la forteresse de 'Akka,
y fut mis en prison et fut compté parmi les disciples captifs de Baha'u'llah pour
le restant de sa vie, atteignant la plus grande des distinctions, être en prison
avec la Beauté Bénie. Il passait ses jours en complète félicité. Là aussi, il
eut une petite affaire qui l'occupait du matin jusqu'à midi. Les après-midi, il
prenait son samovar, le pliait dans une poche de couleur sombre confectionnée
d'une selle et allait quelque part dans un jardin ou une prairie ou dans les champs
et prenait son thé. Quelquefois on le trouvait dans la ferme de Mazra'ih ou encore
dans le Jardin de Ridvan ou bien dans la villa où il avait l'honneur d'être en
présence de Baha'u'llah .
Muhammad-'Ali considérait avec attention chaque bénédiction qui traversait son
chemin. "Comme mon thé est délicieux aujourd'hui!" disait-il. "Quel parfum, quelle
couleur! Comme cette prairie est belle, et les fleurs si lumineuses!" Il avait
l'habitude de dire que tout, même l'air et l'eau, avait leur propre parfum particulier.
Pour lui, les jours s'écoulaient dans un délice indescriptible.
Même les rois n'étaient pas aussi heureux que ce vieil homme. Les gens disaient:
"Il est complètement libéré du monde, il vit heureux." Sa nourriture s'avérait
être aussi la meilleure et sa maison située dans le meilleur quartier de 'Akka.
Dieu miséricordieux! Il était là, un prisonnier et cependant dans le confort,
la paix et la joie.
Muhammad-'Ali avait plus de quatre-vingt ans quand finalement il partit vers la
lumière éternelle. Il avait été le destinataire de plusieurs tablettes de Baha'u'llah
et de bonté sans fin sous toutes les conditions. Sur lui soit la gloire de Dieu,
le Très Glorieux. Sur lui les myriades de bénédictions célestes; que Dieu lui
accorde toujours le bonheur éternel. Son tombeau resplendissant est à 'Akka. 8. 'Abdu's-Salih,
le Jardinier
Parmi ceux qui ont émigré et étaient les compagnons dans la Plus Grande Prison,
il y avait Aqa 'Abdu's-aliCette âme d'excellence, un enfant de premiers croyants,
venait d'Isfahan. Son père au coeur noble mourut et cet enfant grandit orphelin.
Il n'y avait personne pour l'élever ou en prendre soin et il était la proie de
tous ceux qui choisissaient de lui faire du mal. A l'adolescence et étant plus
âgé il chercha son Bien-Aimé. Il émigra dans la Plus Grande Prison et là, à Ridvan,
eut l'honneur d'être nommé jardinier. Dans cette tâche il était sans égal. Dans
sa Foi, aussi, il était inébranlable, loyal, digne de confiance; en ce qui concerne
son caractère, il était l'incarnation du verset sacré. "Vous êtes d'une nature
noble". [viii] C'est ainsi qu'il obtint la distinction d'être
jardinier dans le jardin de Ridvan, et ainsi recevoir la plus grande bonté de
tous: il était en présence de Baha'u'llah presque quotidiennement.
Car le Plus Grand Nom fut retenu prisonnier et enfermé dans la forteresse de 'Akka
pendant neuf ans. A tout moment, à la fois dans la caserne et par la suite, à
l'extérieur de la maison, la police et les farrashes Le gardaient sous surveillance
constante. La Beauté Bénie vivait dans une très petite maison et Elle ne posa
jamais le pied en dehors de cet étroit logis, car ses oppresseurs épiaient continuellement
à la porte. Cependant, lorsque neuf années se furent écoulées, durée fixée et
prédéterminée, et à cette époque, contre la volonté rancunière du tyran, 'Abdu'l-Hamid,
et de tous ses subordonnés, Baha'u'llah sortit de la forteresse avec autorité
et pouvoir, et s'installa dans un manoir au-delà de la ville.
Bien que la police du Sultan 'Abdu'l-Hamid fut plus dure que jamais, bien qu'il
insista constamment sur l'emprisonnement strict de son Captif, la Beauté Bénie
vivait maintenant, comme chacun sait, avec tout le pouvoir et la gloire. Baha'u'llah
passait une partie de son temps dans le Manoir et aussi dans le village rural
de Mazra'ih. De temps en temps, Il séjournait à Haifa et occasionnellement sa
tente était plantée sur les hauteurs du mont Carmel. Les amis de partout se présentaient
pour obtenir une audience. Les gens et les autorités gouvernementales étaient
témoins de tout, cependant personne ne soufflait mot. Et ceci est un des plus
grands miracles de Baha'u'llah: que Lui, un captif, se soit entouré d'une armure
et exerce un pouvoir. La prison se changea en palace, la geôle elle-même devint
un jardin d'Eden. Ceci ne s'était jamais produit auparavant dans l'histoire; aucun
âge antérieur n'a été témoin d'une telle chose: qu'un homme emprisonné puisse
se déplacer avec autorité et pouvoir: que quelqu'un d'enchaîné puisse porter la
renommée de la cause de Dieu aussi haut, puisse gagner de splendides victoires
à l'Est et à l'Ouest, et puisse, par sa plume Toute-Puissante, subjuguer le monde.
Telle est le caractère distinct de cette suprême Théophanie.
Un jour, les dirigeants du gouvernement, les piliers du pays, les ulémas de la
ville, les chefs mystiques et intellectuels vinrent au Manoir. La Beauté Bénie
ne fit aucune attention à eux. Ils ne furent pas admis en Sa présence, et Il ne
s'informa pas à leur sujet. Je m'assis avec eux et leur tint compagnie pendant
plusieurs heures, puis ils retournèrent d'où ils étaient venus.
Bien que le décret royal décrivit spécialement que Baha'u'llah devait être un
prisonnier solitaire dans la forteresse de 'Akka, dans une cellule, sous une garde
perpétuelle, qu'Il ne devait jamais sortir, qu'Il ne devait jamais voir un seul
des croyants, en dépit d'un tel décret, d'un tel ordre rigoureux, sa tente était
dressée avec majesté sur les hauteurs du mont Carmel. Quelle plus grande manifestation
de pouvoir pouvait-il y avoir, que de la prison même la bannière du Seigneur soit
levée si haut et qu'elle flotte pour être vue du monde entier! Loué soit le Possesseur
d'une telle majesté et puissance, loué soit-Il, Celui qui est armé du pouvoir
et de la gloire, loué soit-Il, Celui qui a vaincu ses adversaires quand Il était
captif dans la prison de 'Akka!
En résumé: 'Abdu's-Salih vivait sous une étoile favorable car il était régulièrement
en présence de Baha'u'llah. Il se réjouissait de la distinction de servir comme
jardinier pendant de nombreuses années et il fut toujours loyal, sincère et ferme
dans sa foi. Il était humble en présence de tous les croyants, durant toute cette
période il ne heurta ni n'offensa personne. Et finalement il quitta son jardin
et se hâta vers la grâce sans limite de Dieu.
La Beauté Ancienne était très satisfaite de 'Abdu's-Salih et, après son ascension,
révéla une tablette de visitation en son honneur, Il prononça une allocution le
concernant qui fut transcrite et publiée avec d'autres Ecrits. Sur lui soit la
gloire du Très Glorieux! Sur lui soient la douceur et les faveurs du Royaume élevé. 9. Ustad
Isma'il
Ustad Isma'il, le constructeur, était encore un autre membre de cette compagnie
bénie. Il était le contremaître des constructions du Farrukh Khan (Aminu'd-Dawlih)
à Tihran, vivant heureux et prospère, un homme de rang élevé, bien vu de tous.
Mais il donna son coeur à la Foi, et fut capturé par elle, jusqu'à ce que sa sainte
passion consuma chaque voile qui l'en séparait. Puis, laissant toute précaution
de côté, il fut connu dans tout Tihran comme un pilier des baha'is.
Au début, Farrukh Khan le défendit habilement. Mais le temps passant, il le convoqua
et lui dit, "Ustad, vous m'êtes très cher, je vous ai donné ma protection et je
me suis tenu à vos côtés autant que j'ai pu. Mais le Shah est au courant en ce
qui vous concerne et vous savez quel tyran sanguinaire il est. J'ai peur qu'il
ne vous attrape sans avertissement et ne vous pende. La meilleure chose pour vous
est de partir en voyage. Quittez ce pays, allez ailleurs et fuyez ce danger".
Calme, heureux, Ustad quitta son travail, ferma les yeux sur ses biens et partit
pour l'Iraq où il vécut dans la pauvreté. Il venait de se marier et aimait infiniment
son épouse. La mère de sa femme arriva et par un moyen détourné obtint son autorisation
pour ramener sa fille à Tihran, soit disant pour une visite. Aussitôt qu'elle
atteignit Kirmanshah elle se rendit chez le mutjahid et lui dit que son gendre,
ayant renié sa religion, sa fille ne pouvait être son épouse selon la loi. Le
mutjahid arrangea le divorce et maria la fille à un autre homme. Quand cette nouvelle
arriva à Baghdad, Isma'il, inébranlable comme toujours, se mit à rire. "Que Dieu
soit loué", dit-il, "il ne me reste plus rien sur ce sentier. J'ai tout perdu,
y compris mon épouse. J'ai pu Lui donner tout ce que je possédais".
Quand Baha'u'llah quitta Baghdad et voyagea vers Rumelia, les amis restèrent en
arrière. Alors, les habitants de Baghdad se levèrent contre ces croyants sans
défense, les envoyant comme captifs à Mossoul. Ustad était vieux et faible, mais
il partit à pied sans provisions pour son voyage, traversa les montagnes et les
déserts, les vallées et les collines, et enfin arriva à la Plus Grande Prison.
Une fois, Baha'u'llah avait écrit pour lui un poème de Rumi et lui avait dit de
se tourner vers le Bab et chanter les paroles comme une mélodie. Et comme il errait
durant les longues nuits sombres, Ustad chantait ces vers:
Je suis perdu, O amour, obsédé et hébété,
Fou d'amour suis-je, sur toute la terre.
On m'appelle le premier parmi les fous,
Alors qu'autrefois j'étais le premier pour mon esprit et ma valeur.
O Amour, qui m'a vendu ce vin, [ix]
O Amour, pour qui je brûle et saigne,
Amour, pour qui je pleure et me consume -
Toi le Joueur de flûte, moi le roseau.
Si Tu désires que je vive,
A travers moi envoie ton souffle divin.
Le toucher de Jésus Tu me donneras
A moi, qui ait atteint l'âge de la mort.
Toi, la Fin et le Commencement,
Toi à l'intérieur et Toi à l'extérieur
De tous les yeux Tu te caches bien,
Et cependant dans tous les yeux Tu habites.
Il était comme un oiseau aux ailes brisées mais il avait ce chant qui lui permettait
d'aller de l'avant vers son unique amour véritable. Furtivement il approcha de
la forteresse et y entra mais il était exténué, épuisé. Il resta ainsi quelques
jours puis il parvint en présence de Baha'u'llah, après quoi il dut chercher un
logement à Haifa. Il se rendit à Haifa mais n'y trouva aucun havre, ni nid ou
trou, ni eau, ni grain de maïs. Finalement, il fit son logement d'une cave en
dehors de la ville. Il acquit un petit plateau sur lequel il installa des bagues
en terre cuite et quelques dés à coudre, des épingles et autres breloques. Chaque
jour, du matin à midi, il colportait tout cela, allant à l'aventure. Certains
jours, ses gains se montaient à vingt paras [x], d'autres
à trente; et quarante les meilleurs jours. Puis il allait chez lui dans sa cave
et se contentait d'un morceau de pain. Toujours il exprimait ses remerciements,
disant: "Loué soit Dieu que j'ai obtenu une telle faveur et une telle grâce; que
j'ai été séparé de mes amis comme des étrangers, et que j'ai trouvé refuge dans
cette cave. Maintenant je suis de ceux qui ont tout donné, pour acheter le Saint
Joseph sur la place du marché. Quelle bonté pourrait être plus grande que celle-ci!"
Telle était sa condition quand il mourut. Tant et tant de fois on entendit Baha'u'llah
exprimer combien Il était satisfait de Ustad Isma'il. Que les bénédictions l'entourent
et que le regard de Dieu soit sur lui. Que les salutations soient avec lui ainsi
que les louanges. Sur lui soit la Gloire du Très Glorieux. 10. Nabil-i-Zarandi
Photo: Nabil-i-Azam Muhammad-i-Zarandi
Un autre personnage qui émigra de son pays natal pour être près de Baha'u'llah
était le grand Nabil [xi]. Dans la fleur de sa jeunesse,
il fit ses adieux à sa famille à Zarand et avec l'aide divine commença à enseigner
la Foi. Il devint le chef de l'armée des amoureux et dans sa recherche il quitta
l'Iraq persan pour la Mésopotamie, mais ne put trouver celui qu'il cherchait.
Car le Bien-Aimé était alors au Kurdistan, habitant dans une cave à Sar-Galu;
et là, absolument seul sur cette vaste terre, sans compagnon, sans ami, sans une
âme attentive, Il communiquait avec la beauté qui reposait dans son propre coeur.
Toutes nouvelles de Lui étaient complètement interrompues; l'Iraq était éclipsé
et en deuil.
Quand Nabil découvrit que la flamme qui avait été allumée et entretenue était
presque éteinte, que les croyants étaient peu nombreux, que Yahya [xii]
s'était glissé dans un trou où il restait engourdi et inerte, et qu'un froid hivernal
eut pris le dessus, il se sentit obligé de partir pour Karbila. Amèrement affligé,
Il resta là jusqu'à ce que la Beauté Bénie retourne du Kurdistan et prit le chemin
de Baghdad. A ce moment il y eut une joie sans bornes; dans le pays, chaque croyant
reprit goût à la vie; parmi eux il y avait Nabil, qui se précipita en présence
de Baha'u'llah et devint le bénéficiaire de grandes faveurs. Maintenant, il passait
ses journées dans la joie, écrivant des poèmes pour célébrer les louanges de son
Seigneur. Il était un poète talentueux et son langage était très éloquent; c'était
un homme de courage et enflammé d'un amour passionné.
Après un certain temps il retourna à Karbila, puis revint à Baghdad et de là alla
en Perse. Parce qu'il était associé à Siyyid Muhammad, il fut induit en erreur
et douloureusement affligé et éprouvé; mais comme les étoiles filantes, il devint
un projectile qui chassa les idées sataniques [xiii], il
repoussa les chuchotements néfastes et retourna à Baghdad, où il trouva le repos
à l'ombre de l'Arbre Saint. Plus tard, on lui conseilla de visiter Kirmanshah.
Il retourna encore une fois et pendant chaque voyage il put rendre un service.
Puis Baha'u'llah et sa suite quittèrent Baghdad, "le havre de Paix", pour Constantinople,
la "Cité de l'islam". Après son départ, Nabil revêtit la robe de derviche et partit
à pied, rattrapant le convoi sur la route. A Constantinople il reçut les instructions
de retourner en Perse et d'y enseigner la cause de Dieu; de voyager également
à travers tout le pays et d'informer les croyants des villes et des villages de
tout ce qui s'était passé. Quand cette mission fut remplie, et que les tambours
de "Ne suis-je pas votre Seigneur" eurent roulé - car c'était "l'année quatre-vingts"
[xiv] - Nabil courut vers Andrinople en criant: "Oui en vérité,
Tu es! Oui en vérité!" et "Seigneur, Seigneur, me voici!"
Il entra en la présence de Baha'u'llah et but le vin de l'obéissance et du respect.
Alors il reçut les ordres spécifiques de voyager partout, et dans chaque région
de lancer l'appel que Dieu s'était manifesté; de répandre la bonne nouvelle que
le Soleil de Vérité s'était levé. Il était réellement en feu, conduit par un amour
indocile. Avec une grande ferveur, il parcourait les pays, apportant le meilleur
des messages et revivifiant les coeurs. Il s'enflammait comme une torche dans
chaque assemblée, il était l'étoile de chaque réunion, à tous ceux qui venaient
il tendait la coupe enivrante.
Il voyagea à un rythme forcené et enfin arriva à la Forteresse de 'Akka. En ces
temps-là, les restrictions étaient exceptionnellement sévères. Les portes étaient
closes, les routes étaient fermées. Portant un déguisement, Nabil arriva à la
porte de 'Akka. Siyyid Muhammad et ses misérables complices se précipitèrent immédiatement
chez le gouverneur et donnèrent des informations contre le voyageur. "Il est persan",
ils rapportèrent "Il n'est pas, semble-t-il, un homme de Bukhara. Il est venu
ici pour prendre des nouvelles de Baha'u'llah". Les autorités le chassèrent.
Nabil, désespéré, alla dans la ville de Safad. Plus tard il se rendit à Haifa
où il s'installa dans une grotte sur le mont Carmel. Il vécut séparé des amis
comme des étrangers, se lamentant nuit et jour, gémissant et chantant des prières.
Là, il resta retiré du monde, et attendit que les portes s'ouvrent. Quand le temps
prédestiné de la captivité prit fin, que les portes furent grandes ouvertes et
que l'Opprimé sortit en beauté, avec majesté et gloire, Nabil se hâta vers Lui
d'un coeur joyeux. Puis il devint lui-même comme une bougie, se consumant avec
l'amour de Dieu. Jour et nuit, il chantait les louanges du Bien-Aimé des deux
mondes et de ceux autour de son seuil, écrivant des versets sous la forme pentamètre
et hexamètre. Il composait des poèmes lyriques et de longues odes. Presque quotidiennement
il était admis en présence de la Manifestation. [xv]
Cela continua jusqu'au jour de l'ascension de Baha'u'llah. Face à cette affliction
suprême, cette calamité écrasante, Nabil sanglota et trembla, poussa des cris
vers le Ciel. Il découvrit que la valeur numérique du mot "shidad" - année de
tension - était 309 et il fut évident que Baha'u'llah avait prédit ce qui venait
d'arriver [xvi].
Complètement abattu, désespéré d'être séparé de Baha'u'llah, fiévreux, versant
des larmes, Nabil était dans un tel état que quiconque le voyait était abasourdi.
Il lutta mais son seul désir était de quitter cette vie. Il ne pouvait plus endurer
la souffrance; son désir ardent l'embrasait; il ne pouvait plus supporter la douleur
brûlante. Et ainsi il devint le roi des cohortes de l'amour, et il se jeta dans
la mer.
Avant de se sacrifier, il écrivit, l'année de sa mort, un seul mot: "noyé." [xvii]
Puis il donna sa vie pour le Bien-Aimé, et fut délivré de son désespoir et plus
jamais éloigné.
Cet homme distingué était un érudit, un sage et très éloquent. Son génie inné
était pure inspiration, son don poétique, comme une rivière de cristal. En particulier
son poème "Baha, Baha!" fut écrit dans une véritable extase. A travers toute sa
vie, depuis sa prime jeunesse jusqu'à ce qu'il soit faible et vieux, il passa
tout son temps à servir et adorer le Seigneur. Il supporta les privations, il
survécut à beaucoup d'infortunes, et souffrit d'afflictions. Il entendit des lèvres
de la Manifestation des choses merveilleuses. Il vit les lumières du paradis;
son plus cher désir fut réalisé. Et, à la fin, quand l'Astre du jour du monde
se coucha, il ne put plus le supporter, et se jeta dans la mer. Les eaux du sacrifice
se refermèrent sur lui; il fut noyé et il atteignit, enfin, le Très Haut.
Sur lui les bénédictions abondantes; sur lui la tendre miséricorde. Puisse-t-il
gagner de grandes victoires, et une grâce évidente dans le Royaume de Dieu. 11. Darvish
Sidq-'Ali
Aqa Sidq-'Ali était encore un de ceux qui avaient quitté leur pays natal, voyagé
pour voir Baha'u'llah et avait été jeté en prison. C'était un derviche; un homme
qui vivait libre et détaché des amis comme des étrangers. Il appartenait au monde
des mystiques et était un homme de lettres. Il revêtit pendant un certain temps
la robe de pauvreté, buvant le vin de la loi et suivant la voie [xviii],
mais, contrairement aux autres sufis, il ne consacra pas sa vie au haschisch;
au contraire, il se lava des vaines imaginations et ne rechercha que Dieu, parla
à Dieu et suivit le chemin de Dieu.
Il avait un don de poésie et écrivait des poèmes de louanges à Celui que le monde
avait opprimé et rejeté. Parmi ces poèmes, il y en a un qui fut écrit pendant
son emprisonnement dans la caserne de 'Akka, dont le couplet principal dit:
Cent coeurs ont été pris au piège de Tes boucles
Et les coeurs pleuvent quand Tu secoues Ta chevelure.
Cette âme libre et indépendante découvrit, à Baghdad, la trace du Bien-Aimé introuvable.
Il fut témoin du lever de l'Etoile du jour au-dessus de l'horizon de l'Iraq et
reçut la bonté de ce lever de soleil. Il fut sous le charme de Baha'u'llah et
fut envoûté par ce tendre compagnon. Bien qu'il fut un homme calme, conservant
sa sérénité à tout moment, ses propres membres étaient comme de nombreuses langues
criant leur message. Quand la suite de Baha'u'llah fut prête à quitter Baghdad,
il supplia pour être autorisé à partir avec eux comme valet. Toute la journée,
il marchait à côté du convoi et quand la nuit tombait, il s'occupait des chevaux.
Il travaillait de tout son coeur. Ce n'est qu'à minuit passé qu'il regagnait son
lit et s'allongeait pour se reposer; son manteau était son lit et une brique séchée
au soleil son oreiller.
Pendant qu'il voyageait, rempli d'amour ardent, il chantait des poèmes et réjouissait
tous les amis. Son nom était vraiment bien choisi [xix],
car il n'était que pure candeur et vérité; il était l'amour même; il avait un
coeur chaste et adorait Baha'u'llah. Dans sa haute position, celle de valet, il
régnait comme un roi et avait plus de gloire que les souverains de la terre. Il
était assidu au service de Baha'u'llah; en toute chose il était honnête et fidèle.
Le convoi des amoureux continua, atteignit Constantinople, passa à Andrinople
et finalement arriva à la prison de 'Akka. Sidq-'Ali était présent tout le long
du chemin, servant fidèlement son Commandeur.
Dans la caserne, Baha'u'llah réserva une soirée spéciale qu'Il consacra au derviche
Sidq-'Ali. Il écrivit que chaque année, lors de cette nuit, les derviches devraient
préparer un endroit de rencontre devant ressembler à un jardin de fleurs et se
rassembler pour faire mention de Dieu.
Il continua en disant que les "derviches" ne sont pas ces personnes qui errent,
passant leurs nuits et leurs jours en bagarres et en folie; mais ce terme, dit-Il,
désigne plutôt ceux qui sont entièrement coupés de tous sauf de Dieu, qui s'attachent
à ses lois, restent fermes dans sa foi, fidèles à son alliance et constants dans
leur adoration. Ce n'est pas un nom pour ceux qui, comme disent les persans, errent
comme des errants, désorientés, ont l'esprit perturbé, sont un fardeau pour les
autres et les plus grossiers et les plus indécents de toute l'humanité. Cet éminent
derviche passa sa vie entière sous la protection favorable de Dieu. Il était entièrement
détaché de toutes les choses de ce monde. Il était prévenant dans son service,
et servait les croyants de tout son coeur. Il était le serviteur de tous et fidèle
au Seuil sacré.
Puis, vint l'heure à laquelle, non loin de son Seigneur, il déchira le vêtement
de vie, et aux yeux physiques passa dans l'ombre, bien qu'aux yeux de l'esprit
il se rendit vers ce qui est clair comme le jour. Alors, il s'assit là sur un
trône de gloire éternelle. Il s'échappa de la prison de ce monde et planta sa
tente en un lieu vaste et spacieux. Que Dieu le garde toujours près de Lui et
le bénisse dans ce royaume mystique par la réunion éternelle et la vision béatifiée;
Puisse-t-il être enveloppé de voiles de lumière. Sur lui soit la gloire de Dieu,
le Très-Glorieux. Sa tombe demeure à 'Akka. 12. Aqa
Mirza Mahmud et Aqa Rida
Photo: Mirza Mahmud Kashani
Photo: Muhammad Rida Shirazi, connu sous le titre de Aqa Rida
Ces deux âmes bénies, Mirza Mahmud de Kashan et Aqa Rida de Shiraz étaient comme
deux lampes allumées par l'amour de Dieu avec l'huile de Sa connaissance. Entourés
depuis leur enfance des faveurs divines, ils réussirent à rendre toutes sortes
de services pendant cinquante cinq ans. Leurs services sont innombrables, incommensurables.
Quand la suite de Baha'u'llah quitta Baghdad pour Constantinople, Il fut accompagné
par une grande foule. Sur le chemin, ils durent faire face à la famine. Ces deux
âmes avançaient à grands pas à pied, en tête du howdah que montait Baha'u'llah
et parcouraient sept à huit farsakhs chaque jour. Fatigués et affaiblis quand
ils atteignaient l'endroit de halte; aussi épuisés qu'ils étaient, ils se mettaient
immédiatement à préparer le repas, s'assurant le confort des croyants. Les efforts
qu'ils faisaient dépassaient réellement ce que le corps peut supporter. Parfois
ils ne dormaient pas plus de deux ou trois heures en vingt quatre heures; car,
une fois que les amis avaient mangé, ils devaient ranger et laver la vaisselle
et les ustensiles, ce qui les occupait jusqu'à minuit. Alors seulement ils allaient
se reposer. Au lever du jour, ils se levaient, ramassaient toutes les affaires
et se mettaient devant le howdah de Baha'u'llah. Voyez quel service indispensable
ils étaient capables de rendre et pour quelle bonté ils avaient été choisis du
début du voyage à Baghdad. A l'arrivée à Constantinople, ils marchaient près de
Baha'u'llah; ils rendaient heureux chacun des amis; ils apportaient repos et confort
à tous; ils préparaient tout ce qu'on leur demandait.
Aqa Rida et Mirza Mahmud étaient la véritable essence de l'amour de Dieu, entièrement
détachés de tout sauf de Dieu. Pendant tout ce temps personne n'a jamais entendu
l'un d'eux élever la voix.
Ils n'ont jamais blessé ni offensé personne. Ils étaient dignes de confiance,
loyaux et fidèles. Sur eux Baha'u'llah répandit des bénédictions. Ils étaient
continuellement en Sa présence et Il leur exprimait Sa reconnaissance. Mirza Mahmud
était jeune quand il arriva de Kashan à Baghdad. Aqa Rida devint un croyant à
Baghdad. Leur état spirituel était indescriptible.
Il y avait, à Baghdad, un groupe de sept croyants qui habitait dans une seule
pièce étroite parce qu'ils étaient sans ressources. Ils pouvaient difficilement
se maintenir en vie, mais ils étaient si spirituels, si heureux qu'ils se croyaient
au Ciel. Parfois ils chantaient des prières tout le long de la nuit, jusqu'au
lever du jour. Pendant la journée ils allaient travailler et à la tombée de la
nuit l'un ramenait dix paras, un autre peut-être vingt paras, d'autres quarante
ou cinquante. Ces sommes étaient dépensées pour le repas du soir. Certains jours,
l'un d'entre eux gagnait vingt paras tandis que les autres ne gagnaient rien du
tout. Celui qui avait l'argent achetait quelques dattes et les partageait avec
les autres; c'était le dîner de sept personnes. Ils étaient parfaitement satisfaits
de leur vie frugale, suprêmement heureux.
Ces deux hommes honorés vouaient leurs jours à tout ce qui était le meilleur pour
la vie humaine: ils avaient des yeux qui voient; ils étaient intelligents et conscients;
ils avaient des oreilles qui entendent, et avaient un langage pur. Leur unique
désir était de satisfaire Baha'u'llah. Pour eux, rien d'autre que le service à
Son Seuil sacré n'était un cadeau.
Après le temps de la suprême affliction, ils se consumaient de chagrin comme des
bougies s'éteignant; ils attendaient la mort et restaient fermes dans l'alliance,
travaillaient dur et bien à répandre la foi de l'Etoile du Matin.
Ils étaient des compagnons proches et fidèles de 'Abdu'l-Baha et on pouvait compter
sur eux pour tout. Ils étaient toujours modestes, humbles, sans prétention, discrets.
Durant cette longue période, ils n'ont jamais prononcé un mot les concernant eux-mêmes.
Et à la fin, pendant l'absence de 'Abdu'l-Baha, ils prirent leur envol pour le
Royaume de gloire impérissable. J'étais très triste parce que je n'étais pas avec
eux quand ils moururent. Bien qu'absent physiquement, j'étais présent par le coeur
et j'étais en deuil: mais de l'extérieur je ne leur avais pas dit adieu; c'est
pourquoi je suis peiné.
Que sur eux deux soient les salutations et les louanges, que sur eux soient la
compassion et la gloire. Puisse Dieu leur donner un toit au Paradis, à l'ombre
du Sadratu'l-Muntaha. Puissent-ils être immergés dans des rayons de lumière, juste
derrière leur Seigneur, le Fort, le Tout-Puissant. 13. Pidar-Jan
de Qazvin
Pidar-Jan était parmi ces croyants qui avaient émigré à Baghdad. C'était un homme
saint d'un certain âge, amoureux du Bien-Aimé; dans le jardin de l'amour divin,
il était comme une rose fraîchement éclose. Il arriva à Baghdad et passa ses journées
et ses nuits en communion avec Dieu et chantant des prières et, tout en marchant
sur la terre, il parcourait les hauteurs du Ciel.
Pour obéir à la loi de Dieu, il fit du commerce car il ne possédait rien. Il nouait
quelques paires de chaussettes, les prenait sous son bras et les colportait à
travers les rues et les bazars, mais les voleurs lui volaient sa marchandise.
Finalement il fut obligé d'étendre ses chaussettes sur les paumes de ses mains
ouvertes tout en marchant. Mais il se mettait alors à chanter des prières et,
un jour, il eut la surprise de voir qu'on lui avait volé, devant ses yeux, les
chaussettes posées sur ses deux mains. Ce monde lui paraissait trouble, car il
voyageait dans un autre monde. Il vivait en extase; il était un homme ivre, aveuglé.
C'est ainsi qu'il vécut en Iraq pendant un certain temps. Presque quotidiennement
il était admis en présence de Baha'u'llah. Son nom était 'Abdu'llah mais les amis
lui donnèrent le titre de Pidar-Jan - Père chéri - car il était un père aimant
pour tous. Finalement, sous l'attention protectrice de Baha'u'llah, il prit son
envol vers le "trône de vérité, en présence du Roi puissant." [xx]
Puisse Dieu parfumer sa sépulture avec la pluie abondante de Sa miséricorde et
jeter sur lui le regard de la compassion divine. Sur lui soient les salutations
et louanges. 14. Shaykh
Sadiq-i-Yazdi
Un autre de ceux qui émigrèrent à Baghdad était Shaykh Sadiq de Yazd, un homme
très estimé, et aussi droit que son nom, Sadiq [xxi]. Il
était un arbre très élevé dans les palmeraies du ciel, une étoile brillante dans
les cieux de l'amour de Dieu.
Ce fut pendant la période de l'Iraq qu'il se hâta vers la présence de Baha'u'llah.
Son détachement des choses de ce monde et son attachement à la vie de l'esprit
sont indescriptibles. Il était l'amour incarné, la tendresse personnifiée. Jour
et nuit, il se souvenait de Dieu. Absolument inconscient de ce monde et de tout,
il s'appuyait continuellement sur Dieu, restant submergé en supplications et prières.
La plupart du temps, des larmes coulaient de ses yeux. La Beauté Bénie le choisit
pour des faveurs spéciales et chaque fois qu'Il portait Son attention vers Sadiq,
Sa tendresse affectueuse se lisait clairement dans Ses yeux.
Un jour les nouvelles arrivèrent que Sadiq était mourant. Je me rendis à son chevet
et le trouvai expirant son dernier souffle. Il souffrait d'occlusion intestinale,
de douleurs abdominales et était enflé. Je courus chez Baha'u'llah et Lui décrivis
dans quelle condition il était.
"Allez," dit-Il. "Placez votre main sur la partie distendue et dites ces mots:
"O Toi le Guérisseur!" [xxii]
Je retournai. Je vis que la partie enflée avait la grosseur d'une pomme; elle
était dure comme une pierre, en mouvement constant, bougeant et roulant comme
un serpent. Je plaçai ma main dessus; me tournai vers Dieu et L'implorant humblement,
répétai les mots, "O Toi le Guérisseur!". Instantanément l'homme malade se leva.
L'occlusion intestinale disparut, l'enflure était partie.
Cet esprit personnifié vécut heureux à Baghdad jusqu'au jour où le convoi de Baha'u'llah
dirigea son chemin en dehors de la ville. Comme abattu, Sadiq resta derrière dans
cette ville. Mais son attente le meurtrit si passionnément qu'après l'arrivée
de Baha'u'llah à Mosoul, il ne put endurer la séparation plus longtemps. Sans
chaussures, sans chapeau, il courut sur les traces du courrier allant à Mosoul;
il courut et courut jusqu'à ce que, dans cette plaine stérile, sans pitié pour
lui-même, il tomba d'inanition.
Que Dieu lui donne à boire "d'une coupe de vin trempée dans la fontaine de camphre"
[xxiii] et fasse descendre l'eau cristalline sur sa tombe.
Dans ce désert, que Dieu parfume son corps de musc et y fasse descendre des rayons
et des rayons de lumière. 15. Shah-Muhammad-Amin
Shah-Muhammad, qui avait le titre de Amin, le dépositaire, était parmi les premiers
croyants et le plus profondément amoureux. Il avait écouté les paroles divines
dans la fleur de sa jeunesse et avait tourné son visage vers le Royaume. Il avait
écarté de son regard les voiles des vaines suppositions et avait atteint le désir
de son coeur; ni les caprices courants parmi les hommes ni les reproches dont
il était la cible ne le détournèrent. Il demeura stoïque et fit face à un océan
de troubles, rendu fort par la puissance du jour de l'Apparition, il affronta
ceux qui essayaient de le contrecarrer et de barrer son chemin. Plus ils cherchaient
à installer le trouble dans son esprit et plus il devenait fort, plus ils le tourmentaient
et plus il faisait de progrès. C'était un captif du visage de Dieu, esclave de
la beauté du Très-Glorieux, une flamme de l'amour de Dieu, une fontaine de la
connaissance de Dieu.
L'amour consumait son coeur ne lui laissant aucune tranquillité, et quand il ne
put plus accepter l'absence de son Bien-Aimé il quitta sa ville natale, la province
de Yazd. Le désert de sable était pour lui comme un tapis de soie sous ses pieds,
il était léger comme le souffle du vent, il traversa les montagnes et les plaines
sans fin jusqu'à ce qu'il se trouva à la porte de son Amour. Il s'était libéré
du piège de la séparation et en Iraq il entra en présence de Baha'u'llah.
Son chemin vers la maison du Bien-Aimé de tous étant accompli, il fut vidé de
toutes pensées, libéré de toutes préoccupations et devint le bénéficiaire de faveurs
et de grâces sans limites. Il resta quelques jours en Iraq et reçut les instructions
de retourner en Perse. Là il resta un certain temps, fréquentant les croyants.
Son souffle pur stimula à nouveau chacun d'eux, les rendant plus attirés encore
par la Foi et plus actifs et plus impatients qu'avant.
Plus tard il arriva à la Plus Grande Prison avec Mirza Abu'l- Hasan, le second
Amin. Durant son voyage, il rencontra de sévères difficultés car il était extrêmement
difficile de trouver un chemin pour la prison. Finalement il fut reçu par Baha'u'llah
dans le bain public. Mirza Abu'l-Hasan était tellement accablé par la présence
majestueuse de son Seigneur qu'il trembla, trébucha et tomba sur le sol ; sa tête
fut blessée et le sang coula.
Amin, Shah-Muhammad, reçut le titre du Dépositaire et les bontés se déversèrent
sur lui. Rempli d'empressement et d'amour, prenant avec lui les tablettes de Baha'u'llah,
il se hâta de retourner en Perse, où, à tout moment, digne de confiance, il travailla
pour la Cause. Ses services étaient remarquables, et il était une consolation
pour les coeurs des croyants. Il était incomparable en terme d'énergie, d'enthousiasme
et de zèle, et aucun homme ne pouvait l'égaler dans le service. Il était un havre
parmi les gens, connu partout pour sa dévotion au Seuil sacré, largement acclamé
par les amis.
Il ne se reposait jamais, même un instant. Il ne passa pas une nuit dans la facilité,
ni ne se reposa sur l'oreiller du confort.
Il était continuellement en route, s'élançant comme le font les oiseaux, courant
comme un cerf, invité du désert de la solitude, seul et rapide. Il apporta la
joie à tous les croyants; à tous, sa venue apportait de bonnes nouvelles; pour
chaque chercheur il était un symbole et un témoignage. Il était amoureux de Dieu,
errant dans le désert de l'amour de Dieu. Comme le vent, il voyagea à travers
les plaines, sans repos sur les hauteurs des collines. Il était dans un pays différent
chaque jour et sur une autre terre à la tombée de la nuit. Il ne se reposa jamais,
il ne resta jamais tranquille. Il était toujours debout pour servir.
Mais ils le firent prisonnier en Adhirbayjan, dans la ville de Miyandu'ab. Il
fut la proie de quelques rustres kurdes, une bande hostile qui ne posèrent aucune
question à l'homme innocent et sans défense. Croyant que cet étranger, comme les
autres étrangers, voulait du mal au peuple kurde et le prenant pour un bon à rien,
ils le tuèrent.
Quand les nouvelles de son martyr atteignirent la Prison, tous les prisonniers
pleurèrent et versèrent des larmes pour lui, cet homme si résigné et sans défense
comme il le fût pendant ses dernières heures. Même en présence de Baha'u'llah,
les signes de tristesse étaient visibles. Une tablette, infiniment tendre, fut
révélée par la Plume Suprême, commémorant l'homme qui mourut sur cette plaine
désastreuse, et beaucoup d'autres tablettes le concernant furent envoyées.
Aujourd'hui, à l'ombre de la clémence de Dieu, il demeure dans les Cieux lumineux.
Il communie avec les oiseaux de sainteté et est immergé dans la lumière à la cours
de splendeurs. Son souvenir et les louanges à son nom se perpétueront à jamais,
dans les pages des livres et sur la langue et les lèvres des hommes.
Que sur lui soient les salutations et les louanges! Que sur lui soit la gloire
du Tout-Clément de Dieu. 16. Mashhadi
Fattah
Mashhadi Fattah était l'esprit personnifié. Il était la dévotion même. Frère de
Haji 'Ali-'Askar - de la même lignée - il connut la Foi par ce dernier. Comme
les jumeaux, Castor et Pollux, tous les deux restèrent ensemble au même endroit
et furent illuminés par la lumière de la foi.
Dans toutes choses, ils étaient unis comme un couple, ils partageaient la même
certitude et la même foi, la même conscience et allèrent de l'Adhirbayjan à Andrinople,
émigrant en même temps. Dans toutes les circonstances de leur vie, ils vécurent
comme un seul individu; leur disponibilité, leur but, leur religion, leur caractère,
leur comportement, leur foi, leur certitude, leur connaissance n'étaient qu'une.
Même dans la Plus Grande Prison ils étaient continuellement ensembles.
Mashhadi Fattah possédait quelques marchandises; c'était tout ce qu'il avait dans
le monde. Il les avait confiées à des personnes à Andrinople, mais plus tard ces
gens peu vertueux disparurent avec ces marchandises. Ainsi, sur le chemin de Dieu,
il perdit tout ce qu'il possédait. Il passait ses journées, pleinement content,
dans la Plus Grande Prison. Il était d'un dévouement total; jamais personne n'entendit
une syllabe venant de lui indiquant qu'il existait. Il était toujours dans un
certain coin de la prison, méditant en silence, occupé dans le souvenir de Dieu;
à tout moment vigilant et soucieux, en état de supplication.
Puis arriva l'Affliction suprême. Il ne put tolérer la souffrance du départ de
Baha'u'llah, et après l'ascension de Baha'u'llah il mourut de douleur. Béni soit-il;
encore béni soit-il. Heureuses nouvelles pour lui; encore, heureuses nouvelles
pour lui. Que sur lui soit la gloire du Très-Glorieux. 17. Nabil
de Qa'in
Cet homme distingué, Mulla Muhammad-'Ali [xxiv] fut un de
ceux dont le coeur avait été attiré par Baha'u'llah avant la déclaration du Bab;
ce fut à ce moment-là qu'il but le vin rouge de la connaissance des mains du Porteur
de la coupe de grâce.
Un prince, le fils de Mir Asadu'llah Khan, prince de Qa'in, reçut l'ordre de rester
à Tihran comme otage politique. Il était jeune, loin de l'affection de son père
Bien-Aimé et Mulla Muhammad-'Ali était son tuteur et son gardien. Comme le jeune
homme était un étranger à Tihran, la Beauté Bénie lui montra beaucoup de gentillesse.
Plusieurs nuits le jeune prince fut invité dans la maison de Baha'u'llah et Mulla
Muhammad-'Ali l'accompagnait. Cela se passait avant la déclaration du Bab.
Ce chef de tous les amis fidèles devint captivé par Baha'u'llah et il se mit à
répandre Ses louanges partout où il allait. Après le chemin de l'islam, il racontait
les grands miracles qu'il avait, de ses propres yeux, vu Baha'u'llah accomplir
et les merveilles qu'il avait entendues. Il était en extase, brûlant d'amour.
C'est dans cet état qu'il retourna avec le prince à Qa'in.
Plus tard, cet éminent érudit Aqa Muhammad de Qa'in (dont le titre était Nabil-i-Akbar)
reçut le titre de mujtahid, docteur de la loi religieuse, par le Shaykh Murtada;
il partit alors pour Baghdad, devint un disciple fervent de Baha'u'llah et retourna
en Perse. Les chefs religieux et les mujtahids étaient bien conscients et reconnaissaient
sa grande réussite académique, l'étendue de ses connaissances et son rang élevé.
Quand il arriva à Qa'in, il commença ouvertement à enseigner la nouvelle Foi.
Au moment où Mulla Muhammad-'Ali entendit le nom de la Beauté Bénie, immédiatement
il accepta le Bab. "J'ai eu l'honneur," dit-il, "de rencontrer la Beauté Bénie
à Tihran. A l'instant où je Le vis, je devins son esclave."
Dans son village de Sar-Chah, cet homme doué, à l'âme noble, commença à enseigner
la Foi. Il guida sa propre famille ainsi que les autres, amenant un grand nombre
à la loi de l'amour de Dieu, dirigeant chacun sur le sentier du salut.
Jusque-là il avait été un ami proche de Mir 'Alam Khan le gouverneur de Qa'in,
lui avait rendu de nombreux services et avait apprécié le respect et la fidélité
du gouverneur. Mais ce prince sans vergogne se tourna contre lui avec rage à cause
de sa religion, confisqua ses biens et les pilla; car l'Amir était terrifié par
Nasiri'd-Din-Shah. Il bannit Nabil-i-Akbar et ruina Nabil de Qa'in. Après l'avoir
jeté en prison et torturé, il le jeta en dehors de la ville comme un mendiant
sans domicile.
Pour Nabil, cette soudaine calamité était une bénédiction, le pillage de ses biens
terrestres, l'expulsion dans le désert étaient comme une couronne royale et la
plus grande faveur que Dieu pouvait lui accorder. Pendant un certain temps il
resta à Tihran extérieurement comme un indigent sans domicile fixe mais intérieurement
plein d'allégresse; car ceci est la caractéristique de chaque âme qui est ferme
dans l'alliance.
Il avait accès à la haute société et connaissait la condition de plusieurs princes.
Aussi en fréquenta-t-il certains et leur donna le message. Il était une consolation
pour le coeur des croyants et une épée tranchante pour les ennemis de Baha'u'llah.
Il était un de ceux dont nous lisons dans le Qur'an: "Pour la cause de Dieu ils
travailleront dur; ils ne craindront pas l'accusation des accusateurs." [xxv]
Jour et nuit, il travailla à promouvoir la Foi et de toute sa force propagea les
signes de Dieu. Il buvait et buvait encore le vin de l'amour de Dieu. Il était
tonitruant comme les nuages d'orage, sans repos comme les vagues de la mer.
L'autorisation arriva pour lui de visiter la Plus Grande Prison; car, à Tihran,
il était devenu un homme banni. Tous étaient au courant de sa conversion; il n'avait
ni prudence, ni patience, ni réserve; il ne se souciait de rien et ne dissimulait
rien. Il était tout à fait intrépide et en terrible danger.
Quand il arriva à la Plus Grande Prison, les gardes hostiles le jetèrent dehors
et, essayant toute possibilité, il ne trouva aucun moyen pour entrer. Il fut obligé
d'aller vers Nazareth où il vécut pendant un certain temps comme un étranger,
seul avec ses deux fils, Aqa Qulam-Husayn et Aqa 'Ali-Akbar, se désolant et priant.
Finalement un plan fut imaginé afin de l'introduire dans la forteresse et il fut
assigné à la prison où étaient enfermés les innocents. Il entra dans une telle
extase qui ne peut être décrite et fut admis en présence de Baha'u'llah. Quand
il entra et leva les yeux vers la Beauté Bénie, il fut ému, trembla et tomba inconscient
sur le sol. Baha'u'llah prononça des paroles de bienveillance affectueuse envers
lui et il se releva. Il passa quelques jours caché dans la caserne après quoi
il retourna à Nazareth.
Les habitants de Nazareth s'étonnèrent à son sujet. Ils se disaient les uns aux
autres que manifestement c'était un grand homme distingué dans son propre pays,
un notable et d'un rang élevé; et ils se demandaient pourquoi il avait choisi
un coin perdu du monde comme Nazareth et comment il pouvait être satisfait d'une
telle pauvreté et d'une telle souffrance.
Quand, dans l'accomplissement de la promesse du Plus Grand Nom, les portes de
la prison s'ouvrirent et tous les amis et voyageurs purent entrer et quitter la
forteresse en paix et avec respect, Nabil de Qa'in voyagea pour voir Baha'u'llah
une fois par mois. Cependant, selon Son commandement, il continua de vivre à Nazareth,
où il convertit à la Foi un grand nombre de chrétiens; et là, il pleurait jour
et nuit sur toutes les misères qui étaient faites à Baha'u'llah.
Ses moyens d'existence venaient du partenariat que nous avions fait ensemble.
Je lui avais procuré un capital de trois krans [xxvi]; avec
cette somme, il avait acheté des aiguilles et en avait fait son stock d'échange.
Les femmes de Nazareth lui donnaient des oeufs en échange de ses aiguilles et
ainsi il obtenait trente à quarante oeufs par jour; trois aiguilles pour un oeuf.
Puis il vendait les oeufs et vivait des recettes. Comme il y avait une caravane
quotidienne entre 'Akka et Nazareth, il contactait Aqa Rida chaque jour pour plus
d'aiguilles. Gloire à Dieu ! Il survécut deux ans avec le capital initial et rendit
grâce tout le temps. Vous pouvez vous rendre compte combien il était détaché des
choses terrestres par ce fait. Les Nazaréens avaient l'habitude de dire qu'on
voyait aux manières de ce vieil homme et à son attitude qu'il était très riche
et que s'il vivait si modestement c'était uniquement parce qu'il était étranger
cachant sa richesse derrière une affaire de commerce d'aiguilles.
Chaque fois qu'il se trouvait en présence de Baha'u'llah, il recevait encore plus
de témoignages de faveur et d'amour. En toutes saisons il fut pour moi un ami
proche et un compagnon. Quand j'avais de la peine, je le faisais demander et alors
je me réjouissais rien qu'à sa vue. Combien ses conversations étaient merveilleuses,
combien attrayante sa compagnie. Il avait un visage rayonnant, un coeur libre,
libre de toutes attaches terrestres, allant toujours de l'avant. Vers la fin il
s'installa dans la Plus Grande Prison et chaque jour, il se trouvait en présence
de Baha'u'llah .
Un certain jour, marchant dans le bazar avec ses amis, il rencontra un fossoyeur
appelé Haji Ahmad. Bien qu'en bonne santé, il s'adressa au fossoyeur et en riant
lui dit: "Viens avec moi." Accompagné des croyants et du fossoyeur il se rendit
à Nabiyu'llah Salih. Là, il dit: "O Haji Ahmad, j'ai une demande à vous faire;
quand je quitterai ce monde pour le suivant, creusez mon tombeau ici, à côté de
la Plus Pure Branche [xxvii]. Ceci est une faveur que je
vous demande." Parlant ainsi il donna une somme d'argent à l'homme.
Ce même soir, peu de temps après le coucher du soleil, des nouvelles arrivèrent
que Nabil de Qa'in était malade. J'allai immédiatement chez lui: Il était assis
et parlait. Il était radieux, riant, plaisantant mais sans aucune raison la sueur
coulait de son visage comme un torrent. A part cela il n'y avait rien d'anormal
en lui. La transpiration continuait sans interruption; il s'affaiblit, se coucha
sur son lit, et vers le matin il mourut.
Baha'u'llah parlait de lui avec beaucoup de grâce et d'affection et révéla un
grand nombre de tablettes en son nom. La Beauté Bénie avait l'habitude, après
la mort de Nabil, de rappeler son ardeur, la puissance de sa foi et de dire que
c'était un homme qui L'avait reconnu, avant l'avènement du Bab.
Bienheureux celui qui a reçu ces merveilleux qualificatifs. "Que la félicité l'attende
et une belle demeure... Et Dieu distinguera pour Sa miséricorde celui qu'Il voudra."
[xxviii] 18. Siyyid
Muhammad-Taqi Manshadi
Muhammad-Taqi était du village de Manshad. Il était encore très jeune quand il
entendit parler de la Foi de Dieu. En sainte extase, son esprit alla vers le ciel
et son coeur fut inondé de lumière. La grâce divine descendit sur lui; les appels
de Dieu l'enchantèrent à un tel point qu'il quitta la paisible Manshad. Laissant
sa famille et ses enfants, il partit à travers les montagnes et les plaines du
désert, passa d'une halte à une autre, arriva au bord de la mer, traversa la mer
et finalement gagna la ville de Haifa. De là il se pressa vers 'Akka et entra
en présence de Baha'u'llah .
Dès le début il ouvrit une petite échoppe à Haifa et commença une affaire insignifiante.
Cette affaire reçut les bénédictions de Dieu et prospéra. Ce petit coin devint
le havre des pèlerins. A leur arrivée ainsi qu'à leur départ, les pèlerins étaient
les invités du noble et généreux Muhammad-Taqi. Il aidait aussi à gérer les affaires
des croyants et organisait leurs moyens de transport. Il prouva qu'il était d'un
sérieux infaillible, loyal et honnête. Rapidement, il devint l'intermédiaire par
qui les tablettes pouvaient être envoyées et le courrier des croyants arriver.
Il rendait ce service avec une parfaite fiabilité, l'accomplissant de la meilleure
manière, expédiant scrupuleusement et recevant la correspondance à tout moment.
Chacun lui faisant confiance, il fut connu dans plusieurs parties du monde et
reçut d'innombrables bontés de Baha'u'llah. Il était un trésor de justice et de
droiture, entièrement libre de tout attachement aux choses de ce monde. Il s'était
habitué à une vie détachée, ne transportant rien à manger ou pour dormir, sans
confort ou paix. Il vivait seul dans une pièce unique, passait ses nuits sur une
couche de feuilles de palmier et dormait dans un coin. Mais pour les voyageurs,
il était une oasis dans le désert; pour eux, il avait les oreillers les plus moelleux
et la meilleure table qu'il pouvait offrir. Il avait un visage souriant et de
nature il était spirituel et serein.
Après que l'Etoile du Jour du Concours Suprême se soit levée, Siyyid Manshadi
resta loyal à l'alliance, une épée tranchante confrontant les violateurs. Ils
essayèrent toutes les ruses, toutes les supercheries, les moyens les plus subtils;
c'est inimaginable combien ils lui montrèrent de reconnaissance et de quels honneurs
ils le comblèrent, quelles fêtes ils préparèrent, quels plaisirs ils lui offrirent,
tout cela pour essayer de briser sa foi. Cependant, chaque jour, il devenait plus
fort que la veille, il continuait à être dévoué et fidèle, libre de toutes pensées
indécentes et fuyant tout ce qui était contre l'alliance de Dieu. Quand, finalement,
ils désespérèrent de changer sa décision, ils le harassèrent par tous les moyens
possibles et complotèrent sa ruine financière. Il resta, cependant, la quintessence
de la constance et de la fidélité.
Quand, à l'instigation des violateurs, 'Abdu'l-Hamid commença à s'opposer à moi,
je fus obligé d'envoyer Manshadi à Port Saïd parce qu'il était trop connu parmi
les gens comme le distributeur de notre courrier. Je dus alors lui retransmettre
la correspondance par des intermédiaires qui n'étaient pas connus, pour qu'il
continue à envoyer les lettres comme auparavant. De cette façon, les traîtres
et les personnes hostiles ne purent prendre le courrier. Pendant les derniers
jours de 'Abdu'l-Hamid, quand il y eut une commission d'investigation poussée
par ces étrangers devenus familiers, qu'ils firent des plans pour déraciner l'Arbre
saint; qu'ils furent déterminés de me jeter dans les profondeurs de la mer ou
me bannir à Fezzan, et ceci était le plan qu'ils avaient décidé; et quand, en
conséquence, la commission fit tout son possible pour obtenir quelques documents
ou autres, ils échouèrent. Au milieu de tous ces tourments, avec toutes les pressions,
les restrictions et les folles attaques de ces personnes qui étaient sans pitié
comme Yazid [xxix], le courrier circula malgré tout.
Pendant de longues années, Siyyid Manshadi exécuta parfaitement son service à
Port Saïd. Tous les amis sans exception étaient satisfaits de lui. Dans cette
ville, il gagna la gratitude des voyageurs, rendit ceux qui avaient émigré éternellement
reconnaissants, apporta la joie aux croyants locaux. Mais la grosse chaleur d'Egypte
fut trop éprouvante pour lui; il dut se coucher et une fièvre foudroyante le libéra
de la robe de vie. Il abandonna Port Saïd pour le Royaume des Cieux et s'éleva
vers les demeures du Seigneur.
Siyyid Manshadi était l'essence de la vertu et de l'intelligence. Ses qualités
et ses connaissance étaient tels qu'ils stupéfiaient les esprits les plus doués.
Il n'avait de pensée que pour Dieu, n'avait aucun espoir que de gagner le bon
plaisir de Dieu. Il était l'incarnation de l'écrit "fais de tous mes chants une
unique louange à toi; gardes-moi pour toujours fidèle à ton service."
Puisse Dieu rafraîchir sa peine fiévreuse par la grâce de la réunion dans le Royaume,
et guérir sa maladie avec le baume de son intimité dans le Royaume de toutes les
beautés. Que sur lui soit la gloire de Dieu, le Plus Glorieux. 19. Muhammad-'Ali
Sabbaq de Yazd
Photo: Aqa Muhammad-'Ali Sabbaq Yazdi
Dans sa jeunesse Muhammad-'Ali Sabbaq accepta la Foi en Iraq. Il déchira les voiles
obscurs et les doutes, s'échappa de ses illusions et se hâta vers l'abri accueillant
du Seigneur des seigneurs. Bien que paraissant extérieurement sans éducation car
il ne savait ni lire ni écrire, il était un ami d'une intelligence vive et digne
de confiance. Il fut amené en présence de Baha'u'llah par un des croyants et fut
très vite connu largement du public comme un disciple. Il se trouva un coin où
habiter, près de la maison de la Beauté Bénie, et matin et soir entra en présence
de Baha'u'llah. Pendant un certain temps il fut extrêmement heureux.
Quand Baha'u'llah et sa suite quittèrent Baghdad pour Constantinople, Aqa Muhammad-'Ali,
enflammé par l'amour de Dieu, fit partie du groupe. Nous atteignîmes Constantinople
et comme le gouverneur nous obligea à nous installer à Andrinople, nous laissâmes
Muhammad-'Ali dans la capitale turque pour aider les croyants lorsqu'ils venaient
et traversaient la ville. Puis nous allâmes à Andrinople. Cet homme resta seul
et il souffrit d'une grande détresse car il n'avait aucun ami, ni compagnon, ni
personne pour s'occuper de lui.
Après deux ans il vint à Andrinople, cherchant refuge dans la tendre bonté de
Baha'u'llah. Il alla travailler comme revendeur et quand la grande rébellion [xxx]
débuta et que les oppresseurs conduisirent les amis à la plus grande adversité,
il fut lui aussi parmi les prisonniers et fut exilé avec nous dans la forteresse
de 'Akka.
Il passa beaucoup de temps dans la Plus Grande Prison, après quoi Baha'u'llah
voulut qu'il parte pour Sidon, où il commença un commerce. Parfois il retournait
à 'Akka et était reçu par Baha'u'llah mais le reste du temps il restait à Sidon.
Il vécut respecté. C'était un homme en qui on avait confiance, un bienfait pour
tous.
Quand l'Affliction suprême tomba sur nous, il retourna à 'Akka et passa le reste
de ses jours près du tombeau sacré.
Tous les amis étaient satisfaits de lui et il était chéri par la sainte famille;
dans cet état il monta vers la gloire éternelle, laissant sa famille dans le chagrin.
C'était un homme gentil, un homme d'excellence; satisfait de ce que Dieu avait
voulu pour lui, reconnaissant, un homme digne et qui souffrit beaucoup.
Que sur lui soit la gloire du Tout-Glorieux. Puisse Dieu faire descendre sur son
tombeau parfumé à 'Akka des vagues de lumière céleste. 20. 'Abdu'l-Ghaffar
de Isfahan
Photo: Aqa Husayn ashchi à gauche, Aqa 'Abdu'l-Ghaffar-i-Mahllati connu sous le
titre de Aqa 'Abdu'l-Ghaffar-i- Isfahani à droite.
'Abdu'l-Ghaffar d'Isfahan était un autre de ceux qui avait quitté leur ville natale
pour devenir nos voisins et compagnons de prison. C'était un homme très perspicace
qui, pour ses affaires commerciales, avait voyagé en Asie Mineure pendant plusieurs
années. Il fit un voyage en Iraq où Aqa Muhammad-'Ali de Sad (Isfahan) l'amena
dans le refuge de la Foi. Très vite il déchira les voiles des illusions qui avaient
aveuglé ses yeux et se leva, cherchant le salut dans le paradis de l'amour divin.
Les voiles qui couvraient ses yeux étaient minces, presque transparents, et c'est
pourquoi, au premier mot donné, il fut immédiatement délivré du monde des vaines
imaginations et s'attacha à Celui que l'on peut voir clairement.
Pendant son voyage d'Iraq à la Grande Ville, Constantinople, 'Abdu'l-Ghaffar fut
un compagnon proche et agréable. Il servit d'interprète pour le groupe entier
car il parlait un turc excellent, une langue dans laquelle aucun des amis n'était
compétent. Le voyage arriva calmement à sa fin et, dans la Grande Ville, il continua
ce service, en compagnon et ami. La même chose se produisit à Andrinople et également
quand, comme prisonnier, il nous accompagna dans la ville de Haifa.
Là, les oppresseurs décidèrent de l'envoyer à Chypre. Il fut terrifié et cria
à l'aide car il désirait ardemment être avec nous dans la Plus Grande Prison.
[xxxi] Quand il l'emmenèrent de force, du haut du bateau
il se jeta dans la mer. Ceci n'eut aucun effet sur les rudes officiers. Après
l'avoir repêché ils le gardèrent prisonnier sur le bateau, le retenant et l'amenant
de force à Chypre. Il fut emprisonné à Famagusta mais d'une façon ou d'une autre
il se débrouilla pour s'échapper et se précipiter à 'Akka. Là, se protégeant de
la malveillance de nos oppresseurs, il changea son nom en 'Abdu'llah.
Abrité par l'affection de Baha'u'llah il passa ses jours tranquille et heureux.
Mais quand la grande Lumière du monde s'arrêta de briller pour toujours de l'Horizon
Lumineux, 'Abdu'l-Ghaffar devint hors de lui et en proie à l'angoisse. Il n'avait
plus de maison. Il partit pour Damas et y resta quelque temps, emprisonné dans
sa tristesse, pleurant jour et nuit. Il devint de plus en plus faible. Nous envoyâmes
Haji 'Abbas pour le soigner, lui donner un traitement et des soins et pour qu'il
nous donne de ses nouvelles chaque jour. Mais 'Abdu'l-Ghaffar ne voulait d'autre
que parler, sans cesse, à toute heure, avec son infirmier, et dire combien il
languissait de partir dans le pays mystérieux de l'au-delà. Et, finalement, loin
de chez lui, loin de son Amour, il partit pour le seuil sacré de Baha'u'llah.
C'était réellement un homme qui a souffert mais doux ; un homme au caractère bon,
aux actes bons et aux belles paroles. Que salutations, louanges et la gloire du
Tout-Glorieux soient sur lui. Son tombeau au doux parfum est à Damas. 21. 'Ali
Najaf-Abadi
Il y avait aussi, parmi les émigrants et proches voisins, Aqa 'Ali Najaf-Abadi.
Lorsque ce jeune homme spirituel écouta l'appel de Dieu, il plaça ses lèvres sur
la coupe sacrée et vit la gloire de Celui qui parla sur le Mont. Et quand, par
la grâce de la lumière, il acquit la connaissance positive, il se rendit à la
Plus Grande Prison, où il fut témoin de la substance de la connaissance elle-même
et arriva à la plus haute condition de l'indubitable vérité.
Pendant longtemps il resta autour et dans la ville sacrée; il devint le proverbial
marchand Habibu'llah, et passa ses journées s'appuyant sur Dieu, en supplication
et prière. C'était un homme doux, tranquille, ne se plaignant jamais, inébranlable;
plaisant en toutes choses, digne de louanges. Il gagna l'approbation de tous les
amis et fut accepté et reçu par la sainte famille. Durant ses derniers jours,
quand il sentit qu'une fin heureuse lui était réservée, il se présenta une fois
encore dans la Plus Grande Prison. Dès son arrivée, il se sentit malade, affaibli
et passa son temps en suppliant Dieu. Le souffle de vie s'arrêta en lui, les portes
de l'envol vers le Royaume suprême furent largement ouvertes, il tourna ses yeux
loin de ce monde de poussière et partit vers le Lieu Saint.
'Ali Najaf-Abadi était tendre, au coeur sensible, à tout moment se souciant et
se souvenant de Dieu, et vers la fin de sa vie, détaché, immaculé, libre de la
contagion de ce monde. Avec douceur il abandonna son coin de cette terre et planta
sa tente dans le monde d'en-haut. Que Dieu envoie sur lui les saveurs pures du
pardon, illumine ses yeux de la vision de la beauté divine dans le Royaume des
Splendeurs, et rafraîchisse son esprit par les vents au parfum de musc qui soufflent
du Royaume d'Abha. Que sur lui soient les salutations et les louanges. Son corps
doux et saint repose à 'Akka. 22. Mashhadi
Husayn et Mashhadi Muhamad-i- Adhirbayjani
Mashhadi Husayn et Mashhadi Muhammad était tous deux de la province d'Adhirbayjan.
Ils étaient des âmes pures qui firent le grand pas dans leur propre pays; ils
se libérèrent des amis et des étrangers, s'échappèrent des superstitions qui les
avaient aveuglés auparavant, renforcèrent leur déterminations et se courbèrent
devant la grâce de Dieu, le Seigneur de vie. C'étaient des âmes bénies, loyales,
immaculées dans la foi; évanescentes, soumises, pauvres, heureuses dans la volonté
de Dieu, amoureuses de sa lumière directrice, se réjouissant du grand message.
Ils quittèrent leur province et allèrent à Andrinople. Là, près de la ville sainte,
ils habitèrent pour un certain temps dans le village de Qumruq-Kilisa. Le jour,
ils suppliaient Dieu et communiaient avec Lui; la nuit, ils pleuraient, déplorant
l'état de Celui que le monde avait rejeté.
Quand l'exil à 'Akka commença, ils n'étaient pas dans la ville et ainsi ne furent
pas arrêtés. Le coeur lourd, ils poursuivirent dans cette région, répandant leurs
larmes. Une fois qu'ils eurent obtenu un rapport exact de 'Akka ils quittèrent
Rumelia et y allèrent: deux âmes excellentes, de loyaux fidèles de la Beauté Bénie.
Il est impossible de dire combien leur coeur était pur, combien ils étaient fermes
dans la Foi.
Ils vivaient en dehors de 'Akka à Bagh-I-Firdaws, travaillaient comme fermiers
et passaient leurs journées rendant grâce à Dieu de les avoir à nouveau rapprochés
de la grâce et de l'amour. Mais ils étaient natifs d'Adhirbayjan, habitués au
froid et ne pouvaient pas endurer la chaleur de cette région. De plus, ceci se
passait durant nos premiers jours à 'Akka quand l'air était nocif et l'eau insalubre
à l'extrême. Ils tombèrent tous les deux malades avec une forte fièvre. Ils vécurent
leur maladie joyeusement, avec une grande patience. Pendant ces jours de maladie,
malgré les assauts de fièvre, la violence de leurs maux, la grande soif, la fatigue,
ils demeurèrent intérieurement en paix, se réjouissant des divines bonnes nouvelles.
Et alors qu'ils rendaient grâce de tout leur coeur, ils quittèrent rapidement
ce monde et entrèrent dans l'autre; ils s'échappèrent de cette cage et furent
relâchés dans le jardin d'immortalité. Que sur eux soit la miséricorde de Dieu
et puisse Dieu être satisfait d'eux. Sur eux les salutations et louanges. Puisse
Dieu les porter dans le Royaume éternel, pour qu'ils puissent se réjouir de la
réunion avec Lui et s'émerveiller des splendeurs du Royaume. Leurs deux tombeaux
lumineux sont à 'Akka. 23. Haji
'Abdu'r-Rahim-i-Yazdi
Haji 'Abdu'r-Rahim de Yazd était une âme précieuse, vertueux et craignant Dieu
dès son plus jeune âge. Il était connu parmi les gens comme un saint homme, sans
égal dans le respect de ses devoirs religieux, attentionné dans tous ses actes.
Sa foi religieuse très forte était un fait indiscutable. Il servait et louait
Dieu jour et nuit, il était solide, doux, plein de compassion, un ami loyal.
Parce qu'il était entièrement préparé, au moment même où il entendit l'appel de
l'Horizon suprême, les sons des tambours de la phrase "Ne suis-je pas votre Seigneur
?" - il s'écria immédiatement "Oui, en vérité". De tout son être il devint amoureux
des splendeurs répandues par la Lumière du Monde. Ouvertement et audacieusement
il commença à confirmer sa famille et ses amis. Ceci fut bientôt connu dans toute
la ville; aux yeux des mauvais 'ulamas il était maintenant un objet de haine et
de mépris. Encourant leur colère, il était méprisé par ces créatures aux passions
indignes. Il fut molesté et harcelé ; les habitants se soulevèrent et les mauvais
'ulamas complotèrent sa mort. Les autorités gouvernementales également se montèrent
contre lui, le traquèrent, lui firent même subir la torture. Ils le frappèrent
avec des matraques et le fouettèrent. Cela continua jour et nuit.
Il fut forcé d'abandonner sa maison et de sortir de la ville, comme un errant,
escaladant les montagnes, traversant les plaines, jusqu'à ce qu'il arriva en Terre
Sainte. Mais il était si faible, si usé, que quiconque le voyait pensait qu'il
était arrivé à son dernier souffle. Quand il arriva à Haifa, Nabil de Qa'in se
précipita à 'Akka et me demanda de faire venir le Haji car il était agonisant
et faiblissait rapidement.
"Laissez-moi aller à la résidence de Baji pour demander la permission de partir"
dis-je. "Cela prendra trop de temps", dit-il, "et alors 'Abdu'r-Rahim ne verra
jamais 'Akka. Je souhaite tant pour lui d'avoir cette bonté de voir 'Akka et mourir.
Je vous supplie, envoyez-le chercher!"
Respectant son souhait, j'ai appelé 'Abdu'r-Rahim. Quand il est arrivé, je pouvais
difficilement détecter un souffle de vie. Par moment il ouvrait les yeux mais
il ne pouvait pas parler. Cependant, les douces saveurs de la Plus Grand Prison
ramenèrent une étincelle de vie et son désir ardent de rencontrer Baha'u'llah
ramena un peu de vie en lui. Je retournai le voir le lendemain matin et le trouvai
joyeux et frais. Il demanda la permission d'être au service de Baha'u'llah. "Cela
dépend" je lui répondis, "s'Il vous autorise à partir, et si Dieu veut, vous serez
choisi pour ce cadeau le plus cher".
Quelques jours plus tard, la permission arriva, et il se hâta d'être en présence
de Baha'u'llah. Quand 'Abdu'r-Rahim entra, l'esprit de vie souffla au-dessus de
lui. A son retour, il était clair que cet Haji était devenu un Haji entièrement
différent; il était resplendissant de santé. Nabil était sidéré et dit: "combien
vivifiant pour un vrai croyant est l'air de la prison !"
Pendant quelque temps, 'Abdu'r-Rahim vécut dans les environs. Il passait son temps
se souvenant et priant Dieu ; il chantait des prières et prêtait grande attention
à ses devoirs religieux. Ainsi il voyait peu de gens. Ce serviteur faisait très
attention à ses besoins et lui prescrivit un régime léger. Mais tout se termina
avec l'ascension de Baha'u'llah. Alors il y eut l'angoisse et le bruit de grands
pleurs. Son coeur en feu, ses yeux remplis de larmes, il se battait faiblement
pour bouger; ainsi ses jours passèrent, et il languissait de ce monceau de détritus
qu'était le monde. Finalement il quitta la douleur de la séparation, se hâta vers
le royaume de Dieu, et rejoignit l'assemblée de la splendeur divine dans le Royaume
des Lumières.
Que les salutations et les louanges et la miséricorde inexprimable soient sur
lui. Puisse Dieu répandre sur son tombeau les rayons du Royaume mystérieux. 24. Haji
'Abdu'llah Najaf-Abadi
Une fois devenu croyant, Haji 'Abdu'llah quitta sa Perse natale, se hâta en Terre
Sainte et sous la grâce protectrice de Baha'u'llah trouva la paix dans son coeur.
C'était un homme confiant, loyal et ferme; sûr des bontés infinies de Dieu; d'un
excellent caractère.
Il passait ses journées en compagnie des autres croyants. Puis, pour un certain
temps, il alla à Ghawr, près de Tibériade, où il devint fermier, labourant le
sol et consacrant une grande partie de son temps à la prière, en communion avec
Dieu. C'était un homme remarquable, à l'esprit élevé et immaculé.
Plus tard, il revint de Ghawr et s'installa près de Baha'u'llah à Junayna et fut
souvent en Sa présence. Ses yeux étaient fixés vers le Royaume d'Abha; parfois
il pleurait et gémissait, d'autres fois il se réjouissait, heureux parce qu'il
avait réalisé son désir le plus grand. Il était entièrement détaché de tout sauf
de Dieu, heureux dans la grâce de Dieu. Il restait en éveil la plus grande partie
de la nuit, restant dans un état de prière. Puis la mort vint à l'heure indiquée,
et dans l'ombre protectrice de Baha'u'llah, il s'éteignit, se hâtant loin de ce
monde de poussière vers le haut firmament, s'élançant vers la terre secrète. Que
sur lui soient les salutations, la miséricorde et les louanges dans la proximité
de son Seigneur exalté.