Médiathèque baha'ie

Les leçons de Saint-Jean d'Acre

Abdu'l-Baha

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Chapitre: I.1. La nature est sous l'empire d'une loi générale unique

La Nature est cet état, cette réalité, représentée, en apparence, par la vie et la mort ou, en d'autres termes, par la formation et la décomposition de toutes choses.
Cette Nature est soumise à une organisation absolue, à des lois déterminées, à un ordre complet, et à un plan achevé dont elle ne s'écarte jamais.
A tel point que, pour qui examine d'un regard minutieux et d'un oeil acéré, depuis le plus petit atome existant jusqu'aux plus grands corps de l'univers, comme le globe solaire ou les autres astres et corps lumineux, tout, soit au point de vue de l'arrangement ou de la composition, soit sous le rapport de la forme ou du mouvement, est absolument organisé; et tout est sous l'empire d'une loi universelle, dont il n'y a pas moyen de s'écarter.
Et lorsque vous regardez la Nature elle-même, vous voyez qu'elle n'a ni intelligence, ni volonté. Ainsi, la nature du feu est de brûler : il brûle sans volonté ni intelligence;
l'eau, par nature, est fluide : elle coule sans volonté ni intelligence; le soleil, par nature, est resplendissant : il brille sans volonté ni intelligence; la vapeur, par nature, s'élève dans l'air : elle s'élève sans volonté ni intelligence.
Il apparaît donc clairement que les mouvements naturels de toutes les choses sont des mouvements forcés; aucun n'est dû à la volonté, si ce n'est chez les animaux et surtout chez l'homme.
L'homme peut même s'opposer et résister à la Nature, car il a découvert le caractère des choses, et par là il arrive à commander aux forces de la Nature; toutes ces inventions qu'il a faites viennent de cette découverte.

Par exemple, il a inventé le télégraphe qui met en communication l'Orient et l'Occident. Il est donc évident que l'homme commande à la Nature.
En présence d'organisations, d'arrangements, de règles pareils à ce que vous voyez dans le monde, est-il possible de dire que c'est le simple effet de la Nature, bien qu'elle n'ait ni intelligence ni perception ?
Il devient alors évident que cette Nature qui n'a ni perception ni intelligence est entre les mains du Tout-Puissant qui est le gouverneur du monde de ta Nature; tout ce qu'Il veut, Il le fait apparaître dans la Nature.
Parmi l'ensemble des choses qui sont survenues dans le monde et font partie des nécessités naturelles, se trouve la vie humaine.
Sous ce rapport, l'homme est la branche, la Nature est la souche; se peut-il que la volonté, l'intelligence, les qualités qui se trouvent dans la branche ne soient pas dans la souche ?
Il est dit que la Nature, dans sa propre essence, est entre les mains du pouvoir de Dieu, et ce Dieu vivant est tout-puissant : Il a mis la Nature sous l'égide de règlements et de lois de vérité, et Il la régit.

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Chapitre: I.2. Preuves et démonstrations de l'existence de Dieu

Parmi les preuves et les démonstrations de l'existence de Dieu se trouve le fait que l'homme ne s'est pas créé lui-même et que son créateur, son dessinateur, est un autre que lui.
II est certain et hors de doute que le créateur de l'homme n'est pas comme l'homme, car un être impuissant ne peut créer un autre être, et il faut que le créateur, l'agent actif, réunisse toutes les perfections pour pouvoir inventer sa création.
Se peut-il que la création soit parfaite, et que le créateur soit imparfait? Une peinture peut-elle être un chef-d'oeuvre si l'artiste est imparfait, puisque cette oeuvre d'art est sa création? Non, la peinture ne peut même pas être comme le peintre. S'il en était autrement, la peinture se serait faite elle-même. Tandis que la peinture, quel que soit son degré de perfection, en comparaison de celui qui l'a faite, se trouve au dernier degré de l'imperfection. Le monde contingent est une source d'imperfections.
Dieu une mine de perfections; et les imperfections du monde contingent sont en elles-mêmes des preuves des perfections de Dieu.
De même, si vous regardez un homme, vous voyez qu'il est faible, et cette faiblesse même de la créature est une preuve de la puissance de Dieu Tout-Puissant; car s'il n'y avait pas de puissance, on ne pourrait imaginer la faiblesse; donc la faiblesse de la créature est une preuve de la puissance du Créateur : tant qu'il n'y avait pas de puissance, il ne pouvait pas y avoir de faiblesse, et la faiblesse elle-même nous apprend que la puissance existe dans le monde.
De même, dans le monde contingent, il y a la pauvreté; nécessairement la richesse existe, car la pauvreté se rencontre dans le monde.

Dans le monde contingent se trouve l'ignorance; nécessairement le savoir existe, car l'ignorance se rencontre; et si, également, il n'y avait pas de savoir, il n'y aurait pas non plus d'ignorance : l'ignorance est la non-existence du savoir, et s'il n'y avait pas d'existence, la non-existence ne se concevrait pas.
Le monde contingent tout entier est soumis à une loi et à un maître auxquels il ne peut jamais désobéir : l'homme lui-même est soumis à la mort, au sommeil, et à d'autres conditions; c'est-à-dire que, sous certains rapports, il est gouverné, et cet état implique nécessairement l'existence d'un gouverneur.
Puisque la qualité des contingences est la relativité, et que cette relativité est une nécessité essentielle, il doit y avoir un être indépendant, dont l'indépendance soit essentielle.
De même, un malade nous enseigne que l'homme valide existe, car autrement on ne pourrait prouver qu'il est malade.
Il est donc évident qu'un Dieu Tout-Puissant existe, possesseur de toutes les perfections, car s'Il ne les possédait pas toutes Il serait comme Sa création.
Et de même dans le monde de l'existence, la plus infime des choses créées prouve l'existence du Créateur : ce pain est une preuve que quelqu'un l'a créé.
Dieu glorieux! le moindre changement dans la forme du plus simple objet est une preuve de l'existence d'un créateur !
Et ce monde glorieux, infini, se serait créé lui-même, et n'existerait que par l'activité des éléments et de la matière ? Cela est faux de toute évidence.
Toutes ces choses sont des preuves combinées pour des êtres faibles; mais, pour qui ouvre l'oeil de la vision interne, cent mille arguments évidents deviennent aussitôt visibles.
C'est ainsi que, lorsque l'homme sent en lui l'esprit, il n'a plus besoin de preuves de l'existence de l'esprit; mais pour ceux qui sont privés des bienfaits de l'esprit, il faut apporter des preuves du dehors.

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Chapitre: I.3. De la nécessité d'un éducateur

Lorsque nous jetons un regard sur le monde, nous voyons que le monde minéral, le monde végétal, le monde animal, le monde humain dépendent tous d'un éducateur.
Si la terre n'avait pas d'éducateur, elle deviendrait une jungle où pousseraient des herbes folles. Mais si un cultivateur vient et la laboure, elle produit des moissons qui nourrissent les êtres vivants. Il est donc évident que la terre dépend des soins que lui donne le cultivateur.
Considérez les arbres; s'ils demeurent incultes, ils ne donnent pas de fruits, et s'ils ne donnent pas de fruits, ils deviennent inutiles. Mais, s'ils reçoivent les soins d'un jardinier, ces arbres stériles deviennent fruitiers; et par la culture, la fertilisation et la greffe, l'arbre aux fruits amers donne des fruits savoureux.
Ces preuves sont logiques et, en ces jours, les peuples du monde ont besoin de preuves logiques.
De même chez les animaux; remarquez que, lorsque l'animal est éduqué, il devient domestique, et que, lorsque l'homme est inéduqué, il devient bestial. Bien plus, si vous le laissez sous l'empire de la nature, il devient pire qu'un animal, tandis que, éduqué, il devient un ange!
En effet, la plupart des animaux ne dévorent pas leurs semblables, tandis qu'au Soudan, dans les régions centrales de l'Afrique, l'homme tue et mange ses pareils.
Maintenant, considérez que c'est l'éducation qui réunit l'Orient et l'Occident sous la loi de l'homme, c'est l'éducation qui fait apparaître toutes ces merveilleuses inventions, c'est l'éducation qui produit ces sciences et ces arts éminents, c'est l'éducation qui fait ces nouvelles découvertes et met en évidence ces institutions!

Et s'il n'y avait pas d'éducateur, ces conforts, ce progrès ou cette civilisation n'existeraient pas.
Si vous laissez un homme dans un désert où il ne voit aucun de ses semblables, sans nul doute il deviendra un véritable animal : il est donc clair qu'un éducateur est nécessaire.
Mais il y a trois sortes d'éducations : l'éducation matérielle, l'éducation humaine, l'éducation spirituelle.
L'éducation matérielle a pour but les progrès et les développements du corps, en facilitant les moyens de vivre, en aidant à acquérir le confort et la tranquillité : cette éducation est commune à l'homme et aux animaux.
L'éducation humaine implique civilisation et progrès, c'est-à-dire : gouvernement, administration, oeuvres de bienfaisance, activités commerciales, artisanat, sciences, grandes inventions et découvertes, institutions soigneusement élaborées; ces activités sont essentielles à l'homme et le distinguent de l'animal.
L'éducation divine est l'éducation en vue du royaume. Elle consiste à acquérir les perfections divines, et c'est la véritable éducation; car, dans cet état, l'homme devient le centre des bénédictions divines, et la manifestation de "faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance". Tel est le but du monde humain.
Maintenant, il nous faut un éducateur qui soit à la fois matériel, humain et spirituel, ayant une influence effective dans toutes les conditions.
Que si quelqu'un disait : "Je possède une raison et une intelligence parfaites, et je n'ai pas besoin d'un tel éducateur", il nierait l'évidence, comme un enfant qui dirait : "Je n'ai pas besoin d'éducation, j'agirai selon ma raison et mon intelligence, et ainsi j'atteindrai les perfections de l'existence"; ou bien comme un aveugle qui dirait : "Je n'ai pas besoin d'yeux, puisqu'il y a tant d'aveugles qui vivent facilement."
Il est donc clair et évident que l'homme a besoin d'un éducateur, lequel, sans aucun doute, doit être parfait sous tous les rapports, et supérieur à tous les hommes. Car s'il est comme le reste de l'humanité, il ne peut être leur éducateur; surtout étant donné qu'il doit être à la fois un éducateur matériel, humain et spirituel :

c'est-à-dire qu'il doit apprendre aux hommes à organiser et à diriger les affaires matérielles et à élaborer un ordre social, pour que règnent dans existence coopération et aide mutuelle, de sorte que ces questions matérielles soient arrangées et réglées pour toutes les circonstances.
De la même manière, il doit établir les bases de l'éducation humaine; c'est-à-dire qu'il devra éduquer les intelligences et les pensées de telle façon qu'elles puissent faire les plus grands progrès, que les sciences et les connaissances se développent, que l'on découvre la réalité des choses, les mystères des existences et les propriétés des créatures et que, de jour en jour, l'instruction, les inventions, les institutions soient améliorées; et, des connaissances tirées de la perception des sens, il déduira celles qui relèvent uniquement de l'intellect.
Et de même, il fera l'éducation spirituelle, afin que la raison et l'intelligence pénètrent le monde métaphysique, qu'elles reçoivent les bienfaits qu'on retire des brises sacrées du Saint-Esprit, et qu'elles entrent en relation avec l'Assemblée suprême;
que la réalité de l'homme devienne le théâtre des qualités de Dieu, au point que tous les noms et attributs divins resplendissent dans le miroir de cette réalité, et que le verset sacré : "Nous le ferons à notre image et à notre ressemblance" soit réalisé.
Il est évident que l'homme n'a pas le pouvoir de remplir une fonction aussi grande et que, par le jeu de la raison seule, il ne pourrait prendre la responsabilité d'une telle oeuvre.
Comment un être isolé pourrait-il, sans aide et sans soutien, jeter les fondements d'une construction aussi élevée ? Il faut donc que le pouvoir céleste et divin vienne à son secours, afin qu'il puisse entreprendre cette mission.
Seule, une essence sainte peut donner la vie au monde des humains, changer l'aspect du globe terrestre, faire progresser les intelligences, faire vivre les âmes, jeter les bases d'une nouvelle existence, établir de nouvelles fondations, donner une organisation au monde, amener les religions et les peuples à l'ombre d'un drapeau unique, affranchir la créature du monde des imperfections et des vices, et lui inspirer le désir et le besoin des perfections naturelles aussi bien qu'acquises.

Certes, il faut qu'un pareil pouvoir vienne de Dieu pour accomplir une telle oeuvre ! Nous devons examiner ceci avec justice, car c'est ici la place de la justice.
Une cause que tous les gouvernements et les peuples du monde, avec toutes leurs forces et leurs armées, ne peuvent réussir à promulguer et à répandre, une seule âme sainte, sans aide ni soutien, peut la répandre! Cela est-il possible à l'aide des seules forces humaines ? Non, par Dieu !
Ainsi, seul et sans aide, le Christ a élevé la bannière de la paix et de la droiture, tandis que tous les puissants gouvernements, avec toutes leurs armées, sont incapables de le faire.
Regardez quel faut le destin de tant d'Etats et de peuples divers : l'Empire romain et tous les pays qui devaient devenir la France, l'Allemagne, la Russie, l'Angleterre, etc.;
tous, ils ont pénétré sous une même tente : je veux dire que l'apparition du Christ fut, pour ces nations diverses, une cause d'union; si bien que certaines d'entre elles, qui étaient devenues chrétiennes, furent tellement unies qu'elles sacrifièrent l'un e pour l'autre leurs vies et leurs biens;
et cela surtout au temps de Constantin qui fut le protagoniste du triomphe du christianisme. Après lui, pour diverses raisons, la division ne tarda pas à éclater parmi ces peuples.
Cela pour dire que le Christ a uni ces nations mais qu'après un certain temps les gouvernements devinrent cause de discorde.
Ce que je veux dire, c'est que le Christ a soutenu une cause que tous les rois de la terre ne pouvaient établir : il a uni des religions diverses et il a modifié des coutumes anciennes.
Voyez combien il y avait de divergences entre les Romains, les Grecs, les Syriens, les Phéniciens, les Egyptiens, les Israélites et les autres peuples de l'Europe : le Christ les a toutes fait disparaître, et il fut la cause de l'amour entre tous ces peuples.

Bien que, après quelque temps, les gouvernements aient détruit cette union, le Christ pourtant avait accompli son oeuvre!
Donc, l'éducateur parfait doit être à la fois matériel, humain et spirituel : il doit avoir un pouvoir surnaturel, afin de tenir le rang d'éducateur divin.
S'il ne manifeste pas un tel pouvoir, il ne pourra être un éducateur, car s'il est imparfait, comment fera-t-il une éducation parfaite ? s'il est ignorant, comment instruira-t-il les autres ? s'il est inique, comment rendra-t-il les autres justes ? s'il est attaché à ce monde matériel, comment rendra-t-il les autres divins ?
Maintenant, réfléchissons avec équité : ces manifestations divine qui sont venues, possédaient-elles toutes ces qualités, oui ou non ? Si ces prophètes ne possédaient pas ces qualités, ces perfections, ils n'étaient pas de vrais éducateurs.
Il faut donc que nous prouvions aux gens intelligents, par des arguments de raison, le caractère prophétique de Moïse, du Christ et des autres manifestations divines. Et ces preuves et arguments que nous mentionnerons seront tirés de la raison, non des traditions.
C'est par des arguments de raison qu'il a été prouvé que le monde de l'existence a le plus grand besoin d'un éducateur, et que son éducation ne peut être réalisée que par le pouvoir divin.
Il n'y a pas de doute que ce pouvoir divin soit la révélation; et que l'éducation des peuples doive se faire par ce pouvoir qui est supérieur aux forces humaines.

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Chapitre: I.4. Abraham

L'un de ceux qui possédaient ce pouvoir, qui en reçurent le secours, faut Abraham. La preuve en est qu'il naquit en Mésopotamie, d'une famille où l'on ignorait l'unité de Dieu.
Il s'éleva contre sa nation et son gouvernement et même contre sa propre famille, il renia tous leurs dieux, et à lui seul, sans aide, il résista à un peuple puissant; cette opposition et cette résistance n'étaient pourtant ni faciles ni aisées.
C'est comme si de nos jours quelqu'un, chez un peuple chrétien, attaché à la Bible et à l'Evangile, allait renier le Christ, ou si, dans l'entourage du pape (à Dieu ne plaise), il blasphémait le Christ et résistait à tout un peuple, avec la plus grande énergie!
Et ces gens-là n'avaient pas qu'un Dieu, au contraire ils étaient attachés à des dieux différents à qui ils attribuaient des miracles.
Aussi chacun s'éleva-t-il contre Abraham : nul ne le soutint si ce n'est son neveu Loth, et un ou deux personnages sans importance.
Enfin, réduit à la plus grande détresse par suite de l'extrême opposition de ses ennemis, il dut quitter sa patrie. En réalité, ceux-ci le chassèrent pour causer sa ruine et sa perte, et pour qu'aucune trace ne subsistât de lui.
Abraham se rendit alors dans ces contrées, c'est-à-dire en Terre sainte. Ce que je veux dire, c'est que ses ennemis pensaient, par cet exil, parvenir à le détruire et à le ruiner; car en vérité, si un homme est chassé de sa patrie, privé de ses droits, et opprimé de toutes les manières, même si c'est un roi, il sera anéanti.
Mais Abraham résista et fit preuve d'une détermination extraordinaire jusqu'à ce qu'il eût établi l'unité de Dieu dans cette génération polythéiste - et Dieu fit de cet exil la gloire éternelle d'Abraham.

Cet exil fut la cause du progrès de la postérité d'Abraham et la Terre sainte lui fut donnée.
A cause de cet exil, les enseignements d'Abraham se répandirent et, parmi ses descendants, on trouve un Jacob, on découvre un Joseph qui devint gouverneur de l'Egypte.
A cause de cet exil encore, un Moïse et un être comme le Christ se manifestèrent dans sa postérité. Cet exil eut pour conséquence la rencontre avec Agar qui donna naissance à un Ismaël dont l'un des descendants fut Muhammad. II permit encore que, parmi ses descendants, on trouve les prophètes d'Israël et que paraisse le Bab. Et il en sera ainsi pour l'éternité.
A cause de cet exil enfin, toute l'Europe et presque toute l'Asie se rangèrent sous l'ombre du Dieu d'Israël.
Voyez quelle est la puissance qui a permis à un homme ayant fui son pays de fonder une telle famille, d'établir une telle foi, de promulguer de tels enseignements! Maintenant, peut-on dire que tout cela survint fortuitement ? II faut être juste : cet homme était-il un éducateur ou non ?
Puisque l'exil d'Abraham, depuis Our jusqu'à Alep, en Syrie, a donné ce résultat, il faut penser à l'effet qui résultera de l'exil de Baha'u'llah, déplacé plusieurs fois : de Tihran à Baghdad, puis à Constantinople, en Roumélie et en Terre sainte. Considérez donc quel parfait éducateur fut Abraham.

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Chapitre: I.5. Moïse

Moïse était un berger qui vécut longtemps à la campagne.
A ne juger que par les apparences, c'était un homme qui avait été élevé dans une maison où régnait l'iniquité. Parmi les hommes, il était connu pour avoir commis un meurtre avant de devenir berger; auprès des officiers et du clergé du Pharaon, il était détesté et haï au suprême degré.
Ce fut un tel individu qui affranchit une grande nation des chaînes de l'esclavage, la rendit heureuse, la fit sortir d'Egypte et l'amena en Terre sainte.
Cette nation était arrivée au dernier degré de la décadence : elle parvint au sommet de la gloire. C'était un peuple de prisonniers, ils devinrent libres; c'étaient les plus ignorants des hommes, ils devinrent les plus savants.
Grâce à leurs institutions, ils finirent par être exaltés parmi toutes les nations, et leur renommée parvint à tous les horizons. Les choses en arrivèrent au point que lorsqu'un homme d'une nation voisine voulait louer un individu, il disait : "Certes, c'est un Israélite."
Moïse établit les lois et ordonnances, par lesquelles il rénova le peuple d'Israël, et le fit parvenir au plus haut degré de civilisation de l'époque.
Il parvint à un tel développement que les philosophes de la Grèce vinrent acquérir la connaissance auprès des érudits d'Israël.
Tel Socrate, qui vint en Syrie, et prit des Beni-Israël les enseignements sur l'unité de Dieu et l'éternité de l'âme après la mort, puis, étant retourné en Grèce, les y promulgua.
Alors les Grecs le contredirent, l'accusèrent d'impiété, le firent comparaître devant l'Aréopage, et lui donnèrent du poison.

Voyons! un homme qui bégayait, qui, après avoir été élevé dans la maison du Pharaon, passait pour être devenu un meurtrier, celui que, pendant longtemps, la crainte avait réduit à vivre caché, à devenir berger, c'est un tel homme qui vient, et établit dans le monde une cause si grande que les plus grands philosophes de la terre n'ont jamais reçu la millième partie d'un tel pouvoir!
C'est un prodige extraordinaire! Un homme dont la langue balbutiait, qui certainement ne pouvait parler correctement, est parvenu à établir une telle cause! S'il n'avait pas été aidé par la puissance divine, jamais il n'aurait pu arriver à exécuter cette grande oeuvre. Ce ne sont pas des arguments que l'on puisse réfuter.
Des philosophes matérialistes, des penseurs grecs, les grands hommes de Rome furent fameux dans le monde, bien que chacun d'eux ne se fût spécialisé que dans une des branches de la connaissance.
Ainsi Hippocrate en médecine, Aristote en dialectique et en logique, Platon en morale et en théologie, parvinrent à la célébrité.
Comment se fait-il qu'un berger ait pu acquérir la totalité de ces sciences ? II est hors de doute qu'un tel homme fut secouru par une puissance extraordinaire.
De plus, remarquez combien furent pénibles les épreuves et les difficultés que le peuple eut à surmonter.
Moïse, pour empêcher un acte de violence, frappa un Egyptien, et il passa ensuite parmi les hommes pour un meurtrier, d'autant plus compromis que celui qu'il avait tué appartenait à la nation dominante. II prit donc la fuite.
Après cela, il fut élevé au rang de prophète, malgré sa mauvaise réputation. A quel point dut-il être assisté par une puissance surnaturelle, pour pouvoir établir ces grandes institutions, et ces lois matérielles!

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Chapitre: I.6. Le Christ

Le Christ vint ensuite et dit : "Je suis né par l'oeuvre du Saint-Esprit." S'il est aisé pour les chrétiens de croire à cette assertion aujourd'hui, c'était alors une chose fort difficile. Le texte de l'Evangile dit que les pharisiens s'écrièrent : "N'est-il pas le fils de Joseph de Nazareth que nous connaissons ? Comment peut-il prétendre venir du ciel ?"
Bref, bien que, apparemment et aux yeux de tous, il fût pauvre, malgré cela il agit avec une puissance telle qu'il réussit à abolir une loi religieuse datant de quinze cents ans, alors que celui qui s'en écartait le moins du monde tombait dans le plus grand péril, et risquait sa vie.
De plus, dans le temps du Christ, les moeurs, partout dans le monde, étaient tout à fait corrompues, la condition des Israélites était des plus confuses, et Israël était tombé au dernier degré de la dégradation, de la misère et de la servitude.
Tantôt prisonniers de la Perse et de la Chaldée, tantôt réduits en esclavage par les Assyriens, tantôt sujets et vassaux des Grecs, les Israélites étaient finalement soumis et méprisés par les Romains.
Tout jeune, le Christ, à l'aide d'un pouvoir surnaturel, abrogea l'antique loi mosaïque, et se mit à réformer les moeurs générales : une seconde fois il jeta pour Israël les bases d'une gloire éternelle.
De plus, il donna à l'humanité la bonne nouvelle de la paix universelle; il répandit des enseignements qui n'étaient pas réservés à Israël seulement : il institua les fondements de la félicité universelle pour tout le genre humain.

Les premiers qui s'efforcèrent de le faire disparaître furent les Israélites, sa propre parenté. En apparence, ils eurent raison de lui, et ils le plongèrent dans la plus profonde détresse : ils finirent par lui mettre sur la tête la couronne d'épines, et par le crucifier.
Et cet être, alors qu'il était apparemment dans la plus grande détresse, annonça : "Ce soleil va resplendir, cette lumière va briller, et ma grâce va envelopper le monde, et tous les ennemis seront confondus!" Et comme il le dit, cela arriva.
Tous les rois de la terre réunis n'ont pu le réduire à néant. Au contraire, toutes leurs bannières ont été déchirées, tandis que celle de cet opprimé a été portée à son apogée.
Est-ce qu'une telle chose est possible sur les bases de la logique humaine ? Non, par Dieu ! Il devient donc clair et évident qu'un tel être glorieux faut un véritable éducateur de l'humanité, et qu'il faut aidé et confirmé par le pouvoir divin.

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Chapitre: I.7. Muhammad

Passons à Muhammad. Les Européens et les Américains ont entendu pas mal d'histoires sur le compte du Prophète, et ils les ont tenues pour vraies, bien que ceux qui les ont écrites faussent parfois ignorants ou partiaux :
la plupart d'entre eux étaient des prêtres, d'autres étaient des musulmans sans instruction, et ils firent sur le compte de Muhammad des récits sans fondement qu'ils considéraient comme des panégyriques.
Ainsi, quelques musulmans ignorants font de la polygamie du Prophète le pivot de leurs louanges, et la tiennent pour merveilleuse, parce que ces esprits bornés la regardent comme un miracle; et les historiens européens se réfèrent le plus souvent aux récits de ces ignorants.
Autre exemple : un insensé, ayant dit à un prêtre que la preuve de la grandeur était l'extrême bravoure et le sang répandu, et que l'un des compagnons de Muhammad avait, un jour, sur le champ de bataille, tranché la tête à cent individus, ce prêtre crut qu'en réalité le signe de la religion de Muhammad était le meurtre, tandis que cela n'est qu'une simple imagination.
Au contraire, les expéditions de Muhammad étaient toujours des mouvements défensifs : la preuve évidente en est que, pendant treize ans, dans La Mecque, lui et ses adeptes endurèrent les pires persécutions.
Durant ce temps ils furent la cible des flèches de la haine; plusieurs des compagnons furent tués, et leurs biens confisqués; d'autres abandonnèrent le pays de leurs pères et s'enfuirent à l'étranger.
Quant à lui-même, après les plus extrêmes persécutions les Coraïschites s'étaient résolus à le tuer. Aussi, au milieu de la nuit, il sortit de La Mecque et s'enfuit à Médine.

Malgré cela, ses ennemis n'abandonnèrent pas les persécutions : ils poursuivirent ses disciples jusqu'en Abyssinie et à Médine.
Ces tribus et ces groupements arabes étaient réduits au dernier degré de la sauvagerie et de la barbarie, au point que les barbares et les sauvages d'Amérique étaient auprès d'eux aussi avancés qu'un Platon; car les barbares d'Amérique n'enterraient pas leurs enfants vivants, tandis que ces gens enterraient leurs filles vivantes, disant que c'était une action honorable entre toutes, et dont ils se glorifiaient.
Ainsi, la plupart des hommes menaçaient de mort leurs femmes au cas où elles mettraient au monde une fille.
Et jusqu'à aujourd'hui, les Arabes redoutent d'avoir des filles. De même, un seul individu pouvait prendre mille femmes, et la plupart d'entre eux avaient plus de dix femmes à la maison.
Quand l'une de ces tribus faisait la guerre et luttait contre une autre, celle qui était victorieuse faisait prisonniers les femmes et les enfants de la tribu vaincue, et les emmenait comme esclaves et comme servantes qu'on achetait et vendait.
Lorsqu'un homme venait à mourir qui avait dix femmes, les enfants de ces femmes se ruaient sur les mères des uns et des autres, et si l'un de ces enfants jetait son manteau sur la tête de la femme de son père, et s'écriait : "Cette femme est mon bien légat!", à l'instant même après cela, cette malheureuse devenait la prisonnière et la servante du fils de son mari, et celui-ci faisait ce qu'il voulait de la femme de son père.
Il pouvait la tuer, l'emprisonner dans une fosse, ou la frapper, l'invectiver, la torturer, jusqu'à ce que, peu à peu, elle en mourût. Selon l'habitude et les coutumes arabes, il était le maître.
La malignité, la jalousie, l'envie, la haine qui devaient exister entre les femmes d'un même époux et leurs enfants, on peut l'imaginer clairement : cela se passe de commentaires.

D'ailleurs, réfléchissez aux terribles conditions d'existence réservées à ces malheureuses femmes; ajoutez que les moyens de vie des tribus arabes consistaient dans le pillage et le vol, de sorte qu'à chaque instant elles étaient en lutte et en guerre, se massacraient, pillaient et dévastaient leurs biens, et capturaient les femmes et les enfants pour les vendre aux étrangers.
Combien de fois est-il arrivé que les filles et les fils d'un prince, qui passaient leur temps dans le luxe et le confort, furent réduits, lorsque vint l'affliction, à la honte, à la pauvreté et à la captivité. C'étaient des princes, ils devenaient des prisonniers; hier des grandes dames, aujourd'hui des servantes!
C'est au milieu de ces tribus que Muhammad reçut la Révélation divine, et pendant treize ans il ne cessa pas d'être persécuté par elles. Après treize ans, il dut partir et s'enfuir.
Mais ces gens ne s'en tinrent pas là : ils se réunirent et formèrent une armée pour l'attaquer, et tuer tout le monde, hommes, femmes, enfants. C'est ainsi que Muhammad fut contraint de se battre avec ces tribus. Telle est la vérité.
Nous ne voulons pas le juger avec partialité, ni le défendre aveuglément; mais nous sommes justes, et justement nous vous disons : regardez avec justice.
Si le Christ s'était trouvé dans de telles circonstances, parmi des tribus aussi tyranniques et aussi sauvages, et si, pendant treize ans, il avait enduré avec tous ses disciples toutes ces vexations, s'il les avait supportées patiemment et si, à la fin, à cause de la tyrannie de ses contemporains, il avait dû s'enfuir de sa patrie vers le désert;
si, malgré cela, des tribus barbares avaient continué à le poursuivre et à tenter de tuer tous les hommes, de piller les biens, d'emprisonner les femmes et les enfants, quelle eût été sa conduite à leur égard ?
Si ces mauvais traitements n'étaient venus que sur lui, il eût pardonné généreusement, et ce pardon eût été fort approuvé et loué.

Mais s'il avait vu que ces meurtriers tyranniques et assoiffés de sang voulaient tuer, piller, molester tous les malheureux, et réduire en captivité les femmes et les enfants, il est hors de doute qu'il eût défendu ces opprimés, et qu'il eût combattu leurs oppresseurs.
Alors, quelle est l'objection qu'on peut faire à Muhammad ? Il n'y a que celle-ci : pourquoi, avec ses compagnons, leurs femmes et leurs enfants, ne s'est-il pas soumis à ces tribus sauvages ?
De plus, affranchir ces tribus de leur caractère et de leur tempérament sanguinaires était le plus grand des bienfaits, les contraindre à refréner leurs passions était une véritable grâce.
C'est comme si un homme généreux brisait la coupe de poison qu'un ami tient à la main pour la boire, et que, par sa violence, il l'empêchait de boire le poison.
Si le Christ s'était trouvé dans de pareilles circonstances, sans aucun doute il aurait, d'un pouvoir dominateur, délivré hommes, femmes et enfants, des griffes de ces loups sanguinaires.
Muhammad n'a pas fait la guerre contre les chrétiens : au contraire, il a eu pour eux beaucoup d'égards, et il leur a donné une liberté entière.
A Nedjran se trouvait une communauté chrétienne sous sa protection et sa garde. Muhammad dit : "Quiconque commettra une injustice à leur encontre sera mon ennemi, et je témoignerai contre lui au jugement devant Dieu."
Les édits qu'il a promulgués indiquent d'une façon explicite que la vie, les biens, l'honneur des chrétiens et des juifs sont sous la garde de Dieu.
Que si un musulman a une femme chrétienne, il ne doit pas l'empêcher d'aller à l'église, ni l'obliger à porter le voile; et si elle meurt, il doit la remettre entre les mains du prêtre.
De même, si des chrétiens veulent construire une église, l'islam doit les aider. D'autre part, lorsqu'il y a guerre entre l'islam et ses ennemis, il faut exempter les chrétiens de l'obligation de servir, sauf dans le cas où ils désireraient, de leur plein gré, combattre, et venir au secours de l'islam; car ce sont des protégés.
Mais, en compensation de cette exemption, ils doivent annuellement payer une petite somme.

Bref il existe sept édits détaillés sur cette question, dont certaines copies sont encore conservées aujourd'hui à Jérusalem. C'est un fait reconnu, et non pas seulement ma propre affirmation. L'édit du second calife existe encore à Jérusalem chez un patriarche orthodoxe, et il ne peut y avoir aucun doute à cet égard.
Néanmoins, après quelque temps, la haine et l'inimitié s'élevèrent entre les musulmans et les chrétiens, chacun des deux partis ayant outrepassé ses droits. En dehors de cette vérité, tout ce que les musulmans, les chrétiens et les autres disent n'est qu'un tissu de légendes et d'histoires. La source de ces récits est le fanatisme ou l'ignorance, à moins qu'ils ne proviennent d'une hostilité profonde.
Par exemple, les musulmans disent que Muhammad fendit la lune, et qu'elle tomba sur la montagne de La Mecque : ils pensent que la lune est un petit corps que Muhammad déchira en deux; il jeta une partie sur une montagne et l'autre sur une autre!
De tels récits sont dictés par le fanatisme. Il en est de même des récits que font les prêtres; les choses qu'ils blâment sont toutes des exagérations, la plupart sont sans fondement.
Bref, Muhammad apparut dans le désert du Hijaz, dans la péninsule arabique, contrée stérile et inculte, bien plus: sablonneuse et inhabitée : certains lieux, comme La Mecque et Médine, sont extrêmement chauds;
les habitants sont des nomades, ayant les moeurs et les coutumes des habitants du désert, entièrement dépourvus de savoir et d'instruction. Muhammad lui-même était illettré.
Le Qur'an faut écrit sur des omoplates de mouton ou sur des feuilles de palmier : ces détails nous font comprendre la basse condition du peuple.

C'est chez de tels hommes que fut envoyé Muhammad. La première objection qu'il leur fit fut de dire : "Pourquoi n'acceptez-vous pas le Pentateuque et l'Evangile, et ne croyez-vous pas à Jésus et à Moïse ?" Ces paroles leur parurent très pénibles;
aussi ils répondirent : "Comment se fait-il que nos pères et nos aïeux ne croyaient ni au Pentateuque ni à l'Evangile ?" II répondit : "C'étaient des égarés.
Vous devez rejeter ceux qui ne croient pas au Pentateuque et à l'Evangile, faussent-ils vos pères et vos aïeux."
C'est dans de pareilles régions, chez des tribus aussi sauvages, qu'un illettré produisit un livre qui, dans une éloquence et un style parfait, contient l'explication des qualités et des perfections divines, celle du caractère prophétique des envoyés de Dieu, celle des lois divines et de plusieurs sciences et questions scientifiques.
C'est ainsi que vous savez qu'avant les observations des savants des temps modernes, dans les premiers siècles et dans le Moyen Age, jusqu'au xve siècle de l'ère chrétienne, tous les mathématiciens du monde s'accordaient sur le caractère central de la terre, et sur le mouvement giratoire du soleil autour de celle-ci.
Et cet astronome fameux fut le protagoniste de la théorie nouvelle qui a expliqué le mouvement de la terre et l'immobilité du soleil. Jusqu'à son époque, tous les mathématiciens et tous les philosophes du monde s'en tenaient au système de Ptolémée; et tous ceux qui s'élevaient contre ses théories étaient traités d'ignorants.
Or, Pythagore, et Platon dans les derniers temps de sa vie, avaient adopté le système d'après lequel le mouvement annuel du soleil dans le zodiaque ne provient pas du soleil, mais bien du mouvement de la terre autour de lui. Mais ce système avait été complètement oublié, et celui de Ptolémée avait prévalu chez tous les mathématiciens.
Néanmoins, dans le Qur'an, des versets ont été révélés contre l'idée du système ptolémaïque, parmi lesquels nous citerons : "Le soleil court dans un endroit fixe"; cela montre la fixité du soleil et son mouvement autour d'un axe. De même, dans un autre verset : "Et chaque étoile nage dans son propre ciel", il explique le mouvement du soleil, de la lune, de la terre et des autres étoiles brillantes.

Lorsque le Qur'an fut répandu, tous les mathématiciens raillèrent ces affirmations et mirent cette opinion sur le compte de l'ignorance.
Même les docteurs de l'islam, lorsqu'ils s'aperçurent que ces versets étaient contraires au système de Ptolémée, se virent réduits à les commenter, car le système de Ptolémée était alors universellement admis, et le texte du Qur'an était contraire à ce système.
Ce n'est qu'après le XVe siècle de l'ère chrétienne, c'est-à-dire environ neuf cents ans après Muhammad, qu'un astronome célèbre fit de nouvelles observations, qu'il inventa le télescope, et que de nombreuses découvertes purent être faites.
Le mouvement de la terre, la fixité du soleil furent prouvés; on découvrit aussi le mouvement du soleil autour d'un axe. Et il devint évident que les versets du Qur'an étaient conformes à ce qui existait et que le système de Ptolémée n'était que de l'imagination.
Bref, la plupart des peuples orientaux ont été élevés pendant treize siècles à l'ombre de la religion de Muhammad. Et pendant le Moyen Age, où l'Europe était tombée au dernier degré de la barbarie, le peuple arabe l'emportait sur toutes les nations du monde dans les arts, les sciences, les mathématiques, la civilisation, la politique, etc.
Le promoteur et l'éducateur de ces tribus nomades d'Arabes, le fondateur de la civilisation et des perfections humaines chez ces peuples divers faut un illettré, Muhammad. Cet homme illustre fut-il un éducateur parfait , oui ou non ? Soyons justes !

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Chapitre: I.8. Le Bab

Quant au Bab (que mon âme soit son sacrifice!) encore dans sa jeunesse, c'est-à-dire quand il venait de parvenir à la vingt-cinquième année de sa vie bénie, il se leva pour proclamer sa cause.
Il est généralement admis chez les si'ihs qu'il n'étudia dans aucune école, et qu'il n'acquit son instruction auprès de personne; tous les gens de Shiraz en témoignent.
Malgré cela, avec l'érudition la plus complète, il apparut tout à coup dans le monde; et bien qu'il ne fût qu'un simple négociant, il réduisit au silence tous les ulama de la Perse.
Tout seul, d'une façon qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer, d défendit la Cause parmi les Persans qui sont renommés pour leur fanatisme religieux.
Cet être illustre se leva avec une telle force qu'il ébranla les piliers de la religion, de la morale, des moeurs, des habitudes et des coutumes de la Perse, et institua des lois, des coutumes et une religion nouvelles.
Bien que les grands personnages de l'Etat et presque tout le clergé, ainsi que les hommes publics, se fussent ligués pour l'arrêter et l'anéantir, seul, il se maintint et secoua toute la Perse.
Combien d'ulama, d'hommes publics, de grands personnages, avec la joie et la satisfaction les plus grandes, sacrifièrent leur vie dans son chemin et coururent vers le champ du martyre!

Le gouvernement, la nation, les docteurs de la religion, les grandes personnages voulaient éteindre sa lumière, ils n'y réussirent pas.
Sa lune ne tarda pas à se lever, son étoile à briller, les fondations qu'il jetait à s'établir solidement, et son aurore à devenir une lumière éclatante.
II donna à de nombreux êtres l'éducation divine, et il influença merveilleusement les pensées, les moeurs, les coutumes, les habitudes des Persans.
Il annonça à tous ses disciples la bonne nouvelle de la manifestation de Baha, et il les prépara à la foi et à la certitude.
L'apparition de signes aussi merveilleux et de prodiges aussi grands, l'influence produite sur les intelligences et les mentalités populaires, l'établissement des bases du progrès, l'organisation des principes du succès et de la prospérité, de la part de ce jeune négociant, prouvent à l'évidence qu'il était un éducateur parfait. Un homme juste n'hésitera jamais à le reconnaître.

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Chapitre: I.9. Baha'u'llah

Quant à Baha'u'llah, il apparut à une époque où l'Empire persan était plongé dans l'obscurantisme et dans l'ignorance les plus grands, et perdu dans le fanatisme le plus aveugle.
Certes vous avez lu en détail, dans les histoires européennes, quel était l'état des pensées, des coutumes et des idées des Persans dans ces derniers siècles. II est inutile d'y revenir.
Nous dirons seulement que la Perse était tombée si bas que les voyageurs étrangers déploraient que ces provinces, si glorieuses autrefois, et si civilisées, faussent maintenant tellement abattues et ruinées, complètement renversées de leur base, et que ses populations faussent parvenues à une aussi complète dégradation.
C'est à cette époque que Baha'u'llah se manifesta. Son père était un des vizirs, non un des ulama : et tout le monde sait en Perse qu'il n'étudia dans aucune école, et qu'il ne fréquenta ni les ulama ni les savants.
Il débuta dans la vie au milieu du bonheur et de la félicité les plus complets, étant en rapport et en bonnes relations avec la haute société persane, mais non avec des savants.
Dès que le Bab annonça sa mission, il dit : "Cet homme glorieux est le Seigneur des justes, et à tous s'imposent la foi et la certitude !"
Et il se leva pour seconder le Bab, et donner en témoignage des preuves et des arguments péremptoires sur la vérité de sa cause, bien que les ulama de la religion eussent contraint le gouvernement persan à l'opposition et à la résistance les plus grandes, et qu'ils eussent rendu des fatvas ordonnant le meurtre, le pillage, la persécution, l'expulsion et l'écrasement des babis.

Dans toutes les provinces on se mit à tuer, à incendier, à piller et à violenter jusqu'aux femmes et enfants. Malgré cela, Baha'u'llah, avec l'énergie et la fermeté les plus grandes, se leva pour proclamer la parole du Bab.
Jamais il ne se cacha une seule heure : clairement, ouvertement, il se mêlait à ses ennemis, occupé à établir des preuves et des arguments.
Il fut reconnu comme le héraut de la parole de Dieu. En beaucoup de circonstances et d'occasions, il endura de violentes calamités, et à chaque minute il faillit devenir un martyr; on alla jusqu'à l'enchaîner et l'emprisonner dans un souterrain.
Toutes ses vastes propriétés, ses héritages furent confisqués et pillés.
De pays en pays, il fut exilé quatre fois, et il ne trouva de repos que dans la Prison suprême.
Malgré cela, il ne cessa pas un instant de proclamer et de célébrer la cause de Dieu, et il se manifesta avec des vertus, un savoir, des perfections qui furent la cause de l'admiration de tous les peuples de la Perse.
Au point que, à Tihran, à Baghdad, à Constantinople, en Roumélie et à Saint-Jean-d'Acre, tous ceux qui, parmi les gens instruits et les savants, parvenaient en sa présence, amis ou ennemis, et qui lui posaient une question, recevaient une réponse convaincante et suffisante.
Et chacun, à maintes reprises, reconnut que cet être était seul et unique dans le monde pour ses perfections.
A Baghdad, il arriva souvent que, dans la réunion bénie, des ulama ä de l'islam, des juifs et des chrétiens, se trouvaient assemblés avec des savants européens. Chacun posait une question; et quoique ces hommes eussent chacun une culture différente, ils recevaient des réponses convaincantes et suffisantes, et ils s'en retiraient satisfaits.

C'est au point que les ulama persans qui étaient à Karbila et à Najaf choisirent un savant qu'ils chargèrent d'une mission auprès de lui : il s'appelait Mulla Hasan-i-Ammu. Il vint en la présence sacrée, et posa, de la part des ulama, un certain nombre de questions auxquelles Baha'u'llah répondit.
Puis Hasan-i-Ammu dit : "Les ulama reconnaissent sans hésitation et confessent la science et l'excellence de votre personne; et il est certain pour tous qu'elle n'a pas d'égale ni de semblable dans toutes les sciences.
Et il est aussi reconnu que vous n'avez jamais étudié ni travaillé ces sciences. Mais les ulama disent qu'ils ne se contentent pas de cela, et qu'ils ne confessent ni ne reconnaissent la vérité de votre mission, d'après votre savoir et votre excellence. Aussi nous vous demandons de faire apparaître un miracle, pour contenter et tranquilliser nos coeurs."
Baha'u'llah répondit : "Bien que vous n'en ayez nullement le droit (car c'est à Dieu qu'il appartient de mettre la créature à l'épreuve, et non à celle-ci d'éprouver Dieu), malgré cela, cette demande est agréée et approuvée.
Mais la cause de Dieu n'est pas un théâtre, où l'on représente à chaque heure un spectacle, et où chaque jour on demande quelque chose. Autrement elle deviendrait un jeu d'enfants.
Les ulama doivent donc s'assembler et, d'un commun accord, choisir un miracle, puis écrire qu'après l'apparition de ce miracle ils n'auront plus de doutes sur moi, et que tous reconnaîtront et confesseront la vérité de cette cause. Qu'ils cachettent cette feuille de papier et me l'apportent;
que ceci soit leur critérium. Si le miracle apparaît, il ne restera pour vous aucun doute, sinon, nous serons convaincu d'imposture." Le savant personnage se leva et dit : "Il n'y a plus rien à dire." Il baisa le genou de Baha'u'llah, bien qu'il ne fût pas un croyant, et il s'en alla.
Il réunit les ulama et leur transmit le message sacré. Ceux-ci se concertèrent, puis dirent :"Cet homme est un enchanteur, peut-être va-t-il accomplir quelque enchantement, et alors nous n'aurons plus rien à dire." Et ils n'osèrent pas pousser plus loin.

Quant à Hasan-i-Ammu, il parla de cette aventure dans la plupart des réunions; il quitta Karbila pour Kirmanshah et Tihran, et raconta les détails partout, parlant de la crainte des ' ulama et de leur retraite.
Ainsi tous ses adversaires, en Orient, reconnaissaient la grandeur, la noblesse, la science, l'excellence de la Beauté Bénie et, bien qu'ils fussent ses ennemis, ils parlaient toujours de lui comme du "célèbre Baha'u'llah".
Bref, cet Astre sublime se leva soudain à l'horizon de la Perse, alors que ses habitants, ministres, ulama, peuple, s'étaient dressés contre lui avec la plus grande animosité, en disant qu'il voulait supprimer et détruire la religion, la loi, la nation, l'empire. De même avait-on parlé contre le Christ.
Cependant Baha'u'llah, seul et sans appui, résista à tout le monde, sans jamais montrer la moindre défaillance. A la fin, on dit : "Tant que cet homme sera en Perse, il n'y aura ni tranquillité ni repos. Il faut donc l'exiler, afin que la Perse recouvre la paix."
On força Baha'u'llah à demander la permission de sortir de la Perse, pensant qu'ainsi la lampe de la cause sacrée s'éteindrait. Mais, au contraire, il n'en résulta que des choses heureuses : la cause grandit, et sa flamme devint plus brillante. D'abord, elle s'était répandue dans la Perse seule; mais ce fut la raison qui la fit se répandre dans d'autres contrées.
Alors on trouva que l'Iraq Arabi, était près de la Perse et qu'il fallait l'exiler dans des provinces lointaines. Aussi le gouvernement persan fit-il des démarches pour qu'on envoyât Baha'u'llah de l'Iraq à Constantinople.

Puis, on vit que la cause n'avait jamais eu un moment de défaillance. On trouva alors que Constantinople était un lieu de passage et de séjour de peuples et de races sans nombre, où vivaient beaucoup de Persans; c'est pourquoi les Persans s'efforcèrent de faire exiler Baha'u'llah en Roumélie.
Mais la flamme devint plus brillante, la cause plus grande. A la fin, les Persans dirent : "Aucune de ces places n'est digne de confiance ni sûre; il faut l'envoyer quelque part où il sera réduit à l'impuissance, dans un lieu de trouble et de misère, où sa famille et ses compagnons éprouveront de grands malheurs."
Donc ils choisirent la prison de Saint-Jean-d'Acre, qui est réservée aux meurtriers, aux voleurs et aux brigands de grands chemins. Et, en vérité, ils le mêlèrent à ces hommes.
Mais la puissance divine se manifesta, car cette prison fut la cause de la promulgation et de la proclamation de sa parole.
La grandeur de Baha'u'llah devint évidente, car c'est de cette prison, et dans des circonstances aussi humiliantes, qu'il fit avancer la Perse d'une condition à une autre, qu'il soumit tous ses ennemis, et leur prouva qu'ils ne pouvaient résister à cette cause.
Ses enseignements sacrés pénétrèrent toutes les régions, sa cause fut établie. Oui, dans toute la Perse, ses ennemis agissaient avec la plus grande haine, emprisonnant, tuant, frappant, incendiant, et ruinant de fond en comble des milliers de demeures, s'efforçant par tous les moyens d'exterminer et d'écraser la cause.
Malgré cela, de la prison des meurtriers, des brigands de grands chemins et des voleurs, il fit triompher sa cause et répandit ses enseignements; il exhorta la plupart de ceux qui avaient été les plus enragés contre lui et en fit des croyants; au point que le gouvernement persan lui-même s'éveilla, et fut honteux du mal qui était arrivé par la faute des ulama.
Lorsque Baha'u'llah arriva dans cette prison, en Terre sainte, les gens instruits comprirent que la bonne nouvelle que Dieu, par la bouche des prophètes, avait donnée deux ou trois mille ans auparavant, était réalisée, que Dieu était fidèle à la promesse.

Car à plusieurs des prophètes il avait révélé et donné la bonne nouvelle qui a trait à la Terre sainte : "Le Seigneur des armées doit se manifester chez toi."
Toutes ces promesses étaient accomplies! Et s'il n'y avait pas eu ces persécutions, ces exils et ces bannissements, de la part des ennemis, on ne pourrait comprendre pourquoi Baha'u'llah aurait dû s'enfuir de Perse, et planter sa tente en Terre sainte.
Les ennemis voulaient, par cet emprisonnement, anéantir et détruire complètement la cause sacrée; au lieu de cela, cette prison bénie fut l'aide suprême, et le moyen de son développement.
Sa voix divine parvint à l'Orient et à l'Occident, et les rayons du Soleil de Vérité brillèrent à tous les horizons.
Gloire à Dieu! Bien qu'il fût emprisonné, sa tente était dressée sur le mont Carmel, et il circulait avec la plus grande majesté! Et tous ceux, amis ou étrangers, qui furent honorés de sa présence, disaient : "C'est un prince, non un prisonnier !"
A son arrivée dans la prison, il écrivit une adresse à Napoléon III, qu'il envoya par l'entremise de l'ambassadeur de France, et dans laquelle il disait : "Demandez quel fut notre crime, et pourquoi cette prison et ce cachot." Napoléon ne répondit pas.
Une seconde épître fut rédigée peu après son arrivée à 'Akka, qui est contenue dans la Suriy-i-Haykal et où il est écrit : "Napoléon, comme tu n'as pas écouté la proclamation, et comme tu n'as pas répondu, bientôt ton empire disparaîtra, et tu seras entièrement ruiné."
Cette épître faut envoyée par la poste aux soins de César Catafago, à la connaissance de tous les compagnons d'exil.
La copie de cette épître se répandit rapidement dans toute la Perse, car le Kitab-i-Haykal y était alors partout distribué, et cette lettre se trouve comprise parmi les documents de ce livre. Cela se passait en l'an 1869 de l'ère chrétienne. Et comme la Suriy-i-Hykal était aussi distribuée dans l'Hindoustan, elle se trouvait dans les mains des croyants, et tous attendaient avec confiance l'accomplissement de cette prophétie.

Peu de temps après, en 1870 de l'ère chrétienne, le feu de la guerre éclata entre l'Allemagne et la France. Et, bien que personne ne crût à la victoire de l'Allemagne, Napoléon faut battu; il but la honte, il se rendit à l'ennemi et sa gloire faut changée en humiliation suprême.
De même, des tablettes furent envoyées aux autres rois, parmi lesquelles la lettre à S. M. Nasiri'd-Din Shah, dans laquelle il dit : "Fais-moi appeler, réunis tous les ulama, et demande des preuves et des arguments, afin que la vérité et le mensonge apparaissent."
S. M. Nasiri'd-Din Shah envoya l'épître sacrée aux ulama, et leur proposa d'accepter. Mais ils n'osèrent pas. Alors il demanda à sept des plus célèbres d'entre eux d'écrire une réponse à cette lettre; après quelque temps, ils rendirent la lettre sacrée, disant que cet homme était un adversaire de la religion et un ennemi du shah.
S. M. le shah de Perse faut très mécontent, parce que cette affaire étant une question de preuves et d'arguments, de vérité ou d'apostasie, comment pouvait-il s'agir d'inimitié envers le gouvernement ?
"Hélas, dit-il, combien nous avons eu d'égards pour ces ulama, qui ne peuvent même pas répondre à cette lettre!"
Bref, tout ce qui est rapporté dans les tablettes aux souverains s'est ensuite réalisé. Si, depuis 1870, on examine les événement, on voit que tout s'est passé comme il était prédit, et qu'il en reste très peu à apparaître encore.
C'est ainsi que les peuples étrangers et les sectes non croyantes attribuèrent à Baha'u'llah beaucoup de choses extraordinaires.

Certains, le regardant comme un saint, firent des ouvrages sur lui : parmi eux, siyyid Daoudi, un savant sunnite de Baghdad, a écrit une courte plaquette dans laquelle il raconte certains actes surnaturels de Baha'u'llah.
Maintenant encore, partout en Orient, il y a des gens qui, tout en ne croyant pas à sa manifestation, croient néanmoins qu'il faut un saint, et racontent des miracles qui lui sont attribués.
En résumé, tant ses adversaires que ses partisans, tous ceux qui furent reçus dans le lieu sacré, reconnurent et confessèrent la grandeur de Baha'u'llah.
Si, en fin de compte, on ne croyait pas en lui, on reconnaissait sa grandeur dès qu'on parvenait dans le lieu sacré.
La rencontre de Baha'u'llah produisait de tels effets que la plupart des gens ne pouvaient parler.
Combien de fois arriva-t-il qu'un de ses plus terribles ennemis prit en lui-même la résolution et l'engagement de dire telle et telle chose en arrivant en sa présence, et d'amener telle controverse et telle discussion; mais dès qu'il arrivait au lieu sacré, il demeurait stupide et confondu, et n'avait d'autre ressource que de rester silencieux et tranquille.
Baha'u'llah n'avait pas étudié l'arabe, il n'avait eu ni professeur ni maître, et il n'avait été dans aucune école :néanmoins, l'éloquence et l'excellence de ses discours bénis, en arabe, aussi bien que de ses tablettes arabes, ont causé l'étonnement et la stupéfaction des lettrés les plus accomplis en cette langue; tous reconnaissent et avouent qu'il est incomparable et sans pareil,
Et si nous examinons avec soin le texte de la Bible, nous voyons qu'aucune des manifestations divines ne dit à ceux qui les reniaient : "Tous les miracles que vous demanderez, je suis prêt à les accomplir, tout critérium que vous choisirez, je l'accepte."
Pourtant, dans l'épître au shah, il proclama clairement : "Réunis les ulama, et demande-moi les preuves et les arguments que tu voudras que j'établisse".

Pendant cinquante ans, Baha'u'llah se tint en face de ses ennemis comme une montagne : tous voulaient l'anéantir et cherchaient sa perte. Mille fois on tenta de le crucifier et de, le détruire; et pendant ces cinquante ans, il fut constamment dans le plus grand danger.
La Perse, aujourd'hui, est dans un tel état de décadence et de ruine que tous les hommes intelligents, au courant de la véritable situation, reconnaissent que son progrès, sa civilisation et son relèvement dépendent de la promulgation des enseignements et du développement des principes de ce grand personnage.
Le Christ, en son temps béni, a réellement éduqué onze hommes dont le plus célèbre était Pierre : néanmoins, quand ce dernier fut mis à l'épreuve, il renia trois fois le Christ. Malgré cela, combien, par la suite, le christianisme a pénétré les fondations du monde!
Aujourd'hui, Baha'u'llah a éduqué des milliers d'humains qui, sous la menace de l'épée, poussent au plus haut des cieux le cri Ya-Baha'u'l-Abha et dont, sous le feu des épreuves, le visage brille comme de l'or! Puis songez à ce qui se passera encore dans l'avenir!
En résumé, il faut reconnaître avec équité quel éducateur de l'humanité fut cet être glorieux, quels signes merveilleux il manifesta, et quelle force et quelle puissance ont émané de lui dans le monde de l'existence !

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Chapitre: I.10. Preuves et arguments traditionnels tirés du livre de Daniel

Aujourd'hui, autour de cette table, parlons un peu des preuves. Si vous étiez venue en ce lieu béni aux jours de la manifestation de la lumière évidente, et si vous étiez arrivée à la cour de sa présence, si vous aviez vu cette beauté lumineuse, vous eussiez compris que ses explications et sa beauté n'avaient besoin d'aucune autre preuve.
Bien des gens, après avoir été admis une seule fois en sa présence, devinrent confirmés et croyants : ils n'avaient pas besoin d'autre preuve.
Même ceux qui avaient pour lui la haine et l'inimitié les plus grandes, rien qu'après l'avoir rencontré, témoignaient de la grandeur de Baha'u'llah, et disaient : "C'est un homme sublime, mais quel dommage qu'il émette une pareille prétention. Autrement, tout ce qu'il dit est acceptable."
Mais aujourd'hui que cette lumière de vérité s'est éteinte, tout le monde a besoin de preuves. Aussi nous sommes-nous occupés de donner des preuves rationnelles. Nous en citerons une autre qui, seule, est suffisante pour des gens équitables, et que nul ne peut réfuter.
C'est que cet être sublime a proclamé sa cause et répandu sa lumière dans la Prison suprême; c'est de là que sa renommée a conquis le monde et que le chant de sa gloire est parvenu à l'Orient et à l'Occident :jusqu'à nos jours, rien de semblable n'était arrivé dans le monde.
Tout homme juste le reconnaîtrait; mais il y a des gens qui, même en entendant toutes les preuves du monde, ne jugeraient pas avec justice.

C'est ainsi que, malgré toutes leurs forces, les nations et les Etats ne purent lui résister; bien qu'il fût seul, sans aide, emprisonné, opprimé, tout ce qu'il voulait il l'accomplissait.
Je ne veux pas mentionner les miracles de Baha'u'llah; peut-être en les entendant dirait-on que ce sont des histoires sujettes à la vérité et à l'erreur.
Ainsi, les miracles du Christ, dans les Evangiles, nous sont racontés par les apôtres, et non par quelqu'un d'autre : néanmoins les juifs les nient.
Si je voulais mentionner les choses surnaturelles dans la vie de Baha'u'llah, elles abondent; elles sont établies en Orient, et même auprès des non-baha'is.
Mais ces récits ne sont pas des arguments et des preuves péremptoires pour tous; en les entendant, on pourrait dire que, peut-être, cela n'est pas conforme à la réalité des faits.
Et puis les autres sectes font également le récit des miracles de leurs fondateurs. Ainsi les adeptes du Brahmanisme rapportent des miracles; d'où pouvons-nous savoir que ceux-ci sont faux et que ceux-là sont vrais ? Si les uns sont des contes, les autres en sont aussi; si les uns sont acceptés universellement, les autres le sont aussi.
Ces récits ne sont donc pas des preuves solides. Ce sont des preuves pour le témoin oculaire; et encore, lui aussi pourrait douter que ce fût un miracle, et non de la sorcellerie. N'a-t-on pas raconté aussi sur des sorciers des choses extraordinaires ?
Bref, j'en arrive à ceci que beaucoup de choses extraordinaires furent accomplies par Baha'u'llah; mais nous ne les racontons pas, parce qu'elles ne constituent pas des preuves et des arguments pour tous les peuples du monde, et que, même pour ceux qui en ont été témoins, ce ne sont pas des preuves péremptoires; ils peuvent croire que c'est de la sorcellerie.
D'ailleurs, la plupart des miracles attribués aux prophètes ont une signification symbolique.
Ainsi, dans le récit du martyre du Christ, dans l'Evangile, on mentionne que l'obscurité régna, qu'il y eut un tremblement de terre, que le rideau du temple fut déchiré en deux, et que les morts sortirent de leurs tombes.

Si ces choses avaient été vues, elles auraient été des événements considérables, et certes, on les eût insérés dans les histoires de l'époque, et ils seraient devenus la cause de la perplexité des coeurs; pour le moins, les soldats auraient descendu le Christ de la croix, ou bien ils se seraient enfuis. Mais comme ces événements ne sont relatés dans aucune histoire, il est évident qu'ils ne doivent pas être pris à la lettre, et qu'ils ont une signification symbolique.
Notre but n'est pas de nier, notre seule intention est d'établir que ces récits ne constituent pas des preuves péremptoires, et qu'ils ont une signification symbolique, c'est tout.
Aussi, aujourd'hui, autour de cette table, nous nous reporterons aux explications des preuves traditionnelles tirées des livres saints. Jusqu'ici, tout ce que nous avons dit était des preuves rationnelles.
Et comme il s'agit maintenant de découvrir et de rechercher la vérité, d'expliquer la condition de l'homme assoiffé dont l'âme est brûlée du désir de l'eau de la vie, celle du poisson qui s'agite pour rentrer dans la mer, celle du malade qui cherche le médecin de vérité pour obtenir la guérison divine, celle de la caravane perdue qui cherche la véritable route, celle du bateau désemparé et égaré qui parvient au port de la délivrance, nous dirons que le chercheur doit être paré de certaines qualités.
D'abord, il doit être juste et détaché de tout autre que Dieu; son coeur doit être entièrement tourné vers l'horizon suprême, il doit être affranchi de l'ego et de toute passion, car ce sont des obstacles.
De plus, il doit supporter toutes les calamités, vivre dans la pureté et la sainteté les plus parfaites, et être au-dessus de l'amour ou de la haine de tous les habitants du monde : car le poids de son amour pour un parti peut le priver de reconnaître les mérites d'un autre parti, et de même la haine pour un parti risque aussi de l'empêcher de découvrir ses mérites.
Tel est l'état qui convient au chercheur. Le chercheur doit avoir ces caractéristiques et ces qualités; autrement, il est impossible que le Soleil de Vérité arrive jusqu'à lui.

Revenons à notre sujet : tous les peuples du monde sont dans l'attente de deux manifestations, qui doivent être contemporaines. Tous attendent l'accomplissement de cette promesse.
Dans la Bible, les juifs ont la promesse du Seigneur des armées et du Messie; dans l'Evangile, c'est le retour du Messie et d'Elie. Dans la religion de Muhammad se trouve la promesse du Mihdi et du Messie, et ainsi de suite chez les zoroastriens et les autres peuples;
mais si nous entrions dans les détails, cela tirerait en longueur.
L'essentiel est que tous attendent deux manifestations qui doivent venir l'une derrière l'autre; et qu'il a été annoncé que, dans le temps de la venue de ces deux manifestations, la terre serait renouvelée, l'existence serait changée et les contingences revêtiraient une nouvelle parure.
La justice et la vérité doivent régner sur le monde, l'inimitié et la haine disparaître, toutes les causes de division entre les tribus, les sectes, les nations s'évanouir, et les causes d'union, d'accord et d'amitié se manifester.
Les négligents s'éveilleront, les aveugles verront, les sourds entendront, les muets parleront, les malades guériront, les morts revivront, la guerre sera changée en paix, l'inimitié sera transformée en amour, les occasions de querelle et de dispute s'évanouiront entièrement, et l'humanité obtiendra la réelle félicité.
Le monde deviendra le miroir du royaume des cieux, et l'humanité, le trône de la Divinité.
Les différentes nations ne seront qu'un seul peuple, toutes les religions s'unifieront, tous les hommes ne constitueront plus qu'une famille, qu'une maison.
Toutes les contrées de la terre n'en formeront plus qu'une, et les superstitions de nationalité, de patrie, de personnalité, de langage, de politique, disparaîtront et mourront; chacun, à l'ombre du Seigneur des armées, parviendra à la vie éternelle!
Maintenant, il nous reste à prouver, d'après les livres saints, que ces deux manifestations se sont produites, et à deviner le sens des paroles des prophètes; car nous voulons des preuves tirées des livres saints, et nous avons déjà, il y a quelques jours, à table, produit des preuves rationnelles.

Quoi qu'il en soit, dans le livre de Daniel, depuis la reconstruction du temple de Jérusalem jusqu'au jour du martyre du Christ, soixante-dix semaines sont déterminées; car, par le martyre du Christ, le sacrifice doit être accompli et l'autel détruit.
Cette prophétie a trait à la manifestation du Christ, Le commencement de la période de ces soixante-dix semaines est la restauration et la reconstruction de Jérusalem;
et, à cet égard, pour la restauration de Jérusalem, nous possédons quatre édits, émanant de trois souverains. Le premier est de Cyrus, en 536 avant Jésus-Christ, et est rapporté au premier chapitre d'Esdras. Le deuxième édit pour reconstruire Jérusalem est de Darius de Perse, en 519 avant Jésus-Christ, rapporté au VIe chapitre d'Esdras. Le troisième est d'Artaxerxès, dans la septième année de son règne, c'est-à-dire en 457 avant Jésus-Christ, et est rapporté au VIIe chapitre d'Esdras. Le quatrième est d'Artaxerxès en 444 avant Jésus-Christ, et se trouve au IIe chapitre de Néhémie.
Mais Daniel se réfère au troisième édit, qui fut rendu en 457 avant Jésus-Christ. Soixante-dix semaines égalent quatre cent quatre-vingt-dix jours. Chaque jour, suivant la terminologie des livres saints, est une année. Dans la Bible il est écrit : "Le jour du Seigneur est une année". Donc quatre cent quatre-vingt-dix jours font quatre cent quatre-vingt-dix années. Le troisième édit d'Artaxerxès faut rendu quatre cent cinquante-sept ans avant la naissance du Christ, et lorsqu'il faut martyrisé et qu'il monta au ciel, le Christ avait 33 ans; 33 ajoutés à 457 font 490, qui est la date annoncée par Daniel pour la manifestation du Christ.
Mais, au verset 25 du IXe chapitre de Daniel, il s'exprime d'une autre manière, c'est-à-dire sept semaines et soixante deux semaines. Et, en apparence, il y a là une contradiction avec la première phrase; beaucoup de gens sont demeurés perplexes en essayant de concilier ces deux affirmations. Comment ici s'agit-il de soixante-dix semaines, et là de soixante-deux semaines et de sept semaines ? Ces deux phrases ne concordent pas.

En réalité, Daniel cite deux dates, Une des dates commence avec l'ordre d'Artaxerxès qui enjoignit à Esdras de rebâtir Jérusalem : ce sont les soixante-dix semaines qui se terminent à l'ascension du Messie, quand le sacrifice et l'oblation cessèrent par son martyre.
La seconde date se trouve au verset 26, où il est dit qu'après la terminaison de la reconstruction de Jérusalem jusqu'à l'ascension du Christ il y aura soixante-deux semaines; les sept semaines sont la durée de la reconstruction de Jérusalem, c'est-à-dire quarante-neuf ans.
Si l'on ajoute ces sept semaines aux soixante-deux, cela fait soixante-neuf semaines; et, dans la dernière semaine, eut lieu l'ascension du Christ. Les soixante-dix semaines sont ainsi complètes et il ne reste plus de contradiction.
Et de même que la manifestation du Messie est prouvée par les prophéties de Daniel, maintenant nous allons prouver les manifestations de Baha'u'llah et du Bab.
Jusqu'ici, nous n'avons donné que des preuves rationnelles : il s'agit maintenant de preuves traditionnelles.
Au verset 13 du VIIIe chapitre du livre de Daniel, il est dit : "Alors j'entendis un saint qui parlait, et un saint qui demandait à celui qui parlait : jusqu'à quand durera la vision du sacrifice continuel et de la révolte qui cause la ruine, pour livrer le sanctuaire et l'armée à être foulés aux pieds ? Et il me dit : jusqu'à deux mille trois cents soirs et matins; alors le sanctuaire sera purifié." Alors il me dit: "Cette vision se rapporte aux derniers jours. En d'autres termes ce malheur, cette dévastation, cette ruine, cette dégradation, jusqu'à quand dureront-ils ? ou bien, quand 'sera aurore de la manifestation ? Alors il dit : jusqu'à deux mille trois cents soirs et matins, et alors le sanctuaire sera purifié."

Bref, le but de ce passage est d'établir qu'il fixe deux mille trois cents ans; car, dans le texte de la Bible, chaque jour est une année.
Or, depuis la date de l'apparition de l'édit d'Artaxerxès pour reconstruire Jérusalem jusqu'au jour de la naissance du Christ, il y a quatre cent cinquante-six ans, et depuis la naissance du Christ jusqu'à la manifestation du Bab, il y a mille huit cent quarante-quatre ans, et si vous ajoutez quatre cent cinquante-six ans à ce nombre, cela fait deux mille trois cents ans.
C'est-à-dire que l'accomplissement de la prophétie de Daniel eut lieu en 1844 de l'ère chrétienne, et ce fut l'année de la manifestation du Bab.
Considérez le texte même de Daniel : avec quelle clarté il fixe l'année de manifestation! On ne peut pas annoncer plus clairement que cela une manifestation.
Le Christ, au chapitre XXIV de l'Evangile de Matthieu, verset 3, dit clairement que, ce que Daniel voulait dire par cette prophétie, c'était l'époque de la manifestation;
et voici le verset : "Et s'étant assis sur la montagne des Oliviers, ses disciples vinrent à lui en particulier et lui dirent : dis-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ?" Parmi toutes les explications que le Christ leur donna en réponse, se trouve celle-ci : "Quand donc vous verrez dans le lieu saint l'abomination qui cause la ruine dont le prophète Daniel a parlé, que celui qui le lit y fasse attention". Et il faisait ainsi allusion au VIIIe chapitre de Daniel, en disant que toute personne qui lira ce verset comprendra qu'il y est parlé de ces temps.
Voyez combien la manifestation du Bab est clairement annoncée dans la Bible et l'Evangile!

Maintenant, expliquons la date de la manifestation de Baha'u'llah par la Bible.
La date de la manifestation de Baha'u'llah est calculée en années lunaires, à partir de la mission et de l'hégire de Muhammad; car, dans la religion de Muhammad, c'est l'année lunaire qui est en usage et qui est employée; et dans cette religion, c'est l'année lunaire dont on se sert pour chacun des cas des commandements aux fidèles.
Au chapitre XII, verset 6, du livre de Daniel, il est dit : "Et on dit à l'homme vêtu de lin qui était sur les eaux du fleuve : quand sera la fin de ces merveilles ? Et j'entendis l'homme vêtu de lin qui était sur les eaux du fleuve, lequel éleva sa droite et sa gauche vers les cieux et jura par Celui qui vit éternellement, que ce sera jusqu'à un temps, deux temps et une moitié de temps; et que, quand il aura achevé de disperser la force du peuple saint, toutes ces choses-là seront terminées."
J'ai déjà expliqué la signification du jour; il n'est pas utile d'y revenir. Mais disons brièvement que chaque jour du Père vaut une année, et chaque année vaut douze mois. Donc trois ans et demi valent quarante-deux mois; quarante-deux mois égalent mille deux cent soixante jours. Chaque jour, dans les livres saints, est une année. Et en 1260 de l'hégire de Muhammad, selon le compte musulman, le Bab, l'annonciateur de Baha'u'llah, apparut.
Plus loin, dans le verset II, il est dit : "Or, dans le temps que le sacrifice continuel aura cessé, et qu'on aura mis l'abomination de la ruine, il y aura douze cent quatre-vingt-dix jours. Heureux celui qui attendra et atteindra jusqu'à treize cent trente-cinq jours."
Le commencement de ce calcul lunaire est le jour de la proclamation du rôle prophétique de Muhammad dans toutes les contrées du Hijaz; et cela eut lieu trois ans après le début de sa mission, car, au début, son rôle prophétique était tenu caché : nul, sauf Khadidja et Ibn-Naufal, ne les avait. Après trois ans on le proclama.

Et Baha'u'llah, en l'an 1290 de la proclamation de la mission de Muhammad, proclama sa manifestation.

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Chapitre: I.11. Commentaire du chapitre XI des révélations de saint Jean

Au chapitre XI, verset 1 des révélations de saint Jean, il est dit : "Alors on me donna un roseau semblable à un bâton à mesurer, et l'ange s'étant présenté me dit : Lève-toi et mesure le temple de Dieu et l'autel, et ceux qui y adorent. Mais laisse le parvis qui est hors du temple, et ne le mesure point car il est abandonné aux gentils, et ils fouleront aux pieds la sainte cité pendant quarante-deux mois."
Ce roseau représente ici le symbole d'un homme parfait, et la portée de cette comparaison est la suivante : lorsque l'intérieur d'un roseau est vidé, et qu'il est débarrassé de tout ce qu'il contenait, on peut obtenir de merveilleuses mélodies.
Et de même que le chant et le son ne viennent pas du roseau, que la musique vient véritablement du joueur de flûte qui souffle dedans, de même cette personne bénie a le coeur saint, libre, et vide de tout ce qui n'est pas Dieu, purifié et affranchi de toutes conditions humaines, et elle n'est que la compagne de l'Esprit divin.
Ses paroles ne viennent pas d'elle-même mais bien du véritable joueur de flûte, et sont une inspiration divine. Voilà pourquoi il le compare à un roseau.
Et ce roseau est comme un bâton, c'est-à-dire qu'il est le secours des faibles, et le soutien des êtres contingents; c'est le bâton du divin berger, à l'aide duquel il fait paître son troupeau, et le conduit dans les prairies du royaume.
Puis : "L'ange se présenta et me dit : Lève-toi et mesure le temple de Dieu et l'autel, et ceux qui y adorent"; c'est-à-dire compare et mesure; mesurer, c'est trouver la quantité.

Donc l'ange dit : compare le Saint des saints, et l'autel et ceux qui sont en train d'y prier, c'est-à-dire découvre quelle est leur véritable condition, sache à quel degré et en quelle situation ils sont, et quels sont leur état, leurs perfections, leur conduite, leurs qualités; apprends les secrets de ces saintes âmes qui ont leur place au Saint des saints, dans l'état de pureté et de sainteté.
"Mais laisse le parvis qui est hors du temple et ne le mesure point, car il est abandonné aux gentils." Au début du VIIe siècle de l'ère chrétienne, lorsque Jérusalem fut conquise, le Saint des saints fut en apparence préservé, c'est-à-dire le temple que Salomon avait construit; mais en dehors du Saint des saints, le parvis extérieur fut pris et donné aux gentils.
"Et ils fouleront aux pieds la sainte cité pendant quarante-deux mois", c'est-à-dire que les gentils gouverneront et dirigeront Jérusalem pendant quarante-deux mois équivalant à douze cent soixante jours; et comme chaque jour équivaut à une année, par ce compte, cela fait douze cent soixante ans, qui est la durée du cycle coranique.
Car, dans le livre saint, chaque jour équivaut à une année, ainsi qu'il est dit au chapitre IV, verset 6 d'Ezéchiel. "Et tu porteras l'iniquité de la maison de Juda pendant quarante jours :je t'ai assigné chaque jour pour une année."
Cela prophétise la durée de la Dispensation de l'islam, lorsque Jérusalem fut foulée aux pieds, ce qui signifie que sa gloire lui fut enlevée (mais le Saint des saints fut préservé, gardé et respecté) jusqu'en 1260.
Cette prophétie sur ces douze cent soixante ans s'applique à la manifestation de l'Altesse Suprême, le Bab, la 'Porte' de Baha'u'llah, qui eut lieu en 1260 de l'hégire de Muhammad.
Et comme la durée des douze cent soixante années est terminée aujourd'hui, Jérusalem, la Ville sainte, est en train de redevenir prospère, peuplée et florissante. Tous ceux qui ont vu Jérusalem il y a soixante ans et qui la voient maintenant reconnaissent combien elle est devenue de nouveau peuplée, florissante et respectée.

Telle est la signification apparente des verses des révélations de saint Jean; mais ces versets ont une autre interprétation et une signification symbolique qui est la suivante.
La loi de Dieu comprend deux parties : l'une, fondamentale, est spirituelle; c'est-à-dire a trait aux vertus spirituelles et aux qualités divines, et n'a ni changement ni modification : c'est le Saint des saints, qui est l'essence de la loi d'Adam, de Noé, .de Moïse, du Christ, de Muhammad, du Bab et de Baha'u'llah; elle dure et elle est établie dans tous les cycles prophétiques.
Jamais elle ne sera abrogée, car c'est la vérité spirituelle, non matérielle : c'est la foi, le savoir, la certitude, la justice, la piété, la droiture, la confiance méritée, l'amour de Dieu, la bienveillance, la générosité pour les pauvres, la protection des opprimés, les dons aux malheureux, la main tendue à ceux qui sont tombés, la pureté, le détachement, l'humilité, la douceur, la patience, la constance.
Ces qualités divines, ces commandements éternels ne seront jamais abrogés mais dureront et seront établis pour l'éternité.
Ces vertus de l'humanité sont ravivées dans chacun des différents cycles; car, à la fin de chaque cycle, la loi divine spirituelle, c'est-à-dire les vertus humaines, disparaît, et seule la forme subsiste.
Ainsi, chez les juifs, à la fin du cycle de Moïse, qui coïncide avec la manifestation chrétienne, la loi de Dieu disparut et une forme sans esprit subsista.
Mais le parvis extérieur de Jérusalem, qui équivaut à la forme de la religion, tomba aux mains des gentils.
De même, les principes de la religion du Christ, qui sont les vertus sublimes de l'humanité, ont disparu, et sa forme est restée aux mains des prêtres et du clergé.
Les fondements de la religion de Muhammad ont également disparu, mais sa forme reste aux mains des ulama officiels.

Ces fondements de la loi de Dieu qui sont spirituels et sont les vertus de l'humanité ne sont pas abrogeables, mais bien immuables et éternels; et ils sont renouvelés dans chaque cycle prophétique.
La seconde partie de la loi de Dieu, qui a trait au monde matériel, et qui comprend le jeûne, la prière, les exercices du culte, le mariage, le divorce, l'abolition de l'esclavage, la poursuite des procès, les transactions, les amendes, les indemnités pour meurtre, violence, vol, blessures, cette partie de la loi de Dieu qui a trait aux choses matérielles, est modifiée et transformée dans chaque cycle prophétique, et peut être abrogée.
Car il est certain que les choses politiques, les transactions, les indemnités, etc., doivent être modifiées et transformées suivant les exigences du temps.
Bref, le mot"Saint des saints" veut dire cette loi spirituelle qui n'est jamais transformée ou modifiée, et qui ne sera pas abrogée.
La Ville sainte veut dire la loi matérielle qui est abrogeable. Et c'est cette loi matérielle, ' qui est décrite comme la Ville sainte, qui sera foulée aux pieds pendant douze cent soixante ans.
"Mais je donnerai à mes deux témoins le pouvoir de prophétiser pendant douze cent soixante jours, étant vêtus de sacs." Les deux témoins dont il s'agit sont Muhammad, l'Envoyé de Dieu, et 'Ali Ibn Abou Thaleb.
Dans le Qur'an, il est dit que Dieu, s'adressant à Muhammad, l'Envoyé de Dieu, s'exprime ainsi : "Je t'ai placé comme un témoin, comme un messager de bonne nouvelle et comme un avertisseur", c'est-à-dire nous t'avons établi comme le témoin, le donneur de bonne nouvelle, et celui qui apporte la colère de Dieu. Témoin, c'est-à-dire que les choses seront prouvées par son affirmation.
Et les ordres de ces deux témoins seront donnés pendant douze cent soixante jours signifiant des années.

Or, Muhammad était le tronc et 'Ali la branche, comme Moïse et Josué.
Il est dit : "Ces deux témoins sont vêtus de sacs", c'est-à-dire que, apparemment, ils n'auront pas des vêtements neufs, mais de vieux vêtements; autrement dit, au début, aux yeux des autres peuples, ils n'ont aucune splendeur, et leur cause ne paraît pas nouvelle; car, par son côté spirituel, la loi de Muhammad ressemble à celle du Christ dans l'Evangile, et ses commandements relatifs aux choses matérielles ressemblent pour la plupart à ceux de la Bible. Telle est la signification des vieux vêtements.
"Ce sont les deux oliviers et les deux chandeliers qui sont toujours en la présence du Seigneur de la terre." Il compare ces deux âmes à deux oliviers, parce que, dans ce temps, on se servait de l'huile d'olive pour toutes les lampes, la nuit, Ces deux êtres, chez qui apparaît l'esprit de la sagesse de Dieu, origine de la lumière du monde, et qui font briller et resplendir les lumières de Dieu, sont ainsi comparés à deux chandeliers. Le chandelier n'est-il pas le lieu de la lumière, et n'est-ce pas de lui que brille la lumière ? De même, de ces faces lumineuses, la lumière de la direction surgira et brillera.
"Ils se tiennent en la présence de Dieu", signifiant qu'ils sont debout pour servir la cause, éduquant les créatures de Dieu; ainsi les tribus sauvages des Arabes nomades de la péninsule arabique reçurent une telle éducation qu'elles arrivèrent alors au plus haut degré de civilisation, et que leur renommée et leur célébrité se répandirent sur toute la terre.
"Et si quelqu'un veut leur faire du mal, il sortira de leur bouche un feu qui dévorera leurs ennemis." C'est-à-dire que nul ne peut leur résister; que si quelqu'un veut affaiblir leurs enseignements et leur loi, cette même loi qui sort de leur bouche les enveloppera et les exterminera entièrement; et si quelqu'un tente de les troubler, de leur faire du mal ou de leur résister, un commandement émanant de leur bouche détruira leurs ennemis. Et c'est ce qui arriva :tous leurs ennemis furent subjugués, mis en fuite, anéantis. De la façon la plus évidente, Dieu les a soutenus.

"Ils ont le pouvoir de fermer le ciel, afin qu'il ne pleuve point pendant qu'ils prophétiseront." C'est-à-dire que pendant ce temps, ils sont comme des rois : la loi et les enseignements de Muhammad, les explications et les commentaires d'Ali sont une grâce céleste; lorsqu'ils veulent distribuer cette grâce, ils le peuvent. Et s'ils ne veulent pas, la pluie ne tombera pas. (Pluie ici veut dire grâce.)
"Ils ont aussi le pouvoir de changer les eaux en sang." C'est-à-dire que, le pouvoir prophétique de Muhammad faut le même que celui de Moïse, et la puissance d'Ali fut comme celle de Josué.
S'ils le veulent, ils transforment en sang les eaux du Nil pour les Egyptiens et ceux qui les renient : c'est-à-dire que les eaux qui sont la cause de la vie deviennent, par l'ignorance et l'orgueil des négateurs, la cause de leur mort.
Ainsi, le royaume, la richesse et le pouvoir du Pharaon et des siens, qui furent la cause de la vie de l'Egypte, devinrent, par leur opposition, leur reniement et leur orgueil, une cause de mort, de destruction, de dispersion, de dégradation et de misère. Ces deux témoins ont donc le pouvoir de détruire les nations.
"Et de frapper la terre de toutes sortes de plaies toutes les fois qu'ils le voudront." C'est-à-dire qu'ils ont la puissance et la force matérielles nécessaires pour éduquer les méchants et ceux qui sont des oppresseurs et des tyrans cruels; car Dieu a donné à ces deux témoins une force matérielle et un pouvoir spirituel avec lesquels ils ont corrigé et éduqué les Arabes nomades et féroces, sanguinaires et tyranniques, qui vivaient comme des loups et des bêtes sauvages.
"Et quand ils auront achevé de rendre leur témoignage", c'est-à-dire quand ils auront accompli ce dont ils sont chargés, délivré le divin message, répandu la loi de Dieu et les enseignements célestes, et que les signes de la vie spirituelle seront visibles dans les âmes, que les lumières des vertus de l'humanité brilleront, et que les tribus nomades auront accompli des progrès absolus.

"La bête qui monte de l'abîme leur fera la guerre, et les vaincra et les tuera." Cette bête signifie les Béni-Omeyyahs qui les ont attaqués depuis l'abîme de l'erreur : c'est ce qui est arrivé quand les Béni-Omeyyahs s'insurgèrent contre la loi de Muhammad et la réalité d'Ali, qui est l'amour de Dieu.
"La bête fit la guerre aux deux témoins", c'est-à-dire une guerre religieuse; elle agit contre leurs enseignements, leurs coutumes, leurs institutions, avec la plus complète opposition : les vertus et les qualités qui, grâce à ces deux témoins, s'étaient répandues parmi ces peuples et ces tribus disparaîtront entièrement, et les moeurs bestiales et la sensualité prévaudront.
Ainsi cette bête qui leur fait la guerre aura la victoire; c'est-à-dire que la noirceur de l'erreur, représentée par cette bête, conquerra tous les horizons du monde et tuera ces deux témoins; en d'autres termes, détruira du milieu des nations la vie spirituelle qu'ils ont apportée, et en supprimera entièrement les lois et les enseignements divins; elle foulera aux pieds la religion de Dieu, et il n'en subsistera rien qu'un corps sans esprit.
"Et leurs corps sans vie resteront sur les places publiques de la grande cité qui est appelée spirituellement Sodome et Egypte, au lieu même où Notre-Seigneur aussi fut crucifié." "Leurs corps" signifie la loi de Dieu; "les places publiques" veut dire en vue de tout le monde. "Sodome et Egypte, le lieu où Notre-Seigneur aussi fut crucifié", c'est cette contrée de Syrie, et surtout Jérusalem, puisque les Béni-Omeyyahs régnaient sur ces lieux et que c'est d'abord d'ici que la loi de Dieu et les enseignements divins disparurent, et dans ces lieux qu'un corps sans esprit subsista. Leurs corps, c'est la loi de Dieu qui demeura comme un corps sans esprit.

"Et les différents peuples et tribus, de nations et de langues diverses, verront leurs corps sans vie pendant trois ans et demi, et ne permettront pas que leurs corps soient mis dans le sépulcre."
Comme il a déjà été dit, selon la terminologie des livres saints, trois jours et demi égalent trois ans et demi, soit quarante-deux mois, qui font douze cent soixante jours; comme chaque jour dans le texte du livre saint fait une année, cela veut dire que, pendant douze cent soixante ans, ce qui est la durée du cycle coranique, les nations, les tribus, les peuples regarderont leurs corps; qu'ils feront un spectacle de la loi de Dieu.
Ils n'agiront pas selon cette loi, mais ils ne laisseront pas non plus porter à la tombe son corps, c'est-à-dire la loi de Dieu; en d'autres termes, en apparence ils s'y attacheront, ils ne la laisseront pas enlever complètement ni détruire, et ils ne permettront pas qu'on anéantisse entièrement son corps. Si, en réalité, ils l'abandonnent, en apparence ils en conservent le souvenir et le nom.
Les "tribus, nations et peuples" signifient ceux qui sont réunis à l'ombre du Qur'an, et qui ne permettent pas que la cause et la religion de Dieu soient en apparence entièrement détruites et anéanties, car ils ont conservé la prière et le jeûne.
Mais les principes essentiels de la religion de Dieu qui sont la morale, la conduite, la connaissance des mystères spirituels ont disparu; les lumières des vertus de l'humanité, qui sont le résultat de l'amour et de la connaissance de Dieu, se sont éteintes; et l'obscurité de la tyrannie, de l'oppression, les passions et les désirs sataniques ont triomphé.
Et le corps de la loi de Dieu, comme un cadavre, a été exposé au public pendant douze cent soixante jours équivalant chacun à une année; et cette période est le cycle de Muhammad.
Ce que ces deux êtres avaient établi : les fondements de la loi de Dieu, le peuple l'a abandonné; les vertus de l'humanité, qui étaient le bienfait de Dieu et l'esprit de cette religion, ils les ont détruites, au point que la sincérité, la justice, l'amour, l'unité, la pureté, la sainteté, le détachement, toutes les qualités divines ont disparu.

De la religion, la prière et le jeûne subsistent; et cet état se prolongea pendant douze cent soixante ans, ce qui est la durée du cycle du Forqan. C'était comme si ces deux êtres étaient morts, et que leurs corps fussent demeurés sans esprit.
"Et les habitants de la terre se réjouiront à leur sujet, et s'abandonneront à la joie, et s'enverront des présents les uns aux autres, parce que ces deux prophètes auront tourmenté les habitants de la terre."
"Habitants de la terre" signifie les autres nations et races, comme les peuples d'Europe et de l'Extrême-Asie qui, lorsqu'ils virent que le caractère de l'islam était entièrement changé, et que la loi divine était abandonnée, que les vertus, le zèle et le bien avaient disparu, changèrent leurs sentiments, se montrèrent heureux et joyeux de ce que la corruption des moeurs eût pénétré les peuples de l'islam, et de ce que ces derniers allaient être soumis par les autres nations.
C'est ainsi que ce malheur se manifeste avec la plus grande évidence. Voyez : ce peuple qui était parvenu au sommet de la force, combien, aujourd'hui, il est devenu soumis et méprisable!
Les autres nations "se sont envoyé des présents les unes aux autres", c'est-à-dire se sont entraidées, car "ces deux prophètes ont tourmenté les habitants de la terre", c'est-à-dire ont vaincu les autres peuples et nations de la terre, et les ont soumis.
"Mais après ces trois jours et demi, l'esprit de vie de Dieu entra en eux, et ils se relevèrent sur leurs pieds, et une grande crainte saisit ceux qui les virent." Trois jours et demi, c'est-à-dire douze cent soixante ans, ainsi qu'il a déjà été expliqué.

Ces deux êtres dont les corps étaient demeurés sans esprit représentent les enseignements et la loi que Muhammad avait établis et qu'Ali avait promulgués, dont la vérité avait disparu, et dont la forme seule était restée.
Une seconde fois, l'esprit revint à ces corps, c'est-à-dire que ces fondements et ces enseignements furent à nouveau établis.
En d'autres termes, la spiritualité de la loi divine avait été changée en matérialité, les vertus en vices, l'amour de bien en haine, la lumière en obscurité, les sentiments rahmaniques en sentiments sataniques, la justice en tyrannie, la miséricorde en haine, la sincérité en hypocrisie, le salut en perdition, et la pureté en sensualité.
Puis, après trois jours et demi qui, d'après la terminologie des livres saints, signifient douze cent soixante années, ces enseignements divins, ces vertus et ces perfections rahmaniques, ces bontés spirituelles apparurent une seconde fois, renouvelés par la manifestation du Bab et le dévouement de Déjanté Quddus.
Les saintes brises soufflèrent, les lumières de vérité brillèrent, la saison du printemps fécondant arriva, l'aurore de salut resplendit, et ces deux corps sans âme naquirent à nouveau :ces deux grands personnages, l'un le fondateur, l'autre le promulgateur, se levèrent. C'étaient deux chandeliers, car ils illuminèrent le monde par la lumière de vérité.
"Ils entendirent une voix venant du ciel qui leur dit : "Montez ici; puis ils montèrent au ciel." C'est-à-dire qu'ils entendirent la proclamation de Dieu des cieux invisibles, disant : "Vous avez accompli ce qu'il faut et ce qu'il convient des enseignements et des bonnes nouvelles, vous avez transmis mon message à mes créatures, vous avez proclamé la parole de Dieu, et vous avez ait ce que vous deviez.
Maintenant, il faut, comme le Christ, sacrifier votre vie pour le Bien-Aimé et devenir des martyrs." Et ce Soleil de Vérité, cette Lune de Direction, tous deux, comme le Christ, se couchèrent à l'horizon du martyre suprême, et montèrent au ciel du royaume de Dieu.

"Et leurs ennemis tes virent." C'est-à-dire que, parmi leurs ennemis, après leur martyre, un grand nombre de gens s'aperçurent de la sublimité de leur rang et de la hauteur de leur vertu, et témoignèrent de leur grandeur et de leur perfection.
"Et à la même heure, il arriva un grand tremblement de terre, et un dixième de la ville fut anéanti; et sept mille hommes furent tués dans ce tremblement de terre." Ce tremblement de terre eut lieu à Shiraz après le martyre du Bab :la ville fut sens dessus dessous, et beaucoup d'individus périrent; une grande agitation, telle qu'on n'en avait jamais vu, apparut également, à la suite des maladies, de la peste, de la famine, du dénuement, de la faim et des épreuves.
"Et ceux qui restaient furent effrayés et glorifièrent le Dieu du ciel." Lorsque le tremblement de terre arriva dans le Fars, tous ceux qui restaient se lamentaient jour et nuit, suppliant et priant Dieu; ils étaient à ce point pusillanimes et troublés que, la nuit, ils n'avaient ni sommeil ni repos.
"Le second malheur est passé, et voici que le troisième malheur arrive rapidement." Le premier malheur est la manifestation du prophète Muhammad Ibn Abd'u'llah (sur lui le salut !) . Le second, c'est celle du Bab (sur lui la gloire et la louange !) . Le troisième malheur est le jour suprême de la manifestation du Seigneur des armées et de l'éclat de la beauté du Promis.
L'explication de ce sujet se trouve au chapitre XXX du Livre d'Ezéchiel dans lequel il dit : "La parole de Dieu me fut révélée. Il dit : ô fils de l'homme, prophétise et dis : c'est ainsi que parle Dieu Iahvé : Criez et dites : malheur à ce jour, car ce jour est proche, et le jour de Dieu est proche."

Il est donc évident que le jour du malheur est le jour de Dieu : car en ce jour, le malheur est pour les négligents, le malheur est pour les pécheurs, le malheur est pour les ignorants.
C'est pour cela qu'il dit : le second malheur est passé, voici que le troisième malheur approche rapidement. Ce troisième malheur est le jour de la manifestation de Baha'u'llah. C'est le jour de Dieu, proche du jour de la manifestation du Bab.
"Le septième ange sonna de la trompette et, tout à coup, de grandes voix se firent entendre au ciel, disant : le royaume du monde appartient à notre Dieu et à son Christ, et il régnera aux siècles des siècles."
Cet ange est un homme paré des qualités célestes, qui doit être envoyé avec des attributs et un caractère angéliques, et qui doit annoncer la proclamation, afin que l'apparition de la manifestation divine soit répandue et divulguée : c'est le jour de la manifestation du Seigneur des armées, et le temps du cycle divin de l'éducateur, promis et mentionnés dans tous les livres et écrits des prophètes.
En ce jour de Dieu, le royaume divin et spirituel sera établi, et le monde renouvelé; un nouvel esprit soufflera dans le corps de la création, la saison du divin printemps arrivera, les nuages de miséricorde verseront la pluie, le Soleil de Vérité brillera, les brises fécondantes souffleront, l'humanité revêtira une nouvelle parure, la surface de la terre deviendra un paradis sublime, les hommes seront instruits, la guerre, les disputes et querelles, l'iniquité disparaîtront, et la vérité, la droiture, la paix, la piété s'établiront; l'amour, l'amitié, l'affection envelopperont le monde, et Dieu régnera aux siècles des siècles, c'est-à-dire que le royaume spirituel, éternel, sera établi. Tel est le jour de Dieu.
Car tous les jours, qui sont venus et sont passés, étaient les jours d'Abraham, de Moïse, du Christ ou des autres prophètes. Mais ce jour est le jour de Dieu, car le Soleil de Vérité s'y lève avec toute sa chaleur et tout son éclat.

"Alors les vingt-quatre vieillards qui sont assis sur leurs trônes devant Dieu se prosternèrent sur leurs visages, et adorèrent Dieu en disant : "Nous te rendons grâce, Seigneur Dieu tout-puissant, absolu, qui es, qui étais, qui viendras, car tu as pris en main ta grande puissance, et tu es entré dans ton règne."
Dans chaque cycle, les élus et les saints ont été au nombre de douze. Au temps de Jacob, il y avait ses douze fils; au temps de Moïse, il y avait douze têtes ou chefs de tribu; au temps du Christ, les douze apôtres; au temps de Muhammad, les douze imams. Mais dans cette manifestation glorieuse, il y a vingt-quatre disciples, soit le double, car la grandeur de cette manifestation l'exige.
Ces saintes âmes règnent en présence de Dieu sur leurs propres trônes, c'est-à-dire règnent éternellement.
Ces vingt-quatre grands personnages, bien qu'ils soient établis sur le trône du pouvoir éternel, adorent pourtant l'apparition de la manifestation universelle, ils sont humbles et soumis, et disent : "Nous te remercions, ô Dieu tout-puissant et indépendant, qui as été, qui es et qui viendras, car, ayant saisi ton pouvoir suprême, tu t'es mis à régner."
C'est-à-dire : Tu répandras complètement tes enseignements, et tu réuniras sous ton ombre tout ce qui est sur terre, et tu amèneras tous les hommes à l'ombre d'une seule tente.
Et, bien que ce soit le royaume éternel de Dieu qui a toujours eu et a toujours un royaume, ici, royaume veut dire sa propre manifestation, qui répandra toutes les lois et les enseignements qui sont l'esprit de l'humanité et la vie éternelle.
Cette manifestation universelle, par son pouvoir spirituel, affranchira le monde, sans lutte; elle le conduira à la paix et au salut, autrement que par le sabre et la lance; elle établira ce royaume divin par le véritable amour, non par la force de la guerre; elle répandra ces enseignements divins par la bonté et l'ordre, non par la violence et par les armes, et elle donnera une telle éducation aux peuples et aux nations que, malgré la variété de leurs conditions, la différence de leurs coutumes et de leurs caractères, la division de leurs religions et de leurs races, ils seront comme le loup et l'agneau, le serpent et l'enfant à la mamelle, le tigre et le chevreau; ils deviendront des camarades, des confidents, des intimes.

D'une façon absolue, les haines de races, les différences de religions, les barrières entre les nations seront détruites, et tous trouveront, à l'ombre de l'arbre sacré, l'intimité et la réconciliation complètes.
"Les nations s'étaient irritées", car tes enseignements étaient contraires aux passions des autres peuples. "Mais ta colère apparut"; c'est-à-dire que tous furent affligés par un dommage évident et que, pour ne pas avoir obéi à tes préceptes, tes conseils et tes engagements, ils furent privés de ta grâce éternelle et séparés par un voile des lumières du Soleil de Vérité.
"Ainsi que le temps que tu dois juger les morts." Autrement dit, le temps est venu où les morts, c'est-à-dire ceux qui sont privés de l'esprit de l'amour de Dieu, et qui n'ont pas de part à la sainte vie éternelle, seront jugés Avec justice, c'est-à-dire recevront ce qu'ils méritent et ce qu'ils sont capables d'obtenir.
Et Il établira la réalité de ces secrets; Il fera connaître à quel degré de bassesse ils sont arrivés dans le monde de l'existence pour que, en vérité, ils soient jugés morts.
"Et donner la récompense à tes serviteurs les prophètes, et aux saints, et à ceux qui craignent ton nom, petits ou grands." C'est-à-dire : Tu distingueras les pieux par des biens infinis; tu les feras briller comme les étoiles du ciel à l'horizon de la gloire éternelle; tu les aideras en leur donnant les coutumes et la conduite qui sont l'éclat de l'humanité, la cause du salut, et la raison de la vie éternelle au royaume divin.

"Et détruire ceux qui ont corrompu la terre." C'est-à-dire : Tu châtieras énergiquement les négligents, car la cécité des aveugles deviendra manifeste et la lucidité des voyants évidente, l'ignorance et la bêtise des égarés seront reconnues, et le savoir et la science de ceux qui sont dans la bonne voie deviendront clairs; par conséquent les corrupteurs seront anéantis.
"Et le temple de Dieu s'ouvrit dans le ciel." C'est-à-dire que la Jérusalem divine fut trouvée, et le Saint des saints devint visible.
Le Saint des saints, selon la terminologie des sages, est l'essence de la loi divine et des véritables enseignements du Seigneur, qui n'ont été changés dans aucun des cycles prophétiques, ainsi qu'il a déjà été expliqué.
Le sanctuaire de Jérusalem, c'est la réalité de la loi divine, qui est le Saint des saints; tandis que l'ensemble des lois, des conventions, des rites et des règles matérielles, c'est la ville de Jérusalem. C'est pour cela qu'on parle de la Jérusalem céleste.
Bref comme dans ce cycle, le Soleil de Vérité fera briller du plus grand éclat les lumières divines, l'essence des enseignements divins se répandra dans le monde contingent, et les ténèbres de l'ignorance et de la bêtise seront détruites.
Le monde sera un autre monde, et la lumière resplendira. Aussi le Saint des saints sera visible.
"Et le temple de Dieu s'ouvrit dans le ciel." C'est-à-dire que la divulgation des enseignements divins, l'apparition de ces secrets célestes, l'éclat du Soleil de Vérité ouvrirent de tous les côtés les portes de la prospérité et du succès, et les signes des bontés et des bénédictions célestes devinrent apparents.
"Et l'arche de son alliance fut vue dans son temple." C'est-à-dire que le livre de son alliance apparut dans sa Jérusalem, et l'épître du covenant fut rédigée. Alors la signification de l'alliance et du pacte deviendra évidente.

La renommée de Dieu envahira l'Orient et l'Occident, et la proclamation de la cause de Dieu dominera le monde.
Les infidèles seront dispersés et humiliés, et les fidèles fortifiés et glorifiés, car ils sont attachés au livre de l'alliance, et fermes et solides dans le covenant.
"Et il se fit des éclairs et des voix, et des tonnerres, et un tremblement de terre, et une grosse grêle." C'est-à-dire qu'après l'apparition du livre de l'alliance il y aura un grand orage et l'éclair de la colère et de la fureur divines brillera; le bruit du tonnerre de la violation du covenant grondera; le tremblement de terre des doutes surviendra; la grêle des tourments grondera sur les infidèles au covenant; et les troubles et les épreuves s'abattront sur les fidèles!

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Chapitre: I.12. Commentaire du chapitre XI d' Esaïe

Au chapitre XI d'Esaïe, verset 1, il est dit : "Et il sortira un rameau du tronc de Jessé, et une branche croîtra de ses racines, et l'esprit de Dieu reposera sur lui, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de la connaissance et de la crainte de Dieu, et il ne jugera point par ce qui frappe les yeux; et il ne condamnera pas sur un ouï-dire; mais il jugera avec droiture; il frappera la terre de la verge de sa parole, et il tuera le méchant par le souffle de ses lèvres. Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité la ceinture de ses flancs.
Le loup habitera avec l'agneau, et le léopard dormira avec le chevreau; le veau, le lion et le bétail qu'on engraisse, ensemble, seront conduits par un petit enfant.
La vache paîtra avec l'ours, et leurs petits dormiront ensemble. Le lion mangera du fourrage comme le boeuf; l'enfant qui tète s'ébattra sur le trou de l'aspic, et l'enfant qu'on sèvre posera sa main sur le trou du basilic.
Sur toute ma montagne sainte on ne fera ni mal ni dommage, car la terre sera remplie de la connaissance de Dieu, comme les eaux qui recouvrent la mer."
Ce rameau du tronc de Jessé semble s'appliquer correctement au Christ, car Joseph était de la descendance de Jessé, père de David, Mais comme le Christ était né par l'Esprit de Dieu, il s'appela lui-même fils de Dieu. S'il n'avait pas agi ainsi, ce passage pourrait s'appliquer à lui.
De plus, les événements qu'il indique comme devant se passer dans le temps de ce rameau, au cas où on les interprète symboliquement, se sont accomplis en partie, mais non tous; et si on ne les interprète pas, aucun de ces signes n'est décidément arrivé au temps du Christ.

Par exemple, le léopard et l'agneau, le lion et le veau, l'aspic et l'enfant qui tète, sont des métaphores et des symboles qui représentent les nations