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L'avènement de la justice divine Shoghi Effendi |
Sommaire
1. Lettre du Bien-Aimé Gardien
aux croyants
2. Crises périodiques
3. La principale citadelle subsiste
4. Une croisade d'une envergure encore plus grandiose
5. Les possibilités de l'avenir
6. Son inépuisable lumière
7. La fonction suprême de Sa révélation
8. Une responsabilité d'une grandeur stupéfiante
9. Les conditions spirituelles requises
10. Le plus difficile des problèmes
11. Leur double croisade
12. Les qualités requises pour l'enseignement
13. L'éveil de l'Amérique latine
14. Les fondations nécessaires
15. Appel pour des pionniers
16. La part prépondérante
17. A la jeunesse baha'ie
18. La position spéciale de Panama
19. Une sagesse impénétrable, une volonté
absolument irrésistible
20. L'avènement du royaume
21. La destinée de l'Amérique
1. Lettre du Bien-Aimé Gardien aux croyants
ñ
Aux bien-aimés de Dieu et aux servantes dévouées du Miséricordieux aux États-Unis et au Canada.
Très chers frères et soeurs en l'amour de Baha'u'llah:
Il paraît certes difficile d'exprimer d'une manière adéquate les sentiments de joie irrépressible et d'exultation qui inondent mon coeur chaque fois que je m'interromps pour contempler les preuves continues de l'énergie dynamique qui anime les vaillants pionniers de l'ordre mondial de Baha'u'llah dans l'exécution du plan à leur charge. La signature du contrat, par vos représentants nationaux élus, amorçant la phase finale de la plus grande entreprise jamais lancée par les fidèles de Baha'u'llah en Occident, non moins que le progrès très encourageant enregistré dans les divers rapports du comité national d'enseignement, témoignent sans l'ombre d'un doute de la fidélité, de la vigueur et de la conscience avec lesquelles vous dirigez les multiples actions qu'implique forcément l'évolution du plan de sept ans. Dans ses deux aspects et dans tous ses détails, il a été poursuivi avec une régularité et une précision exemplaires, avec une efficacité demeurée intacte et avec une diligence louable.
L'imagination fertile que les représentants nationaux des croyants américains ont déployée de façon si frappante ces récents mois, prouvée par les mesures successives qu'ils ont adoptées, a été égalée par le soutien loyal, généreux et sans condition de ceux qu'ils représentent, qui leur a été accordé à chaque période critique et à chaque nouvelle étape dans la réalisation de leur tâches sacrées. Une interaction si intime, une cohésion si complète, une harmonie et une fraternité aussi persistantes entre les divers agents qui contribuent à la vie organique et constituent la structure fondamentale de chaque communauté baha'ie fonctionnant convenablement, sont des phénomènes qui contrastent d'une façon frappante avec les tendances dissolvantes dont témoignent les éléments discordants de la société actuelle d'une façon si tragique. Chacune des crises successives dans le sort d'un âge décadent dévoile encore plus nettement que lors de la précédente les influences corrosives qui sont en train de saper rapidement la vitalité et de miner les bases de ses institutions déclinantes, tandis que chaque épreuve apparente que la sagesse insondable du Tout-Puissant juge nécessaire d'infliger à sa communauté élue ne sert qu'à démontrer à nouveau sa solidarité essentielle et à consolider ses forces internes.
Pour de telles preuves de l'intervention d'une providence toujours vigilante,
ceux qui sont identifiés à la communauté du Plus Grand
Nom doivent éprouver une reconnaissance éternelle. Ils ne peuvent
que puiser un immense espoir et courage à la vue de chaque 'nouvelle
preuve de sa bénédiction intarissable d'une part, et de ses épreuves
d'autre part. Alertes à saisir chaque opportunité que les tournants
de la route du destin leur offrent dans leur foi et sans crainte des perspectives
de convulsions spasmodiques qui doivent tôt ou tard affliger fatalement
tous ceux qui auront refusé d'embrasser sa lumière, ils doivent,
de même que ceux qui travaillent après eux, se hâter jusqu'à
ce que les processus aujourd'hui déclenchés aient épuisé
les forces de chacun et aient contribué à l'éclosion de
l'ordre qui s'agite maintenant dans le sein d'un âge en enfantement.
2. Crises périodiques
ñ
Ces crises périodiques affligeant avec une fréquence sinistre et avec une force irrésistible une partie de plus en plus ample de la race humaine, doivent nécessairement continuer bien que passagèrement, à exercer, dans une certaine mesure, leur influence funeste sur une communauté mondiale qui a étendu ses ramifications jusqu'aux coins les plus reculés de la terre. Comment les prémices d'un bouleversement mondial peuvent-elles, déchaînant des forces qui troublent si gravement l'équilibre social, religieux, politique et économique des sociétés organisées, plongeant dans le chaos et la confusion des systèmes politiques, des doctrines raciales, des idéologies sociales, des normes culturelles, des communautés religieuses et des relations commerciales, - comment ces agitations peuvent-elles, à une échelle si inouïe, manquer de produire des répercussions sur les institutions de la foi d'un âge si tendre dont les enseignements ont une portée directe et vitale dans chacune de ces sphères de la vie et du comportement humain?
Il n'est pas étonnant, par conséquent, que ceux qui portent haut les bannières d'une foi si pénétrante, d'une cause lançant un tel défi, se trouvent eux-mêmes affectés par l'impact de ces forces bouleversant le monde entier. Il n'est pas étonnant qu'au centre d'un tourbillon de passions en lutte constante, ils trouvent que leur liberté a été atteinte, leurs principes méprisés, leurs institutions assaillies, leurs motifs diffamés, leur autorité compromise et leur prétention rejetée.
Au coeur du continent européen, une communauté qui, ainsi que 'Abdu'l-Baha l'a prédit, est destinée en vertu de son potentiel spirituel et de sa situation géographique, à irradier la splendeur de la lumière de la foi sur les pays avoisinants, a été momentanément éclipsée par les restrictions qu'un régime, se méprenant gravement sur son but et sa fonction, a décidé de lui imposer. Sa voix, hélas, est maintenant réduite au silence, ses institutions dissoutes, sa littérature mise au ban, ses archives confisquées et ses réunions suspendues. En Asie centrale, dans la ville jouissant de l'unique distinction d'avoir été choisie par 'Abdu'l-Baha comme site du premier Mashriqu'l-Adhkar du monde baha'i, ainsi que dans les petites villes et villages de la province à laquelle elle appartient, la foi de Baha'u'llah, douloureusement affectée à la suite de l'unique et extraordinaire vitalité qu'elle a engendrée au cours de plusieurs décades, est livrée à la merci de forces qui, alarmées par son énergie croissante, s'acharnent maintenant à la réduire à une impuissance complète. Son temple (nota éditeur: ce temple a été détruit en 1963 par un tremblement de terre, il était situé à Ishquebad en Azerbaïdjan), quoique toujours utilisé pour l'adoration baha'ie, a été exproprié, ses assemblées et ses comités dissous, ses activités d'enseignement paralysées, ses principaux promoteurs déportés et une quantité considérable de ses adhérents les plus enthousiastes, hommes et femmes, emprisonnés.
Dans son pays d'origine, où résident l'immense majorité de ses adhérents - un pays dont la capitale a été acclamée par Baha'u'llah comme "la mère du monde" et "l'aurore de joie pour l'humanité" - des autorités civiles qui ne se sont officiellement, jusqu'alors, pas encore séparées des influences paralysantes d'un clergé arriéré, fanatique et outrageusement corrompu, poursuivent sans relâche leur campagne de répressions contre les adhérents d'une foi qu'elles ont tenté en vain de supprimer, pendant près d'un siècle. Les membres de cette communauté innocente et proscrite peuvent revendiquer à juste titre de compter parmi les plus désintéressés, les plus compétents et parmi les amants les plus ardents de leur pays natal, mais, dédaigneuses de leur sentiment élevé de citoyenneté mondiale que les défenseurs d'un nationalisme excessif et borné ne peuvent jamais espérer apprécier à sa juste valeur, de telles autorités refusent d'accorder à une foi qui étend sa juridiction spirituelle sur environ 600 communautés locales et dont le nombre des adhérents surpasse dans ce pays-là la foi tant chrétienne, ' juive que zoroastrienne, le droit nécessaire et légal de mettre en vigueur ses lois, de gérer ses affaires, de diriger ses écoles, de commémorer ses jours sacrés, de diffuser sa littérature, de solenniser ses rites, d'ériger ses édifices et de sauvegarder ses dotations.
Et maintenant, récemment, en Terre sainte même, coeur et centre nerveux d'une foi embrassant le monde entier, les flammes de l'animosité raciale, de la discorde fratricide, du terrorisme effronté, ont allumé une conflagration qui s'interpose sérieusement, d'une part, à l'afflux des pèlerins qui constituent le sang vital pour ce centre, et suspend d'autre part les divers projets amorcés en rapport avec la préservation et l'extension des domaines autour des sites sacrés qu'ils entourent. La sécurité de la petite communauté de croyants résidents, face à cette crue d'anarchie, a été mise en péril, son statut d'une communauté neutre et indépendante a été, indirectement, défié et sa liberté de pratiquer certaines de ses observances, tronquée. Une série d'assauts meurtriers, alternant avec des explosions de fanatisme amer, tant racial que religieux, impliquant les chefs aussi bien que les adhérents des trois Religions les plus importantes de ce pays désorienté, ont menacé parfois de couper toute communication normale tant à l'intérieur de ses frontières qu'avec le monde extérieur. Si périlleuse qu'ait été la situation, les lieux saints baha'is, objets d'adoration d'une foi englobant la terre entière, ont bénéficié, en dépit de leur nombre et de leur position vulnérable et bien qu'apparemment dépourvus de moyens de protection, d'une préservation quasi miraculeuse.
Déchiré par des passions contradictoires et se désintégrant dangereusement depuis l'intérieur, un monde se trouve confronté, à une époque ' ne si cruciale de son histoire, avec les augures de plus en plus prometteuses d'une foi à l'âge tendre, d'une foi qui semble par moments être compromise dans ces controverses, impliquée dans ces conflits, éclipsée par ces ombres qui s'épaississent, submergée par la marée montante de ces passions. Dans son coeur même, dans son berceau, au siège de son premier et vénérable temple, dans un de ses centres jusqu'à présent florissant et d'une grande puissance latente, la foi de Baha'u'llah encore asservie semble en effet avoir reculé devant la charge des forces déchaînées de violence et de désordre dont l'humanité tombe constamment victime. Les bastions d'une telle foi, semblent en apparence, l'un après l'autre, et jour après jour, être successivement isolés, assaillis et conquis. A mesure que les flambeaux de la liberté papillotent et s'éteignent, que, chaque jour, le vacarme de la discorde gronde plus sourdement, à mesure que les torches du fanatisme flambent, avec un acharnement accru dans le sein des hommes, et à mesure que la froideur de l'irréligion rampe implacablement sur l'âme de l'humanité, les membres et les organes qui constituent le corps de la foi de Baha'u'llah apparaissent, à des degrés divers, avoir été affectés par l'influence paralysante qui serre aujourd'hui dans son étreinte l'ensemble du monde civilisé.
Avec combien de clarté et de perspicacité les paroles suivantes
de 'Abdu'l-Baha se vérifient à l'heure actuelle: "Les ténèbres
de l'erreur qui ont enveloppé l'Est et l'Ouest, sont occupées
à livrer bataille, dans ce plus grand cycle, aux lumières de la
direction divine. Ses glaives et ses lances sont extrêmement aiguisés
et très pointus; son armée âprement acharnée et assoiffée
de sang." "En ce jour," écrit-il dans un autre passage, "les facultés
de tous les chefs religieux sont dirigées vers la dispersion de la congrégation
du Tout-Miséricordieux et vers l'écroulement de l'édifice
divin. Les armées du monde, tant matérielles, culturelles que
politiques, lancent leur assaut de tous côtés, car la cause est
grande, très grande. Sa grandeur est, en ce jour, claire et évidente
aux yeux des hommes. "
3. La principale citadelle subsiste ñ
La principale citadelle qui subsiste, le bras puissant qui porte encore haut l'étendard d'une foi imprenable, n'est autre que la communauté bénie des adhérents du Plus Grand Nom dans le continent nord-américain. Par ses oeuvres, et par la protection infaillible qui lui est assurée
par une providence omnipotente, ce membre distingué du corps des communautés baha'ies de l'Est et de l'Ouest à interaction constante s'annonce comme devant être considéré universellement comme le berceau et la forteresse de ce futur nouvel ordre mondial qui est en même temps la promesse et la gloire de la dispensation associée a u nom de Baha'u'llah.
Que celui qui est enclin à amoindrir l'unique importance accordée à cette communauté ou à douter du rôle qu'elle est appelée à jouer dans les jours à venir édite sur la portée des paroles pleinement significatives et hautement illuminantes énoncées par 'Abdu'l-Baha et adressées à cette communauté au moment où les augures d'un monde gémissant sous le fardeau d'une guerre dévastatrice avaient atteint les bas-fonds. " Le continent américain, " écrit-il de manière si significative, " est, aux yeux du seul et vrai Dieu, le pays dans lequel les splendeurs de sa lumière seront révélées, où les mystères de sa foi se dévoileront, où les justes demeureront et où les hommes libres se rassembleront. " Déjà, la communauté des croyants du continent nord-américain, - à la fois force motrice et modèle des communautés futures que la foi de Baha'u'llah est destinée à ériger sur toute l'étendue de l'hémisphère occidental - a démontré, malgré les ténèbres prédominantes, sa capacité d'être reconnue comme le porte-flambeau de cette lumière, le dépositaire de ces mystères, le porte-parole de cette justice et le sanctuaire de cette liberté. A quelle autre lumière ces paroles citées ci-dessus peuvent-elles bien faire allusion, sinon à cette lumière de la gloire de l'âge d'or de la foi de Baha'u'llah? Quels mystères pouvaient avoir contemplés 'Abdu'l-Baha hormis les mystères de l'ordre mondial évoluant maintenant dans le sein de son administration? Quelle justice, sinon la justice dont le règne ne peut s'établir qu'en cet âge et que par cet ordre? Quelle liberté hormis la liberté que la proclamation de sa souveraineté, dans la plénitude des temps, doit conférer?
La communauté des promoteurs organisés de la foi de Baha'u'llah sur le continent américain - descendants spirituels des briseurs d'aurore d'un âge héroïque, qui proclamèrent la naissance de cette foi par leur mort doit inaugurer à son tour, non par leur mort, mais par le sacrifice vivant, cet ordre mondial promis qui est la coquille ordonnée pour enchâsser ce joyau inestimable: la civilisation mondiale dont la foi est seule génératrice. Pendant que ses communautés soeurs se plient sous les vents tempétueux qui déferlent sur elles de tous les côtés, cette communauté, préservée par les décrets immuables de l'omnipotent Ordonnateur et puisant un soutien continuel dans le mandat dont les tablettes du plan divin l'ont investie, est maintenant intensément engagée à poser les fondations et à promouvoir le développement de ses institutions qui annonceront l'approche de l'âge destiné à être le témoin de la naissance et de l'épanouissement de l'ordre mondial de Baha'u'llah.
Une communauté de force numérique relativement négligeable, séparée par de vastes distances à la fois du centre focal de sa foi et du pays où résident le plus grand nombre de ses amis croyants, démunie de ressources matérielles et dépourvue d'expérience et de gens éminents, ignorant les croyances, les concepts et les coutumes de ces peuples et de ces races dont sont issus ses fondateurs spirituels, absolument étrangère aux langues dans lesquelles les livres sacrés ont été révélés à l'origine, contrainte de placer sa seule confiance dans une traduction inadéquate d'une partie fragmentaire de la littérature présentant ses lois, ses principes et son histoire, sujette, dès son enfance, à des épreuves d'une extrême sévérité et impliquant parfois la défection de quelques-uns de ses membres les plus éminents, ayant à lutter dès ses débuts et dans une mesure toujours croissante contre les forces de corruption, de laxité morale et de préjugés enracinés, - une telle communauté a transmis en moins d'un demi-siècle, sans l'aide d'aucune de ses communautés soeurs soit de l'Est ou de l'Ouest, et en vertu d'une puissance céleste dont un Maître enflammé d'amour l'a douée, une telle impulsion à la marche en avant de la cause qu'elle a embrassée, que les accomplissements conjoints de ses coreligionnaires dans l'Ouest n'ont pu l'égaler.
Quelle autre communauté, peut-on se demander avec assurance, a été l'instrument pour concrétiser le modèle et pour communiquer l'impulsion originale à ces institutions administratives qui constituent l'avant-garde de Baha'u'llah? Quelle autre coin de l'ordre mondial de Baha'u'llah? Quel autre communauté a été capable de trouver avec une telle stabilité les ressources, la discipline, la détermination de fer, le zèle et la persévérance, la dévotion et la structure grâce à laquelle ces institutions naissantes peuvent seulement se multiplier et mûrir? Quelle autre communauté a fait la preuve d'être embrasée par une vision si noble ou de vouloir s'élever à de telles hauteurs d'abnégation ou d'être prête à atteindre un si haut niveau de solidarité pour être en mesure d'ériger en si peu de temps et pendant des années si cruciales un édifice qui mérite bien d'être considéré comme la plus grande contribution de l'Occident jamais faite à la cause de Baha'u'llah? Quelle autre communauté peut, à juste titre, prétendre être parvenue, par les efforts isolés de l'un de ses humbles membres, à assurer l'allégeance spontanée de la Royauté à sa cause et à gagner à ses vérités de si merveilleux témoignages écrits? Quelle autre communauté a montré la prévoyance, l'habilité organisatrice, le zèle enthousiaste qui ont été responsables de l'établissement et de la multiplication, à travers son territoire, de ces toutes premières écoles qui, avec l'écoulement du temps, évolueront d'une part en centres puissants d'instruction baha'ie, et prépareront d'autre part un terrain fertile de recrutement pour enrichir et consolider son cor d'enseignants? Quelle autre communauté a produit des pionniers réunissant à un tel degré les qualités essentielles d'audace, de consécration, de ténacité, d'abnégation et de dévotion prodigue qui les ont incités à abandonner leurs foyers, à renoncer à tout, à se disperser sur toute la surface du globe, à hisser, dans les recoins les plus éloignés, la bannière triomphante de Baha'u'llah? Qui autres que les membres de cette communauté ont acquis la distinction éternelle d'être les premiers à faire retentir l'appel de Ya-Baha'u'l-Abha dans des centres et territoires aussi hautement importants et aussi éparpillés que le coeur des empires britannique et français, l'Allemagne, l'Extrême Orient, les Balkans, les pays scandinaves, l'Amérique latine, les îles du Pacifique, l'Afrique du Sud, l'Australie et la Nouvelle Zélande, et maintenant plus récemment encore les Etats baltiques? Qui d'autre sinon ces mêmes pionniers se sont montrés prêts à endosser le travail, à exercer la patience, à trouver les fonds requis à la traduction et à la publication, en pas moins de quarante langues, de leur littérature sacrée dont la diffusion constitue une condition préliminaire et essentielle à n'importe quelle campagne d'enseignement efficacement organisée? Quelle autre communauté peut revendiquer d'avoir eu une part décisive aux efforts exercés sur tout le globe pour la sauvegarde et l'extension du voisinage immédiat de ses lieux sacrés, ainsi qu'à l'acquisition préliminaire des futurs sites de ses institutions internationales en son centre mondial? Quelle autre communauté peut, à son éternel mérite, prétendre avoir été la première à concevoir ses constitutions nationales et locales, fixant ainsi les lignes fondamentales des chartes jumelles destinées à régler les activités, définir les fonctions, sauvegarder les droits de ses institutions? Quelle autre communauté peut se vanter d'avoir acquis simultanément et assuré légalement la base de ses dotations nationales, frayant ainsi le chemin à une action similaire de la part de ses communautés locales? Quelle autre communauté a atteint la distinction suprême d'avoir obtenu, longtemps avant même que toute communauté soeur ait envisagé une telle possibilité, les documents nécessaires à assurer la reconnaissance, par les autorités fédérales et régionales, de ses assemblées spirituelles et de ses dotations nationales? Et, finale ment, quelle autre communauté a eu le privilège et s'est vu accorder les moyens de secourir les nécessiteux de défendre la cause des opprimés et d'intervenir si énergiquement en faveur de la sauvegarde des édifices et des institutions baha'ies dans des pays tels que l'Iran, l'Égypte, l'Iraq, la Russie et l'Allemagne, où, à diverses époques ses croyants frères ont dû souffrir des rigueurs de la persécution à la fois religieuse et raciale? Des annales de service aussi inégalables et aussi brillantes, s'étendant sur une période de presque vingt ans et enchevêtrées si étroitement dans les intérêts de la destinée d'une si large partie de la communauté baha'ie mondiale, méritent de se situer parmi les chapitres mémorables de l'histoire de la période formative de la foi de Baha'u'llah. Renforcées et enrichies, comme elles le sont déjà, par le souvenir des réalisations des premiers croyants américains, de telles annales sont en soi un témoignage convainquant de la capacité des communautés américaines d'endosser convenablement les responsabilités que n'importe quelle mission pourrait leur imposer à l'avenir. Il serait quasiment impossible de surestimer la signification de ces multiples services, les apprécier à leur juste valeur et s'étendre sur leurs mérites et conséquences immédiates est une tâche dont seul un futur historien baha'i peut s'acquitter convenablement. Je ne peux, à cet instant, que consigner par écrit ma profonde conviction qu'une communauté capable de montrer de tels actes, de manifester un tel esprit, de s'élever vers de telles hauteurs, ne peut qu'être déjà dotée d'un potentiel qui la rendra capable de revendiquer, dans la plénitude des temps, son droit d'être acclamée comme la créatrice principale et le champion de l'ordre mondial de Baha'u'llah.
Aussi merveilleuses qu'aient été ces annales et certes autant
qu'elles rappellent, à certains égards, les exploits par lesquels
les briseurs d'aurore d'un âge héroïque ont proclamé
la naissance de la foi elle-même, la tâche associée au nom
de cette communauté privilégiée, loin d'avoir atteint son
apogée, ne fait que commencer à se dévoiler. Ce que les
croyants américains ont réalisé, en l'espace d'environ
cinquante ans, est infime comparé à ,la grandeur des tâches
qui les attendent. Le grondement de ce bouleversement catastrophique qui va
proclamer, en une et même phase, les affres de la mort de l'ancien et
les douleurs d'enfantement du nouvel ordre, indique aussi bien l'a proche sûre
que le caractère terrifiant de ces tâches-là.
4. Une croisade d'une envergure encore
plus grandiose ñ
L'établissement réel de l'ordre administratif de leur foi, l'érection de sa trame, le façonnage de ses instruments et la consolidation de ses institutions subsidiaires furent la première tâche confiée à leurs soins en tant que communauté organisée appelée à l'existence par le testament et sur les instructions de 'Abdu'l-Baha. Ils se sont acquittés de cette tâche avec une promptitude, une fidélité et une vigueur admirables. A peine avaient-ils créé et établi la corrélation entre les divers organismes nécessaires à la conduite efficace de n'importe quelle ligne d'action dont ils désireraient prendre l'initiative par la suite qu'ils se tournèrent, avec un zèle et une consécration semblables vers la prochaine tâche plus ardue, d'ériger la superstructure d'un édifice dont 'Abdu'l-Baha avait lui-même posé la pierre angulaire. Et quand cette prouesse fut accomplie, cette communauté-là, sensible aux appels passionnés, aux exhortations et aux promesses écrites dans les tablettes du plan divin, résolut d'entreprendre encore une autre tâche qui, par son envergure et son potentiel spirituel va certainement éclipser les oeuvres déjà accomplies. Avec un enthousiasme inextinguible et un courage intrépide, ils lancèrent le plan de sept ans comme étape initiale et pratique vers l'accomplissement de la mission prescrite dans ces tablettes faisant époque et ils entamèrent avec un esprit de consécration renouvelée leur double tâche dont la consommation, - c'est là notre espoir - concordera avec la commémoration du centenaire de la naissance de la foi de Baha'u'llah. Conscients que tout progrès réalisé dans l'ornementation extérieure de leur édifice majestueux aurait un impact immédiat sur le progrès de leur campagne d'enseignement commencée par eux tant sur le continent nord- que sud-américain et réalisant que chaque victoire obtenue dans le domaine de l'enseignement faciliterait à son tour le travail et hâterait la finition de leur temple, ils brûlent maintenant les étapes avec courage et foi, dans leurs efforts de s'acquitter de leurs obligations dans le cadre en ses deux phases, du plan à l'exécution duquel ils se sont dédiés.
Cependant, qu'ils ne s'imaginent pas que l'exécution du plan de sept ans, coïncidant certes avec le terme du premier siècle de l'ère baha'ie, signifie soit le terme, soit même l'interruption du travail que la main infaillible du Tout-Puissant est en train de les guider à accomplir. L'ouverture du second siècle de l'ère baha'ie doit nécessairement dévoiler des perspectives plus grandioses, introduire d'autres étapes, et témoigner de la mise en route de plans d'une plus grande portée encore que tous ceux déjà conçus. Le plan vers lequel convergent l'attention, les aspirations et les ressources de la communauté entière des croyants américains devrait être considéré comme un simple début, comme une épreuve de force, comme la première marche vers une croisade d'une envergure plus grandiose encore, si les devoirs et les responsabilités dont l'Auteur du plan divin les a investis doivent être entièrement et honorablement accomplis.
Car la consommation du plan actuel ne peut aboutir à rien de plus que la formation d'au moins un centre dans chacune des républiques de l'hémisphère de l'Ouest, tandis que les tâches prescrites dans ces tablettes exigent une diffusion plus vaste et impliquent la dispersion d'un nombre beaucoup plus grand et plus représentatif des membres de la communauté baha'ie nord-américaine sur toute la surface du Nouveau Monde. C'est, par conséquent, l'indubitable mission des croyants américains de continuer au second siècle l'oeuvre glorieuse commencée dans les toutes dernières années du premier. Mais, jusqu'à ce qu'ils aient joué leur rôle de direction dans les activités de ces centres isolés et récemment constitués et que ces derniers développent à leur tour leurs capacités pour créer des institutions, tant locales que nationales, façonnées d'après les leurs, ils ne pourront se contenter de s'être acquittés de leurs obligations immédiates dans le plan de 'Abdu'l-Baha, divinement révélé.
L'on ne devrait pas supposer, même un instant, que l'exécution d'une tâche qui vise à multiplier les centres baha'is et à fournir l'assistance et les directives nécessaires à l'établissement de l'ordre administratif de la foi baha'ie dans les pays de l'Amérique latine, réalise dans sa totalité le projet évoqué pour eux par 'Abdu'l-Baha.
L'étude, même superficielle, de ces tablettes incorporant son plan révélera instantanément un champ d'action qui s'étend bien au-delà des confins de l'hémisphère occidental. Après qu'ils se soient acquittés, en fait, de leurs tâches et de leurs responsabilités interaméricaines, leur mission intercontinentale entre dans sa phase la plus glorieuse et décisive. "Dès l'instant que ce message divin," a écrit 'Abdu'l-Baha lui-même, "est promu par les croyants américains depuis les côtes de l'Amérique et est propagé à travers l'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Australasie et aussi loin que les îles du Pacifique, cette communauté en effet sera sûrement établie sur le trône d'un règne éternel. "
Et qui sait si, quand cette tâche colossale aura été accomplie,
une mission plus grande, plus superbe encore' incomparable dans sa splendeur
et pré ordonnée pour eux par Baha'u'llah, ne leur
sera pas imposée? Les gloires d une telle mission sont d'une splendeur
si éblouissante, les circonstances qui l'entourent si reculées
et les événements contemporains à l'apogée desquels
elle est si intimement liée dans un tel état d'instabilité
qu'il serait prématuré d'essayer, à l'heure actuelle, d'en
délimiter avec précision les traits caractéristiques. Qu'il
suffise de dire que des remous et des tribulations de ces "derniers temps" des
occasions inconcevables naîtront et des circonstances imprévisibles
seront créées qui rendront aptes, plus encore, inciteront les
exécuteurs victorieux du plan de 'Abdu'l-Baha à ajouter
à travers le rôle qu'ils joueront dans le déroulement du
nouvel ordre mondial, de nouveaux lauriers à la couronne de leurs services
au seuil de Baha'u'llah.
5. Les possibilités de
l'avenir ñ
L'on ne devrait laisser inaperçue ou manquer aucune des multiples occasions d'un genre totalement différent; occasions que l'évolution de la foi elle-même, soit à son centre mondial, soit sur le continent nord-américain ou même dans les régions les plus reculées de la terre, va nécessairement créer tout en faisant appel une fois de plus aux croyants américains à jouer un rôle non moins marquant que leur participation préalable par leurs contributions collectives à la propagation de la cause de Baha'u'llah. Je ne peux que citer, pour l'instant et au hasard, certaines de ces occasions éminemment remarquables dans un essai quelconque d'examiner les possibilités du futur: L'élection de la Maison Internationale de Justice et son établissement en Terre sainte, le centre spirituel et administratif du monde baha'i, de même que la formation de ses branches auxiliaires et de ses institutions subsidiaires; l'érection progressive des diverses dépendances, du premier Mashriqu'l-Adhkar de l'Ouest et les initiatives compliquées impliquant l'établissement et l'extension des structures de base de la vie communautaire baha'ie; la codification et la promulgation des ordonnances du Très Saint Livre, nécessitant la formation, dans certains pays de l'Est, de tribunaux de loi baha'ie correctement constitués et officiellement reconnus; la construction du troisième Mashriqu'l-Adhkar du monde baha'i dans les alentours de la cité de Téhéran, suivie de l'érection d'une maison d'adoration semblable, en Terre sainte même; la délivrance des communautés baha'ies des entraves de l'orthodoxie religieuse dans les pays islamiques tels la Perse, l'Iraq et l'Égypte et la reconnaissance consécutive par les autorités civiles de ces Etats-là, du statut indépendant et du caractère religieux des Assemblées nationales et locales baha'ies; les mesures préventives qui devront être projetées, coordonnées et exécutées afin de parer à l'impact des attaques inévitables que les efforts concertés des organisations ecclésiastiques de dénominations diverses vont lancer successivement et poursuivre inexorablement; et puis, mais non en dernier lieu, la multitude d'événements auxquels on doit faire face, les obstacles qui doivent être surmontés et les responsabilités assumées afin de rendre une foi douloureusement éprouvée capable de passer par les étapes successives de l'obscurité non mitigée, de la répression active et enfin de l'émancipation complète qui mènera, elle, à son tour, à sa reconnaissance en tant que foi indépendante jouissant du statut d'égalité complète avec ses religions soeurs, ce qui entraînera son établissement et sa reconnaissance comme religion d'État qui, à son tour, ouvrira la voie pour assumer les droits et prérogatives associés à 15 État baha'i, fonctionnant dans la plénitude de ses pouvoirs, un stade qui en fin de compte atteindra son apogée dans l'apparition d'un commonwealth mondial baha'i entièrement animé de l'esprit et procédant uniquement en conformité directe avec les lois et les principes de Baha'u'llah.
Je suis confiant que le défi offert par ces circonstances sera relevé
sans hésitations par les croyants américains, qui en plus de leur
réponse à l'appel d'enseigner lancé par 'Abdu'l-Baha
dans ses tablettes, réagiront avec audace, ténacité et
avec leur efficacité traditionnelle, et confirmeront ainsi, devant le
monde entier, leur, titre et leur rang de bâtisseurs champions des institutions
les plus puissantes de la foi de Baha'u'llah.
6. Son inépuisable lumière
ñ
Amis chèrement aimés! Bien que la tâche soit longue et ardue, la récompense que le Donateur munificent a choisi cependant de vous conférer est à tel point précieuse que ni la langue ni la plume ne peuvent convenablement l'apprécier. Bien que le but que vous vous efforcez d'atteindre avec tant d'acharnement soit éloigné et encore voilé aux yeux des hommes, sa promesse, néanmoins, est fermement enchâssée dans les affirmations inaltérables de Baha'u'llah. Bien que le parcours qu'il vous a tracé semble, à certains instants, perdu sous les ombres menaçantes par lesquelles une humanité accablée est maintenant enveloppée, néanmoins, l'inépuisable lumière qu'il a fait continuellement briller sur vous est d'une telle intensité qu'aucune obscurité terrestre ne peut jamais éclipser sa splendeur. Bien que vous soyez peu nombreux et que vous soyez encore limités en expérience, forces et ressources, néanmoins la force qui galvanise votre mission est illimitée dans sa portée et incalculable dans sa puissance. Bien que chaque accélération dans le progrès de votre mission doive nécessairement dresser contre vous des ennemis féroces, nombreux et impitoyables, néanmoins le Concours invisible qui, si vous persévérez, doit se précipiter comme promis à votre secours, vous rendra capables enfin de vaincre leurs espoirs et d'anéantir leurs forces. Bien que les bénédictions ultimes qui doivent couronner la consommation de votre mission soient certaines et que les promesses divines qui 'Vous ont été données soient fermes et irrévocables, néanmoins la mesure des larges récompenses que chacun de vous cueillera doit dépendre du degré par lequel vos efforts journaliers auront contribué à l'expansion de cette mission et hâteront son triomphe.
Amis chèrement aimés! Aussi grands que soient mon amour et mon
admiration pour vous, convaincu comme je suis de la part insigne que vous pouvez
et que vous allez avoir, sans aucun doute, tant dans les sphères continentales
qu'internationales des futures activités et services baha'is,
je sens néanmoins qu'il m'incombe d'énoncer, dans cette conjoncture,
une parole d'avertissement. Les hommages ardents rendus si souvent et à
bon droit à la capacité, à l'esprit, à la conduite
et au rang élevé des croyants américains, tant individuellement
que comme une communauté organique, ne doivent, en aucune circonstance,
être confondus avec les caractéristiques et la nature du peuple
dont Dieu les a engendrés. Une nette distinction entre la communauté
et le peuple doit être faite, maintenue résolument et sans crainte,
si nous souhaitons attribuer le juste mérite à la puissance transformatrice
de la foi de Baha'u'llah, par son impact sur la vie et les normes
de ceux qui ont choisi de s'enrôler sous son drapeau. Autrement, la fonction
suprême et distinctive de sa révélation, qui n'est autre
que d'appeler à l'existence une nouvelle race d'hommes, restera totalement
méconnue et complètement obscurcie.
7. La fonction suprême de Sa révélation ñ
Combien souvent les prophètes de Dieu, y compris Baha'u'llah lui-même, ont-ils choisi d'apparaître et de délivrer leur message dans des pays et parmi des peuples et des races, à une époque où ils étaient soit en train de péricliter rapidement, soit qu'ils avaient déjà atteint les bas-fonds de la dégradation morale et spirituelle. La misère et la déchéance épouvantables dans lesquelles les Israélites avaient sombré, sous la férule dégradante et tyrannique des pharaons, dans les jours précédant l'exode de l'Égypte, sous la direction de Moïse, le déclin qui s'était amorcé dans la vie religieuse, spirituelle, culturelle et morale du peuple juif, à l'époque de l'apparition de Jésus-Christ; la cruauté barbare l'idolâtrie et l'immoralité profondes qui avaient été pendant longtemps les traits les plus désolants des tribus de l'Arabie et les avaient couvertes de tant de honte lorsque Muhammad s'est levé parmi eux pour proclamer son message; l'état indescriptible de décadence avec sa suite de corruption, de confusion, d'intolérance et d'oppression, tant dans la vie civile que religieuse de la Perse, décrits de manière si pittoresque par la plume d'un nombre considérable d'érudits, de diplomates et de voyageurs, à l'heure de la révélation de Baha'u'llah, tout ceci démontre ce fait de base inéluctable. De prétendre que le mérite inné, la haute moralité, l'aptitude politique et les réalisations sociales de n'importe quelle race ou nation sont la raison de l'apparition parmi eux de l'une de ces lumières divines serait une perversion absolue des faits historiques et équivaudrait à la répudiation complète de l'interprétation indiscutable que leur ont conférée si clairement et avec tant d'autorité Baha'u'llah et 'Abdu'l-Baha.
Combien grand, alors, doit être le défi lancé à ceux appartenant à de telles races et nations ayant répondu à l'appel que ces prophètes ont lancé, à reconnaître sans réserves et à témoigner courageusement de cette vérité indubitable, non en vertu d'une supériorité raciale quelconque, d'une capacité politique ou d'une vertu, spirituelle qu'une race ou une nation pourrait posséder, mais plutôt par une conséquence directe de ses besoins aigus, de sa dégénérescence lamentable et de sa perversité irrémédiable, le prophète de Dieu a choisi d'apparaître parmi eux, et en l'utilisant comme un levier, il a soulevé la race humaine entière à un niveau de vie et de conduite plus élevé et plus noble. Car, c'est précisément dans des circonstances analogues et par de tels moyens que les prophètes, depuis les temps immémoriaux, ont choisi et ont été à même de démontrer leur pouvoir rédempteur d'élever des profondeurs de la dégradation et de la misère les gens de leur propre race et nation, les investissant du pouvoir de transmettre à leur tour à d'autres races et à d'autres nations la grâce rédemptrice et l'influence stimulante de leur révélation.
A la lumière de ce principe fondamental, on devrait toujours garder à l'esprit et on ne peut trop le souligner, que la raison primaire pour laquelle le Bab et Baha'u'llah ont voulu apparaître en Iran et en faire le premier pays dépositaire de leur révélation, était que, de tous les peuples et de toutes les nations du monde civilisé, cette race et cette nation avaient, ainsi que 'Abdu'l-Baha l'a si souvent dépeint, sombré dans de tels gouffres ignominieux et manifesté une si grande perversité qu'on n'en trouve aucun parallèle parmi ses contemporains. Car aucune preuve plus convaincante n'aurait pu être alléguée pour démontrer l'esprit régénérateur animant les révélations proclamées par le Bab et Baha'u'llah que leur pouvoir de transformer ce qui peut en vérité être considéré comme l'un des peuples les plus arriérés, les plus lâches et les plus pervers, en une race de héros, capable d'effectuer à son tour une révolution semblable dans la vie du genre humain. D'être apparu parmi une race ou une nation qui, par sa valeur intrinsèque ou ses réalisations sublimes semblait justifier le privilège inestimable d'avoir été fait le réceptacle d'une telle révélation aurait, aux yeux d'un monde mécréant, hautement réduit l'efficacité de ce message et amoindri sa puissance omnipotente se suffisant à- elle-même. Le contraste présenté de façon si frappante dans les pages du récit de Nabil entre l'héroïsme qui immortalise la vie et les actes sublimes des "Briseurs d'Aurore" et la dégénérescence et la lâcheté de leurs diffamateurs et persécuteurs, est un témoignage en soi très impressionnant de la vérité du message de celui qui avait insufflé un tel esprit dans le sein de ses disciples. Il serait insoutenable pour n'importe quel croyant de cette race de prétendre que le mérite de son Pays et la noblesse innée de son peuple constitueraient les raisons fondamentales pour lesquelles il avait été choisi d'entre les autres comme le réceptacle premier des révélations du Bab et de Baha'u'llah, face aux évidences écrasantes fournies de façon si convaincante par ce récit.
A un degré moindre, ce principe doit s'appliquer nécessairement au pays qui a revendiqué son droit d'être considéré comme le berceau de l'ordre mondial de Baha'u'llah. Une si haute fonction, un si noble rôle ne peuvent être considérés comme non moins inférieur, à la part jouée par ces âmes immortelles qui, par leur renonciation sublime et leurs actes inégalés, ont été responsables de la naissance de la foi elle-même. Que ceux, donc, qui doivent prendre une part si prédominante pour faire naître cette civilisation mondiale, résultat direct de leur foi, ne s'imaginent pas, ne fût-ce qu'un instant, qu'à cause d'une intention mystérieuse ou en vertu d'une qualité inhérente ou d'un mérite spécial, Baha'u'llah ait voulu conférer une distinction si grande et si durable à leur pays et à leur peuple. C'est précisément en raison des maux patents que, malgré ses autres caractéristiques et réalisations élevées, de l'aveu général, un matérialisme excessif et coercitif y a malheureusement été engendré que l'auteur de leur foi et le centre de son covenant l'ont choisi pour devenir le porte-étendard du nouvel ordre mondial envisagé dans leurs écrits. C'est par de pareils moyens que Baha'u'llah peut le mieux démontrer, à une génération insouciante, son pouvoir omnipotent de faire surgir du milieu d'un peuple immergé dans un océan de matérialisme, victime d'une des formes les plus virulentes et enracinées de préjugé racial et notoire par sa corruption politique, son illégalité et le relâchement de ses normes morales, des hommes et des femmes qui, avec l'écoulement du temps, personnifieront de plus en plus ces qualités essentielles de renonciation de soi, de rectitude morale, de chasteté, d'amitié sans distinction, de sainte discipline et de lucidité spirituelle qui les prépareront à la part prépondérante qu'ils auront pour engendrer cet ordre mondial et cette civilisation mondiale dont leur pays, autant que la race humaine entière, éprouve un besoin désespéré. Ils auront le devoir et le privilège, en leur qualité d'abord de fondateurs d'un des piliers les plus puissants soutenant l'édifice de la Maison Universelle de Justice et puis en leur qualité de bâtisseurs champions de ce nouvel ordre mondial dont cette Maison sera le noyau et le précurseur, d'inculquer, de démontrer et d'appliquer ces principes jumeaux et gravement nécessaires de la justice divine et de l'ordre - principes auxquels la corruption politique et la licence morale,,,' souillant toujours plus la société à laquelle ils appartient,, _ offrent un contraste si triste et si frappant.
Des observations telles que celles-là, bien que déplaisantes
et déprimantes, ne devraient pas, au moindre degré, nous aveugler
à ces vertus et ces qualités de haute intelligence, de ' jeunesse,
d'initiative sans bornes et de hardiesse que la nation tout entière démontre
si remarquablement et qui se reflètent de plus en plus dans la communauté
des croyants qui s'y trouvent. De ces vertus et qualités, et tout autant
de l'élimination des maux déjà cités, doit dépendre,
à un très haut degré, l'aptitude de la communauté
à poser des fondements solides au rôle futur de leur pays à
préparer l'entrée de l'âge d'or de la cause de Baha'u'llah.
8. Une responsabilité d'une grandeur stupéfiante
ñ
Combien grande, par conséquent, combien stupéfiante est la responsabilité qui doit peser sur la génération présente des croyants américains à ce premier stade de leur évolution spirituelle et administrative, d'extirper, par tous les moyens en leur pouvoir, ces tendances, ces habitudes et ces défauts qu'ils ont hérités de leur propre nation et de cultiver patiemment et dévotement ces qualités distinctives et caractéristiques indispensables à leur participation efficace au grand travail rédempteur de leur foi. Incapables jusque-là, vu les dimensions restreintes de leur communauté et l'influence limitée qu'elle exerce, de produire quelque effet marquant sur la grande masse de leurs concitoyens, qu'ils concentrent, à présent, avant tout, leur attention sur eux-mêmes, sur leurs propres besoins individuels, leurs propres déficiences et faiblesses personnelles, ayant toujours présent à l'esprit que toute intensification des efforts de leur part les équipera mieux pour les, temps où, à leur tour, ils seront appelés à déraciner ces tendances néfastes de la vie et des coeurs du corps entier de leurs concitoyens. En tant qu'avant-garde des générations baha'ies futures de leurs concitoyens, ils ne doivent pas non plus négliger le fait que l'ordre mondial dont ils s'efforcent maintenant d'établir les bases ne peut jamais s'ériger sans la condition et jusqu'à ce que la plus grande part du peuple auquel ils appartiennent ait déjà été purgé des divers maux tant sociaux que politiques qui l'affligent si grièvement à présent.
Passant en revue dans leur ensemble les besoins les plus urgents de cette communauté,
tâchant d'évaluer les déficiences les plus graves dont elle
est handicapes dans l'accomplissement de sa mission et portant sans cesse l'attention
sur la nature de cette mission encore plus grande à laquelle elle sera
obligée de s'attaquer à l'avenir, je me sens le devoir d'insister
spécialement et d'attirer l'attention particulière et urgente
du corps entier des croyants américains, jeunes ou âgés,
blancs ou de couleur, enseignants ou administrateurs, anciens ou nouveaux, sur
ce que je crois fermement être les conditions essentielles requises pour
le succès des tâches qui demandent maintenant toute leur attention.
Si grande que soit l'importance de façonner les instruments extérieurs
et de perfectionner les agents administratifs qu'ils peuvent utiliser pour poursuivre
leur double tâche dans le plan de sept ans; aussi vitaux et urgents que
soient les plans d'action qu'ils mettent en marche, les arrangements et les
projets qu'ils inventent, les fonds qu'ils collectent pour la conduite efficace
de l'enseignement et pour le travail du temple, les facteurs spirituels, impondérables,
liés étroitement à leurs vies individuelles et intérieures
et auxquels sont associées leurs relations humaines et sociales, ne sont
pas moins urgents et vitaux et nécessitent un contrôle constant
et minutieux, une critique de soi et un sondage du coeur constants de leur part,
afin que leur valeur ne soit pas diminuée ou leurs besoins vitaux ne
soient pas obscurcis ou oubliés.
9. Les conditions spirituelles requises ñ
Parmi les conditions spirituelles requises et préalables qui constituent les assises sur lesquelles la sécurité des plans d'enseignement, des projets concernant le temple, et des plans financiers, doit en fin de coin te se baser, les conditions suivantes sont prédominantes et vitales, et les membres de la communauté baha'ie américaine feraient bien de les méditer. Selon le degré d'accomplissement de ces conditions de base et la manière dont les croyants américains les réaliseront dans leurs vies individuelles, dans leurs activités administratives, dans leurs rapports sociaux, dépendra la mesure des bénédictions multiples que le Possesseur munificent peut garantir à eux tous. Ces conditions requises ne sont autres qu'un sens élevé de droiture morale dans leurs activité sociales et administratives, la chasteté absolue dans leurs vies individuelles et la liberté complète de préjugés dans leurs rapports avec les gens de différentes races, classes, dénominations ou couleurs.
La première est particulièrement destinée, bien que non exclusivement, à leurs représentants, soit locaux, régionaux, ou nationaux qui, en leur qualité de garants et de membres des institutions naissantes de la foi de Baha'u'llah, endossent la responsabilité principale de poser les fondations indestructibles de la Maison Universelle de Justice qui, comme son titre l'indique sera l'exécutant et le dépositaire de la justice divine qui, seule, peut assurer la sécurité et établir le règne de la loi et de l'ordre dans un monde singulièrement désorganisé. La seconde concerne principalement et directement la jeunesse baha'ie qui peut contribuer de manière décisive à la virilité, à la pureté et à la force promotrice de la vie de la communauté baha'ie, et de laquelle doit dépendre l'orientation future de sa destinée et le déploiement complet du potentiel dont Dieu l'a dotée. La troisième concerne de façon immédiate, universelle et principale chacun des membres de la communauté baha'ie, de n'importe quels rang, expérience, classe ou couleur, car tous, sans aucune exception, doivent faire face au défi de ses implications et personne ne pourrait prétendre, si vaste que soit son progrès dans cette voie, s'être acquitté entièrement des sévères responsabilités qu'elle impose.
La droiture dans le comportement, le sens constant de la justice incorruptible, non obscurci par les influences démoralisantes qu'une vie politique, infestée de corruption, manifeste de façon si frappante; une vie chaste, pure et sainte, sans la souillure et sans les voiles des indécences, des vices et des fausses normes qu'un code moral aux déficiences inhérentes tolère, perpétue et favorise; une fraternité libérée de l'excroissance cancéreuse du préjugé racial qui ronge les organes vitaux d'une société déjà débilitée _ voilà les idéaux que les croyants américains doivent, dès à présent, s'efforcer de promouvoir individuellement et par leur action concertée, tant dans leur vie privée que dans leur vie publique; idéaux qui sont les principales forces motrices pouvant accélérer le plus efficacement la marche en avant de leurs institutions, de leurs plans et de leurs projets, qui peuvent sauvegarder l'honneur et l'intégrité de leur foi et vaincre tout obstacle auquel ils se heurteront à l'avenir.
Cette rectitude de conduite avec ses implications de justice, d'équité, de véracité, d'honnêteté, d'impartialité, de loyauté et d'exactitude doivent distinguer chaque phase de la vie de la communauté baha'ie. "Les compagnons de Dieu," a déclaré Baha'u'llah lui-même, "sont, en ce jour, le levain qui doit faire lever les peuples du monde. Ils doivent montrer une telle noyaute, une telle sincérité et une telle persévérance, des actes et un caractère tels que toute l'humanité bénéficiera de leur exemple. " "Je jure par Celui qui est le Plus Grand Océan!" réaffirme-t-il, "dans le souffle de telles âmes, pures et sanctifiées, se cache un potentiel de grande portée. Si grands sont ces potentiels qu'ils exercent leur influence sur toutes choses créées." "Celui-là est le véritable serviteur de Dieu qui en ce jour," a-t-il écrit dans un autre passage, "s'il devait passer par des cités d'argent et d'or, ne daignerait jeter son regard sur eux, et dont le coeur resterait pur et sans souillure de quoi que ce soit qui puisse être vu dans ce monde, que ce soient ses biens ou ses trésors. Je jure par le Soleil de Vérité! Le souffle d'un tel homme est doté de .force et ses paroles d'attraction. " "Par Celui qui brille au-dessus de l'aube. de sainteté" a-t-il encore révélé avec plus d'autorité, "si toute la terre était transmuée en argent et en or, aucun homme qui puisse prétendre être véritablement monté au ciel de la foi et de la certitude ne daignerait la regarder, beaucoup moins encore s'en emparer et la garder... Ceux qui demeurent dans le tabernacle de Dieu et qui se sont établis sur les sièges de la gloire éternelle, refuseront, même s'ils meurent de faim, de tendre leurs mains et de s'emparer illicitement du bien de leur voisin, si vil et sans mérite qu'il soit. Le dessein du seul vrai Dieu en se manifestant est d'appeler toute l'humanité à la véracité et à la sincérité, à la dévotion et à la loyauté, à la résignation et à la soumission à la volonté de Dieu, à l'indulgence et à la bienveillance, à l'intégrité et à la sagesse. Son objet est d'envelopper chaque homme de la parure d'un caractère saint et de le parer de l'ornement de belles et saintes actions" "Nous avons prévenu tous les aimés de Dieu.-" insiste-t-il, "d'être attentifs à ce que l'ourlet de notre vêtement sacré ne se souille pas de la boue des actions illicites ou ne se ternisse de la poussière d'une conduite répréhensible. " "Adhérez à la droiture, ô peuple de Baha, " les exhorte-t-il ainsi, "tel est véritablement le commandement que cet être opprimé vous a donné, et la ' primauté de sa volonté incoercible pour chacun de vous." " Un bon caractère, "explique-t-il, "est en vérité la meilleure parure des hommes provenant de Dieu. Il en orne les temples de Ses bien-aimés. Par ma vie! La lumière d'un bon caractère surpasse en intensité celle du soleil et l'éclat de son rayonnement." "Une seule action juste," a-t-il à nouveau écrit, "est dotée d'une telle puissance qu'elle ,peut soulever la poussière à tel point queue fasse passer outre le ciel des cieux. Elle peut déchirer tout lien et elle a le pouvoir de rétablir la force qui s'est épuisée et a disparu... Soyez purs, ô peuple de Dieu, soyez purs; soyez justes, soyez justes... Dis: ô peuple de Dieu! Ce qui peut assurer la victoire de Celui qui est la Vérité éternelle, de Ses armées et de Ses auxiliaires sur terre, a été inscrit les écrits sacrés et est aussi clair et soleil. Ces armées-là ont de telles telle conduite et un caractère tel qu'ils à Ses yeux. Quiconque en ce jour se Notre cause et appelle à son secours caractère digne de louanges et d'une conduite empreinte de droiture, l'influence provenant d'une telle action sera très certainement diffusée partout dans le monde entier." "L'amélioration du monde," est encore une autre affirmation, "peut être réalisée par de pures et de belles actions, par une conduite louable et bienséante." " Soyez équitables envers vous-mêmes et envers les autres, " leur conseille-t-il ainsi, "afin que les évidences de la justice se dévoilent à travers vos actes parmi Nos serviteurs fidèles. " " L'équité, " a-t-il aussi écrit, " est la plus fondamentale des vertus humaines. " "L'appréciation de toute chose doit en dépendre. " Et à nouveau: " Observez l'équité dans votre jugement, ô vous, hommes au coeur d'entendement! Celui qui est injuste dans son jugement est destitué des traits caractérisant le rang de l'homme." "Embellissez vos langues, ô Peuple," exhorte-t-il en plus, "de la véracité et ' parez vos âmes du joyau de l'honnêteté. Prenez garde, ô peuple, de n'agir traîtreusement envers qui que ce soit. Soyez les ' fiduciaires de Dieu ' parmi Ses créatures et les emblèmes de Sa générosité parmi Son peuple." "Que vos ' yeux soient chastes," est encore un autre conseil, "votre main fidèle, votre langue véridique et votre coeur éclairé." "Soyez une parure au visage de la vérité," est encore une autre exhortation, "une couronne au front de la ' fidélité, un pilier du temple de la rectitude, un souffle de vie pour le corps de l'humanité, une enseigne des armées de la ' justice, un astre à l'horizon de la vertu." "Que la véracité et la courtoisie soient votre parure," est encore une autre exhortation, "ne tolérez pas d'être privés de la parure de longanimité et de justice, afin que les parfums suaves de la sainteté soient exhalés de votre coeur et se répandent sur toute chose. Dis.- Prenez garde, ô peuple de Baha, de ne pas suivre les voies de ceux dont les ' paroles diffèrent de leurs actions. Efforcez vous d'être à même de démontrer aux peuples du monde les signes de Dieu et de refléter au loin Ses commandements. Que vos actes soient des guides pour toute l'humanité, car les propos de la plupart des hommes, qu'ils soient les premiers ou les derniers placés sont différents de leur comportement. C'est par vos actes que vous pouvez vous distinguer des autres. Par eux l'éclat de votre lumière peut se répandre sur la terre entière. Heureux l'homme qui tient compte de mon conseil et qui observe les préceptes prescrits par Celui qui est l'Omniscient, le Très-Sage. "
"O armée de Dieu!" écrit 'Abdu'l-Baha, "par la protection et le secours accordés par la Beauté Bénie, - que ma vie soit un sacrifice pour ses bien-aimés - vous devez vous comporter de telle manière que vous vous distinguiez et que vous soyez rayonnants comme le soleil parmi d'autres âmes. Si l'un d'entre vous entre dans une ville, il devrait devenir un centre d'attraction en raison de sa sincérité, de sa loyauté et de son amour, de son honnêteté et de sa fidélité, de sa véracité et de sa gentillesse envers tous les peuples du monde, afin que les gens de cette ville S'écrient et disent: 'Cet homme est sans aucun doute un baha'i car ses manières, son comportement, sa conduite, ses moeurs, sa nature et son caractère reflètent les attributs des baha'is.' "Jusqu'à ce que vous atteigniez ce niveau-là, vous ne pouvez prétendre avoir été fidèles au covenant et au testament de Dieu." "Le devoir le plus vital, en ce jour, " a-t-il écrit en plus, "est de purifier vos caractères, de corriger vos manières et d'améliorer votre conduite. Les bien-aimés du Miséricordieux doivent démontrer un tel caractère et une telle conduite parmi Ses créatures, que la fragrance de leur sainteté puisse être diffusée dans le monde entier, et qu'ils revivifient les morts, vu que le dessein de la manifestation de Dieu et l'aurore des lumières sans limite de l'invisible est d'éduquer les âmes des hommes, de raffiner le caractère de chaque être vivant... " " La véracité, " affirme-t-il, " est le fondement de toutes les vertus humaines. Sans la véracité, le progrès et le succès, dans tous les mondes de Dieu, sont impossibles pour toute âme. Quand ce saint attribut sera établi en l'homme, toutes les qualités divines seront également acquises. "
Une telle droiture de conduite doit se manifester avec une puissance ton ' jours accrue, dans chaque verdict que les représentants élus de la communauté baha'ie, en n'importe quelle qualité, seront appelés à prononcer. Elle doit constamment se refléter dans les relations commerciales de tous ses membres, dans leur vie privée, dans toute espèce d'emploi et dans n'importe quel service qu'ils pourront, à l'avenir, rendre à leur gouvernement ou à leur peuple. Elle doit servir d'exemple dans le comportement de tous les électeurs baha'is, lorsqu'ils exercent leurs droits et leurs fonctions sacrées. Elle doit caractériser l'attitude de chaque croyant loyal par le rejet des Positions Politiques, par la non-identification aux partis politiques, par l'abstention des controverses politiques et par la non-affiliation aux organisations politiques et aux institutions ecclésiastiques. Elle doit se révéler par l'adhésion sans compromis de tous, qu'ils soient jeunes ou vieux, aux principes fondamentaux clairement énoncés par 'Abdu'l-Baha dans ses discours, et aux lois et ordonnances révélées par Baha'u'llah dans son Très Saint Livre. Elle doit être démontrée par l'impartialité de chaque défenseur de la foi envers ses ennemis, par son équité à reconnaître tout mérite que puisse posséder cet ennemi et par l'honnêteté d'honorer toute obligation qu'il puisse avoir envers lui. Elle doit constituer l'ornement le plus brillant de la vie, des occupations, des efforts, et des propos de chaque enseignant baha'i, qu'il travaille dans son pays ou à l'étranger, qu'il occupe les premiers rangs du corps des enseignants ou qu'il occupe une position de moindre activité et responsabilité. Elle doit être la marque distinctive de ce corps qui est réduit en nombre et pourtant intensément dynamique et hautement responsable, des représentants nationaux élus de chaque communauté baha'ie, qui constitue le pilier de soutien et l'unique instrument de l'élection, dans chaque communauté, de la Maison Universelle dont le nom et le titre, ainsi que Baha'u'llah l'a ordonné, symbolise la droiture de conduite dont la plus haute mission est de sauvegarder et de mettre en vigueur les lois.
Si grandiose et transcendant est ce principe de la justice divine, principe qui doit être considéré comme la couronne des distinctions de toutes les Assemblées locales et nationales en leur qualité de précurseurs de la Maison Universelle de Justice, que Baha'u'llah lui-même subordonne ses propres inclinations et désirs à là force irrésistible de ses exigences et implications. "Dieu est mon témoin!" explique-t-il ainsi, "ne serait-ce pas contraire à la loi de Dieu, j'aurais baisé la main de mon assassin éventuel et je l'aurais fait héritier de mes biens terrestres. Je suis retenu, cependant, par l'engagement de la loi établie dans le Livre et suis moi-même dépourvu de toute possession terrestre." "Sache, en vérité," affirme-t-il de façon significative, "que ces grandes oppressions qui ont accablé le monde le préparent à. l'avènement de la Plus Grande Justice." "Dis," à nouveau nous assure-t-il, "il est apparu avec la justice dont l'humanité a été ornée, et pourtant les peuples sont, pour la plupart, encore endormis." "La lumière des hommes est la justice," statue-t-il de plus, "ne l'étouffez point avec les vents contraires de l'oppression et. de la tyrannie. Le but de la justice est l'apparition de l'unité parmi les hommes." "Aucun rayonnement," déclare-t-il, "ne peut se comparer avec celui de la justice. L'organisation du monde et la tranquillité de l'humanité en dépendent. " " 0 peuple de Dieu! " s'exclame-t-il, "ce qui façonne le monde est la justice, car elle est soutenue par deux piliers, la récompense et la rétribution' Ces deux piliers sont les sources de la vie pour le monde." "La justice et l'équité," est encore une autre affirmation, "sont deux gardiens qui protègent les hommes. Ils sont apparus parés de leurs noms puissants et sacrés, afin de maintenir le monde dans ses assises et de protéger les nations." "Mettez-vous en branle, ô peuples," est son exhortation pressante, "en attendant les jours de la justice divine, car l'heure promise est maintenant arrivée. Prenez garde de ne pas manquer de saisir son importance et d'être comptés parmi ceux qui sont dans l'erreur." "Le jour approche," a-t-il écrit de pareille façon, "où les fidèles apercevront l'étoile matinale de la justice qui brille dans sa pleine splendeur depuis l'aube de gloire." "L'affront qu'ils m'ont fait subir, " remarque-t-il de manière significative, "a dévoilé la gloire dont toute la création s'est trouvée investie, et par les cruautés que j'ai endurées, l'étoile matinale de la justice s'est manifestée et a répandu sa splendeur sur les hommes." "Le monde," a-t-il à nouveau écrit, "est en grande agitation et l'esprit de ses peuples est dans un état de confusion complète. Nous supplions le Tout Puissant qu'Il les illumine miséricordieusement de la gloire de sa justice et les rendent à même de découvrir' ce qui leur sera profitable en tous temps et dans toute circonstance. " Et à nouveau: "Il ne peut subsister aucun doute, si l'étoile matinale de la justice que les nuages de la tyrannie ont obscurcie, devait répandre sa lumière parmi les hommes, la surface de la terre serait complètement transformée. "
"Dieu soit loué!" s'exclame à son tour 'Abdu'l-Baha, "le soleil de la justice s'est levé à l'horizon de Baha'u'llah. Car dans ses tablettes les fondations d'une telle justice ont été établies comme aucun esprit ne l'a conçue depuis les débuts de la création." "Le dais de l'existence," explique-t-il de plus, "repose sur le mât de la justice et non du pardon, et la vie du genre humain dépend de la justice et non du pardon. "
Il n'est pas étonnant donc que l'auteur de la révélation baha'ie ait choisi d'associer le nom et le titre de cette Maison qui sera la gloire couronnant ses institutions administratives, non pas au pardon mais à la justice, d'avoir fait de la justice l'unique base et les fondements permanents de sa Plus Grande Paix et de l'avoir proclamée, dans ses "Paroles Cachées" "la plus aimée de toutes choses, " à ses yeux. C'est particulièrement aux croyants américains que je me sens mû d'adresser cet appel fervent, de méditer dans leurs coeurs les implications de droiture morale et de maintenir par le coeur et l'âme et sans compromission tant individuellement que collectivement ces normes sublimes - dont la justice est un élément si essentiel et si puissant.
Concernant une vie chaste et sainte, elle ne doit pas être considérée comme un facteur moins essentiel qui doit contribuer pour sa propre part au renforcement et à la vitalité de la communauté baha'ie, desquels dépendra à son tour le succès de tout plan ou de toute entreprise baha'ie. En ces jours, où les forces de l'irréligion sont en train d'affaiblir la trame morale et de miner les fondations de la moralité individuelle, l'obligation de chasteté et de sainteté doit demander une part croissante de l'attention des croyants américains, tant dans leurs fonctions individuelles qu'en tant que gardiens responsables des intérêts de la foi de Baha'u'llah. Dans la réalisation d'une telle obligation, à laquelle les circonstances particulières, qui résultent d'un matérialisme excessif et énervant l'emportant alors dans leur pays, confèrent une signification particulière, ils doivent jouer un rôle marquant et prédominant. Tous doivent s'arrêter, tant les hommes que les femmes, à cette heure menaçante où les lueurs de la religion pâlissent et ses barrières, sont abolies l'une après l'autre, pour faire leur examen de conscience, scruter leur conduite et avec leur résolution habituelle se lever pour purger de la vie de leur communauté toute trace de laxité morale qui pourrait souiller le nom ou atteindre l'intégrité d'une foi si sainte et si précieuse.
Une vie chaste et sainte doit devenir le principe directeur du comportement et de la conduite de tous les baha'is, tant dans leurs relations sociales avec les membres de leur propre communauté que dans leurs rapports avec le monde en général. Elle doit parer et renforcer le travail incessant et les efforts méritoires de ceux dont la position enviable consiste à propager le message et à administrer les affaires de la foi de Baha'u'llah. Elle doit être observée dans toute son intégrité et toutes ses implications, à chaque phase de la vie de ceux qui forment les rangs de la foi, soit dans leurs foyers, soit pendant leurs voyages, aux réunions de leurs clubs et sociétés, lors de leurs divertissements, à leurs écoles et à leurs universités. Une attention particulière doit lui être accordée lors de la réalisation des activités sociales de toute école d'été baha'ie et de toute autre occasion à laquelle la vie communautaire baha'ie s'organise et se développe. Elle doit être intimement et constamment liée à la mission de la jeunesse baha'ie, tant comme facteur de vie communautaire baha'ie que comme facteur du futur progrès et d'orientation de la jeunesse. de leur propre pays.
Une telle vie chaste et sainte, avec ses implications de modestie, de pureté, de sobriété, de décence et de pureté de pensée n'implique rien de moins que l'exercice de la modération dans tout ce qui se rapporte aux habits, au langage, aux distractions et à toute occupation artistique et littéraire. Elle demande une vigilance journalière dans le contrôle des désirs sensuels et des inclinations corrompues. Elle réclame l'abandon d'une conduite frivole avec son attachement excessif aux plaisirs futiles et souvent mal dirigés. Elle demande une abstinence totale des boissons alcooliques, de l'opium et de pareilles drogues entraînant l'accoutumance. Elle condamne la prostitution de l'art et de la littérature, les pratiques du nudisme et du concubinage, l'infidélité .dans les rapports conjugaux et toutes sortes de promiscuité, de familiarité facile et de vices sexuels. Elle ne peut consentir aucun compromis envers les théories, les standards, les habitudes et les excès d'un âge décadent. Non, bien plutôt, elle cherche à démontrer, par la force dynamique de son exemple, le caractère pernicieux de telles théories, la fausseté de tels standards, le manque de sincérité de telles revendications, la perversité de telles habitudes et le caractère sacrilège de tels excès.
"Par la justice de Dieu!" écrit Baha'u'llah, "le monde, ses vanités et sa gloire quels que soient les plaisirs qu'il puisse offrir, sont tous aux yeux de Dieu aussi vils, non, même plus méprisables encore que la poussière et les cendres. Si seulement les coeurs des hommes pouvaient le comprendre. Purifiez-vous entièrement, ô peuple de Baha, des souillures du monde et de tout ce qui lui appartient. Dieu Lui-même m'en est témoin! Les choses de la terre vous conviennent mal. Jetez-les à ceux qui peuvent les désirer et attachez vos yeux sur cette plus sainte et plus resplendissante vision." " 0 vous, mes bien-aimés!" exhorte-t-il ainsi ses disciples, "ne tolérez pas que l'ourlet de mon vêtement sacré soit souillé et avili par les choses de ce monde et ne suivez pas les suggestions de vos désirs mauvais et corrompus." Et à nouveau: " 0 vous les bien-aimés du seul vrai Dieu! Passez outre les repaires étroits de vos désirs malveillants et corrompus et avancez vers la vaste immensité des règnes de Dieu et demeurez dans les prés de sainteté et de détachement, afin que la fragrance de vos actions guide le genre humain entier vers l'océan de la gloire inépuisable de Dieu." "Défaites-vous" ainsi leur ordonne-t-il, "de tout attachement à ce monde et à ses vanités. Gardez-vous de les approcher, car ils vous incitent à suivre vos propres convoitises et vos désirs avides et ils vous empêchent de pénétrer dans le sentier droit et glorieux." "Abstenez vous de tout acte de méchanceté," est son commandement, "car de telles choses vous sont interdites dans le Livre que nul ne touche hormis ceux que Dieu a lavés de toute souillure de culpabilité et qu'Il a comptés parmi les purifiés." "Une race d'hommes," est sa promesse écrite, "incomparable de caractère, sera engendrée qui,. avec les pieds du détachement foulera tous ceux qui sont au ciel et sur la terre et jettera le manteau de sainteté sur tout ce qui a été créé d'eau et d'argile." "La civilisation," est sa grave exhortation, "si souvent vantée par les porte-parole érudits des arts et des sciences, attirera un grand malheur sur les hommes si on lui permet de dépasser les bornes de la modération... Portée à l'excès,' la civilisation se dévoilera être une source aussi prolifique de maux, queue l'a été pour le bien lorsqu'elle est tenue dans les limites de la modération." "Il a choisi dans le monde entier les coeurs de Ses serviteurs, " explique-t-il, "et a fait de chacun le siège de la révélation de Sa gloire. Sanctifiez les donc de toute souillure, afin que les choses pour lesquelles ils ont été créés soient gravées en eux. Ceci est en vérité une marque de la munificente faveur de Dieu." "Dis, il n'est pas du peuple de Baha, " proclame-t-il, "celui qui suit ses désirs mondains ou qui fixe son coeur sur les choses terrestres. Celui-là est mon vrai disciple qui, s'il arrive dans une vallée d'or pur, la traverse d'un trait léger comme un nuage, sans jamais se retourner ni s'arrêter. Un tel homme est certainement des miens, de son vêtement, le Concours suprême peut respirer la fragrance de sainteté... Et s'il rencontrait la plus belle et la plus avenante des femmes, il ne laisserait pas séduire son coeur par la moindre ombre de désir pour sa beauté. Un tel homme est en vérité la personne cation de la chasteté sans tache. Ainsi vous instruit la plume de l'Ancien des Jours, comme ordonné par votre Seigneur, le Tout Puissant, le Munificent." "Ceux qui suivent leurs convoitises et leurs inclinations corrompues," est encore un autre avertissement, "ont péché et dissipé leurs efforts. Ils sont en vérité des égarés. " "Il incombe au peuple de Baha, " a-t-il encore écrit, "de mourir au monde et à tout ce qu'il contient, d'être si détaché de toutes choses terrestres que les habitants du paradis puissent humer le suave parfum de la sainteté sur leur vêtement... Ceux qui ont terni le nom sans tache de la cause de Dieu en suivant les choses charnelles se trouvent, en vérité, dans l'erreur manifeste!" "La pureté et la chasteté," les admoneste-t-il en particulier, "ont été et sont toujours les ornements les plus grandioses des, servantes de Dieu. Dieu m'en est témoin ! L'éclat de la lumière de chasteté répand sa splendeur sur les mondes de l'esprit et son parfum suave souffle même ' jusqu'au Paradis le Plus Exalté." "Dieu," affirme-t-il à nouveau, "a fait véritablement de la chasteté une couronne pour les têtes de Ses servantes. Grande est la béatitude de cette servante qui a atteint ce rang élevé. " "En vérité, nous avons décrété dans notre livre," est sa promesse, "une récompense belle et ample pour quiconque se détourne de la méchanceté et mène une vie chaste et pieuse. Il est - en vérité le Grand Donateur, le Munificent " "Nous avons supporté le poids de toutes les calamités," déclare-t-il, "afin de vous sanctifier de toute corruption terrestre et pourtant vous êtes indifférents... Nous voyons, en vérité, vos actions. Si nous apercevons sur elles le parfum suave de pureté et de sainteté, nous vous bénirons certainement. Alors les langues des habitants du paradis énonceront votre louange et magnifieront vos noms parmi ceux qui ont approché Dieu. "
"Boire du vin," écrit 'Abdu'l-Baha, "est interdit selon les textes du Livre le Plus Sacré,- cela est la cause de maladies chroniques, affaiblit les nerfs et épuise les facultés mentales." "Buvez, ô servantes de Dieu," a affirmé Baha'u'llah lui-même, "le vin mystique de la coupe de mes paroles. Rejetez donc ce que votre esprit abhorre, car il vous a été interdit dans ses tablettes et ses écrits. Gardez-vous de tronquer la rivière qui est la vie même contre ce que les âmes au coeur ' pur détestent. Enivrez-vous du vin de l'amour de Dieu, et non de ce qui anéantit vos esprit, ô vous qui L'adorez! En vérité, cela a été interdit à chaque croyant, homme ou femme. Ainsi le soleil de mon commandement a brillé à l'horizon de ma parole, pour que les servantes qui croient en moi soient éclairées. "
Il faudrait, cependant, rappeler que le maintien d'une norme morale si élevée
ne doit pas être associé ou confondu avec n'importe quelle forme
d'ascétisme ou de puritanisme excessif ou bigot. Le standard inculqué
par Baha'u'llah ne cherche, en aucune circonstance, à nier
le droit légitime ou le privilège de tirer le plus grand avantage
et bénéfice des multiples joies, de la beauté et des nombreux
plaisirs dont un Créateur aimant a si abondamment doté le monde.
" Qu'un homme," nous rassure Baha'u'llah lui-même, "désire
se parer des ornements de la terre, porter ses habits, ou partager les bénéfices
queue peut accorder, aucun mal ne pourra lui survenir s'il ne permet pas à
quoi que ce soit de se poser entre lui et Dieu, car Dieu a ordonné toute
bonne chose, qu'elle soit créée aux cieux ou sur la terre, à
ceux de Ses serviteurs qui croient fidèlement en Lui. Goûtez, ô
peuples, aux bonnes choses que Dieu vous a permises et ne vous privez point
de Ses merveilleux dons. Rendez-lui grâce et louange et soyez de ceux
qui sont reconnaissants."
10. Le plus difficile des problèmes ñ
Quant au préjugé racial, dont la corrosion, durant environ un siècle, a rongé la fibre et attaqué la structure sociale entière de la société américaine, il devrait être considéré comme le problème le plus vital et le plus brûlant que la communauté baha'ie doit affronter au stade actuel de son évolution. Les efforts incessants qui exige cette question d'importance suprême, les sacrifices qu'elle doit imposer, la prudence et l'attention qu'elle demande, le courage et la force morale qu'elle requiert, le tact et la compréhension qu'elle nécessite, confèrent à ce problème que les croyants américains sont encore loin d'avoir résolu d'une manière satisfaisante, une urgence et une importance qui ne peuvent être surestimées. Noirs et blancs, grands et petits, jeunes et vieux, qu'ils aient accepté la foi récemment ou non, tous ceux qui s'identifient avec la foi doivent participer et prêter leur assistance, chacun et chacune selon ses capacités, son expérience et selon les circonstances, à la tâche commune d'accomplir les instructions, de réaliser les espoirs et de suivre l'exemple de 'Abdu'l-Baha. Aucune race, de couleur ou non, n'a le droit ou ne peut prétendre avec bonne conscience être considérée comme exempte d'une telle obligation, d'avoir réalisé de tels espoirs ou d'avoir suivi fidèlement un tel exemple. Une longue voie, épineuse, parsemée d'embûches, reste encore à parcourir tant par les représentants blancs que noirs de la foi rédemptrice de Baha'u'llah. Du parcours qu'ils effectuent et de la manière dont ils s'acheminent, doit dépendre, à une ampleur q ' ne peu d'entre eux peuvent imaginer, l'action de ces influences intangibles qui sont indispensables au triomphe spirituel des croyants américains et au succès matériel de leur entreprise lancée récemment.
Qu'intrépides et déterminés, ils aient présent à leur esprit l'exemple et la conduite de 'Abdu'l-Baha tant qu'il était parmi eux. Qu'ils se rappellent son courage, son mépris et son intolérance envers la critique, tempérés par son tact et sa sagesse. Qu'ils raniment et qu'ils perpétuent la mémoire de ces épisodes et de ces occasions inoubliables et historiques où il a démontré de façon si frappante son sens aigu de la justice, sa sympathie spontanée pour les opprimés, son sens permanent de l'unicité de la race humaine, son amour débordant pour ses membres et son mécontentement envers ceux qui osaient faire fi de ses requêtes, se moquer de ses méthodes, défier ses principes ou infirmer ses actes.
Discriminer n'importe quelle race en se fondant sur son arriération sociale, son immaturité politique ou son infériorité numérique est une violation flagrante de l'esprit animant la foi de Baha'u'llah. Le sentiment d'une division ou d'une scission quelconque dans ses rangs est contraire à ses buts, principes et idéaux. Dès que ses membres auront entièrement reconnu la prétention de son auteur et qu'ils auront, en s'identifiant avec l'ordre administratif, accepté sans réserves les principes et les lois incorporés dans ses enseignements, toute différenciation de classe, de dénomination ou de couleur doit s'oblitérer automatiquement et l'on ne doit jamais consentir, sous aucun prétexte, et aussi grande que soit la contrainte des événements ou de l'opinion publique, à la laisser s'imposer à nouveau. Si une quelconque discrimination devait être tolérée, cette discrimination ne devrait pas être opposée, mais plutôt en faveur de la minorité, qu'elle soit raciale ou autre. A la différence des nations et des peuples de la terre, qu'ils soient de l'Est ou de l'Ouest, démocrates ou autoritaires, communistes ou capitalistes, qu'ils appartiennent à l'ancien ou au nouvel ordre, qu'ils ignorent, oppressent ou extirpent les minorités raciales, religieuses ou politiques dans leur sphère de juridiction, chaque communauté organisée, enrôlée sous la bannière de Baha'u'llah devrait ressentir comme première et inéluctable obligation le fait d'élever, d'encourager et de sauvegarder chaque minorité appartenant à n'importe quelle foi, race, classe ou nation dans sa sphère. Ce principe est si grand et vital qu'en de telles circonstances, comme quand un nombre égal de votes a été exprimé lors d'une élection, ou lorsque les qualités requises pour un poste sont à égalité entre diverses races, confessions ou nationalités à l'intérieur de la communauté, la priorité devrait être accordée sans hésitation à la partie représentant la minorité et cela pour aucune autre raison que celle de la stimuler, de l'encourager et de lui offrir une occasion de servir les intérêts de la communauté. A la lumière de ce principe et ayant à l'esprit qu'il est extrêmement souhaitable de laisser les éléments minoritaires participer et de leur permettre de partager la responsabilité dans la direction des activités baha'ies, il devrait être du devoir de chaque communauté baha'ie d'organiser ses affaires de telle manière qu'au cas où les personnes appartenant aux divers éléments minoritaires dans sa sphère sont réellement qualifiées et remplissent les conditions nécessaires, les institutions baha'ies représentatives, qu'elles soient des assemblées,, des conventions, des congrès ou des comités, aient le plus possible de ces divers éléments, tant raciaux qu'autres, comme représentants parmi eux. L'adoption d'une telle ligne de conduite et l'adhérence fidèle à elle seraient non seulement une source d'inspiration et d'encouragement pour ces éléments peu nombreux et représentés de façon inadéquate, mais démontreraient au monde en général l'universalité et le caractère représentatif de la foi de Baha'u'llah et la liberté de ses disciples envers la tare de ces préjugés ayant fait un tel ravage tant dans les affaires intérieures que dans les relations étrangères des nations.
La libération du préjugé racial sous toutes ses formes à une époque comme celle-ci, lorsqu'une part croissante de la race humaine devient la victime de sa férocité dévastatrice, devrait être adoptée comme mot d'ordre du corps entier des croyants américains, quel que soit l'État dans lequel ils demeurent, les cercles qu'ils fréquentent, leur âge, leurs traditions, leurs goûts ou leurs habitudes. Elle devrait se démontrer de façon logique dans chaque phase de leur activité et de leur vie, soit à l'intérieur ou à l'extérieur de la communauté baha'ie, en public ou en privé, d'une manière formelle ou informelle, individuellement aussi bien qu'en leur qualité officielle de groupes organisés, de comités ou d'assemblées. Elle devrait être cultivée intentionnellement aux occasions diverses et journalières, même insignifiantes, qui se présentent dans leurs foyers, leurs bureaux, leurs écoles et collèges, leurs rencontres sociales et pendant leurs sports et loisirs, aux réunions baha'ies, aux conférences publiques, conventions, écoles d'été et aux réunions d'assemblées. Elle devrait devenir, au-dessus de toute autre chose, le "leitmotiv" de la ligne de conduite de ce corps auguste qui, en sa capacité de représentant national, de directeur et de coordinateur des affaires de la communauté, doit donner l'exemple et faciliter l'application d'un principe si vital à la vie et aux activités de ceux dont il sauvegarde et représente les intérêts.
"O vous qui savez discerner!" écrit Baha'u'llah, "en vérité, les paroles qui sont descendues du ciel de la volonté de Dieu sont la source d'unité et d'harmonie pour le monde. Fermez vos yeux aux différences raciales et souhaitez la bienvenue à tous avec la lumière de l'unicité. " "Nous ne désirons que le bien du monde et le bonheur des nations," proclame-t-il, " ... que toutes les nations deviennent une dans la foi et tous les hommes comme des frères, que les liens d'affection et d'unité entre les fils des hommes se fortifient; que la diversité de religion cesse, et les différences de race s'annulent. " "Baha'u'llah a dit," écrit 'Abdu'l-Baha, "que les diverses races du genre humain prêtent au tout, par la beauté des couleurs différentes, une composition harmonieuse. Que tous s'associent, donc, dans ce grand jardin humain, telles les fleurs qui croissent ensemble et s'allient, côte à côte, sans discorde et différend entre elles." "Baha'u'llah," dit ailleurs 'Abdu'l-Baha, "compara une fois les gens de couleur à la pupille noire de l'oeil entouré du blanc. Dans cette pupille noire se fait la réflexion de ce qui est devant elle et par elle la lumière de l'esprit brille au loin. "
"Dieu," déclare 'Abdu'l-Baha lui-même, "ne fait aucune distinction entre le blanc et le noir. Si les coeurs sont purs, tous les deux sont acceptables devant Lui. Dieu n'est pas porté à respecter les gens à cause de la couleur de leur peau ou de la race. Toutes les couleurs sont acceptables devant Lui, qu'elles soient blanche' noire ou jaune. Vu que tous ont été créés à l'image de Dieu, nous devons nous efforcer de réaliser que tous ont des possibilités divines." "Aux yeux de Dieu," déclare-t-il, "tous les hommes sont égaux. Il n'y a ni distinction, ni préférence pour aucune âme, dans le règne de Sa justice et de Son équité." "Dieu n'a pas façonné les divisions;" affirme-t-il, "ces divisions ont leur origine dans l'homme lui-même. Ainsi donc, comme elles sont contraires au plan et aux intentions de Dieu, elles sont fausses et imaginaires." "Aux yeux de Dieu," réaffirme-t-il, "il n'y a pas de distinction de couleur; tous sont un par la couleur et la beauté de la servitude envers Lui. La couleur n'a pas d'importance; le coeur l'emporte sur tout. L'extérieur n'importe pas pourvu que le coeur soit pur et blanc à l'intérieur. Dieu ne considère pas les différences de nuance de couleur et de teint de peau. Il regarde les coeurs. Celui dont les qualités morales et les vertus sont louables est préféré dans la présence de Dieu; celui qui est dévoué au Royaume est bien-aimé. Dans le domaine de la genèse et de la création la question de couleur est de moindre importance." "A travers tout le règne animal," explique-t-il, " nous ne trouvons pas de séparation entre les créatures à cause de la couleur. Ils reconnaissent l'unité de l'espèce et l'unicité du genre. Si nous ne trouvons pas de distinction de couleur faite dans les royaumes d'intelligence et de raison inférieures, comment peut-elle se justifier parmi les êtres humains, surtout quand nous savons que tous proviennent de la même source et appartiennent à la même famille? A l'origine et selon l'intention de la création le genre humain est un. Les distinctions de race et de couleur ont surgi plus tard." "L'homme est doué d'un pouvoir de raisonnement supérieur et de la faculté de perception;" explique-t-il en plus, "il est la manifestation des dons divins. Les idées raciales devraient-elles prédominer et obscurcir le but créateur de l'unité dans son royaume?" "Un des problèmes importants," remarque-t-il de manière significative, "qui touche l'unité et la solidarité de l'humanité est l'amitié et l'égalité des races blanche et de couleur. Entre ces deux races certains points d'entente et des points de distinction justifient une considération juste et mutuelle, et les contacts sont multiples... En ce pays, où l'Amérique, le patriotisme est commun aux deux races; tous ont des droits égaux à la citoyenneté, parlent une langue, reçoivent les bienfaits de la même civilisation et suivent les préceptes de la même religion. En fait, de nombreux points d'association et d'accord existent entre les deux races, alors que l'unique point de distinction est celui de couleur. Celle-ci, la moindre entre toutes les distinctions, devrait-elle être tolérée pour vous séparer en tant que races et individus?" "Cette variété des formes et des couleurs," souligne-t-il, "se manifestant dans tous les royaumes est en harmonie avec la Sagesse créatrice et à ses fins divines. " "La diversité dans la famille humaine, proclame-t-il, devrait être cause d'amour et d'harmonie, comme c'est en musique où beaucoup de notes différentes se confondent en un accord parfait. " "Si vous rencontrez," est son exhortation, "ceux d'une race et d'une couleur différente de la vôtre, ne vous méfiez pas et ne vous retirez pas dans une coquille de conventions, mais soyez plutôt heureux et témoignez-leur de la bienveillance." "Dans le monde de l'existence," déclare-t-il, la réunion est bénie quand les races blanche et de couleur se rencontrent dans un amour spirituel infini et une harmonie divine. Quand de telles réunions sont établies et que les participants s'associent les uns avec les autres dans un amour parfait, dans l'unité et la bienveillance, les anges du Royaume chantent leurs louanges et la beauté de Baha'u'llah s'adresse ainsi à eux: "Soyez bénis, soyez bénis" "Quand une rencontre de ces deux races a lieu," assure-t-il de, même, "cette réunion deviendra l'aimant des cohortes suprêmes et la confirmation de la Beauté Bénie l'entourera." "Efforcez-vous avec ardeur, " exhorte-t-il à nouveau les deux races, "de déployer vos plus grands efforts vers l'accomplissement de l'amitié et de cimenter le lien de la fraternité entre vous. Une telle réalisation n'est pas possible sans volonté et effort de part et d'autre; d'un côté, expressions de gratitude et d'appréciation; de l'autre, bienveillance et reconnaissance de l'égalité. Chacune devrait s'efforcer de développer et d'assister l'autre vers le progrès mutuel... L'amour et l'unité seront stimulés entre vous, amenant ainsi l'unité de l'humanité. Car la réalisation de l'unité entre les gens de couleur et les blancs sera une assurance de la paix du monde." "J'espère," ainsi s'adresse-t-il aux membres de la race blanche, " que vous ferez en sorte que cette race opprimée deviendra glorieuse et qu'elle se joindra à la race blanche pour servir le monde de l'homme avec la plus grande sincérité, fidélité, amour et pureté. Cette opposition, inimitié et ces préjugés parmi les races blanche et de couleur ne peuvent s'effacer sinon par la foi, l'assurance et les enseignements de la Beauté Bénie." "Cette question de l'union des blancs et des noirs est très importante," avertit-il, "car si elle n'est pas réalisée, de grandes difficultés surgiront sous peu et des suites néfastes s'ensuivront." "Si ce problème reste sans changement," est encore un autre avertissement, "l'inimitié s'accroîtra jour après jour et les résultats finals en seront de dures épreuves et cela pourrait finir par un bain de sang." Un énorme effort est requis de la part des deux races si leur façon de voir et leurs manières et leur conduite doivent refléter, à cette époque obscurcie, l'esprit et les enseignements de la foi de Baha'u'llah. Rejetant une fois pour toutes la doctrine fallacieuse de la supériorité raciale et sa suite de maux, de confusion, de misères, et se réjouissant et encourageant le mélange des races et abattant les barrières qui, aujourd'hui, les séparent, elles devraient, chacune, s'efforcer, jour et nuit d'endosser leurs responsabilités particulières devant la mission commune qui les confronte de façon si urgente. Qu'elles rappellent à leur esprit que chacune tend à contribuer pour sa part à la solution de ce problème inquiétant, souvenez-vous des avertissements de 'Abdu'l-Baha et évoquez, tant qu'il en est encore temps, les conséquences néfastes, qui doivent s'ensuivre, s'il n'est pas définitivement remédié à cette situation difficile et malheureuse qu'affronte la nation américaine tout entière.
Que les blancs consentent un effort suprême, dans leur détermination
de contribuer pour leur part à la solution de ce problème, d'abandonner
une fois pour toutes leur sens de supériorité, parfois subconscient,
de corriger leur tendance dévoilant une attitude paternaliste envers
les membres de l'autre race, de les persuader, par leur association intime,
spontanée et informelle avec eux, de l'authenticité de leur amitié
et de la sincérité de leurs intentions, et de maîtriser
leur impatience face au manque de réceptivité de la part de gens
qui ont reçu, pendant une si longue période, des plaies si douloureuses
et si lentes à cicatriser. Que les noirs, par un effort analogue de leur
part, montrent par tous les moyens en leur pouvoir, la chaleur de leur réponse,
leur bonne volonté à oublier le passé et leur capacité
à effacer toute trace de suspicion qui puisse encore subsister dans leurs
coeurs et dans leurs esprits. Que ni l'un mi l'autre ne songe que la solution
d'un problème si vaste soit une matière qui ne concerne, exclusivement,
que l'autre. Qu'aucun d'eux ne pense qu'un tel problème puisse être
résolu aisément ou immédiatement. Que ni l'un ni l'autre
ne croie qu'il puisse attendre avec confiance en vue de la solution de ce problème,
jusqu'à ce que l'initiative ait été prise et les circonstances
favorables aient été créées, par l'entremise de
ceux qui sont en dehors de l'orbite de leur foi. Qu'aucun d'eux ne songe que
rien de moins que l'amour sincère, l'extrême patience, la vraie
humilité, le tact consommé, l'initiative saine, la sagesse mûre
et un effort délibéré, persistant et empreint de prières
ne puissent parvenir à effacer les souillures que ce mal patent a laissées
sur le nom sans taches de leur pays commun. Qu'ils croient plutôt et qu'ils
en soient fermement convaincus: que de leur compréhension réciproque,
de leur amitié et de leur coopération prolongée doit dépendre,
plus que d'aucune autre force ou organisation agissant en dehors du cercle de
leur foi, le revirement du trajet dangereux grandement appréhendé
par 'Abdu'l-Baha, et la réalisation des espoirs, qu'il chérissait
pour leur contribution unie à l'accomplissement de la destinée
de leur pays.
11. Leur double croisade ñ
Amis bien-aimés! Une rectitude de conduite qui offre dans toutes ses manifestations un contraste frappant avec la fausseté et à la corruption caractérisant la vie politique de la nation et des partis et fractions qui la composent; une sainteté et une chasteté diamétralement opposées à la laxité morale et à la licence qui souillent le caractère d'une part non négligeable de ses citoyens; une amitié inter-raciale complètement épurée du fléau du préjugé racial qui stigmatise la vaste majorité de sa population - voilà les armes que les croyants américains peuvent et doivent manier dans leur double croisade, d'abord pour régénérer la vie intérieure de leur propre communauté et ensuite pour s'attaquer à ces maux anciens qui se sont ancrés dans la vie de la nation. La perfection de telles armes, l'utilisation sage et efficace de chacune d'elles, bien plus que la promotion de n'importe quel plan particulier ou l'invention d'un projet spécial ou l'accumulation d'un quelconque amas ' de ressources matérielles, peuvent les préparer aux temps où la Main de la Destinée les aura guidés à assister à créer et à réaliser le fonctionnement de l'ordre mondial qui se trouve, maintenant, à l'état de gestation dans les institutions administratives de leur foi.
Dans la conduite de cette double croisade, les vaillants combattants luttant au nom et pour la cause de Baha'u'llah doivent forcément rencontrer une résistance opiniâtre et subir maints revers. Leurs propres instincts, non moins que l'acharnement des forces conservatrices, l'opposition des intérêts acquis et les obstacles d'une génération corrompue et avide de plaisirs, doivent être pris en considération, résolument repoussés et complètement vaincus. A mesure que leurs moyens défensifs en vue de la lutte imminente s'organisent et s'étendent, des torrents d'insultes et de ridicules et des campagnes de condamnation et de fausses déclarations pourront se déchaîner contre eux. Leur foi, ils s'en rendront compte bientôt, aura été attaquée, leurs motifs mal interprétés, leurs aspirations tournées en dérision, leurs institutions considérées avec dédain, leur influence amoindrie, leur autorité minée et leur cause, par moments, désertée par une poignée de gens qui seront incapables d'apprécier la nature de leurs idéaux ou peu disposés à supporter le heurt de la critique croissante qu'une telle lutte implique sûrement. "A cause de 'Abdu'l-Baha," avait prédit le Maître bien-aimé, "mainte épreuve descendra sur vous. Des difficultés vous assailliront et des souffrances vous affligeront. "
Que l'invincible armée de Baha'u'llah, cependant, qui doit livrer l'une de ses batailles les plus acharnées et les plus glorieuses à l'Ouest et dans un de ses foyers de troubles latents n'ait crainte d'aucune critique qui puisse la prendre pour cible. Qu'elle ne se laisse point décourager par des condamnations quelconques par lesquelles la langue du calomniateur pourrait essayer d'avilir ses motifs. Qu'elle ne recule pas devant la progression menaçante des forces du fanatisme, de l'orthodoxie, de la corruption et du préjugé qui pourraient se liguer contre elle. La voix de la critique est une voix qui, indirectement, renforce la proclamation de sa cause. Mais l'impopularité ne sert qu'à accentuer encore le contraste avec ses adversaires; tandis que l'ostracisme est lui-même une force magnétique qui doit, finalement, gagner dans son camp les ennemis les plus vociférants et les plus invétérés. Déjà, dans le pays où les batailles les plus grandes de la foi ont été livrées et où ses ennemis les plus rapaces ont séjourné, la marche des événements, l'inflation lente mais constante de ses idéaux, l'accomplissement de ses prophéties ont abouti non seulement à désarmer et à transformer le caractère de certains de ses ennemis à s'assurer leur fidélité ferme et leur obéissance sans réserves à ses fondateurs. Une transformation si complète, un revirement d'attitude si frappant ne peut s'effectuer que si le véhicule choisi qui est désigné pour porter le message de Baha'u'llah aux multitudes affamées, inquiètes et sans berger est lui-même purifié des souillures qu'il cherche à effacer.
Je désire donc, mes amis très chèrement aimés, faire pénétrer dans vos esprits non seulement l'urgence et la nécessité impérative de votre sainte tâche, mais aussi les possibilités illimitées qu'elle possède, d'élever à un niveau si exalté non seulement la vie et les activités de votre propre communauté, mais aussi les motifs et les normes régissant les relations parmi le peuple auquel vous appartenez. Intrépides devant la nature formidable de cette tâche vous ferez face, comme il vous sied j'en suis sûr, au défi de ces temps si chargés de périls, si pleins de corruption et pourtant si riches de promesse d'un avenir si brillant que, - dans les annales de l'humanité, aucun âge précédent puisse égaler sa gloire.
Amis chèrement aimés! J'ai essayé,- au début de ces pages-là, de rendre une i