Médiathèque baha'ie

Dieu en direct
Lucrèce Reynaud

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Sommaire

I. LE POLE DES PROPHETIES
II. CAP SUR DIEU

La première partie, basée sur une libre recherche des origines du sujet, présente des déductions et gloses non spécifiquement baha'ies.
Si le thème est irrationnel, c'est qu'on ne peut pas plus nier que rationaliser les prophéties.
Pourtant, en transposant la prophétie en postulat, ses données peuvent être raisonnées.

La deuxième partie est entièrement basée sur les livres baha'is et respecte strictement leur substance. L'irrationnel dont le fait baha'i est issu, se transmue par cette substance en une concrétisation où la raison est évidente.


INTRODUCTION

Paris, pour la première fois de son histoire, fut, en août 1976, le lieu de rencontre de plusieurs milliers de Baha'is, venus du monde entier assister au palais des congrès à une "Conférence internationale Baha'ie".


L'association cultuelle dénommée "Assemblée Spirituelle Nationale des Baha'is de France" qui était l'hôte de ces congressistes, avait préalablement envoyé aux personnalités dirigeantes du Gouvernement, du Parlement et des grandes administrations publiques, une documentation sur l'origine, les mobiles et l'évolution de la communauté mondiale baha'ie encore peu connue en France.

Le congrès se tint du 4 au 6 Août. Le mot BAHA'I apposé en gros caractères au fronton du palais des congrès et imprimé sur de nombreux panneaux répartis dans Paris, intrigua les passants par son étrangeté.

D'où provenaient ces gens, que signifiait leur sigle, quelle était leur motivation ?

Le bureau de presse baha'i étant offert aux journalistes, la presse française eut loisir de se renseigner.

Puis, la Radio, le Journal télévisé de la chaîne TF1, des journaux dont, notamment, "Le Monde", "Le Figaro", "La Croix", "France-Soir", des quotidiens et périodiques, consacrèrent à cet évènement d'actualité parisienne une large et bonne information analytique.

Il s'en dégagea qu'il s'agissait d'une Foi nouvelle, née au Moyen-Orient au dix-neuvième siècle, qui n'étant sectionnée d'aucune religion n'était pas une secte, et dont le fondateur, Baha'u'llah, avait "révélé "un enseignement destiné à unifier l'humanité et à instaurer la paix totale sur la planète.

Ces Baha'is réunis à Paris, dans le cadre d'une série d'autres grandes conférences planifiées sur plusieurs continents, provenaient de l'Inde, de la Polynésie, des deux Amériques, d'Afrique, d'Iran et de plusieurs pays Européens.

Le nom "Baha'i" - le i marquant l'appartenance - désignait leur qualité d'adeptes de Baha'u'llah. Le terme "Foi Baha'ie "était la dénomination de leur foi.

Les Baha'is avaient pour but l'établissement d'une nouvelle civilisation mondiale basée sur la concorde entre races et peuples dans l'unité du genre humain.

Selon leurs statistiques (1976), leur champ d'action couvrait déjà trois cent trente pays et territoires en lesquels leur foi était implantée.

Dans une étude publiée par l'université du Massachusetts la Foi Baha'ie était donnée comme la religion dont la croissance est la plus rapide dans le monde.

Les Baha'is, outre la grande paix planétaire, visaient à susciter à long terme une civilisation de transcendance spirituelle.

Malgré l'implicite respect dont était imprégnée cette information, ces Baha'is n'en parurent pas moins, en filigrane, sujets à l'utopie car leur enjeu semblait si beau que t'en était beaucoup trop beau.

Aussi, l'actualité française après avoir donné courtoisement son dû à ce congrès, le mit-elle aux archives sitôt qu'il eut pris fin.

Mais ce qui ne fut là. qu'une occasionnelle information journalistique, hâtive et circonscrite, faite à partir de reportages, interviews et dossiers schématiques, cette information serait pourtant en soi assez extraordinaire pour mériter d'être creusée en profondeur.

Car le fait Baha'i s'impose, actuel, indéniable, même si son enjeu parait trop beau.

Or si cet enjeu, à l'examen profond, s'avérait à la fois incroyable et fondé, inouï mais fiable, réaliste et réalisable, cet enjeu serait-il trop beau ?

Le présent livre vous propose cette recherche en profondeur.

NOTA
(1)

Tous les personnages qui vont dorénavant entrer dans ce récit ont réellement existé. Toute ressemblance avec des personnages imaginaires serait pure coïncidence.

Pour leurs supporters comme pour leurs détracteurs, leur historicité demeure indiscutable.

Ce qui fut discutable, discuté et même fortement disputé, ce furent les mobiles qui dictèrent leurs faits et gestes, leurs paroles et leurs écrits.

Or, ces personnages ayant été vénérés par les uns autant qu'exécrés par les autres, les documents dont disposent les historiens reflètent cette contradiction. Si les faits et gestes relatés sont bien identiques de part et d'autre, ils sont exprimés subjectivement et leurs motivations sont ou blanches ou noires, mais pas en demi-teinte.

Pour l'historien impartial - si ces données contradictoires qui remontent au 19e siècle sont pour lui deux écheveaux distinctifs mais inextricablement entremêlés - le temps qui jamais ne s'arrête, lui apporte désormais son aide, joue le rôle de collaborateur archiviste.

Car, en effet, plus ce temps s'écoule vers l'avenir et plus il clarifie, apure, rend évident ce qui peut l'être dégage peu à peu une vue d'ensemble, permet une appréciation objective, et rétrospectivement contrôlable par les événements actuels.


AVANT-PROPOS

Bien sûr, nous n'aimons pas mourir.

Notre vocation innée à quelque chose d'essentiel et d'immortel crée en nous le refus de mourir.

Depuis le commencement de l'humanité les hommes ont toujours cherché à s'ouvrir une voie vers cet Ailleurs mystérieux qui dépasserait notre courte existence physique.

Pour les incroyants comme pour les croyants, cet intuitif refus est le même.
Les incroyants se confortent en professant le néant final. Et les croyants pensent que leur Dieu est le dispensateur du passeport.

Dieu! Que ce mot est bref et que ce nom est infini !
Mais ne le prenons-nous pas pour une sorte de sigle analogue à ceux des assurances sur la vie?

Le sigle Dieu ayant le monopole d'assurer la vie éternelle lorsque nous nous engageons à respecter certaines conditions, et les compagnies d'assurances étant alors les grandes religions, les conditions du contrat se trouvent dans leurs livres sacrés matérialisant le pacte entre Dieu et le mortel, tandis que les rites, liturgies, sacrements et observances diverses en représentent les primes.

Certaines de ces compagnies sont en concurrence. D'autres sont en pool. L'objectif à atteindre est le même, mais les conditions sont variables selon l'époque et le standing de l'humanité.

Il est de bons et de mauvais assurés. Les bons satisfont aux obligations du contrat, les mauvais créent des difficultés. Le contrat est alors résilié par l'une ou l'autre des parties.

Mais, bien sûr, nous n'aimons pas mourir. Et la vie suit son cours, et la spirale est ascendante, et la vie éternelle il faut "se la gagner".

La spirale est ascendante. D'étape en étape l'homme s'élève vers la prise de conscience totale des facultés spirituelles inhérentes au genre humain.

Dieu! Ce mot si bref, comme il nous est encore inintelligible malgré les étapes parcourues pour le comprendre !

Principe, Verbe, Esprit d'Amour ? Essence, Etre-Créateur ?
Puissance-Acte-Effet ? Le Plasmateur de l'univers ?
Le Sculpteur de la proto matière, le Seigneur des métagalaxies ?
Le Maître des anti-univers, l'Horloger des temps parallèles ?
L'Ami secret aidant chacun de nous à dominer le Négateur ?
Notre Père ?

Eh oui, notre Père, puisque Principe de l'univers créé, et nous ses enfants puisque ses créatures.
Mais nous sur Terre, nous les enfants, avons besoin d'être éduqués. Famille tumultueuse et fratricide, enfants qui voulons tout avoir mais ne rien demander, tout savoir mais ne rien apprendre, et qui n'aimons pas remercier.

Alors le Père, plus encore que les pères humains, patiemment donne de la voix presque de millénaire en millénaire et renvoie chacun de nous à l'école de l'art de vivre, à l'école de la Vie Eternelle.

Donné de la voix ? Parlé ? Dieu nous aurait parlé, à nous qui avons l'oreille si dure ?
Pourtant, si l'on en croit les antiques traditions religieuses, Dieu parlait en direct !

Dieu, l'inconnaissable Essence que nous nommons Dieu, l'homme moderne ne pourrait-il la concevoir extériorisée en Point primordial de volonté première ?

A partir de ce Point, on pourrait entrevoir un suprême centre émetteur de Volonté, émettant le verbe "sois" à des centres relais, eux-mêmes animés par l'Esprit - pour nous insondable - De Dieu.

Et nous sur Terre, nous auditeurs modernes, concevrions alors que, lorsque l'homme se croit à l'écoute directe, il ne peut l'être que par retransmission de postes réceptifs humains, qui, devenant Porte-parole, expriment en langage humain ce qui est destiné aux hommes.

Et si nous concevions enfin que, sous la toute-puissance du Verbe créateur, chaque ordonnance émise par ces Porte-parole à pouvoir actif, en cas, oui, Dieu par eux, pour nous parler en direct.

En fait, quasi d'un millénaire à l'autre et selon les capacités de telle époque ou de tel lieu, une école de l'art de vivre enseigna les enfants du Père.

Pas sans mal pour les enseignants ! Avant d'être investis du pouvoir prophétique, ils étaient connus par leurs compatriotes comme faisant partie d'entre eux. Dès lors qu'ils proclamaient soudain leur mission, ils devenaient des incrédibles à refuser. Seuls contre tous pour imposer des vérités nouvelles, ils devaient affronter les autorités au pouvoir, endurer leur vindicte et se heurter à la pire des surdités: celle qui ne veut pas entendre.

Ce sont eux, pourtant, qui d'étape en étape, de classe en classe, ont fait progresser l'homme en la connaissance de Dieu.

Les 19e et 20e siècles ont été ceux de la grande découverte des civilisations protohistoriques et de leurs religions, les unes et les autres étroitement imbriquées.

On a retrouvé des villes prestigieuses, leurs palais, leurs sanctuaires, des tombeaux, des cavernes et grottes. On a relevé des signes, des dessins et textes, gravés sur des monuments, cylindres, tablettes et rochers.
On a pu déchiffrer des pictographies et les écritures cunéiformes.

Et l'on a pu ainsi inventorier, analyser, dater, traduire, interpréter, comprendre et publier un ensemble de faits historiques, du plus ancien paléolithique à la classique antiquité. Faits scientifiquement démontrés et dont l'on n'avait eu que d'infimes notions issues de récits légendaires ou de traditions déformées, surnageant comme blanche écume sur un abîme d'obscurité.

Il y eut les religions ou doctrines de l'Egypte, de Sumer, de l'Assyro Babylonie, de l'Iran et de l'Inde, de la Chine et du Japon antiques, il y eut celles du continent européen: scandinaves, celtes, germaniques, égéennes, romanes etc. Il y eut ces formes religieuses évolutives connues par les seules traditions orales d'Océanie, d'Amérique précolombienne, d'Afrique Noire.

Grâce à cela, on peut considérer dans un ensemble les religions antiques. Les voir naître, croître, se modifier, se ramifier, parfois même s'interférer, et chacune avoir sa propre vitesse de croisière comme réglée par un suprême armateur qui en aurait échelonné les lancements et différencié les trajets.

Certaines s'usèrent, déclinèrent, s'éteignirent. Certaines sombrèrent en catastrophe dans le naufrage de leur civilisation, D'autres s'obscurcirent et se dénaturèrent mais furent soudain renouvelées par le surgissement d'un enseignement neuf.

A l'école de l'art de vivre, les religions monothéistes furent les plus civilisatrices des universités.

Au point de vue de l'assurance sur la vie, le sigle Dieu monopolise celle de la vie éternelle.


PREMIERE PARTIE: LE PÔLE DES PROPHETIES

Chapitre 1. LE SIÈCLE OUVRANT

Qu'il est dense le vingtième siècle en ses quatre quarts eux-mêmes si compacts.

Il s'avère être le fermoir d'une longue chaîne de siècles, l'arbre planté aux ruptures des eaux, la clé architecturale entre le passé et l'avenir. Jamais siècle ne fut potentiellement si doté.

Toutes les branches de la science lui présentent des fruits jusque-là inconnus. Des technologies sans cesse affinées transforment ses vieilles normes.

Découvreur de la science fondamentale, il oscille entre ses pouvoirs.

Il est siècle de parturition dans le chaos et la souffrance. Il est le siècle ouvrant. Le siècle rendant manifeste une transposition de l'humanité.

Dès le premier quart, Einstein par son équation fondamentale tend aux scientifiques la clé leur ouvrant l'univers. Cela permettra la lancée de la grande exploration cosmonautique, dont les conséquences futures sont d'une portée infinie.

La première guerre mondiale de l'histoire, teignant de la même sanglante pourpre un fratricide international, suscite en l'homme à l'heure de la paix la notion neuve d'une société des nations.

Mais un génocide raciste des Turcs perpétré sur les Arméniens est hélas insuffisant pour faire prendre conscience à l'opinion publique de l'abomination insensée qu'est le racisme.

Au deuxième quart, la guerre civile en Espagne suscite un afflux international de coeurs d'hommes libres, venant spontanément offrir leur vie à la cause de la liberté. Il est malheureusement trop tôt et ces fraternelles prémisses n'auront été qu'un germe d'avenir.

La seconde guerre mondiale laboure en grande profondeur. Hitler a déchaîné les molosses du Mal, commet son génocide atroce et veut vassaliser sous le sceptre germain la liberté du monde. La réaction est incommensurable. Elle suscite et exemplifie la fraternelle efficacité des alliances dont l'unité s'avère indispensable pour le vaincre.

La guerre terminée, l'hécatombe approximativement estimée, il résulte de tant d'horreur une Organisation des Nations Unies qui va tenter d'être efficace et multiplie des institutions mondialisantes.

De l'holocauste en Germanie naît l'Etat d'Israël.

D'Hiroshima se grave en les esprits l'exemple affreux de l'arme nucléaire et les atomiciens vont rechercher pour cette force nouvelle née des effets qu'il faudrait pacifiques.

En Europe s'amorce un premier embryon communautaire.

Fils de Chine, Mao Tse Tung se fait le résurrecteur de son pays. De huit cent millions de ses frères, par lui libérés du passé, spirituellement ranimés et socialement motivés, naît un peuple virginalement neuf, un peuple issu du siècle ouvrant.

Partout une technologie industrielle se développe à partir des découvertes de la science fondamentale et va pratiquement transformer le mode de vie des humains.

Bientôt même, la religion stratifiée va vouloir rajeunir.

Au troisième quart, par le supersonique, le nucléaire et la cybernétique, les hommes sont grisés. Leur expansion industrielle, leur croissance matérielle et leur pouvoir d'achat,les absorbent à un tel point que pour calmer de loin une démographie envahissante ils en laissent le soin aux famines équilibrantes et que pour supprimer des guerres en orient sans cesse résurgentes ils s'enrichissent en les armant.

Tandis que l'envoyé qui danse sur la Lune, est chargé d'y placer en souvenir, pour d'éventuels extra-terrestres, un noble mémento scientifique.

Ce quart n'est pas fini lorsque survient partout La Crise. Donnant au jour le jour leur ration de soucis aux chefs d'Etats comme aux chefs de partis, chacun d'eux soucieux de conserver sa barre au milieu des écueils que sont ces paradoxes: guerres, revendications, conflits, protestations, révoltes, dialogues de sourds et épreuves de force; la vente des plus efficace armes de guerre et le pieux haro sur qui s'en sert; la mondialisation de la violence, Goliath et David en face à face; la jeunesse des pays riches qui peut s'offrir le mal de vivre et celle des pays pauvres qui seulement voudrait pouvoir survivre; les aléas du culte de la personnalité, la karaté du Travail et du Capital, les monnaies qui comptent leurs scores, les électeurs et leur pouvoir d'achat à maintenir malgré l'emploi qui se dérobe; les plus désespérés qui s'obstinent à procréer; la dégradation de la mère nature et le gaspillage de ses richesses ; le chassé-croisé des eldorados hégémonistes dont l'esclave Energie se révélant soudain maîtresse prouve aux eldoradiens que sans elle ils ne seraient rien.

Tout cela sous le chapiteau de la dissuasion persuasive qui menace l'humanité. Dans un monde qui se rétrécit, dans un cosmos qui s'agrandit, parmi les idéologies qui s'étiolent et les palabres qui ronronnent. Alors que le temps brasse et passe, ce temps qui nous brasse et qui court.

Toujours en ce troisième quart alors que dans le monde des démocraties césariennes, bien rodées à régler les affaires courantes par solutions traditionnelles, les gouvernements des Etats et des partis virent avec surprise surgir des phénomènes neufs venant surcharger leurs ordres du jour et s'efforcèrent de les minimiser dans l'empirisme de traitements à courte vue, il y avait à Paris, en 1967, quelques hommes apolitiques et lucides qui décidèrent de convier d'autres penseurs européens à une réflexion collective sur les paradoxes de la vie des hommes du vingtième siècle.

Cette concertation eut lieu à Rome au printemps de 1968 et, sous l'impulsion donnée par M. Aurélio Peccei, il fut décidé de créer un organe permanent d'étude et de diffusion des dilemmes de l'humanité en vision globale.

Ainsi naquit le Club de Rome, du nom de la ville où il fut conçu, puis constitué à Genève sous la juridiction du code civil suisse. Association privée à buts non lucratifs et de vocation au service de l'humanité.

Ni national ni politique, ni d'engagement idéologique, composé au départ de soixante membres, il limita son maximum à cent membres mais tous de grande valeur pensante et agissante, hautement qualifiés en différentes disciplines et pleinement conscients de la nécessité de leur initiative.

Aussitôt créé, le Club de Rome se mit à l'oeuvre.

Son comité exécutif ayant vainement tenté par une démarche internationale auprès de hautes personnalités scientifiques, politiques et industrielles, de leur faire prendre conscience d'une Problématique mondiale, et donc d'une urgente nécessité de mondialiser les grands problèmes afin de les pouvoir résoudre, décida d'investir la forteresse de leur surdité par un autre moyen de percussion.

Il fallait avant tout, puisqu'il n'en existait point déjà, entreprendre une recherche fondamentale sur les règles de la vie humaine et de la vie de la Terre en leurs systèmes globaux et interdépendances, ainsi que l'interaction des grands problèmes auxquels se confronte le vingtième siècle.

Le Massachussets Institute of Technology (MIT) fit la recherche et le rapport destinés au Club de Rome.

Ce rapport, faisant apparaître la notion d'une inévitable limite à l'expansion, fut intitulé "The Limits to growths" et publié en livre en 1972, puis en français sous le titre "Halte à la croissance".

Bien qu'il se soit agi techniquement d'une recherche débutante et limitée dont les conclusions de mise en garde alarmaient, le succès de ce document en fit bientôt un best-seller en vingt traductions différentes. Par ce livre des limites, nouveau cheval de Troie introduit chez ceux dont la superbe avait repoussé la première démarche du Club de Rome, et acheté à plus d'un million et demi d'exemplaires par le grand public, voici que la civilisation de consommation si fière de sa vertigineuse croissance quasi sacralisée recevait un tel stop que les réactions furent immédiates, la réflexion ouverte et les débats nombreux.

Les années 1972 à 1974 furent des années de réaction en chaîne sous ce choc. Aux Etats-Unis, Canada, Japon et en Europe, les grandes institutions, confédérations, groupements syndicaux et symposium divers se réunirent pour conférer sur la croissance et ses limites. L'O.N.U., 1'U.N.E.S.C.O., le Parlement européen, le Conseil de l'Europe, la Banque mondiale, des ministres aux plus hautes instances, des prix Nobel, en étudièrent les conséquences.

En sorte que partout, émulation, compétition et réflexion faisaient progresser la notion du problème mondial. Notion qui n'était encore qu'une notion !

Mais sous ce même choc et dans ces mêmes années, des fondations et instituts, au Japon, aux deux Amériques et en Europe, permirent matériellement à des chercheurs qualifiés de consacrer leurs disciplines et techniques à cette recherche d'une vision globale des problèmes de l'humanité.

En Octobre 1973, le Club de Rome réunit ces chercheurs en un symposium tenu à Tokyo, dont le thème était celui même de cette recherche et l'objectif une confrontation internationale des travaux.

Le rapport sur les études projets et réalisations examinés durant cette confrontation, fut publié sous le titre: "Le Rapport de Tokyo sur l'homme et la Croissance", en 1974.

Deux membres du Club de Rome, MM. Mésarovic et Pestel, scientifiques dont les travaux Lurent analysés dans ce rapport de Tokyo, rédigèrent ensuite un livre destiné à l'attention générale du public: "Mankind at the Turning Point", "Stratégie pour Demain".

Avant, l'insouciant ou l'angoissé vivait au jour le jour dans un sentiment de fatalité. Depuis, celui qui lit ce livre reçoit scientifiquement, par les faits exposés, comme par les tableaux, les graphiques et chiffres, la démonstration que sa vie et la vie de l'humanité sont sur une pente fatale mais qu'il ne tient qu'à lui et à l'humanité de se servir de la raison pour transformer un monde fou en monde sage, s'il veut rééduquer son usage de la raison.

D'emblée les discussions sur les limites à la croissance sont dépassées car les auteurs posent sur la balance le principe des deux sortes de croissance que l'on trouve dans la nature: la croissance indifférenciée et la croissance organique.

- "Dans le débat sur la crise du développement mondial, on a, disent ces auteurs, toujours raisonné comme si la croissance appartenait nécessairement au type indifférencié. Il n'y a cependant aucune raison pour ne pas se référer également à la croissance organique dont l'importance est cruciale pour le développement de l'humanité."

- "Dans le passé, disent-ils également, la communauté mondiale n'a été qu'un rassemblement de parties fondamentalement indépendantes. Dans de telles Conditions, chacune des parties pouvait croître pour le meilleur ou pour le pire, comme il lui plaisait.

- Dans les nouvelles conditions caractérisées par le syndrome de crises global, la communauté mondiale s'est transformée en un système mondial, c'est à dire, en un ensemble de parties fonctionnellement interdépendantes.
Chaque partie - région ou groupe de nations - apporte sa propre contribution au développement organique de l'humanité: ressources, technologie, puissance économique, culture, etc. Dans un tel système la croissance de chaque partie dépend de la croissance ou de la non- croissance des autres. Il s'ensuit que la croissance indésirable d'une partie menace non seulement cette partie mais l'ensemble..."

- "Seul le passage de la croissance indifférenciée à une croissance équilibrée, différenciée, comparable à la croissance organique pourrait permettre une solution globale.

- Le passage de l'une à l'autre amènera à la création d'une nouvelle humanité, qui en est au stade prénatal de son développement."

Un tel livre montre ouvertement les sujets analysés, les constatations qui en résultent et les conclusions qui s'en dégagent. Un clair propos est ainsi tenu devant nous et la stratégie d'actions globales qui s'en dégage, résume son impérative urgence par la sobre et percutante formulation de: "Stratégie de la survie".

Un commentaire terminal de MM. Aurélio Peccei et Alexandre King, membres fondateurs du Club de Rome, insiste sur l'urgence et la difficulté des décisions cruciales que doivent prendre les dirigeants du monde, et suggère que pour changer ainsi de cap, l'humanité aurait besoin d'être éclairée par un nouvel humanisme et par de nouvelles lumières.

Lorsque le Club de Rome se fut fondé, en 1968, il y avait déjà cent ans que Baha'u'llah, en 1868, avait lancé sur les dirigeants de l'humanité une proclamation de nouvelles lumières et exigé qu'elle fut dirigée par eux selon un nouvel humanisme.

Le congrès Baha'i qui eut lieu à Paris en 1976 reçut un message du Secrétaire général des Nations Unies.

Ce message de M. Kurt Waldheim fut lu publiquement aux congressistes par le directeur du centre d'information des Nations Unies à Paris, M. van Bellinghem:

"Je suis heureux de l'occasion qui m'est donnée de souhaiter à la Conférence internationale Baha'ie et à tous ceux qui y participent le plein succès de leurs travaux...
Dans le monde d'aujourd'hui, l'approche de nouvelles solutions aux grands défis qui nous sont actuellement lancés à l'échelle planétaire s'est profondément transformée. Il nous revient donc d'oeuvrer ensemble pour trouver des solutions efficaces non dans le désordre et la colère mais par la volonté raisonnée et concertée de tous. Que ce soit pour mener à bien la grande tâche du développement, assurer le respect des droits et de la dignité de tous les hommes, mettre fin à la ruineuse course aux armements, résoudre des problèmes aussi divers et complexes que ceux de l'alimentation, de la population de l'environnement et de l'emploi, les Nations Unies doivent pouvoir compter sur le soutien des peuples du monde, qui forment la pierre angulaire de leur Charte...
...
Depuis quelques années les Nations Unies déploient des efforts collectifs sans précédents pour mettre au point les stratégies globales qui, seules, permettront de s'attaquer à des problèmes dont la solution est au-dessus des forces d'une seule nation...
Dans ce contexte, la contribution que vous pouvez apporter en tant qu'organisation non gouvernementale dotée du statut consultatif auprès du Conseil économique et social est importante.
Je vous adresse donc tous mes voeux de succès dans vos délibérations..."

Cette organisation non gouvernementale susmentionnée porte la dénomination de "International Baha'i Community". Celle-ci, en 1976, englobait dans sa diversité mille six cents groupes ethniques répartis en trois cent trente nations pays et territoires. Et cette diversité est unifiée par des principes appliquant le nouvel humanisme enseigné par Baha'u'llah.

Mais si l'organisme qu'est l'International Baha'i Community peut, à ce titre, collaborer avec les organismes mondiaux à vocation humanitaire, cela n'est pourtant qu'une des moindres concrétisations d'un plan d'ensemble.

Pour les Baha'is, Baha'u'llah est le nom religieux par lequel est connu un iranien de très haute naissance, dont le nom civil était Hussayn Ali, de Nur, qui déclara avoir reçu l'investiture de Dieu pour expliquer au monde moderne les causes de ses maux, lui en offrir le remède et lui révéler le nouveau message de Dieu: à la fois théologique, économique et social, destiné à l'accomplissement d'un nouveau cycle de civilisation planétaire.

Cette déclaration déclancha les foudres conjuguées du gouvernement et du clergé musulman de son pays. Son auteur fut persécuté puis banni à vie de sa patrie. Il vécut en exil à Bagdad, alors province ottomane, fut ensuite déporté par le sultan de l'empire Turc à Constantinople et Andrinople, pour être finalement emprisonné à vie au pénitencier de Saint-Jean d'Acre. Après bien des années de ce régime, il put résider, toujours prisonnier, dans la banlieue de St Jean d'Acre où il s'éteignit en 1892.

Le nom de Baha'u'llah, de langue arabe, signifie "Gloire de Dieu ". Il est donné comme étant le sigle de la mission du promoteur d'un nouveau cycle, un cycle destiné à devenir le reflet de la gloire de Dieu.

Ce nom n'est point traduit parce que les langues et dialectes en lesquels sont traduits les enseignements de Baha'u'llah dépassaient déjà le nombre de cinq cent quarante six en 1976, et que s'il l'était, il risquerait par déformation linguistique de perdre l'authenticité originelle de sa valeur expressive De plus, parce qu'étant originairement révélé en langue arabe, que connaissent et parlent d immenses foules, ce nom qui - en cette langue - a des significations profondes et multiples, leur offre la clé Sésame ouvrant sur le matin levé.

Baha'u'llah a donné lui-même de son vivant, en de très nombreux écrits, les textes de son enseignement.

Ce qui répondait aux besoins des hommes jusqu'au 19e siècle, n'a plus de commune mesure avec les droits et les devoirs de l'homme actuel. Le nouveau cycle connaîtra une évolution hautement spiritualisée mais 1'humanité doit d'abord prendre conscience de son unité et la matérialiser par des lois de paix. Cet enseignement s'étend au monde entier.

Selon les Baha'is, il s'adresse en même temps aux croyants et aux matérialistes, aux économistes et aux financiers, aux sociologues et aux légistes, aux philosophes et aux esprits religieux. Il s'offre aux adeptes de toutes les religions. Il s'offre plus particulièrement à tous les jeunes parce qu'ils portent l'avenir.

Baha'u'llah invite les hommes à commencer par:

- Prendre conscience de 1'unitarité du genre humain, afin que la race humaine puisse devenir une seule entité, un seul corps social.
- Pour ce faire, rejeter tous préjugés: raciaux, sociaux, patriotiques, politiques, nationalistes, économiques religieux.
- Après ce dégagement, entreprendre lucidement sa libre recherche personnelle de la vérité et agir en conséquence.
- Reconnaître l'unité essentielle des religions.
- Faire accorder la religion avec la science et la raison.
- Voir en la religion le lien unitaire d'amour et de pacification entre les peuples, entre les hommes.
- Pratiquer réellement la reconnaissance de l'égalité de la femme et de l'homme.
- Dispenser une véritable et complète éducation à tous les humains, car le droit de l'homme à l'éducation est le moyen de pénétrer dans le cours le plus évolutif de la civilisation.
- Adopter et rendre mondialement obligatoire une langue et une écriture auxiliaires, afin que chacun puisse parler et lire ce que lit et parle chacun.
- Equilibrer mondialement l'économie, la production et le profit, dans un juste milieu entre sous-développement et surdéveloppement, entre dénuement et opulence.
- Donner aux Etats une unité organique mondiale.
- Donner à cette unité organique un tribunal suprême et une force d'ordre au service de l'ordre mondial et de la paix.

Pour les Baha'is, cette invitation liminaire n'est que le seuil d'une spiritualité qu'ils désignent eux-mêmes par le nom de "Foi Baha'ie". Et ces religions englobent en leur nombre des membres de toutes les races, classes, ethnies, couleurs et origines religieuses. Des illettrés et des érudits, des peuples sur nantis et des peuples sous-développés, des peuples parlant et écrivant en langues étrangères les unes aux autres, vivant sous des calendriers aux dates non synchronisées, ayant des moeurs et traditions fort différentes - parfois même opposées.

Cette communauté offre le spectacle d'une surprenante unité, ainsi que d'une originale souplesse d'interrelations qu'elle applique dans le cadre d'un ordre administratif baha'i, lequel comporte diverses institutions organiques et par le jeu desquelles les Baha'is vivent une forme de démocratie sans précédent dans 1'histoire.

La Foi Baha'ie ne se présente pas sous l'aspect habituel d'une religion et n'a ni clergé, ni rituel, ni dogmatisme. Elle pourrait être comparée à une médaille dont l'avers offrirait une sociologie, l'envers une théologie, les deux faces formant un tout, et cette médaille étant d'une composition nouvelle.

* Citations de Baha'u'llah

Dans la deuxième partie de ce livre, les oeuvres écrites de Baha'u'llah seront situées dans le cours des évènements historiques de sa vie. Mais voici déjà, sélectionnées en trois anthologies baha'ies, voici certaines citations:

"Ô vous! les sources de la connaissance! n'ayez point peur d'être transformés; car à mesure que vous changerez, la plupart des hommes changeront également..." (Procl.)

"Le don suprême, le bienfait suprême a été et est surtout la raison: c'est elle qui est la protection de l'homme, son aide, son secours. La raison est la messagère du Miséricordieux et la manifestation de son divin nom "Le Très Savant". Par elle, la condition de l'homme se reconnaît clairement: c'est elle le premier sage et le premier professeur dans l'école de l'existence. C'est elle le guide et le maître du rang sublime..." (F.M.)

"Ô vous peuples et tribus en lutte sur la Terre! tournez vos visages vers l'unité et que les rayons de sa lumière vous inondent. Rassemblez-vous et, pour l'amour de Dieu, prenez la résolution d'anéantir tout ce qui est cause de lutte entre vous..." (Procl.)

"Le remède souverain ordonné par le Seigneur, le moyen le plus puissant pour la guérison du monde entier, c'est l'union de tous les peuples en une cause universelle, une même foi, ce qui ne peut d'aucune façon être obtenu sinon par le pouvoir d'un médecin habile tout puissant et inspiré. Telle est la vérité et tout le reste n'est qu'erreur..." (Procl.)

"Ô chefs de religion! ne pesez pas le Livre de Dieu selon les normes et les connaissances qui ont cours parmi vous, car ce Livre est lui-même la balance juste assignée aux hommes. C'est sur cette balance parfaite que doit être pesé tout ce que possèdent les peuples et tribus de la Terre, mais l'exactitude de la pesée doit être vérifiée d'après son propre étalon, puissiez-vous le savoir !..." (Procl.)

"Appelle Sion, ô Carmel et annonce la joyeuse nouvelle: Celui qui était caché aux yeux des mortels est venu. Sa souveraineté pleinement triomphante est évidente, son universelle splendeur dévoilée. Garde-toi d'hésiter ou de t'arrêter. Hâte-toi et fais le tour de la cité de Dieu, la céleste Kaaba descendue du ciel... Prête l'oreille au chant de David. Il dit: Qui me conduira dans la ville forte ? Lis attentivement ce que dit Esaïe dans son livre. Il dit: Monte sur la haute montagne, ô Sion, pour publier la Bonne nouvelle.
Elève ta voix, ne crains point, dis aux villes de Juda: Voici votre Dieu! Voici le Seigneur, l'Eternel vient avec puissance et de son bras Il commande !" (Procl.)

"N'avez-vous pas étudié le Coran ? Lisez-le afin d'y trouver, par bonheur, la vérité, car certainement ce Livre montre la bonne voie. C'est la voie même de Dieu pour ceux qui sont dans les cieux et sur la terre..." (Procl.)

"Ô Pape, déchire les voiles ! Celui qui est le Seigneur suprême est venu de l'ombre des nuages et Dieu, le Tout-Puissant, l'Indépendant, a mis son décret en vigueur Il est réellement venu du Ciel comme Il en vint la première fois. Gardez-vous de vous opposer à Lui comme le firent, avec Jésus, les pharisiens sans aucune preuve ni justification évidente... Prends garde qu'un nom quelconque ne te sépare de Dieu... Souviens-toi, lorsque vint L'Esprit: les plus savants parmi les docteurs de son temps le condamnèrent dans son propre pays, alors qu'un simple pêcheur crut en Lui..." (Procl.)

"Ô peuple de l'Evangile ! Ceux qui n'étaient pas dans le royaume y sont désormais entrés, alors qu'en ce Jour Nous vous voyons attendre à la porte. Déchirez les voiles par le pouvoir de votre Seigneur, le Tout-Puissant, le Très-Généreux, et en Mon Nom: entrez dans le royaume ! Ainsi vous invite Celui qui souhaite pour vous une vie éternelle...
Ô enfants du royaume ! nous vous voyons dans les ténèbres. Cela ne vous convient vraiment pas. Est-ce la lumière qui vous effraie en raison de vos actes passés ? Avancez vers Lui... En vérité Il a dit: Suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes! Mais en ce Jour, Nous disons: Suivez-moi et nous ferons de vous des animateurs du genre humain." (Procl.)

"Sache que, lorsque le Fils de l'Homme rendit son âme à Dieu, toute la création fut secouée d'un long sanglot. Mais Il avait en se sacrifiant, infusé à toutes choses crées une capacité nouvelle... Nous attestons que lorsque Il vint au monde, Il répandit sur toutes choses crées la splendeur de sa gloire. Par Lui, le lépreux guérit de la lèpre de l'ignorance et de la perversité. Par le pouvoir qu'Il tenait du Tout-Puissant, les yeux des aveugles s'ouvrirent à la lumière du Jour et l'âme des pécheurs fut sanctifiée.
Peut être qualifié de lèpre tout voile qui s'interpose entre l'homme et la reconnaissance du Seigneur son Dieu. Et quiconque refuse délibérément à Dieu l'accès de son âme est un lépreux dont le souvenir ne sera point rappelé dans le royaume de Dieu le Tout-Puissant.
Nous attestons que, par le pouvoir du Verbe de Dieu, tout lépreux cessa d'être impur, toute maladie fut guérie et toute infirmité abolie. C'est Lui qui effaça la souillure du monde ! Béni est l'homme qui, la face baignée de lumière, s'est tourné vers Lui !" (Extr.)

"Sachez que je n'ai peur de personne que de Dieu, qu'en nul autre que Lui je n'ai placé ma confiance, que je ne me suis attaché qu'à Lui seul et que je ne désire rien d'autre que ce qu'Il a désiré pour moi. Telle est, en vérité, puissiez-vous le savoir, l'unique espérance de mon coeur. J'ai offert en sacrifice à Dieu, le Seigneur de tous les mondes, mon âme et mon corps. Quiconque a connu Dieu ne connaîtra jamais que Lui et quiconque a craint Dieu n'aura point d'autres craintes alors même que toutes les puissances de la terre se dresseraient contre lui.
Je ne parle que sur son ordre et - par le pouvoir de Dieu et de sa puissance - je ne suis que sa Vérité. Certes, je vous le dis, Il récompensera les coeurs sincères..." (Extr.)

"Veillez, car le Malin se tient en embuscade, prêt à vous prendre au piège. Armez-vous contre ses perfides stratagèmes et, guidés par la lumière du nom de Dieu qui voit toutes choses, sortez des ténèbres qui vous environnent. Que votre vision embrasse le monde au lieu de se confiner à vous-même.
Le Malin est celui qui entrave l'essor et le progrès spirituel des enfants des hommes..." (Extr.)

"Aussitôt que cette Révélation eut été dévoilée aux yeux des hommes, les signes de l'universelle discorde apparurent parmi les peuples du monde; une grande agitation s'empara des habitants de la terre et du ciel et les fondations de toutes choses s'ébranlèrent.
Les forces de dissensions eurent libre carrière ; le sens de la Parole fut découvert ; et chaque atome des choses crées acquit son caractère particulier.
L'enfer se mit à flamboyer et les délices du ciel se déroulèrent aux yeux des hommes..." (F.M.)

"La croyance en Dieu se meurt dans tous les pays; rien de moins que son bienfaisant remède ne la peut rétablir. Une impiété corrosive ronge les forces vitales de la société; quoi d'autre que l'élixir de cette puissante Révélation pourrait la purifier et lui rendre la vie ? Est-il au pouvoir de l'homme... d'apporter aux éléments constituant les molécules de n ‘importe quelle matière un changement tel, que cette matière soit transmuée on or pur? Eh bien, quelque troublante et difficile que paraisse cette tâche, le pouvoir Nous a été donné d'accomplir la tâche bien plus ardue de convertir les forces sataniques en puissances célestes.
La force capable d'une telle transformation passe la puissance de l'élixir lui-même.
Seule la Parole de Dieu peut revendiquer la capacité requise pour produire un changement si grand et d'une telle portée." (Extr.)

"En vérité je dis: dans chaque chose la modération est requise, l'excès est une cause de mal.
Voyez comme la civilisation occidentale est devenue la cause de l'effroi et de la terreur de l'humanité: un instrument infernal s'est glissé au milieu d'eux ; une telle cruauté dans la destruction de la vie est apparue que les yeux et les oreilles du monde n'ont vu ni entendu rien de pareil.
La réparation de ce mal, qui a pris une puissance insurmontable, est impossible sinon par l'union des peuples du monde dans un intérêt commun ou dans la religion.
Ecoutez la proclamation de l'Opprimé et attachez-vous à la paix universelle !..." (F.M.)

"Sache que Nous avons entièrement annulé la loi de l'épée... et que Nous lui avons substitué le pouvoir né de la parole des hommes..." (Extr.)

"Il est vraiment un homme, celui qui aujourd'hui se consacre au service de la race humaine tout entière.
Le Grand-Etre dit: Heureux et béni celui qui se lève pour servir les intérêts suprêmes des peuples et tribus de la Terre... Ce n'est pas à celui qui aime son propre pays de se glorifier mais plutôt à celui qui aime le monde entier. La Terre n'est qu'un seul pays dont tous les hommes sont les citoyens." (Procl.)

"Ô assemblée de prêtres ! Laissez vos cloches et sortez des églises. En ce Jour, il vous appartient de proclamer avec force le Très Grand Nom parmi les nations..." (Procl.)

"Ô assemblée de moines ! Ne vous enfermez pas dans les églises ni les cloîtres. Quittez-les avec ma permission et occupez-vous de ce qui profitera à vos âmes et à celles des autres. Ainsi vous l'ordonne le Roi du Jour du Règlement... Mariez-vous afin que quelqu'un puisse continuer votre oeuvre..." (Procl.)

"L'équilibre du monde a été détruit sous la poussée frémissante due à cet ordre mondial nouveau et sublime. La vie ordonnée de l'humanité a été révolutionnée par le fonctionnement de cette organisation unique et merveilleuse que les yeux des mortels n'ont encore jamais contemplée." (Procl.)

"Bientôt le présent ordre des choses sera révolu et un ordre nouveau le remplacera. Et la vérité sort assurément de la bouche de ton Seigneur, Celui qui connaît toutes choses cachées." (Extr.)

Les trois anthologies dans lesquelles ont été puisées ces assertions portent les titres suivants: Extraits des Ecrits de Baha'u'llah. Foi Mondiale Baha'ie. La Proclamation de Baha'u'llah. Et sont publiées par la Maison d'Editions Baha'ies à Bruxelles. Les références de "Ext", "F.M.", et "Procl.", ci-dessus placées à la fin de chaque paragraphe se rapportent à ces titres.

* Nous sommes désormais au dernier quart du siècle:

Hormis les Baha'is qui vivent hors du temps, l'humanité reste plongée dans ses dilemmes.


Ayant franchi son siècle comme un gué, bousculé, meurtri, déçu, amer, l'Homme s'affole, a peur, espère, exige même. Mais Quoi ? Où va-t-il ? Que veut-il ? Que peut-il ?

Le pouvoir ? Si la présidentite est une maladie endémique, la présidentité est affaire de sélection qualitative. Mais le vrai pouvoir d'un homme, c'est sur lui-même qu'il se doit de 1'exercer.

L'amour ? Le bel oiseau va, vient, vole, ou bien se pose ou bien s'envole, et rien ne saurait l'asservir.

L'or ? Sa beauté pure n'est idole ni étalon. L'or veut être aimé pour lui-même. Il réduit sa valeur au gré de son humeur, l'étalon rue dans les brancards, le veau d'or fond entre les doigts.

La Lune ? Ce rêve fabuleux remontant à la nuit des âges ? A présent Séléné n'est plus que station de banlieue et tout le système planétaire est en cours d'exploration. L'homme dans le cosmos fonce vers une horlogerie différente.

Maîtriser le capital ? Fraterniser avec les frères ? Concilier droit et justice en 1'équité ?

Admettre allégrement la mort inéluctable ? L'Homme le voudrait bien, mais ça le dépasse. Et puis, il est fatigué !...

Pourtant, qu'il était bien, qu'il promettait, Monsieur de Cro-Magnon ! Déjà une "grosse tête", une vive intelligence, un mètre quatre-vingt de stature, un sourire de star.

De percepts en concepts, de concepts en préceptes, de déduction en induction, la vie s'offrait à lui en merveilleuse perspective, lui tendait le miroir de la future prospective. Il piaffait de jeunesse sur son sol fertile dont le sous-sol minéralier mettait à ses pieds la richesse.

Il pouvait aller loin, Monsieur de Cro-Magnon ! Et, passant par la lune, il est arrivé jusqu'à nous. Arrivé, mais dans quel état?

Englué dans l'existentialisme, sans trouver l'essentialisme qui marquerait son prochain profil de carrière.

Du cône du passé, par la flèche du temps se joue le phénomène humain: Monsieur de Cro-Magnon et Teilhard de Chardin !...

Teilhard, révélateur scientifique de la "plus grande gloire de Dieu". Un cerveau et une formation de savant, un coeur et une foi de mystique, une intelligence cosmique, un esprit embrasé par l'Esprit. Un homme de Dieu respecté par tous les hommes de science, un homme de science ouvrant à tous les hommes le seuil de Dieu.

Le clair soleil de Pâques, le 10 Avril 1955, fit de sa mort soudaine une fête de la lumière sur son oeuvre posthume.

La parution du premier tome du "Phénomène Humain", suivie des dix autres livres de son oeuvre, ouvrit à un vaste cercle de lecteurs de nouvelles et incommensurables perspectives sur le transcendantal Oméga. Intellectuels et scientifiques, athées et croyants, même la chrétienté tricéphale, furent commotionnés et mis en condition de répondre à cet appel en "cosmogénèse" dont l'humanité ressentait, depuis le 19ème siècle, la mystérieuse impulsion.

Teilhard se dit persuadé que: "l'interprétation loyale des acquisitions nouvelles de la Science et de la Pensée conduit légitimement non-pas à un évolutionnisme matérialiste mais à un évolutionnisme spiritualiste. Le monde que nous connaissons ne se développe pas au hasard, mais il est structurellement dominé par un centre personnel de convergence universelle."

Et comme Teilhard le scientifique est également jésuite, sa pensée fut si profondément ensemencée par les implications christiques qu'il ne saurait s'en écarter. C'est donc en christophonie qu'il personnalise ce centre de convergence universelle.

Toutefois, il ose séparer la tradition du Christ historique Jésus de la conception cosmique du Christ Alpha-Oméga, évoquant la nécessité pour le Christianisme de "s'immerger pour émerger et soulever", de "participer pour sublimer".

Dans son livre "Le Phénomène Humain" est reproduit en hors-texte un passage d'une lettre de Teilhard à un ami, auquel au sujet de ce livre et parlant de Dieu, il déclarait entre autre "En stricte vérité, j'ai conscience de ne pas écrire pour moi, mais avec un désir (comme je n'en avais jamais senti) de Le faire apparaître plus grand, comme Il doit être."

Et vers le soir de sa vie, sa tâche immense achevée, se sentant peut-être sur une charnière spirituelle nouvelle, il confia à un autre ami l'aphorisme suivant "Si j'ai eu une mission à accomplir, on ne pourra juger si je l'ai accomplie que dans la mesure où je serai dépassé". Exprimant peut-être ainsi qu'au-delà de la "Christo sphère" à laquelle il voua son oeuvre, c'est vers la "Théo sphère" suprême que tendrait le phénomène humain.

Mais hélas! pour le phénomène humain, combien lointaine est cette théosophe et combien souffrante la jeunesse !

Les jeunes de partout, et quel que soit le qualificatif de clan dont ils se réclament, qu'ils forment des bandes ou même des hordes, qu'ils se "défoncent" par l'alcool et la drogue, qu'ils se saoulent de fonds sonores et de lancées à plein-gaz, ou qu'ils gisent en silence dans le refus de l'action, la faim partagée, la négligence corporelle, le "à-quoi-bon?" ; ou bien qu'ils soient de studieux récolteurs de diplômes, voire même des arrivistes; tous ils ont cassé la coquille de la tutelle parentale, se sont réfugiés dans la chaleur des copains ou du couple, coude à coude, pour tenir ou pour attaquer.

Les guerres et idéologies encore en vigueur, une société qui ne nourrit mal que les mal nantis, un Dieu dont on ne sait s'il existe, une vie qui ne rime à rien, ne sont plus leurs motivations.

Cyniques, ils cachent la nostalgie du bonheur. Brutaux, ils défendent une intense pudeur. Egocentrés, ils s'ouvrent aux chansons d'altruisme et d'amour. De la guitare, ils font leur confidente poétique. Angoissés, ils fuient le calme du silence. Désorientés, ils ont réglé leur pouls aux rythmes harcelants des batteries de leurs orchestres.

Ces jeunes de partout sont en position de recherche mais ne savent encore que dire à tous propos qu'ils ne sont "pas d'accord".

Cependant tous appellent, espèrent - même les plus désespérés - une motivation exaltante et sécurisante qui pourrait donner à leur vie sa justification et son plein épanouissement.

Heureusement, depuis 1968 où en France leur révolte, par son explosion, mit à jour leur problème, des citadelles sont tombées, des solutions sont recherchées et le souffle puissant qui déblaie poursuit son oeuvre de dégagement.

En ce qui concerne la religion chrétienne, n'en voit-on pas le mouvement ?

Depuis le schisme au onzième siècle, qui avait scindé la Chrétienté, il y avait eu en occident l'Eglise Catholique romaine qui s'affirmait l'Unique, l'Intangible, et en orient l'Eglise Orthodoxe qui s'affirmait la Conservatrice du dogme authentique.

Au dix-neuvième siècle, lorsque l'évolution politique eut porté ses coups de bélier contre le pouvoir temporel de la Papauté et que l'Italie unifiée eut exproprié le Saint-Siège de ses biens, le pape Pie IX avait, en 1870, réuni un concile (le dix-neuvième de l'histoire) sous le nom de Vatican I, afin de promulguer l'infaillibilité pontificale.

Mais cette promulgation n'ayant été acceptée que par les seuls catholiques, la papauté se replia dans un rigorisme intransigeant et auto défensif.

Tandis que les églises chrétiennes (et Dieu sait qu'elles étaient nombreuses!) confirmaient leur indépendance par la création d'un "Conseil Oecuménique des Eglises" (C.O.E.) qui se voulait moderne et réaliste.

Ce fut en 1958 que se libéralisa enfin le catholicisme. Il y eut l'avènement du pape Jean XXIII et sa décision de convoquer le concile Vatican II qui devait être, selon ses propres termes, "une douce invitation aux frères séparés de rechercher l'unité".

Dès lors et peu à peu, des relations de bonne volonté s'établirent entre les sessions du concile et celles du C.O.E.

Puis, en 1963, peu après le décès de Jean XXIII, Paul VI inaugurant son pontificat par un pèlerinage au pays de Jésus, y rencontrait le Patriarche de l'église Orthodoxe. Leur accolade fraternelle permit, deux ans plus tard, la levée du double anathème qui durant neuf siècles s'était nourri aux dépens de l'unité chrétienne.

Entre 1962 et 1965, au cours de ses quatre sessions, le concile Vatican II se montra ouvert aux vues de l'esprit, attentif aux besoins religieux, exhortant à "reconnaître les signes des temps", souhaitant une progression ścuménique, "sans mettre obstacle aux voies de la providence et sans préjuger des impulsions futures de l'Esprit Saint".

Depuis ce concile, s'est également développée une recherche de relations amicales entre le christianisme et l'islamisme, entre le christianisme et l'israélisme.

Pourtant, malgré de tels symptômes positifs, malgré tous les synodes, assemblées plénières et conseils permanents des épiscopats nationaux, soucieux de sauvegarder la religion; malgré l'immense foule chrétienne restée fervente; la foi échappe à tout contrôle, les vocations se raréfient et l'Eglise se modifie.

Il est des baptisés qui pensent avoir simplifié leur problème: - Moi je suis croyant, je suis croyante, disent-ils, mais l'église je n'y vais plus et Dieu, je m'arrange en direct avec lui.

D'autres par contre, même s'ils ont perdu le sens des sacrements, ne sauraient renoncer aux festivités des baptêmes et mariages.

Donnant aussi aux chers défunts leur dû d'obsèques religieuses pour respecter la tradition familiale.

Sans parler de la mystique de Noël, devenue une mystique des cadeaux !

Quant à Jésus que des jeunes ont remis à la mode, il a été évoqué sur la scène ou dans la chanson en formules hétérodoxes. Il suscite des mouvements, des clans, des appartenances, des appels, des espoirs, une sorte de mysticisme imprécis, anticonformiste, anti- traditionnel. Ne sachant plus vers qui se tourner qui ne serait pas responsable du "système" détesté par eux, ces jeunes ont refait de Jésus, à partir de son propre non-conformisme, la figure de proue de leur navire sans gouvernail.

Enfin, sur tout cela le "Mouvement Charismatique"!...

Des Chrétiens catholiques et protestants, jeunes pour la plupart, qui dormaient en leur foi au lieu d'en vivre, soudain sont réveillés par un embrasement spirituel. Les embrasés - de tous âges - furent d'abord quelques dizaines, puis des centaines et milliers, puis des centaines de milliers et sans fin.

Les épiscopats catholiques et protestants aux plus hautes instances, après stupeur et circonspection, ont constaté et admettent qu'il s'agit là d'un "Renouveau spirituel", d'un "Mouvement Charismatique", d'une "Nouvelle Pentecôte".

Sous tant d'effets contradictoires, l'Eglise romaine a rajeuni, les strates sont brisées, le Christ y resplendit. Une foule catholique, fervente libérale et active, retrouve en son christianisme le bienfait de sa foi.

"Le prêtre dont la conduite est droite et le sage qui est juste sont comme l'esprit animant le corps du monde. Heureux le prélat dont la tête est couronnée du diadème de la justice et dont le temple est paré du vêtement de l'équité..." a dit Baha'u'llah.

Pourtant, jamais Dieu n'a tellement fait parler de lui, jamais on n'a aussi fortement réclamé Dieu, repoussé Dieu, recréé Dieu. Jamais Dieu ne fut autant la recherche passionnée de ai nombreuses âmes brûlant du désir de l'approche, ou n'a tant suscité de troubles chez ceux qui ne ressentent que confusément mais certainement cette vocation innée à quelque chose d'immortel qui crée en leur nature humaine l'angoisse de n'exister que pour mourir.

"Le temps pré ordonné pour les peuples et tribus de la Terre est aujourd'hui venu. Les promesses de Dieu enregistrées dans les saintes Ecritures ont été tenues..."
"Une force de vie toute nouvelle anime en ce moment tous les peuples et tribus de la Terre, mais personne ne s'est trouvé qui en découvre la cause ou en perçoive les effets."
a dit Baha'u'llah.

Certes, nous voyons désormais ces peuples et tribus animés par une force de vie toute nouvelle dont ils perçoivent les effets et cherchant - empiriquement ou scientifiquement - à s'organiser pour être au diapason de cette pulsion sans précédent dans l'histoire des hommes.

Mais il ne suffit pas qu'ils en perçoivent les effets car, dès lors qu'approche la fin du siècle, l'homme pour bien tenir sa direction devra se pourvoir d'un nouveau permis de conduire, pour l'obtention duquel - à partir des effets - il lui faut découvrir la cause.


Chapitre 2. UN RETABLE DU CHRIST AVEC DANIEL ET JEAN

En la deuxième moitié du siècle des lumières, alors que les intellectuels en Europe étaient plongés dans leurs travaux, les colons essaimés en Amérique et voulant désormais n'être plus des colons luttaient pour former leurs propres Etats, les constituer en Union et, hissant enfin la bannière étoilée de leur indépendance, vivaient les yeux levés sur elle.

Or voici que le 19 Mai 1780, leurs yeux ainsi levés virent le soleil et la lune se comporter étrangement car "le soleil devint noir comme du crin et la lune tout entière devint comme du sang". Etaient-ce là des prémisses de fin du monde ?

Cette imagerie qu'avait décrite Jean au 1er siècle, remettant soudain en mémoire les prophéties sur le "retour" du Christ, des spécialistes bibliques se mirent à tenter de déchiffrer l'actualisation des prophéties.

Quant au phénomène lui-même, il fut l'objet de doctes analyses et descriptions publiées en revues et livres scientifiques.

Durant que les chercheurs bibliques travaillaient en silence, les jeunes Etats-Unis s'installaient dans leur liberté et forgeaient leur future puissance. En Europe, la pensée après avoir redécouvert l'analytique méthode avait eu le temps de l'utiliser et, en France, la nouvelle vague jouant échec et mat, désacralisait le sang royal, fourrait la reine dans la tour, sous les grelots du fou sonnant la main qui passe.

Puis, comme pour encourager en leurs recherches les déchiffreurs de prophéties toujours penchés sur leurs calculs, voilà qu'après le soleil noir et la lune de sang, les étoiles elles-mêmes entrèrent dans la danse au cours de la nuit du 12 au 13 Novembre 1833. Cette averse météoritique à grand spectacle fut admise par les astronomes - encore loin de la radioastronomie - comme ayant été fort exceptionnelle.

Déjà, depuis 1831, l'américain William Miller galvanisait des foules en proclamant sa conviction sur l'imminence du "temps de la Fin" et publiait des livres fondés sur ses calculs.

C'est ainsi que, au cours des dix années qui suivirent, on parla, discuta, disputa, beaucoup, sur ce temps de la fin "Retour du Christ" selon les uns, "Venue du Messie" selon d'autres, et dont la date se décantait peu à peu.

Pour les tenants du "Millénarisme", cela aurait lieu en 1843, d'autres chercheurs progressaient jusqu'à 1844.

Or, ni comme "le voleur dans la nuit" ni sur un char céleste, Jésus ne vint au rendez-vous.
(Seul le graphique des grandes découvertes scientifiques du 19ème siècle, monta soudainement en flèche à partir de 1844.)
Et l'oubli à nouveau vint recouvrir les prophéties.

Si, à notre tour, nous interrogions les Evangiles, voici que Mathieu, Marc et Luc présentent conjointement une scène où son et lumière sont braqués sur ce sujet.

Jésus nous est montré sortant du temple, accompagnés par quelques- uns de ses disciples. Alors que ces derniers lui font fièrement admirer la beauté de cet édifice, Jésus leur déclare laconiquement qu'il n'en restera pierre sur pierre car tout sera détruit. Puis le petit groupe se dirige vers le mont des Oliviers où, assis à terre avec vue vers le temple, les disciples catastrophés demandent à leur maître quand aura lieu cette destruction.

En réponse à cette seule question posée, Jésus développe alors plusieurs thèmes qui se fusionnent et aboutissent sur la promesse formelle du retour "du Fils de l'Homme avec puissance et grande gloire". Il Leur annonce, en un raccourci des siècles futurs, certains évènements qui - dit-il - devront nécessairement avoir eu lieu avant que revienne le Fils de l'Homme.

Et Jésus donne très formellement un avertissement:

"Prenez garde que l'on ne vous abuse, car il en viendra beaucoup sous mon nom, qui diront: "c'est moi", et ils abuseront bien des gens."

Mais avant cette "fin", avant que vienne le Fils de l'Homme, commenceront, dit Jésus, "les douleurs de l'enfantement".

"Quand vous entendrez parler de guerres et de bouleversements, ne soyez pas effrayés car il faut que cela advienne d'abord, mais ce ne sera pas de sitôt la fin. On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands séismes et, ça et là, des pestes et des famines. Il y aura aussi des phénomènes effrayants, et dans le ciel de grands signes." (Luc 21)

"Du figuier apprenez cette parabole: dès que sa ramure devient flexible et que ses feuilles poussent, vous vous rendez compte que 1'Eté est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez tout cela, rendez-vous compte qu'Il est proche, aux portes." (Math.24)

"Et alors on verra le Fils de l'Homme venir dans une nuée avec puissance et grande gloire. Lorsque cela commencera d'arriver, redressez-vous, levez la tête, car votre délivrance est proche." (Luc 21)

"Il enverra ses anges avec une trompette sonore pour rassembler ses élus des quatre coins de l'horizon, d'un bout des cieux à l'autre." (Marc 13)

Seigneur! quand cela aura-t-il lieu ? Si cette question fut celle que posèrent ses disciples au sujet du temple, elle fut aussi celle que se posèrent les déchiffreurs de prophéties au sujet du retour du Christ.

Jésus, au mont des Oliviers, répondit à la double question, puis extrapola deux perspectives.

* Pour la destruction du temple:

"Quand vous verrez Jérusalem investie par les armées, rendez- vous compte que sa destruction est toute proche... Car ce seront des jours de châtiment où tout ce qui a été écrit devra s ‘accomplir." (Luc 20/22)

"Cette génération ne passera pas que tout cela ne soit accompli." (Luc 21-52)

Annonçant également la grande dispersion du peuple d'Israël:

"Ils seront passés au fil de l'épée, emmenés captifs dans toutes les nations et Jérusalem demeurera foulée aux pieds par les gentils jusqu'à ce que soient révolus les temps des gentils" (Luc 21-23)

* Pour le retour:

Jésus visualise l'histoire de la chrétienté, depuis les premiers judéo-chrétiens jusqu'à l'époque moderne. Evoque ses martyrs et ses saints, ses querelles internes, ses scissions, ses égarements et ses vertus, son vieillissement. Il précise que la chrétienté devra avoir proclamé partout le message du Christ, car avant que vienne la fin: - il faut d'abord que la Bonne Nouvelle soit proclamée à toutes les nations," "Cette Bonne Nouvelle sera proclamée dans le monde entier en témoignage, à la face de tous les peuples et alors viendra la fin." (Math.24)

Enfin, Jésus, après avoir employé des locutions telles que: d'abord, alors, lorsque, - qui indiquaient déjà des précisions de circonstances - Jésus soudainement ajoute: "Lorsque vous verrez l'abomination dont a parlé le prophète Daniel installée dans le Saint lieu, que le lecteur comprenne."

Donc, lire pour comprendre. Le Livre de Daniel relate la vie et les visions du prophète à l'époque de la première déportation punitive du peuple d'Israël en Babylonie au sixième siècle avant Jésus-Christ. Mais, d'après les notes d'Ernest Renan, ce serait seulement deux siècles avant l'ère chrétienne que cette relation aurait été fixée par écrit homogène et placé dans les livres canoniques de l'Ancien Testament. Par l'anonyme rédacteur du récit, Daniel parle à la première personne. Les quatre visions relatées, bien qu'espacées entre-elles par quelques décades et rois, lui ayant chacune été révélée par le même céleste messager, Gabriel, en sont ainsi unifiées.

a) La première vision de Daniel

Comme une apothéose de la prière christique "Que Ton règne advienne", elle évoque l'humanité progressant vers ce règne; épanouissant ses divines potentialités; gagnant la victoire de l'esprit sur la matière, de l'amour sur la haine; repoussant les assauts du Négateur et les dominant; accomplissant sa perfection grâce à ces luttes; devenant le peuple humano spirituel des "saints-de-Dieu" qui verra disparaître dans le néant le Négateur ayant perdu sa raison d'être. L'humanité qui, après la fin de cette évolution, se sera accomplie, aura atteint son état glorieux et reflètera dans la création la gloire du Créateur.

C'est une vertigineuse prophétie! Un dôme sur les trois visions ultérieures.

Celles-ci vont indiquer en termes chiffrés certaines séquences de temps. Et puisque c'est Jésus qui reporte à Daniel pour répondre à la question de datation, c'est qu'un déchiffrement est possible. L'année biblique prophétique fut fixée à 360 jours. Ce nombre se trouve donné dans le livre de la Genèse qui indique la durée diluvienne. Et, dans le livre des Nombres, ainsi que dans celui d'Ezechiel, il est en outre expliqué qu'en langage prophétique, lorsque sont énoncés tels ou tels nombres de jours, il faut convertir ces jours en années, un jour pour un an.

b) La deuxième vision de Daniel (et première datation)

Elle présente une série de symboles animés qui décrivent par anticipations les conflits historiques des grands empires orientaux de l'antiquité: ciel d'orage étendu sur la terre de Canaan, puis annoncent l'entrée en lice d'une nouvelle puissance qui vient absorber ces empires et que, vue de nos jours, on peut identifier à l'ancien empire islamique.

La vision se poursuit en décrivant au figuré les actions métaphysiques d'une puissance qui, lorsqu'elle aura atteint son déclin par vétusté spirituelle, aura: "renversé le fondement du divin Sanctuaire, posé l'iniquité sur le sacrifice et terrassé la vérité."

Puis Daniel entend un dialogue entre deux entités célestes:

"Jusqu'à quand cette vision de la désolation d'iniquité?"
"Encore 2300 soirs et matins, alors le sanctuaire sera revendiqué."

Or Daniel cherchant à comprendre, voici que l'ange Gabriel lui précise
"C'est le temps de la fin que révèle cette vision."

De plus, Gabriel surenchérit:
"Elle est vraie la vision des soirs et matins qui a été dite. Mais toi, garde le silence, car il doit s'écouler bien des jours." (- jour pour année, c'est à dire bien des années)

c) La troisième vision de Daniel (deuxième datation)

Elle lui est donnée en réponse à son souci immédiat concernant le rétablissement de l'Etat théocratique d'Israël et le pardon de Dieu à ses coreligionnaires israélites.

L'audiant se trouve sur la fin d'une ardente prière, suppliant Dieu de mener à bonne fin le retour de Babylonie en Terre-sainte et la reconstruction du temple. Il n'a point terminé, relate t'il, lorsque l'ange Gabriel "fond sur lui" pour lui transmettre une notification "qui venait tout juste d'être émise".

Et c'est alors la célèbre prophétie des 70 semaines, dont les modulations septennales ont donné lieu à tant d'interprétations par les chercheurs bibliques.

Une assertion formulée dans l'un des Ecrits baha'is (1) donne cette prophétie comme ayant trait à la manifestation du Christ. Selon cette source, ce serait bien l'an 457 avant J.C. qui marque le point de départ des 70 semaines.

Effectivement, en l'an 457, l'édit du roi Artaxerxés nommait Néhémie gouverneur de Judée avec mission et pouvoirs pour que renaisse Jérusalem et la loi sainte. (Ce qui eut lieu, comme on le verra plus loin, par la fête solennelle de l'an 433.)

Ces 70 semaines sont à lire 490 années. Et si on les fait partir de l'an -457, voici que l'on débouche en l'an 33 de l'ère chrétienne, l'an 33 en lequel se sacrifia le Christ.

La notification transmise à Daniel par Gabriel, avait fixé le laps de temps imparti au peuple (pardonné) d'Israël, pour accomplir son destin. A partir du début de sa renaissance au retour de Babylonie jusqu'à son option décisive d'acceptation ou de refus du Christ, courent des 70 semaines.

En l'an 33, le verdict tombe.

d) La quatrième vision de Daniel (troisième et triple datation)

Elle émane d'une entité majestueusement éblouissante (que l'on retrouvera dans la vision ultérieure de Jean).

Voici comment la décrit Daniel: "Un homme vêtu de lin, les reins ceinturés d'or pur, son corps avait l'apparence de la chrysolithe, son visage l'aspect de l'éclair, ses yeux comme des lampes de feu, ses bras et jambes comme l'éclat du bronze poli, le son de ses paroles comme la rumeur d'une multitude." (Daniel 10/4)

Et la grande voix annonce: "Ce qui est inscrit dans le Livre de Vérité", lui révèle: "Ce qui adviendra à ton peuple à la fin des jours, car voici pour ces jours une nouvelle vision"

Le texte prophétique reprend alors le thème déjà évoqué dans la deuxième vision sur les conflits historiques de l'antiquité et y ajoute un rappel des évènements de l'histoire israélite de la troisième vision. Puis cela se transfère - hors du temps historique - sur le plan surnaturel de la première vision.

Et enfin, l'impressionnante apparition atteste "Par l'Eternel Vivant" qu'il y aura: "un temps, des temps, et un demi temps, et toutes ces choses s'achèveront quand sera écrasé celui qui écrase la force du peuple saint."

Or Daniel, qui a écouté tout cela sans le comprendre, ose enfin demander: "Monseigneur, quand sera cet achèvement ?"

Et la grande apparition de répondre: "Va, Daniel, ces paroles sont closes et scellées jusqu'au temps de la fin. Un grand nombre seront lavés, blanchis et purifiés; les mauvais feront le mal, les mauvais ne comprendront point; les doctes comprendront.

A compter du moment que sera aboli le sacrifice perpétuel et posée l'abomination de la désolation: 1290 jours. Heureux celui qui tiendra et qui atteindra 1335 jours." (Daniel 12/8-17)

Ces quatre visions, vues en leur ensemble, ramènent à Jésus au mont des Oliviers.

Jésus a parlé du "temps de la fin" mais a aussi parlé des douleurs de l'enfantement. Or un enfantement implique une naissance.

La glorieuse fin finale de l'évolution de l'humanité prophétisée dans la première vision de Daniel n'est concevable qu'au cours d'un avenir incalculable. Pour en arriver là, que de fins et que de naissances !

Les deuxième et quatrième visions de Daniel donnant des datations sur le "temps de la fin", ne peuvent concerner qu'une première fin et qui précède une naissance.

Il serait donc logique de penser que ce soit la fin du cycle adamique d'enfance de l'humanité, l'enfantement oh combien douloureux de cette adolescente qui doit tout remettre en question pour s'adapter à son nouvel âge, à sa nouvelle condition, et la naissance du cycle d'unité qui fut prophétisé sans trêve tout au long des Ecritures religieuses.

Dans ce cas et si nous sommes dans le temps de cette première fin, il est désormais nécessaire et possible de décrypter les datations qu'anticipa Daniel, car elles seraient la réponse de Jésus.

En deuxième vision, s'il est question du temps de la fin, il est aussi question de la revendication du divin Sanctuaire dont le fondement a été renversé, sur le sacrifice duquel est posée l'iniquité, et dont la vérité est terrassée.

Four décrypter, il y a dans l'histoire antique d'Israël une date marquante: celle du rétablissement du Sanctuaire de l'Eternel, en l'an 433 avant J.C. Cette année là eurent lieu en grande fête la proclamation publique de la loi sinaïtique exhumée de l'oubli la renaissance solennelle de Jérusalem, la reprise de la liturgie dans le temple: la résurrection de la grande religion monothéiste de Moïse replacée sur ses fondements.

En soustrayant (du cours) de 2300 (années) le nombre 433, on obtient: 1867.

L'histoire baha'ie relate les évènements de force majeure historiques qui ont conduit Baha'u'llah, précisément en 1867, à hisser le grand pavois de Dieu revendiquant le Sanctuaire.

En quatrième vision, le comput, s'il part de l'ère chrétienne, passe aussi désormais par l'ère musulmane dont le calendrier commence en l'an 622 après J.C.

Il y a ici trois différentes datations à décrypter, donc trois évènements à découvrir.
Ces trois datations sont les suivantes:
1° un temps des temps - un demi temps, 2° 1290 jours, 3° 1335 jours

1°) Pour cette première datation, les chercheurs bibliques du 19ème siècle avaient déjà trouvé la date de 1844.

L'explication baha'ie donne ceci: Il faudrait lire non-pas "des" temps mais bien "deux" temps. Soit trois ans et demi, soit quarante deux mois de chacun trente jours prophétiques, soit mille deux cent soixante jours, donc 1260 ans. Or l'an 1260 de l'ère musulmane correspond à l'an 1844 de l'ère chrétienne.

Ce fut cette année là que le précurseur annonciateur de Baha'u'llah, s'adressant simultanément au monde, en l'an 1260 et en l'an 1844, déclara historiquement sa mission sous le nom de Bab (la Porte), comme on le verra au 9ème chapitre de ce livre.

2°) Pour cette deuxième datation, 1290 jours sont à lire 1290 ans.

La première révélation que fit le prophète Muhammad de sa mission prophétique eut lieu en l'an 612 de l'ère chrétienne, (dix ans avant l'institution du calendrier musulman).

Et la première révélation que fit Baha'u'llah de sa propre mission eut lieu en l'an 1863 de cette ère.

Entre ces deux révélations s'étaient écoulées 1290 années lunaires musulmanes, auxquelles correspondent 1251 années solaires.
En groupant 612 ans et 1251 ans, on obtient 1863.

Or on trouvera au chapitre 16 du présent livre que l'annonce du "Printemps divin" a eu lieu en 1863.

3°) Pour cette troisième datation, 1335 jours sont à lire 1335 années.

En partant de l'an I du calendrier musulman, soit en l'an 622 après J.C. et en additionnant 622 à 1335, on obtient 1957.

Il sera exposé au 25ème chapitre de ce livre comment et pourquoi l'année 1957 fut prépondérante pour la structuration planétaire baha'ie.

Si "fabriqués" que puissent paraître ces calculs et si "tendancieux" les résultats, il faut penser que les chercheurs bibliques ne guettaient en Daniel que le retour du Messie ou du Christ. Nouveaux venus, le Oecuménique et annonciateur n'en ont pas moins, aux dates en questions pris des positions publiques dont l'historicité est connue.

Quittant Daniel à gauche de notre retable, restons encore avec Jésus au mont des Oliviers.

Devant nous, dans le panneau central, se déroule une histoire.

L'on y voit le drame du peuple d'Israël. Peuple élu qui, pour avoir démérité devant Dieu, fut déchu de ses prérogatives, déporté en Babylonie ne laissant que ruines derrière lui. Après cette séquence punitive, Dieu a pardonné.

C'est Cyrus le roi de Perse qui, par sa politique de libéralisme religieux est alors le canal historique de ce pardon et son célèbre édit déclanche le processus du retour et de la reconstruction (sans lequel ni l'histoire d'Israël ni celle de Jésus n'eussent pu s'accomplir.)

Curieusement, une prophétie d'Isaïe fort antérieure au temps de Cyrus émettait la parole suivante: "Je dis à Cyrus "tu est mon berger". Lui, exécutera ma volonté tout entière quand il dira à Jérusalem "sois rebâtie" et au sanctuaire "sois fondé"." (Isaïe 44/27)

Dès l'édit Artaxerxés, en -457, commencent à jouer les 70 semaines daniéliques, dans l'option de redressement méritoire concédée par Dieu au peuple de Moïse. Ces 70 semaines qui sont les derniers siècles avant la manifestation Christique. En la 70ème semaine, on est au point culminant de cette option.

Jésus, né de l'Esprit, tend au monde la coupe de la vie éternelle et offre à quiconque croit en Lui, le Royaume de Dieu. Or les meneurs du peuple élu sentent peser sur Israël les crocs de la louve romaine et s'ils espéraient, certes, le roi messianique annoncé par leurs prophètes, ce roi de gloire tant chanté dans les psaumes de David., ils n'ont que faire d'espérances à moyen ou long terme. Si roi il doit y avoir, ces meneurs à courte vue en souhaitent la prompte venue mais le voudraient nationaliste, politisable, capable d'établir en Israël l'ordre et la sécurité et de lui rendre sa puissante unité du temps de Salomon.

Celui qui fustige les marchands au Temple, qui parle d'Esprit de Paix d'Amour et dit que son royaume n'est pas de ce monde, ne semble aucunement être le Messie que l'on attend.
Il est donc dénié, rejeté et condamné par eux.

Dès lors, l'Alliance de Dieu va leur échapper. L'acte premier est terminé. Le rideau tombe.

Pour le deuxième acte, le rideau aussitôt se lève sur les premiers judéo-chrétiens, sur la naissance de la chrétienté. L'Alliance se transfère sur ceux qui acceptent le don du Christ. Le peuple de Dieu est celui qui choisit le royaume de l'Esprit. La Chrétienté est bénie, s'approfondit, se développe, fleurit. Et le grand message de la divine destinée de l'homme, la Bonne Nouvelle, rayonne au grand soleil du nom du Christ.

Puis, peu à peu, les authentiques enseignements christiques se dénaturent et se stratifient. Le tendre amour est devenu charité rude. La douce paix est devenue force imposée.
Dogme et politique se font plus royalistes que ne l'est le roi du divin royaume.

C'est alors, qu'au 7ème siècle, se produit un fait nouveau. Muhammad, un obscur marchand caravanier arabe de la descendance d'Abraham par Ismaël, est soudain investi de l'audition d'un grand message (le Coran) dont le messager est à nouveau Gabriel, - Gabriel des visions de Daniel, de l'annonce à Marie - Gabriel qui se nomme formellement à Muhammad, signifiant ainsi la continuité de la Révélation.

Et ceci est l‘acte trois. Car c'est au tour de la chrétienté de se voir offrir une option.

Le Coran en effet, confirme la Parole du Christ mais infirme certaines erreurs de l'église chrétienne, survenues au cours des six premiers siècles.

L'Eglise pouvait accepter de rectifier. Elle préféra ignorer l'option, se voulant l'unique détentrice de la Parole.

Et ce fut alors la grande lutte séculaire entre Chrétienté et Islam, chacun qualifiant l'autre d'infidèle.

De même, Israël en diaspora pouvait admettre le Coran comme étant subséquent à ses propres livres bibliques et, saisissant sa chance, accepter l'option nouvellement offerte. Or Israël, sans rallier l'étape coranique, se contenta dans les premiers siècles de l'Islam d'avoir une coexistence religieuse pacifique de bonne tolérance. Dans le deuxième millénaire d'exil en diaspora occidentale et les positions s'étant raidies, le sort d'Israël en fut très aggravé.

Cette trilogie atteint ainsi le début du 19ème siècle chrétien, du 13ème siècle musulman.

Par ces deux grands monothéismes tout-puissants dans le monde, l'homme depuis longtemps est encagé dans le rituel. La vérité originelle de leurs deux révélations respectives est en oubli. La lettre recouvre l'esprit, l'iniquité prévaut sur la vertu. De leurs trônes, leurs deux pontifes ont régné sur la religion par l'autoritarisme du pouvoir temporel.

L'intemporel Temple de Dieu en est profané, l'abomination de la désolation le revêt. La foi grésille comme flamme à bout de souffle. Est-ce là le temps de la fin ?

Pour ce temps de la fin, Jésus avait indiqué par surcroît deux précisions de faits qui devraient s'être accomplies quand le figuier présenterait les signes du renouveau.

L'une: la diffusion mondiale de la Bonne Nouvelle sur tous les continents. (Marc 26,Mathieu 24)

Or les statistiques des missions chrétiennes montrent que dès 1834, après un apostolat de plusieurs siècles, cette précision de faits était accomplie.

La Bible Chrétienne, composée de l'Ancien et du Nouveau Testament, c'est à dire du message israélite et du message christique à la fois, avait ainsi, de stop en stop, accompli son tour du monde.

Et avait de ce fait, co-informé, co-enseigné parallèlement aux enseignements de l'Islam et des autres religions du vaste monde.

Cette première précision de fait, indiquée par Jésus, était fort explicite en son laconisme !

Quant à la seconde: le cas d'Israël qui devait demeurer exclu et dispersé, avec Jérusalem aux mains des étrangers, jusqu'à la levée de l'interdit divin. (Luc 26, Mathieu 24)

Le cas d'Israël ! Israël, le peuple élu porteur de la Promesse, un peuple et un destin exceptionnels.

Israël expatrié, déchu, honni, qualifié de déicide, exécré, Israël tout au long de sa longue longue diaspora ne cesse de méditer, de s'accrocher à sa Promesse, de prier, d'espérer, d'attendre et de croire.

Il endure en exil une variété de séquences plus ou moins douloureuses. Son pays connaît une diversité d'occupants plus ou moins tolérants envers les quelques mini groupes israélites demeurés en vigiles au sol; d'occupants plus ou moins affairés à posséder "au nom de Dieu" cette fière Jérusalem que rien ne parvient à violer.

Romanité païenne, Byzantisme chrétien, Islam qui érige son dôme sur les ruines du Temple, édifices cultuels en tous genres, royaumes crusadiens, conquêtes et reconquêtes des lieux saints par les uns ou les autres; puis l'Islam encore, et par surcroît l'occupant ottoman qui, du 16ème siècle au début du 20ème, fait peser son régime politique et policier sur ce pays qui n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut. Abandon, misère, aridité, saleté, désolation, mal traitements, sont le lot de ses habitants.

Mais depuis le milieu du 19ème siècle, les premiers symptômes de flexibilité de la ramure du figuier évoqué par Jésus apparaissent.

Israël en Europe sort de sa pieuse résignation, commence a concevoir un Etat nominal, fonde le mouvement sioniste, gagne le soutien de personnalités politiques et financières mondiales. Surtout, il fait parler de lui. Et les pogroms, s'ils sont hélas sanglants, les pogroms parlent I

Et voici même la chrétienté tricéphale qui bouge. On ouvre à Jérusalem des consulats de diverses nationalités. Des philanthropes fondent des établissements sociaux. L'immobilier entre en jeu et construit. La civilisation et l'urbanisme de déploient malgré le régime ottoman. La démographie augmente. Des colonies agricoles s'instaurent. Des israélites de la diaspora reviennent au pays.

Déjà, la ramure est flexible, les feuilles sont encore invisibles mais pourtant proches...

Israël! Israël dont Esaïe avait prophétisé le point culminant de son malheur et de son relèvement par des versets devenus explicites après l'atroce génocide hitlérien:

"Voyez, mon serviteur prospère; il s'élève, grandit, est placé très haut: Autant la multitude fut stupéfaite à son sujet car il était défiguré au point de n'avoir plus rien d'humain - son apparence n'était plus celle des fils d'Adam; autant il fera accourir des peuples nombreux, les rois se tiendront bouche close devant lui; car ce qui ne leur a point été conté: ils le verront, ils observeront ce qu'ils n'avaient point ouï dire." (Isaïe 52/13-15)

La suite, tout le monde la connaît Et la prodigieuse ascension de la renaissance d'Israël, marque le fait sans précédent d'un Etat qui existe par décision consultative et juridique de la majorité des nations. En outre, le peuple israélien moderne, - israélites et israéliens - est composé d'immigrants nés dans plus de cent nations différentes. Dans ses enfants nés en Israël, ce peuple exemplifie par son unité fusionnée, la synthèse de l'unicité humaine.

On voit ainsi combien cette deuxième précision de fait était tout aussi révélatrice et explicite que la première.

Quittons à présent Jésus au centre de notre retable, et passant à droite, voyons Jean.

En ouvrant le livre de sa Révélation, d'emblée il est précisé qu'il s'agit là d'une: "révélation de Jésus-Christ. Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt."

Après cet avertissement, Jean relate qu'il se trouvait sur l'île de Patmos lorsqu'il reçu cette vision.

En état de transe, il entend soudain une voix clamant comme dans une trompe et, se tournant vers la clameur, il voit entouré de sept candélabres d'or: "comme un fils d'homme, revêtu d'une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or."

Si la description qu'en donne ainsi Jean rappelle étrangement celle de la vision de Daniel, c'est que le symbolisme en est le même.

Jean, poursuit son récit: "Sa tête, avec ses cheveux blancs, est comme neige. Ses yeux sont comme une flamme ardente. Ses pieds comme de l'airain précieux que l'on aurait purifié au creuset. Sa voix, comme le grondement des grandes eaux.

Dans sa main droite il y a sept étoiles et de sa bouche sort une épée effilée à double tranchant. Son visage est comme le soleil brillant de tout son éclat." (Jean 1/13)

Puis Jean ajoute qu'à cette vue il tomba à terre comme foudroyé mais que "Lui" le toucha de sa dextre, le rassurant: "Ne crains rien. C'est Moi. Le Premier et le Dernier, le Vivant... Ecris-donc avec soin tes visions, le présent et ce qui doit arriver plus tard." (Jean 1/17)

Puis, la grande apparition énonce: "Quant au mystère des sept étoiles... et des sept candélabres d'or, le voici: les sept étoiles sont les anges des sept églises et les sept candélabres sont les sept églises."... (Jean 1/20) et dicte ensuite à Jean sept messages différents, (les Lettres aux sept Eglises), chacun d'eux comportant un liminaire et une conclusion particuliers.

Les messages traitaient de questions spécifiques aux églises d'alors, mais les liminaires et conclusions - si on les lit en les ayant détachés des messages - prennent une dimension prophétique dominante.

En cette dimension, le mystère des étoiles et candélabres pourrait être accessible. Il suffirait de transposer en pensée le sens du mot "église" en celui de "religion". Ainsi faisant, on comprendrait que le Vivant tient en sa main les sept esprits- animateurs de sept religions, et que les sept candélabres d'or sont les lumineux substrats de ces sept religions.

Voici, séparés de leurs messages centraux, ces liminaires et conclusions.

- I - Liminaire
"Ainsi parle celui qui tient les sept étoiles dans sa droite, qui marche au milieu des sept candélabres d'or.

Conclusion:
Celui qui a des oreilles, qu'il écoute ce que l'Esprit dit aux Eglises: Au vainqueur, je donnerai à manger de l'arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu."

- II - Liminaire
"Ainsi parle le Premier et Dernier, Celui qui fut mort mais qui est revenu à la vie.

Conclusion:
Le vainqueur n'a rien à craindre de la seconde mort."

- III - Liminaire
"Ainsi parle Celui qui possède l'épée effilée à double tranchant.

Conclusion:
Au vainqueur, je donnerai de la manne cachée. Je lui donnerai un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît hormis celui qui le reçoit."

- IV - Liminaire
"Ainsi parle le Fils de Dieu dont les yeux sont comme une flamme ardente et les pieds pareils à de l'airain précieux.

Conclusion:
Et je lui donnerai l'Etoile du Matin. Celui qui a des oreilles, qu'il écoute ce que l'Esprit dit aux Eglises."

- V - Liminaire
"Ainsi parle Celui qui possède les sept Esprits de Dieu et les sept étoiles.

Conclusion:
Le vainqueur sera donc revêtu de blanc et son nom je ne l'effacerai pas du Livre de Vie mais j'en répondrai en présence de mon Père et des anges.
Celui qui a des oreilles, qu'il écoute ce que l'Esprit dit aux Eglises."

- VI - Liminaire
"Ainsi parle le Saint, le Vrai, Celui qui détient la clé de David. S'Il ouvre, nul ne fermera et s'Il ferme, nul n'ouvrira.

Conclusion:
Mon retour est proche. Tiens ferme ce que tu as et que nul ne te ravisse ta couronne. Le vainqueur, je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu, il n'en sortira jamais plus et je graverai sur lui le nom de mon Dieu et le nom de la cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel de mon Dieu, et le nouveau nom que je porte. Celui qui a des oreilles, qu'il écoute ce que l'Esprit dit aux Eglises."

- VII - Liminaire
"Ainsi parle l'Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe des oeuvres de Dieu.

Conclusion:
Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper. Moi près de lui et lui près de moi.
Le vainqueur, je lui donnerai de prendre place près de moi sur mon trône, de même que moi-même après ma victoire j'ai pris place auprès du trône de mon Père sur son trône.
Celui qui a des oreilles, qu'il écoute ce que l'Esprit dit aux Eglises."

Dans le Livre de Jean, venant immédiatement après les Lettres aux sept Eglises, la vision apocalyptique se déploie, puis se termine sur cette affirmation:

"Voici que mon retour est proche... Je suis l'Alpha et l'Omega, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin."

Et nous refermons le retable !


Chapitre 3. LA PROMESSE DE L'UNITE UNIVERSELLE

Dans le monde, remarque Teilhard de Chardin dans son livre "Le phénomène humain", "dans le monde, l'homme est entré s