LA FOI BAHA'IE
L'émergence d'une religion mondiale
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3. Baha'u'llah
Éminent parmi la poignée de dirigeants bábís qui échappèrent aux massacres de
1848 à 1853 se trouvait un noble du nom de Mírzá Husayn `Alí.
[Nota: La principale source utilisée pour l'étude de la vie et de la mission
de Mírzá Husayn `Alí, connu sous le nom de Bahá'u'lláh, est
Dieu passe près de nous,
de Shoghi Effendi, chapitre V-VIII. Une bibliographie plus importante a été
rédigée par H.M. Balyuzi, Bahá'u'lláh. Il existe aussi une autre source précieuse
: une série d'études des Écrits de Bahá'u'lláh entreprise par Adib Taherzadeh,
The Revelation of Bahá'u'lláh, vol. I-IV.]
Sa famille, qui appartenait à la vieille aristocratie terrienne de Perse, possédait
de vastes propriétés dans la région de Núr, dans la province de Mázindarán.
[Nota: Sa famille descendait de l'une des grandes dynasties de la Perse préislamique,
période qui témoigna d'un fort degré de culture, la dynastie des Sásánián. Balyuzi
dans Bahá'u'lláh, p. 9-11, en donne tous les détails.]
Mírzá Husayn `Alí fut l'un des premiers à accepter le Báb en 1844, lorsque Mullá
Husayn lui délivra un message du Báb en sa demeure familiale de Téhéran. Selon
le récit de Mullá Husayn, il est clair qu'il partit à la recherche de Mírzá
Husayn `Alí sur instruction spéciale du Báb. En fait, le Báb différa un pèlerinage
à La Mecque prévu depuis longtemps, où il déclara publiquement sa mission pour
la première fois, afin d'attendre la lettre de Mullá Husayn l'informant de l'issue
de sa visite à Mírzá Husayn `Alí. Quatre de ses frères le suivirent dans cette
nouvelle foi, dont un jeune demi-frère nommé Mírzá Yahyá. Étant donné que la
plus grande partie des disciples du Báb était issue des classes religieuse,
commerçante ou paysanne, la conversion de membres d'une famille influente parmi
la caste dirigeante témoignait d'une évolution importante.
Pendant les trois ou quatre premières années, la position sociale de Mírzá Husayn
`Alí, qui devint un enseignant actif de la nouvelle foi, le tint, dans une certaine
mesure, à l'abri des attaques physiques que subissaient ses coreligionnaires.
Ses activités étaient également protégées par une réputation d'intégrité personnelle
tout à fait inhabituelle dans les sphères gouvernementales de son époque, où
la corruption était une institution nationale dont dépendait toute promotion.
Depuis plusieurs générations, certains membres de sa famille occupaient des
postes de haute responsabilité politique. Son père, Mírzá `Abbás, était le Premier
ministre de la province de Mázindarán. Né le 12 novembre 1817, Mírzá Husayn
`Alí n'avait que vingt-deux ans à la mort de son père en 1839, ce qui n'empêcha
pas qu'on lui offrît le poste de son père au gouvernement. Au grand étonnement
de sa famille et de ses associés, il refusa cette nomination lucrative. Au lieu
de cela, il consacra les quelques années qui suivirent à l'administration des
domaines familiaux, à l'éducation et à la formation des plus jeunes membres
de sa famille, ainsi qu'à toutes sortes d'actes de bienfaisance qui lui valurent
de la part des habitants de la région le surnom populaire de Père des pauvres.
Lorsque, à l'âge de vingt-sept ans il devint disciple du Báb, Mírzá Husayn `Alí
s'engagea avec énergie dans les activités de cette jeune foi qui subissait les
premiers assauts des persécutions qui devaient suivre. Il voyagea beaucoup,
fut responsable de la conversion d'un nombre important de personnes de valeur
dont plusieurs membres de sa propre famille, et soutint financièrement une grande
partie des activités d'enseignement des bábís dans différentes parties du pays.
Très tôt après sa déclaration de foi, Mírzá Husayn `Alí entama une correspondance
avec le Báb qui se poursuivit jusqu'à l'exécution de celui-ci en 1850. En raison
de cette correspondance et de son association étroite avec de remarquables bábís,
tels Vahíd, Quddús, Mullá Husayn et Táhirih, ses coreligionnaires en vinrent
progressivement à le considérer comme un guide qui les dirigeait dans leur compréhension
des enseignements de leur foi. L'influence de Mírzá Husayn `Alí, en tant que
dirigeant bábí, se manifesta à son plus haut degré lors de la conférence de
Badasht en 1848, conférence qu'il organisa personnellement et guida indirectement,
et qui révéla de manière spectaculaire la portée révolutionnaire des enseignements
du Báb.
[Nota: Pour un rapport détaillé des événements de la conférence, voir la
La chronique de Nabil ,
de Nabíl-i-A`zam, p. 273-283.]
Un autre événement eut lieu à Badasht, qui devait avoir une portée incalculable.
En reconnaissance du nouveau jour de Dieu qui s'était levé, Mírzá Husayn `Alí
conféra à chacun des quatre-vingts participants un nouveau nom en rapport avec
les qualités spirituelles de chaque individu. Ce fut à Badasht que la grande
poétesse de Qazvín, Qurratu'l-`Ayn, reçut le nom de Táhirih (la Pure), désignation
qui réduisit au silence ceux qui avaient objecté au fait qu'elle soit apparue
publiquement sans voile. Pour lui-même, Mírzá Husayn `Alí choisit le titre de
Bahá (Splendeur ou Gloire). Peu après la fin de la conférence, son autorité
à conférer de tels titres fut sanctionnée par le Báb, qui écrivit toute une
série de lettres aux participants de Badasht et s'adressa formellement à eux
en utilisant les noms que leur avait attribués Mírzá Husayn `Alí lors de la
conférence. À Bahá, le Báb adressa un document extraordinaire en forme d'étoile
et calligraphié de sa propre main. Il se composait de trois cents courts versets,
chacun d'entre eux étant un dérivé du mot Bahá, inclus dans le titre Bahá'u'lláh,
Gloire de Dieu.
L'art de la calligraphie était un accomplissement culturel particulièrement
prisé par les hommes de lettres persans, et le manuscrit en question fut considéré
comme un chef-d'oeuvre qui ne pouvait être égalé par aucun calligraphe entraîné
- ouvrage si fin et si intriqué, selon les mots d'un écrivain que, vus de loin,
les mots semblaient n'être qu'un fin lavis d'encre sur le papier.
[Nota: Nabíl-i-A`zam,
La chronique de Nabil ,
p. 473.]
Mírzá Husayn `Alí fut connu par la suite auprès de ses coreligionnaires bábís
et dans l'histoire sous le nom de Bahá'u'lláh.
Les nouvelles vagues de violences provoquées par la conférence de Badasht et
ses répercussions engendrèrent une situation qui ne laissa plus aucun membre
de la nouvelle foi à l'abri des attaques. Lorsque Bahá'u'lláh intervint pour
protéger Táhirih ainsi qu'un certain nombre de ses compagnons qui avaient été
arrêtés après la conférence, il fut lui-même emprisonné et reçut la bastonnade.
Il subit de nouveau le même sort à quelque temps de là, ayant été arrêté alors
qu'il se rendait à Shaykh-Tabarsí pour y rencontrer Quddús et Mullá Husayn.
Une fois libéré, il fit des efforts répétés pour convaincre ses parents et amis
qui occupaient des positions importantes (et qui le sermonnaient quant à ses
activités) que les bábís étaient à la fois pacifiques et respectueux des lois.
Il avertit ces personnes que, si le gouvernement n'assumait pas ses responsabilités
en freinant les persécutions que suscitait le clergé, le royaume se retrouverait
plongé dans des violences de masse, et que des troubles s'ensuivraient.
Cet avertissement ne s'avéra que trop exact lorsque, au cours de l'été 1852,
deux jeunes bábís attentèrent à la vie du chah. Bahá'u'lláh fut arrêté avec
d'autres éminents bábís, emmené à Téhéran et incarcéré dans une prison tristement
célèbre, connue sous le nom de Síyáh-Chál, et ainsi décrite : " ... un cachot
souterrain de Téhéran une répugnante fosse qui avait servi autrefois de réservoir
d'eau pour l'un des bains publics de la ville. "
[Nota: Shoghi Effendi,
Dieu passe près de nous ,
p. 95-96.]
Bahá'u'lláh passa quatre mois dans le Síyáh-Chál, pendant lesquels une conflagration
anti-bábíe fit rage dans toute la Perse. Les prisonniers du Síyáh-Chál vivaient
sous la constante menace d'une mort imminente. Chaque jour, les bourreaux descendaient
les marches, choisissaient une victime et l'emmenaient pour l'exécuter. Plusieurs
condamnés furent exécutés sur place. Un marteau et un piquet furent parfois
utilisés pour enfoncer un épais bâillon de bois dans la gorge de la victime,
dont le corps était parfois laissé des heures, voire même des jours, enchaîné
à ceux qui étaient encore en vie.
L'une de ces victimes du Síyáh-Chál, dont les récits ont été immortalisés dans
l'histoire bahá'íe, était un jeune homme du nom de Sulaymán Khán, ancien cavalier
dans l'armée impériale. Sulaymán Khán, qui ne craignait pas le danger, avait
déjà risqué sa vie pour recouvrer la dépouille mortelle du Báb abandonnée au
bord d'un fossé après son exécution à Tabriz. Lorsque vint son tour de mourir,
les bourreaux creusèrent plusieurs trous dans le corps de Sulaymán Khán à l'aide
de couteaux tranchants et y placèrent des bougies allumées. On le fit ainsi
marcher dans les rues jusqu'à sa mort. La culture persane n'estime rien tant
que le panache, et c'est, poussé à la fois par son exaltation spirituelle et
par un certain sens du dramatique, que Sulaymán Khán parcourut les rues de la
capitale, souriant lorsqu'il rencontrait des connaissances et récitant des vers
de grands poètes classiques persans. Lorsqu'on lui demanda pourquoi il ne dansait
pas s'il était vraiment si heureux, il satisfit ses bourreaux en entamant les
lentes et majestueuses volutes d'une danse créée par les mystiques Mawlaví.
[Nota: Voir Shoghi Effendi,
Dieu passe près de nous
,
pp. 74-75.]
Des spectacles aussi dramatiques dans la mort exerçaient une attraction irrésistible
sur l'imagination des érudits et artistes occidentaux. Des personnalités aussi
différentes que le comte de Gobineau, Sarah Bernhardt, Léon Tolstoï et Ernest
Renan furent subjuguées par l'histoire tragique de ce jeune Báb et de sa troupe
de héros. Edward Browne découvrit cette histoire pour la première fois dans
les écrits du comte de Gobineau et consacra ensuite une grande partie de sa
vie à l'étude des religions bábíe et bahá'íe. Browne décrivit ainsi les jeunes
martyrs :
" Ce sont les vies et les morts de ces personnes, leur espérance qui ne connaît
pas le désespoir, leur amour qui ne connaît pas la haine, leur constance qui
ne connaît pas la défaillance, qui donnent à ce mouvement un caractère qui lui
est propre. Car, quels que soient les mérites et démérites des doctrines pour
lesquelles toutes ces personnes et des centaines de nos frères humains sont
morts, ils ont au moins trouvé quelque chose qui les a rendus prêts à :
Abandonner toutes choses sous ces cieux,
Et partir nus sous le soleil et la pluie,
Et travailler et attendre et veiller toute leur vie.
Supporter ce qu'ils ont supporté n'est pas chose mince ni aisée, et certainement
ce qu'ils considèrent comme plus cher que la vie elle-même mérite l'effort d'être
compris. Je ne parlerai pas de l'influence importante que, je le pense, la foi
bábíe jouera dans le futur, ni de la vie nouvelle qu'elle insufflera peut-être
à un peuple mort; car, qu'il atteigne ou non son but, l'héroïsme magnifique
des martyrs bábís restera un acte éternel et indestructible...
Mais ce que je ne peux espérer vous avoir transmis, c'est la terrible ferveur
de ces hommes et l'influence indescriptible que cette ferveur, combinée à d'autres
qualités, exerce sur tous ceux qui ont été effectivement amenés à les rencontrer.
Sur ce dernier point, vous pouvez en croire ma parole... "
[Nota: Edward G. Browne, Bábism, dans Religious Systems of the World, p.
352-353.]
Bahá'u'lláh échappa par miracle à la pire de ces vagues successives de persécution.
Les autorités civiles répugnèrent à le relâcher, car elles étaient conscientes
du rôle important qu'il jouait dans la communauté bábíe. Cependant, en raison
de la position sociale de sa famille et d'une intervention personnelle de l'ambassadeur
russe, le prince Dolgorukov, il eut été particulièrement maladroit de l'exécuter
sans un procès. Or un procès était impossible. Le coupable présumé de la tentative
d'assassinat sur le chah avait, lors de son jugement, avoué son acte en présence
d'un représentant envoyé par le gouvernement russe, et il avait totalement disculpé
les dirigeants bábís, Bahá'u'lláh compris, de toute complicité.
[Nota: Le propre rapport du gouvernement persan, publié dans le journal officiel,
le Rúznámiy-i-Vaqáyi`-i-Ittifáqíyyih, admet naïvement l'innocence de Bahá'u'lláh
et celle de plusieurs autres personnes qui avaient été arrêtées arbitrairement,
mais déclare qu'ils seront néanmoins punis : " Parmi les bábís qui sont tombés
entre les mains de la justice, il en est six dont la culpabilité n'a pu être
établie clairement et qui par conséquent ont été condamnés à l'emprisonnement
à vie ". Le nom de Bahá'u'lláh figurait en second dans le rapport du journal.
(Momen, Bábí and Bahá'í Religions, p. 141.) Le plaisir que met le rapport à
décrire les tortures barbares pratiquées sur les victimes qui avaient été exécutées
était également représentatif de la situation en Perse au dix-neuvième siècle.]
Le nouveau Premier ministre, parent de Bahá'u'lláh, put en fin de compte persuader
les membres de la famille royale qui souhaitaient l'exécution du prisonnier
qu'il serait préférable de le bannir de la Perse.
[Nota: Mírzá Taqí Khán, le Premier ministre qui avait pris la direction des
pogromes anti-bahá'ís fut lui-même exécuté en 1853 sur l'ordre du jeune chah
jaloux de son pouvoir grandissant. Les plus habiles administrateurs de la période
Qájár de l'histoire de la Perse subissaient fréquemment ce sort.]
L'exil fut donc arrêté, après toutefois que le chah ait confisqué les biens
de Bahá'u'lláh, que sa demeure à Téhéran ait été pillée, sa résidence secondaire
entièrement détruite et que les oeuvres d'art et manuscrits qu'il possédait soient
parvenus entre les mains des hauts fonctionnaires du gouvernement persan (dont
le Premier ministre lui-même).
Ainsi, dépourvu de ses biens, affaibli et marqué à vie par les dommages physiques
qui lui avaient été infligés dans le Síyáh-Chál, Bahá'u'lláh fut exilé de son
pays natal sans procès ni recours. Ceux qui le virent alors furent étonnés de
constater qu'une expérience aussi destructrice avait plutôt renforcé son assurance
et son pouvoir. Ce fut en fait là, dans ce trou noir du Síyáh-Chál, que se produisit
l'événement le plus significatif de l'histoire bábíe et bahá'íe. Là, Bahá'u'lláh
fut investi du manteau de Celui que Dieu rendra manifeste. Bahá'u'lláh décrivit
cette expérience dans le cachot de sa prison au cours de laquelle lui fut dévoilée
pour la première fois sa mission :
" Une nuit, en rêve, ces paroles exaltantes se firent entendre de tous côtés
: " En vérité, Nous te rendrons victorieux par toi-même et par ta plume. Ne
t'afflige pas de ce qui t'est arrivé et ne sois pas effrayé, car tu es en sécurité.
Bientôt Dieu fera paraître les trésors de la terre : des hommes qui t'aideront
par toi-même et par ton nom, avec lesquels Dieu a ranimé les coeurs de ceux qui
l'ont reconnu "... Pendant les jours où j'étais confiné dans la prison de Téhéran,
quoique le poids irritant des chaînes et l'air empesté m'aient laissé peu de
sommeil, il me semblait que, dans ces rares moments d'assoupissement, quelque
chose s'écoulait du sommet de ma tête sur ma poitrine, ainsi qu'un torrent puissant
se précipite sur la terre du sommet d'une montagne élevée. Tous mes membres
prenaient alors feu. À ces moments-là, ma langue prononçait des paroles qu'aucun
homme ne pourrait supporter d'entendre. "
[Nota: Cité dans
Dieu passe près de nous,
de Shoghi Effendi, p. 96.]
Ainsi Bahá'u'lláh fut-il l'objet de la révélation du Báb et le foyer de vérité
pour ceux qui l'avaient suivi. Un signe important témoigne du fait que le Báb
avait, dès le début, considéré Bahá'u'lláh comme celui dont il était venu lui-même
préparer le chemin. Il l'avait signifié à quelques-uns de ses plus proches disciples
et établi dans un remarquable extrait du Bayán :
" Bienheureux soit celui qui fixe son regard constant sur l'ordre de Bahá'u'lláh
et rend grâce à son Seigneur ! Car il sera assurément rendu manifeste. Dieu
en effet l'a décrété irrévocablement dans le Bayán. "
[Nota: Cité dans
L'Ordre mondial de Baha'u'llah,
de Shoghi Effendi, p. 136.]
Après quatre mois de détention dans le Síyáh-Chál, Bahá'u'lláh fut relâché tout
aussi arbitrairement qu'il avait été emprisonné et fut informé qu'un décret
formel du chah l'exilait avec toute sa famille et quiconque désirait l'accompagner.
Ce n'est pas sans raison qu'il choisit alors de ne pas annoncer sa mission à
ses disciples. Aussi, lorsqu'on lui offrit asile en Russie, choisit-il comme
lieu d'exil la ville de Bagdad qui se trouve actuellement en Iraq, et qui était
alors une province de l'Empire ottoman voisin. Progressivement, pendant les
trois années qui suivirent, une petite colonie de bábís se réunit autour de
lui ainsi que les membres de sa famille qui l'accompagnaient dans son exil.
Parmi ces derniers se trouvait son plus jeune demi-frère, Mírzá Yahyá, qui s'enfuit
de la Perse, déguisé, et rejoignit sa famille peu après leur arrivée en Iraq
en 1853. Et c'est de cette recrue inattendue qu'une nouvelle forme d'opposition
et de difficultés naquit.
L'histoire de Mírzá Yahyá est à la fois curieuse et pathétique. Les activités
de Yahyá menacèrent gravement la mission de Bahá'u'lláh, et ses effets nourrissent
encore actuellement certaines des attaques contre la communauté bahá'íe.
Mírzá Yahyá avait treize ans de moins que Bahá'u'lláh qui avait en grande partie
supervisé son éducation. Calligraphe de talent, il servit pendant un temps de
secrétaire personnel à Bahá'u'lláh. Ceux qui le connaissaient le décrivaient
comme un être craintif et susceptible, facilement influençable. Il suivit passionnément
son frère dans la foi bábíe et l'accompagna même lors de ses premiers voyages.
Mírzá Yahyá, de nature aimable, était respecté dans la communauté bábíe en raison
de ses rapports étroits avec Bahá'u'lláh ainsi que de la position sociale de
sa famille. À l'époque de la conférence de Badasht, le Báb, après avoir consulté
Bahá'u'lláh et un autre éminent bábí, déclara par écrit que Yahyá serait le
chef nominal de la communauté bábíe s'il venait à mourir. Rétrospectivement,
il apparaît évident que le but de cette nomination était de créer un canal par
lequel Bahá'u'lláh continuerait à gérer les affaires de cette nouvelle foi tout
en évitant le risque que représentait l'addition d'une nomination formelle au
rang éminent qu'il avait déjà acquis.
[Nota: Et, cependant, l'arrêté expulsant Bahá'u'lláh de Perse (l'original
existe toujours) ne mentionne que lui seul, aucune référence n'étant faite à
Mírzá Yahyá.]
Yahyá, à l'époque de cette nomination, se trouvait dans une position où sa personne
n'était pratiquement pas en danger, car il vivait en grande partie retiré sur
les terres de sa famille dans le nord du pays, d'où il s'enfuit lorsque les
troubles atteignirent cette région.
[Nota: Voir Shoghi Effendi,
Dieu passe près de nous,
chapitre VII et X. Voir aussi 'Abdu'l-Bahá , A Traveller's Narrative, p. 53.]
Le groupe d'exilés s'était cependant à peine installé en Iraq que Yahyá succomba
à l'offre répétée d'un personnage persuasif, un étudiant en théologie musulmane
du nom de Siyyid Muhammad. Siyyid Muhammad qui, semble-t-il, aurait voulu devenir
une autorité doctrinale dans la communauté bábíe, poussa Yahyá à se défaire
de la tutelle de son frère et à assumer pour lui-même la direction de la religion
bábíe.
[Nota: Voir Shoghi Effendi,
Dieu passe près de nous,
chapitre X; voir aussi Balyuzi, Bahá'u'lláh, p. 112-114.]
Yahyá hésita pendant un certain temps; mais, encouragé par Siyyid Muhammad,
il finit par se séparer de Bahá'u'lláh et revendiqua les pouvoirs et prérogatives
du successeur du Báb martyrisé.
La réponse de Bahá'u'lláh aux actes de Yahyá laisse entrevoir son caractère.
Plutôt que d'engager un conflit qui aurait mis en danger l'unité et la survie
d'une communauté bábíe déjà démoralisée, Bahá'u'lláh se mit en route, sans prévenir,
pour les montagnes qui avoisinaient Sulaymáníyyih, dans le Kurdistán. Pendant
presque deux ans, il resta à l'écart de la communauté bábíe. Cet exil qu'il
s'imposa dans le désert du Kurdistán rappelle des périodes semblables dans la
vie des fondateurs des autres grandes religions. Il apparut clairement plus
tard que ce fut pour lui une période de grande créativité. Sa mission commença
à prendre une forme définitive dans son esprit, à s'articuler autour des méditations,
prières et poèmes qu'il composa pendant ces mois d'isolement. Quelques-uns des
premiers éléments de son message au monde nous sont parvenus dans le persan
original.
Tandis que Bahá'u'lláh était à Sulaymáníyyih, les affaires de la communauté
bábíe étaient entièrement entre les mains de Yahyá assisté de son nouveau mentor,
Siyyid Muhammad. Il en résulta une quasi-anarchie dans la petite communauté
d'exilés bábís. En moins de vingt-quatre mois, une vingtaine d'âmes désespérées
firent valoir différents titres dans le but d'usurper une autorité vacillante,
et Mírzá Yahyá se retira, laissant Siyyid Muhammad régler les problèmes théologiques
soulevés du mieux qu'il pouvait. Le soi-disant dirigeant avait démontré son
incapacité à occuper la position qu'il avait si vigoureusement cherché à obtenir.
La leçon n'était pas perdue pour la majorité de ses compagnons bábís.
Alors que la situation se détériorait rapidement, plusieurs exilés firent des
efforts désespérés pour localiser Bahá'u'lláh et tenter de le faire revenir.
Finalement, l'un des plus zélés découvrit Bahá'u'lláh après avoir entendu des
rumeurs concernant un saint homme qui vivait dans les montagnes. Même Yahyá
se joignit à sa famille et aux autres bábís pour demander à Bahá'u'lláh de revenir
et d'assumer la direction de la communauté. Le 19 mars 1856, Bahá'u'lláh accéda
à ces demandes.
Les sept années qui suivirent furent les témoins d'une transformation étonnante
du sort de la communauté bábíe. Par l'exemple, l'exhortation et une discipline
énergique, Bahá'u'lláh redonna à la communauté la force morale et spirituelle
qu'elle avait acquise durant la vie du Báb. Mírzá Yahyá resta entièrement dans
l'ombre, et la réputation de Bahá'u'lláh en tant que leader spirituel se répandit
dans tout Bagdad et dans les régions avoisinantes. Des princes, des érudits,
des mystiques, des hauts fonctionnaires du gouvernement ainsi que d'autres Persans
éminents venaient le rencontrer.
À Bagdad, Bahá'u'lláh composa le Kitáb-i-Íqán ou Le Livre de la certitude, dans
lequel il déroulait le panorama du plan rédempteur de Dieu pour l'humanité.
Le livre contient une présentation détaillée des enseignements de Bahá'u'lláh
sur la nature de Dieu, le sens de la succession des Manifestations divines et
l'évolution spirituelle de l'humanité. Il se termine par une démonstration de
l'authenticité de sa propre mission. Au cours des années qui suivirent, l'Íqán
devint le plus influent des Écrits de Bahá'u'lláh et servit de support à la
propagation des croyances bahá'íes.
Cependant, l'influence grandissante de Bahá'u'lláh fit naître une peur intense
et des soupçons dans l'esprit du chah et des membres de son gouvernement qui
protestèrent à tour de rôle auprès du gouvernement ottoman. Soudain, sans avertissement,
en avril 1863, Bahá'u'lláh et sa famille furent informés que le gouvernement
ottoman avait accédé aux demandes du gouvernement persan et envoyait les réfugiés
loin des frontières de leur pays natal. Ils devaient aller s'établir à Constantinople
(actuellement Istanbul).
Alors que les préparatifs pour le départ avançaient, Bahá'u'lláh transféra provisoirement
sa résidence dans un jardin situé sur une île du Tigre, que les bahá'ís connaissent
sous le nom qu'il lui donna alors, le jardin du Ridván. C'est dans ce jardin
qu'il annonça à une petite poignée de ses disciples les plus proches qu'il était
Celui que Dieu rendra manifeste, le messager universel de Dieu promis par le
Báb et par les Écrits des précédentes religions. L'histoire bahá'íe fait référence
à l'expérience de Bahá'u'lláh dans le Síyáh-Chál comme étant l'aurore de sa
révélation. Lors de sa déclaration dans les jardins du Ridván, il dévoila explicitement
son titre à ceux qui l'entouraient, et le cours de l'histoire bábíe en fut à
jamais modifié. Cet événement est célébré aujourd'hui à travers le monde comme
étant la principale fête de la foi bahá'íe, bien que son impact n'ait été ressenti
que quatre ans plus tard, lors de la déclaration publique de la mission de Bahá'u'lláh.
[Nota: La fête du Ridván dure douze jours, du 21 avril au 2 mai, les premier,
neuvième et douzième jours étant considérés comme des jours saints bahá'ís.
Les élections bahá'íes ont lieu pendant cette période.]
Le 16 août 1863, le groupe d'exilés arriva dans la capitale de l'empire ottoman,
Constantinople, après un voyage de plus de trois mois; leur séjour devait être
de courte durée. Les rapports entre les Empires ottoman et persan étaient tendus
depuis longtemps, ponctués de fréquentes escarmouches, d'intrigues sans fin
et par l'annexion constante de petits territoires. Le gouvernement du chah -
qui craignait que les exilés, en raison de leur lien avec la Perse, ne deviennent
un outil de pression dans la politique turque - se sentit de plus en plus menacé
par la décision prise d'installer le groupe dans la capitale ottomane. L'ambassadeur
persan, Mírzá Husayn Khán, commença alors à faire pression sur les autorités
turques pour qu'elles envoient les bábís dans une région de l'empire encore
plus reculée.
[Nota: Les autorités turques résistèrent tout d'abord à cette pression.`Alí
Páshá, le Premier ministre aurait dit, d'après l'ambassadeur d'Autriche, le
comte von Prokesch-Osten, qu'il avait une grande vénération pour Bahá'u'lláh
et le considérait comme une personne de haute distinction, à la conduite exemplaire,
de grande modération et de grande dignité. Momen, Bábí and Bahá'í Religions,
p. 187.]
De plus, il les mit en garde contre les bábís qui étaient, expliqua-t-il, les
ennemis de l'ordre établi et une menace toute particulière pour une société
aussi cosmopolite et instable que l'Empire ottoman. Ses efforts aboutirent.
Au début du mois de décembre 1863, Bahá'u'lláh, sa famille et ses compagnons
furent brusquement bannis, une fois encore sans avertissement préalable, à Andrinople
(connue actuellement sous le nom d'Edirne), dans la partie européenne de la
Turquie.
[Nota: Pour des extraits de correspondance entre le ministère des Affaires
étrangères de Perse et leur ambassadeur à Istanbul à propos des exilés bahá'ís,
voir Edward G. Browne, Materials for the study of the Bábí Religions, p. 278-287.]
À Andrinople commença une nouvelle étape de l'histoire bahá'íe. Déjà l'impact
de la personnalité de Bahá'u'lláh sur un flot constant de visiteurs qui cherchaient
à le rencontrer, les transformations apparemment miraculeuses qu'il effectua
dans la communauté de Bagdad, son importante correspondance avec les groupes
de bábís persécutés à travers la Perse et son influence sur eux faisaient de
lui le pivot de la foi bábíe. Les prémisses de sa déclaration dans les jardins
du Ridván étaient discutées ouvertement parmi les bábís. Étant donné la réceptivité
de la communauté, Bahá'u'lláh décida que le moment était venu de déclarer publiquement
sa mission.
La première étape de cette proclamation était d'informer Mírzá Yahyá, dépositaire
nominal de la foi bábíe, de la nature de sa mission. C'est pourquoi, dans une
déclaration écrite connue sous le nom de Súriy-i-Amr, Bahá'u'lláh revendiqua
le titre de " Celui que Dieu rendra manifeste " et mit Yahyá en demeure de le
reconnaître et de lui apporter son soutien ainsi que le Báb l'en avait explicitement
chargé.
[Nota: Voir The Revelation of Bahá'u'lláh, d'Adib Taherzadeh, vol. 2, p.
161-162.]
La réponse, cependant, tarda à venir. Peu après l'arrivée des exilés à Andrinople,
Yahyá, encouragé une nouvelle fois par Siyyid Muhammad, entreprit toute une
série de machinations destinées à regagner le rang qu'il avait perdu. Après
qu'elles aient toutes échoué, Yahyá tenta par deux fois de faire assassiner
son frère. C'est peu après la seconde de ces deux tentatives que la déclaration
de Bahá'u'lláh lui fut lue.
Yahyá hésita un court moment puis étonna la communauté bábíe en proclamant que
c'était lui, et non pas Bahá'u'lláh, qui était la Manifestation de Dieu promise
par le Báb. Sa réaction eut au moins le mérite de clarifier une situation que
sa conduite antérieure avait rendue confuse et pénible. Pratiquement du jour
au lendemain, Yahyá fut abandonné par la presque totalité des bábís d'Andrinople
et par la plus grande partie de ceux qui se trouvaient en Perse et en Iraq,
y compris par les membres encore en vie de ceux de la famille du Báb qui étaient
croyants. Edward Browne estima que pas plus de trois à quatre pour cent d'entre
eux restèrent attachés à Yahyá, tous les autres ayant reconnu Bahá'u'lláh. C'est
à partir de ce moment-là que les bábís commencèrent à se désigner sous le terme
de bahá'ís et que la foi bahá'íe émergea en tant que religion distincte.
[Nota: Voir Taherzadeh, The Revelation of Bahá'u'lláh, vol. 1 : Ceux qui
suivirent Mírzá Yahyá furent connus sous le nom d'Azalís, d'après le titre donné
par le Báb à Yahyá, Subh-i-Azal.]
Ayant établi son autorité parmi les disciples du Báb, Bahá'u'lláh porta toute
son attention sur sa mission. À partir du mois de septembre 1867, il écrivit
toute une série de lettres qui prennent place parmi les documents les plus remarquables
de l'histoire des religions. Elles étaient adressées collectivement aux rois
de la terre, et de manière individuelle à certains monarques en particulier.
Il y déclarait être le Promis de la Torah, des Évangiles et du Qur'án et demandait
aux souverains de se lever pour la défense de sa cause. Ces lettres contenaient
des mises en garde dramatiques : le monde du dix-neuvième siècle serait entièrement
déchiré; une civilisation mondiale naîtrait. Le mot-clef de ce nouveau monde
serait l'unité de toute la race humaine. Bahá'u'lláh sommait plus spécifiquement
les puissants dirigeants de l'Europe de subordonner tous leurs projets à l'unification
du monde:
" Le temps doit venir où sera universellement ressentie l'impérieuse nécessité
d'une vaste assemblée d'hommes représentant le monde tout entier. Les dirigeants
et rois de la terre devront y assister, prendre part à ses délibérations et
aviser aux voies et moyens propres à établir entre les hommes les fondements
de la grande paix du monde... Il n'appartient pas à celui qui aime sa patrie
de s'enorgueillir, mais plutôt à celui qui aime le monde entier. La terre est
un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens. "
[Nota:
Extraits des Ecrits de Bahá'u'lláh,
p. 163-164. Les lettres de Bahá'u'lláh aux dirigeants du monde, à la fois collectivement
et individuellement, ont été compilées par la Maison Universelle de Justice
dans le livre La Proclamation de Bahá'u'lláh.]
Ces lettres affirmaient que Dieu avait mis en oeuvre des forces historiques auxquelles
aucun projet humain ne pourrait résister. Il y expliquait aux souverains qu'ils
avaient été investis du pouvoir par Dieu dans le seul but de servir les besoins
de l'humanité et d'établir la paix internationale, la justice sociale et l'unité
du monde. Les gouvernements qui essaieraient d'utiliser leurs pouvoirs pour
résister à ce processus d'unification de l'humanité attireraient les pires calamités
sur eux-mêmes et sur leur pays.
La proclamation publique avait à peine commencé que la jeune foi recevait un
nouveau coup dont les effets persistent encore aujourd'hui. Il venait une fois
encore de Mírzá Yahyá. Le fait que Yahyá ait rejeté la mission de Bahá'u'lláh
mit fin à son influence sur les disciples du Báb. Yahyá avoua plus tard au professeur
Browne que les autres exilés l'avaient abandonné au point d'avoir été obligé
à plusieurs reprises d'aller lui-même au marché chercher sa nourriture. Il conservait
cependant le soutien de Siyyid Muhammad et de deux autres exilés à Andrinople.
Ce petit groupe semble avoir cherché le moyen d'empêcher la complète conversion
des disciples du Báb qui avait commencé dans toute la Perse et dans les territoires
ottomans. Les lettres de Bahá'u'lláh aux rois firent naître dans leur esprit
un moyen de parvenir à leurs fins.
À cette date, l'Empire ottoman, délabré, était à deux doigts de la désagrégation.
Les pressions exercées par les nombreuses minorités qui constituaient l'empire
étaient particulièrement vives et incessantes dans les territoires européens
au-delà d'Andrinople, où de nouveaux États tels que la Grèce, la Bulgarie, la
Serbie et le Monténégro se séparaient de l'empire. L'ambassadeur persan à Constantinople,
Mírzá Husayn Khán, essayait par tous les moyens de convaincre les autorités
turques que le groupe d'exilés bahá'ís constituait un danger à la fois politique
et religieux. Mírzá Yahyá et Siyyid Muhammad cherchèrent donc à présenter les
messages de Bahá'u'lláh aux rois sous cet aspect. Des lettres anonymes mettant
le gouvernement en garde contre une conspiration politique furent acheminées
vers Constantinople. On accorda créance à ces histoires, certainement en raison
du flot constant de visiteurs qui, de tous les coins de l'empire, cherchaient
à rencontrer Bahá'u'lláh à Andrinople, et également parce que les autorités
locales semblaient être tombées elles aussi sous son charme.
[Nota: Momen, dans Bábí and Bahá'í Religions (p. 198-200), énumère toute
une série de documents des Archives nationales ottomanes relatant cette campagne
menée par Mírzá Yahyá. L'un d'eux est un rapport de Khurshíd Páshá, le gouverneur
d'Andrinople, aux autorités centrales, expliquant que Bahá'u'lláh portait plainte
à juste titre contre les activités de Yahyá et de ses partisans.]
Il était connu que les gouvernements britannique et russe avaient offert leur
protection à Bahá'u'lláh lors des premières persécutions contre les bábís, ce
qui ne faisait que renforcer les craintes du gouvernement ottoman quant à la
validité des accusations portées par Yahyá. Il fut décidé de résoudre une fois
pour toutes le problème de la communauté exilée. Le sultan `Abdu'l-`Azíz promulgua
un ordre impérial, sans recours, condamnant les exilés d'Andrinople à l'emprisonnement
à vie dans la colonie pénitentiaire de Saint-Jean-d'Acre en Palestine. Le 21
août 1868, au matin, Bahá'u'lláh, accompagné de quelque soixante-dix à quatre-vingts
membres de sa famille et proches compagnons, embarquait à bord d'un vapeur à
Gallipoli; et, après une terrible traversée de dix jours, ils furent débarqués
sous bonne escorte à la porte qui permettait d'accéder de la mer à la sinistre
forteresse de Saint-Jean-d'Acre.
L'ironie du sort voulut que Mírzá Yahyá et Siyyid Muhammad soient pris dans
le filet qu'ils avaient eux-mêmes tendu. Soupçonnant Yahyá de faire également
partie de la conspiration, les autorités turques l'envoyèrent comme prisonnier
dans l'île de Chypre, accompagné de trois autres prisonniers bahá'ís qui, espérait-on,
feraient obstacle à ses activités.
[Nota: Yahyá mourut en 1912 alors qu'il se trouvait encore en exil à Chypre.
C'était la fin de sa destinée ainsi qu'en témoigne une lettre écrite par l'un
des fils de Yahyá au professeur Browne. Il y décrivait son père comme déplorant
amèrement l'état d'oubli dans lequel il était tombé et il se plaignait qu'il
avait été nécessaire d'organiser pour Yahyá un enterrement musulman ordinaire
sous l'égide du mollah local (savant docteur en droit canonique), car nous n'avons
pu trouver là aucun témoin du " Bayán " (c'est-à-dire des disciples du Báb).
Ce même fils déclara par la suite qu'il désirait vendre les originaux d'un certain
nombre des écrits de son père, mais Browne refusa, le prix fixé était, à mon
avis, excessif... E. G. Browne, Materials, p. 314-315.]
Siyyid Muhammad et l'un de ses acolytes accompagnèrent le groupe d'exilés bahá'ís
à Saint-Jean-d'Acre pour les mêmes raisons.
Saint-Jean-d'Acre fut choisi parce que l'on pensait en toute confiance que Bahá'u'lláh
ne pourrait pas survivre à une telle expérience. Dans les années 1860, cette
ville prison était un lieu pestilentiel, un abri pour les criminels de tout
l'empire, une lapinière aux allées labyrinthiques et aux bâtiments croulants
et humides. Des vents dominants et la marée balayaient sur ses rivages tous
les déchets de la Méditerranée, instaurant un climat si malsain que, selon le
dicton populaire, tout oiseau survolant Saint-Jean-d'Acre tombait aussitôt mort
dans les rues.
Les deux premières années de l'emprisonnement des bahá'ís furent des années
de privations intenses et de tribulations. De Constantinople, l'ambassadeur
persan envoya des ordres pour qu'un agent de son gouvernement fût installé à
Saint-Jean-d'Acre dans le but de s'assurer que les autorités locales ottomanes
appliquaient à la lettre les dures clauses du décret. Un certain nombre d'exilés
moururent du traitement auquel ils étaient soumis; parmi eux le second fils
de Bahá'u'lláh, Mírzá Mihdí, qui perdit la vie dans un accident tragique dû
aux conditions de vie dans la prison. Un certain allégement fut apporté à leurs
maux en 1870, lorsque la forteresse fut réquisitionnée pour servir de camp militaire
pendant une période de tension entre la Turquie et la Russie; les prisonniers
furent hébergés dans des maisons louées et autres bâtiments.
Progressivement en dépit du préjugé public initial, l'influence de Bahá'u'lláh
commença à se faire sentir, tout comme à Bagdad et à Andrinople. Des gouverneurs
compatissants réduisirent le nombre de gardes, et des voix influentes commencèrent
à exprimer leur admiration et leur intérêt. Un nouveau coup les frappa alors.
Siyyid Muhammad et deux de ses compagnons, frustrés par l'amélioration de la
situation des prisonniers, commencèrent à soulever la classe populaire de la
ville afin de provoquer une attaque contre la demeure de Bahá'u'lláh - attaque
qui, espéraient-ils, conduirait à sa mort.
Cette nouvelle menace s'avéra être une provocation trop grande pour certains
exilés. Ignorant les principes de non-violence et la confiance en la volonté
divine qu'ils professaient, sept d'entre eux prirent l'affaire en main. Après
avoir délibérément provoqué une bagarre, ils tuèrent Siyyid Muhammad et ses
complices.
Ces meurtres engendrèrent un recul bien plus grand pour la foi que tout ce qu'aurait
pu tenter Siyyid Muhammad. Ils attisèrent le feu mourant des accusations portées
contre les exilés par les opposants du clergé musulman. Quant à Bahá'u'lláh,
le choc provoqué par cet incident le marqua bien plus sévèrement que l'emprisonnement
physique parce qu'il souillait l'intégrité de son travail. Dans une lettre écrite
à cette époque, il dit :
" Ma captivité ne peut me couvrir de honte. Non ! par ma vie, elle me confère
la gloire. Ce qui peut me faire honte est la conduite de ceux de mes disciples
qui déclarent m'aimer et qui, en fait, suivent le Malin. "
[Nota: Cité dans
Dieu passe près de nous,
de Shoghi Effendi, p. 181.]
En temps voulu, un tribunal civil établit que ces accès de violence n'avaient
été sanctionnés ni par Bahá'u'lláh ni par la majorité des bahá'ís de Saint-Jean-d'Acre,
et seuls les coupables furent punis. Les passions tombèrent progressivement.
Entre-temps, Bahá'u'lláh avait repris la série de lettres adressées aux rois
et souverains, série interrompue par son départ d'Andrinople. Des lettres individuelles
furent adressées à l'empereur Louis Napoléon, à la reine Victoria, au kaiser
Wilhelm I, au tsar Alexandre II, à Násiri'd-Dín-Sháh en Perse, à l'empereur
François-Joseph d'Autriche et au sultan ottoman, `Abdu'l-`Azíz.
Dans ces lettres, Bahá'u'lláh demandait aux monarques de s'unir pour créer un
tribunal international qui aurait le pouvoir de régler les litiges entre les
nations. Ce gouvernement mondial embryonnaire dit-il, devrait être secondé par
une force armée internationale qui serait entretenue par les États membres et
utilisée pour faire respecter les solutions pacifiques apportées à tout conflit
international.
[Note du traducteur : pour de plus amples informations voir p. 172.,]
Ces lettres contenaient également des prescriptions destinées à créer un sens
de la communauté parmi les peuples du monde. Bahá'u'lláh recommandait par exemple
la création d'une langue auxiliaire internationale qui permettrait à chaque
société de conserver sa propre identité culturelle tout en bénéficiant de la
possibilité de communiquer avec toutes les races et toutes les nations. Un système
d'éducation obligatoire assurerait un certain degré d'instruction à l'échelle
mondiale; un système international de poids et mesures établirait des normes
communes à une économie mondiale; les dépenses militaires seraient sévèrement
réduites et les impôts utilisés pour le bien-être social. Il encourageait les
monarques à accepter certains principes démocratiques de base dans la conduite
des affaires internationales.
Étant donné la surveillance étroite à laquelle étaient soumis les exilés, ces
messages extraordinaires furent sortis subrepticement de la prison sous les
vêtements de visiteurs complaisants. Le consul français remit personnellement
le premier message de Bahá'u'lláh à l'empereur Louis Napoléon.
Des messages énergiques furent aussi adressés aux dirigeants religieux du monde,
y compris au pape Pie IX. Ils mettaient les chefs religieux au défi de rejeter
les dogmes et leur attachement à leurs fonctions de dirigeants séculiers et
d'examiner sérieusement les revendications avancées par Bahá'u'lláh. C'était
originellement le clergé, affirmaient les lettres, qui avait été le premier
à rejeter et à persécuter les fondateurs de chacune des grandes religions du
monde.
La lettre adressée au pape Pie IX présente un intérêt particulier pour les étudiants
en histoire des institutions en ce qu'elle prescrit certaines mesures que les
successeurs du pape n'ont pu éviter de prendre. Il demandait au souverain pontife
de remettre sa souveraineté temporelle sur les États pontificaux entre les mains
d'un gouvernement séculier, de sortir des palais du Vatican pour rencontrer
les dirigeants d'autres religions, de se présenter devant les souverains du
monde et de les appeler à la paix et à la justice, de renoncer au cérémonial
excessif qui entourait sa personne et d'être comme l'a été ton Seigneur. De
la même manière, il adjurait le clergé catholique :
" Ne vous retranchez pas dans des églises et des monastères. Sortez, avec ma
permission, et oeuvrez pour le bien de vos âmes et des âmes de vos semblables.
Ainsi vous l'ordonne le Roi du jour du Jugement. Retranchez-vous dans la forteresse
de mon amour. Cette retraite, en vérité, est bénéfique, si vous êtes de ceux
qui comprennent... Celui qui ne prit point femme (Jésus) ne trouva aucun lieu
où demeurer ou même poser la tête en raison des manigances des impies. Sa sainteté
ne repose pas sur ce que vous croyez ou imaginez mais plutôt sur ce que Nous
possédons. "
[Nota: Cité dans
La proclamation de Bahá'u'lláh,
de Bahá'u'lláh, p. 92-93.]
Aucune de ces lettres ne reçut de réponse conséquente de la part de ceux à qui
elles furent adressées. Parmi les quelques réactions enregistrées, on peut noter
celle de la reine Victoria qui aurait dit simplement : " Si cela vient de Dieu,
cela durera; s'il n'en est rien, cela ne peut faire de mal. "
[Nota: Cité dans
Le Jour promis est venu ,
de Shoghi Effendi, p. 65.]
Le temps passant toutefois, ces lettres attirèrent l'attention en raison de
l'accomplissement étonnant de certaines des prophéties individuelles qu'elles
contenaient.
[Nota: En 1870, une année après que la lettre ci-dessus mentionnée fut remise
au pape Pie IX, le souverain pontife se retrouva dépouillé de son rôle de monarque
indépendant. Les forces armées de la révolution nationale italienne le forcèrent
à rendre les États pontificaux au roi Victor Emmanuel. Le pape se retira alors
volontairement comme prisonnier du Vatican.]
L'empereur Louis Napoléon, apparemment le dirigeant le plus puissant de l'Europe
à cette époque, fut mis en garde contre son manque de sincérité et le mauvais
usage qu'il faisait de son pouvoir :
" Ton royaume sera jeté dans le trouble, et ton empire t'échappera en signe
de châtiment pour ce que tu as oeuvré... Ta splendeur t'aurait-elle rendu fier
? Par ma vie ! Elle ne durera point... "
[Nota: Cité dans Bahá'í World Faith, de Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá , p.
50.]
En l'espace de deux ans, l'empereur perdit son trône et son empire dans la débâcle
totalement imprévue de Sedan, et il fut lui-même exilé de son pays natal.
[Nota: Alistair Horne, autorité éminente en la matière, dit : L'histoire
ne connaît peut-être pas d'exemple plus étonnant de ce que les grecs appelaient
" peripateia ", cette terrible chute des hauteurs glorieuses. Certes, aucune
nation des temps modernes, si pleine d'apparente grandeur et regorgeant de biens
matériels, n'a été soumise à pire humiliation en si peu de temps. The Fall of
Paris, London, Macmillan, 1965, p. 34.]
Par la suite, le kaiser Wilhelm 1er, récemment proclamé empereur d'une Allemagne
unifiée, reçut un avertissement similaire. Son orgueil et son désir de dominer
attireraient contre l'Allemagne les épées du châtiment qui couvriraient de sang
les rives du Rhin. De semblables menaces furent adressées au tsar de Russie,
à l'empereur François-Joseph d'Autriche et au chah de Perse.
Particulièrement explicites furent les lettres adressées au sultan turc `Abdu'l-`Azíz
et à son Premier ministre `Alí Páshá, qui tenaient entre leurs mains la vie
du prisonnier de Saint-Jean-d'Acre. Ces lettres prédisaient la mort de `Alí
Páshá et de son collègue Fu'ád Páshá, qui était alors ministre des Affaires
étrangères, ainsi que la perte des possessions turques en Europe et la chute
du sultan lui-même. L'accomplissement de toutes ces prophéties accrut de manière
significative le prestige qui grandissait sans cesse autour du nom de Bahá'u'lláh.
[Nota: Shoghi Effendi a consacré un livre entier à ce sujet,
Le Jour promis est venu .
Un universitaire musulman éminent, qui devait devenir le plus grand érudit de
la foi bahá'íe dans le Proche-Orient, Mírzá Abu'l-Fadl, se convertit lorsqu'il
constata la réalisation de ces prédictions.]
La période de dix années qui débuta en 1863, année de la déclaration officielle
de la mission de Bahá'u'lláh, se termina par l'achèvement d'un ouvrage qui est
considéré aujourd'hui par les bahá'ís comme le centre de la révélation de Bahá'u'lláh,
le Kitáb-i-Aqdas (littéralement le Plus Saint Livre).
Le Kitáb-i-Aqdas pourvoit à l'établissement et la perpétuation de l'autorité
que Bahá'u'lláh avait adjuré l'humanité d'accepter. Il débute par une réitération
de l'affirmation de Bahá'u'lláh d'être le Roi des rois dont la mission n'est
autre que l'établissement du royaume de Dieu sur terre. Ses deux thèmes centraux
sont, d'une part, la proclamation des lois qui transformeront les âmes des individus
et guideront l'humanité collectivement et, d'autre part, la création d'institutions
par l'intermédiaire desquelles la communauté de ceux qui l'auront reconnu sera
dirigée. Ces deux thèmes sont développés dans les chapitres 7 et 8. Il suffira
de noter ici que le système de l'Aqdas remplace totalement, pour les bahá'ís,
à la fois les lois islamiques que le Báb n'avait pas abrogées et le code strict
que le Báb avait lui-même établi. Le djihad, ou usage de la force, fut explicitement
interdit, de même que toute forme de discorde religieuse.
[Nota: Voir
Extraits des Ecrits de Bahá'u'lláh,
p. 199-200. Pour un bref résumé du contenu du Kitáb-i-Aqdas, voir Synopsis et
Codification des lois et ordonnances du Kitáb-i-Aqdas.]
La séparation d'avec l'islam étant totalement réalisée, la stricte condamnation
des études théologiques formulée par le Báb fut elle aussi annulée. Les bahá'ís
étaient encouragés à rester ouverts à la vérité, où qu'ils puissent la rencontrer
:
" Avertissez ... les bien-aimés du seul vrai Dieu de ne pas considérer d'un
oeil trop critique les dires et écrits des hommes. Qu'ils abordent plutôt de
tels dires et écrits avec largeur d'esprit et tendre sympathie. "
[Nota:
Extraits des Ecrits de Bahá'u'lláh,
p. 217.]
L'achèvement du Kitáb-i-Aqdas inaugura la dernière phase du ministère de Bahá'u'lláh.
L'isolement imposé par le décret d'exil du sultan s'estompait. Pratiquement
deux décades de travail créateur s'ensuivirent, principalement consacrées à
la révélation d'un grand nombre d'Écrits qui synthétisaient la vision de Bahá'u'lláh
sur le futur de l'humanité. Des dignitaires dans toute la Palestine devinrent
tout d'abord d'ardents admirateurs puis des adeptes confirmés. Un ecclésiastique
musulman de renom, le mufti de Saint-Jean-d'Acre, accepta cette nouvelle foi,
et le gouverneur de la cité refusait d'entrer en la présence de Bahá'u'lláh
sans avoir d'abord ôté ses chaussures en signe de respect. Les portes de la
prison de la ville étaient ouvertes à un flot constant de pèlerins dont le récit
des expériences et les lettres envoyées depuis Saint-Jean-d'Acre nourrissaient
les communautés bahá'íes en Perse et en Iraq. À la demande de Bahá'u'lláh, des
travaux d'ordre public - tels que la reconstruction de l'ancien aqueduc destiné
à ravitailler Saint-Jean-d'Acre en eau fraîche - aidèrent à vaincre l'hostilité
des habitants à laquelle le groupe d'exilés avait été confronté dès son arrivée
en 1868.
En 1877, Bahá'u'lláh accepta de quitter Saint-Jean-d'Acre pour se rendre non
loin de là dans une propriété du nom de Mazrá'ih, qui avait été préparée par
ses amis pour en faire sa résidence. Deux années plus tard, les exilés obtinrent
à la limite de la ville, une magnifique demeure en location pour une somme dérisoire,
parce que son riche propriétaire avait quitté la région par peur d'une épidémie
menaçante.
C'est dans cette résidence, connue sous le nom de Bahjí (joie), que Bahá'u'lláh
reçut le professeur Browne, l'un des rares Occidentaux que l'on sache lui avoir
rendu visite et avoir écrit à son propos. Fasciné par l'histoire des martyrs
bábís, Browne se résolut à écrire l'histoire des religions bábíe et bahá'íe
:
" Je me trouvais alors, dans une vaste pièce, au fond de laquelle se trouvait
un divan bas, tandis qu'en face de la porte étaient placées deux ou trois chaises.
Bien que, sachant vaguement où j'allais et qui j'allais voir (car aucune précision
ne m'avait été donnée), il me fallût une ou deux secondes avant que, le coeur
battant de surprise et de crainte mêlée de respect, je réalise que la pièce
n'était pas vide. Dans un coin, là où le divan touchait le mur, se tenait un
merveilleux et vénérable personnage, couronné d'une coiffure de feutre que les
derviches appellent táj (mais d'une hauteur et d'une forme inhabituelles), à
la base de laquelle s'enroulait un mince turban blanc. Le visage de celui que
je contemplais, je ne pourrai jamais l'oublier, bien qu'il me soit impossible
de le décrire. Ces yeux perçants semblaient lire dans l'âme même; la puissance
et l'autorité régnaient sur ce large front... Nul besoin de demander en présence
de qui je me trouvais, tandis que je m'inclinais devant celui qui est l'objet
d'une dévotion et d'un amour que les rois pourraient envier et auxquels les
empereurs aspireraient en vain !
Une voix douce et empreinte de dignité me pria de m'asseoir, puis poursuivit
: " Loué soit Dieu de ce que tu sois parvenu au but !... Tu es venu voir un
prisonnier et un exilé... Nous ne désirons que le bien du monde et le bonheur
des nations; cependant, on Nous suspecte d'être un élément de désordre et de
sédition, qui ne mérite que la captivité et le bannissement... Ces luttes, ces
massacres et ces discordes doivent cesser et tous les hommes former une seule
famille... Que l'homme ne se glorifie pas d'aimer son pays; mais qu'il se glorifie
plutôt d'aimer le genre humain... "
[Nota: 'Abdu'l-Bahá , A Traveller's Narrative, p. xxxix-xl]
Plus tard dans l'année, Bahá'u'lláh planta sa tente sur le mont Carmel, situé
sur les rives de la baie faisant face à Saint-Jean-d'Acre. Là il désigna le
lieu qu'il avait choisi pour y enterrer les restes du Báb martyrisé. C'est sur
ce site qu'ont été construits par la suite les tombeaux, les bâtiments administratifs
et les jardins qui forment le siège international de la foi bahá'íe.
Pendant les dernières années de sa vie, Bahá'u'lláh s'était progressivement
coupé de tout contact avec la société, de manière à pouvoir se consacrer à ses
Écrits et aux rencontres avec les pèlerins bahá'ís. Toutes les affaires d'ordre
pratique avaient été confiées à son fils aîné, `Abbás, qu'il appelait 'Abdu'l-Bahá
(littéralement le Serviteur de Bahá). Vers la fin de l'année 1891, Bahá'u'lláh
annonça à ceux qui l'entouraient que son travail était terminé et qu'il souhaitait
quitter ce monde. Il était appelé, dit-il, vers d'autres royaumes sur lesquels
les yeux des peuples des noms ne se sont jamais posés. Peu après, il contracta
une forte fièvre et, après une brève période de maladie, s'éteignit au lever
du jour, le 29 mai 1892, dans sa soixante-quinzième année.