La révélation de Baha'u'llah
Volume 1
Baghdad 1853-1863

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10. LE KITAB-I-IQAN

a) Circonstances de sa révélation


Parmi tous les Écrits de Baha'u'llah, et à l'exception du Kitab-i-Aqdas (Le Livre le plus saint) le Kitab-i-Iqan (Le Livre de la certitude) est celui qui a le plus d'importance. Il a été révélé à Bagdad, en l'honneur de Haji Mirza Siyyid Muhammad, l'oncle maternel du Bab, à peu près deux ans avant sa déclaration.

Le Bab avait trois oncles maternels. Le premier à accepter sa foi fut Haji Mirza Siyyid 'Ali appelé Khal-i-À'zam (le plus grand oncle). C'était lui qui s'était occupé du Bab, et qui après le décès de son père avait eu la responsabilité de l'élever.

Haji Mirza Siyyid 'Ali était conscient des qualités spirituelles et des pouvoirs surhumains que manifestait son neveu dès son plus jeune âge. Il reconnut sans hésiter le rang du Bab et devint un croyant fidèle dès qu'il connut ses revendications. En effet, après les Lettres du Vivant, il est la première personne de Chiraz à reconnaître l'origine divine du message du Bab. À partir de ce moment, il consacra sa vie tout entière à la promotion de la Foi nouveau-née et à la protection du jeune Fondateur. Quelques mois avant le martyre du Bab, il fut arrêté et publiquement martyrisé après avoir refusé de renier sa foi. Il est l'un des sept martyrs de Téhéran.

L'aîné des oncles, Haji Mirza Siyyid Muhammad, bien que très conscient des qualités extraordinaires de son neveu, ne se convertit pas à la Foi, jusqu'à ce qu'il rencontrât Baha'u'llah à Bagdad et reçût, le Kitab-i-Iqan, en réponse à ses questions. Le troisième oncle était Haji Mirza Hasan-'Ali.

Pendant quelques années Haji Mirza Siyyid Muhammad mena, loin de chez lui, à Bushihr ses affaires de marchand, en collaboration avec son frère Haji Mirza Siyyid 'Ali et son neveu le Bab. Lorsque ces deux derniers partirent pour Chiraz, il continua à travailler seul et il vivait toujours à Bushihr lorsque le Bab déclara sa mission à ses premiers disciples. Plus tard, lorsque le Bab accomplit son pèlerinage à La Mecque, il voyagea en passant par Bushihr où il demeura chez Haji Mirza Siyyid Muhammad. Il y retourna, quelques mois plus tard, lors de son voyage de retour à Chiraz. C'est pendant ce séjour que Haji Mirza Siyyid Muhammad fut témoin de la transformation de l'esprit du Bab ; il écrivit à ce sujet à sa propre mère et à sa soeur (la mère du Bab), en ces termes:

"… Son Éminence Jinab-i-Haji (*) est arrivé sans problème et je suis heureux de passer mon temps en sa présence. Il serait recommandable qu'il resta à Bushir pendant quelque temps. Mais soyez assurées qu'il partira bientôt pour rentrer à la maison… En vérité, cette âme généreuse est source de félicité pour les peuples de ce monde et du monde futur. Il nous apporte l'honneur à tous… (1)"
(*) Nota: Le Bab avait le titre de Haji à cause de son pèlerinage à la Mecque.

Pourtant, malgré ces remarques et son admiration à toute épreuve et son respect du Bab, pendant de longues années, Haji Mirza Siyyid Muhammad ne reconnut pas le rang du Bab et ne s'engagea pas dans sa cause.

Pendant ce temps, les martyres du Bab et de son illustre oncle en 1850 apportèrent tristesse et indignation à tous les membres de la famille. La mère du Bab, Fanimih-Bagum, ne supportant plus de vivre dans sa maison de Chiraz, alla s'établir à Karbila dans le lointain Irak, pour pouvoir ainsi être près du Tombeau de l'Imam Husayn. Elle demeura ignorante de la signification du message du Bab, jusqu'à ce que, après son incarcération dans le Siyah-Chal, Baha'u'llah arrivant en Irak prit contact avec elle. Ce fut Baha'u'llah qui organisa une visite avec l'un des premiers disciples éminents du Bab, Haji Siyyid Javad-i-Karbila'i (*), accompagné d'une croyante dévouée, la femme d'un certain Shaykh 'Abdu'l-Majid-i-Shirazi, pour lui démontrer la vérité de la mission de son illustre fils. Ce contact, établit par Baha'u'llah, apporta une merveilleuse réponse. L'âme de la mère du Bab fut vivifiée et la gloire de la nouvelle Foi de Dieu qu'il avait fondée, se dévoila à ses yeux. Plus tard, elle reconnut le rang de Baha'u'llah, embrassa sa Foi et resta ferme jusqu'à la fin de ses jours.

(*) Nota: un prêtre éminent d'un grand savoir qui devint un disciple dévoué du Bab la première année de sa déclaration et plus tard reconnut le rang de Baha'u'llah et embrassa sa Foi. (voir Nabil-i-A'zam, La Chronique de Nabil).

Bien que plusieurs des parents du Bab, y compris sa femme, aient accepté la foi durant les premiers jours de son ministère, et que des milliers de ses disciples aient donné leur vie dans son sentier, pourtant Haji Mirza Siyyid Muhammad n'était pas tout à fait convaincu que le Bab, son propre neveu, puisse être le Promis de l'islam. Plusieurs croyants essayèrent de dissiper ses doutes, mais, malgré tous leurs efforts, ils n'y arrivèrent pas. Haji Mirza Habibu'llah, un Afnan qui était l'un des gardiens de la maison du Bab à Chiraz, a rapporté le récit suivant de son père, Aqa Mirza Nuru'd-Din, disciple du Bab, au sujet d'une série de discussions qu'il avait eues avec Haji Mirza Siyyid Muhammad. Ces discussions semblent avoir été le tournant de la vie spirituelle de l'oncle du Bab.

"… Durant nos premières discussions, Haji Mirza Siyyid Muhammad gardait une attitude négative et rejetait toute preuve ou argument que j'avançais. Ces discussions durèrent pendant plusieurs réunions. Une fois, j'étais en train de lui parler avec une grande ferveur et conviction de la Foi, quand il se tourna vers moi avec stupéfaction et s'exclama: "Êtes-vous en train de me dire que mon neveu est le Qa'im Promis ?" Lorsque je lui réaffirmais ma conviction qu'il l'était bien, Haji Mirza Siyyid Muhammad devint perplexe et exprima l'opinion que ceci était vraiment très étrange. Il commença alors à méditer et à se perdre dans ses pensées. Le voyant dans cette humeur pensive, je ne pouvais m'empêcher de rire. Il me demanda ce qui me faisait rire mais comme cela pouvait avoir de mauvaises conséquences sur lui, j'étais peu enclin à le lui dire. Mais il insista, alors je lui dis: Votre idée que votre neveu ne peut pas être le Qa'im promis, est semblable à l'objection que faisait Abu-Lahab [nota: Un oncle de Muhammad qui refusait de reconnaître son prophétisme et qui lui était hostile]. Il dit: "comment serait-il possible que mon neveu devienne un prophète ?" Muhammad était le vrai prophète de Dieu. Maintenant il vous appartient de rechercher le bien-fondé de cette Cause. Vous devriez être très fier que le Soleil de vérité se soit levé dans votre famille et que sa lumière ait rayonné de votre maison. Ne vous en détournez pas et ne soyez pas surpris. Car Dieu peut très bien faire que votre neveu soit le Promis de l'islam. Soyez assuré que les mains de Dieu ne sont jamais enchaînées."
Haji Mirza Siyyid Muhammad fut très ému par ses paroles. Il dit: "Ceci est une réponse irréfutable. Qu'allons-nous faire maintenant ?" Je lui suggérais d'aller en pèlerinage aux saints Tombeaux de l'islam (*) en Irak, où il pourrait en même temps rendre visite à sa soeur (la mère du Bab) qui y vivait depuis le martyre de son fils, puis aller à Bagdad rendre visite à Baha'u'llah, lui poser des questions concernant le Bab et lui expliquer ses difficultés. Je lui conseillai de persévérer dans sa recherche et de faire confiance à Dieu. J'exprimai l'espoir que les voiles qui l'empêchaient maintenant de voir la vérité soient ôtés de ses yeux et qu'il puisse accéder à la vraie foi de Dieu… Il approuva ma suggestion et me dit qu'il sentait dans son coeur que c'était le bon chemin à suivre.

(*) Nota: Certains Imams de l'islam chiite, y compris l'Imam Husayn, sont enterrés à Karbila, Najaf, Kazimayn et Samarra.

Sur ce, Haji Mirza Siyyid Muhammad écrivit une lettre à son plus jeune frère Haji Mirza Hasan-'Ali, qui était marchand à Yazd, l'informa de ses projets de rendre visite aux Tombeaux et à leur soeur, et l'invita à se joindre à lui dans ce voyage. Haji Mirza Hasan-'Ali accepta et demanda à son frère de l'attendre jusqu'à ce qu'il le rejoigne à Chiraz… Ils voyagèrent tous deux jusqu'en Irak via Bushihr. Cependant, Haji Mirza Siyyid Muhammad ne révéla à son frère qu'à leur arrivée à Bagdad, la véritable raison de son voyage. Là, il l'informa que le principal objectif de leur voyage en Irak était de rechercher l'authenticité de la Foi, et puis de visiter les Tombeaux et la mère du Bab. Il invita son frère à rester à Bagdad pendant une courte période de façon à pouvoir tous deux se trouver en présence de Baha'u'llah et ensuite continuer vers les Tombeaux.
Entendant cela, Haji Mirza Hasan-'Ali se fâcha et bien que plus jeune en âge, parla très rudement à son frère. Il le prévint qu'en aucun cas, il ne s'associerait à lui dans cette affaire et qu'il ne désirait pas entendre parler de foi. Il quitta Bagdad le jour même. (2)"

Après cette discussion, Haji Mirza Siyyid Muhammad décida d'accompagner son frère aux Tombeaux. Et c'est à son retour à Bagdad qu'il fut amené à la maison de Baha'u'llah où seul, il accéda en sa présence. Ceci se passait en 1278 AH (1862).

Le secrétaire de Baha'u'llah, Mirza Aqa Jan décrivit les circonstances qui ont amené à la révélation du Kitab-i-Iqan, dans une épître [nota: Voir chapitre concernant les épîtres rapportées par Mirza Aqa Jan] adressée à Shaykh 'Abdu'l-Majid-i-Shirazi. Il raconte qu'un jour Haji Siyyid Javad-i-Karbila'i alla voir Baha'u'llah et l'informa que les deux oncles du Bab qui avaient visité les saints Tombeaux de Najaf et de Karbila étaient maintenant à Bagdad et rentreraient bientôt chez eux. S'étant assuré auprès de Haji Siyyid Javad qu'il ne leur avait pas parlé de la Foi, Baha'u'llah le réprimanda affectueusement de ne pas s'être engagé dans le travail d'enseignement de la Cause. Puis, il lui donna l'ordre d'inviter les deux frères de venir en sa présence.

Le jour suivant Haji Siyyid Javad arriva avec l'oncle du Bab, Haji Mirza Siyyid Muhammad. Le plus jeune frère ne vint pas. Les paroles de Baha'u'llah élevèrent et submergèrent l'oncle du Bab tandis qu'il s'asseyait devant lui. Finalement, il supplia Baha'u'llah de clarifier la vérité du message du Bab en gardant à l'esprit que, de son point de vue, certaines des traditions de l'islam concernant le Qa'im promis, n'étaient apparemment pas remplies par son neveu. Ce à quoi Baha'u'llah consentit sans hésitation. Il lui ordonna de retourner chez lui, et après avoir mûrement réfléchi, de faire une liste de toutes les questions qui l'avaient intrigué et de toutes les traditions qui avaient nourri le doute dans son esprit et ensuite de les lui apporter.

Le jour suivant Haji Mirza Siyyid Muhammad arriva avec ses questions. En l'espace de deux jours et deux nuits le Kitab-i-Iqan, une longue épître (plus de deux cents pages) traitant de toutes ces questions, fut révélée par Baha'u'llah. Au début ce livre était appelé Risaliy-i-Khal (Épître à l'oncle) mais par la suite Baha'u'llah le désigna comme le Kitab-i-Iqan.

Dans les papiers préservés par la famille Afnan se trouve la liste de questions présentées à Baha'u'llah. Elles sont sur deux feuilles de papier, écrites de sa propre main et sous quatre titres, chacun parlant de la venue du Qa'im promis. La sincérité de l'oncle du Bab cherchant à connaître la vérité est évidente dans ses questions. À plusieurs fois, il supplie Baha'u'llah de dissiper ses doutes afin que son coeur puisse être assuré et qu'il puisse acquérir une foi absolue et la certitude de la Cause du Bab.

Haji Mirza Siyyid Muhammad fut si touché par sa rencontre avec Baha'u'llah qu'immédiatement il écrivit une lettre à son fils Haji Mirza Muhammad-Taqi, dans laquelle il disait:

"… Je suis allé en présence de son honneur Baha (que la paix soit sur lui) et j'aurais aimé que vous soyez présent ! Il m'a traité avec la plus grande affection et faveur et gracieusement m'a demandé de rester la nuit. C'est une vérité absolue qu'être privé de sa présence généreuse est une perte douloureuse. Puisse Dieu m'accorder le privilège d'accéder éternellement en sa présence… (3)"

Le Kitab-i-Iqan dissipa tous les doutes que Haji Mirza Siyyid Muhammad avait nourris dans sa tête. La lecture de ce livre eut pour résultat de lui faire atteindre l'état de certitude et de reconnaître le rang du Bab. Dans son testament, écrit quelques années plus tard, il déclara sa foi, reconnut l'authenticité des messages du Bab et de Baha'u'llah et se déclara un disciple de ces deux Manifestations de Dieu.

Quant au plus jeune oncle du Bab, Haji Mirza Siyyid Hasan-'Ali, il retourna à Yazd sans avoir rencontré Baha'u'llah. Quelques années plus tard cependant, grâce aux efforts dévoués de la femme de son frère, il accepta aussi la Foi et resta ferme tout au long de sa vie.

En vérité, toute la famille du Bab, y compris sa mère, sa femme, ses oncles et leurs enfants (dénommés Afnan) embrassa la Foi. En fait, ceci avait été prophétisé par le Bab lui-même, car il avait dit que Dieu dans sa bonté guiderait toute sa famille à reconnaître la vérité de sa Cause.

La copie originale du Kitab-i-Iqan que Haji Mirza Siyyid Muhammad avait reçu, fut transcrite par Abdu'l-Baha qui avait alors dix-huit ans. Dans la marge de quelques pages, Baha'u'llah de sa propre main avait fait quelques corrections et vers la fin du livre écrivit ce passage:

"Avec la plus entière soumission, j'ai placé ma vie dans ma main, afin que, par la miséricorde divine, cette lettre manifeste [nota: Baha'u'llah] et révélée soit sacrifiée dans le chemin du Premier Point [nota: Le Bab] et du Verbe sublime ! Si tel n'était pas mon voeu, par celui qui manifeste l'Esprit, je ne resterais pas une seconde de plus dans cette ville ! Et le témoignage divin me suffit. (4)"

Pendant de nombreuses années, la copie originale du Kitab-i-Iqan demeura auprès de la famille de Haji Mirza Siyid Muhammad, jusqu'à ce qu'en 1948 son arrière petite-fille Fanimih Khanum-i-Afnan l'offrit à Shoghi Effendi, le Gardien de la Foi. Elle lui parvint quelques années plus tard et fut placée dans le bâtiment des Archives internationales baha'ies sur le Mont Carmel à Haïfa [nota: Voir GIACHERY, Shoghi Effendi Recollections p.149 pour une description de cet heureux événement].


b) L'importance du Kitab-i-Iqan

Nous pouvons peut-être dire que le Kitab-i-Iqan fut plus diffusé parmi les premiers croyants en Perse que n'importe quel autre écrit de Baha'u'llah. À cette époque, le seul moyen de rendre les Écrits saints disponibles auprès des amis, était de les transcrire. Au fur et à mesure que les nouvelles épîtres arrivaient, les croyants étaient désireux d'en faire faire des copies pour eux-mêmes. Des copies de plusieurs de ces épîtres étaient souvent rassemblées et reliées comme un livre. Il y a beaucoup de volumes de cette sorte comprenant des compilations des épîtres du Bab, de Baha'u'llah et de 'Abdu'l-Baha, en possession des familles bahai'es qui les ont hérités de leurs ancêtres et qui leur sont très précieux.

Il y avait aussi des gens en Perse dont l'occupation à plein temps était de transcrire les Écrits, et les croyants obtenaient habituellement leurs copies chez eux. Le Kitab-i-Iqan fut l'un de ces titres qui occupa ces gens pendant de nombreuses années afin de pourvoir à la demande.

Du point de vue littéraire, le Kitab-i-Iqan peut être considéré comme une oeuvre de la littérature persane hors du commun. Shoghi Efendi, le Gardien de la Foi, qui traduisit magnifiquement ce livre en anglais, le décrit en ces termes:

"Le Kitab-i-Iqan se range au premier rang des trésors inestimables jetés par les vagues de l'océan tumultueux de la révélation de Baha'u'llah … Modèle de prose persane au style tout à fait original, châtié, vigoureux et remarquablement clair, aux arguments convaincants, sans pareil par son irrésistible éloquence, ce livre, traçant les lignes générales du grand plan de rédemption de Dieu, occupe une position sans égale dans l'ensemble de la littérature baha'ie, à l'exception du Kitab-i-Aqdas, le Très-Saint-Livre de Baha'u'llah. (5)"

Jusqu'à la révélation du Kitab-i-Iqan, la signification des missions de tous les prophètes de Dieu, le but de leur révélation et le véritable sens de leur Verbe n'avaient pas été divulgués. Avec la révélation de ce livre, la signification des paroles, qui d'après Daniel, devaient "rester scellées jusqu'au temps de la fin" (6) devint apparente. Le "sceau" que pendant des milliers d'années la providence avait placé sur les Livres saints de toutes les religions avait été ôté.

Le Kitab-i-Iqan est le meilleur exemple de la façon d'enseigner la cause de Dieu. Au lieu de donner immédiatement les preuves de l'authenticité du message du Bab, Baha'u'llah parle tout d'abord des autres prophètes, fait le portrait de leurs vies et de leurs souffrances, démontre la vérité de leurs missions et décrit les traits communs de leur Foi. Par ce moyen, il fait jaillir chez le lecteur la compréhension de la vérité de sa propre religion lui permettant ainsi de reconnaître la réalité de son propre prophète. Alors, vers la fin du livre, ayant construit cette base solide, il parle du Bab et de son message et applique à cette nouvelle révélation les normes qu'il a appliquées pour vérifier l'authenticité des autres prophètes.

Étant donné que toutes les Manifestations de Dieu tirent leur autorité de la même Source, il est donc possible de reconnaître la dernière Manifestation si l'on connaît les qualités et attributs de celui qui est apparu dans une époque précédente.

Il est pourtant enseigné à la plus grande majorité des disciples des religions du monde de croire uniquement en un seul messager de Dieu. Bien que sincères dans leur croyance que leur religion est véritable et d'origine divine, ils n'ont souvent pas reconnu la réalité de leur propre prophète. Il y a beaucoup de différences entre avoir connaissance d'une religion et connaître la réalité du fondateur de sa foi. Par exemple, un homme peut posséder une pièce d'or et savoir qu'elle est précieuse et pourtant ne pas pouvoir distinguer l'or du cuivre. Un tel homme ne pourra pas reconnaître une nouvelle pièce d'or lorsqu'il la verra.

Telle est la condition de l'homme aujourd'hui. Mais si quelqu'un reconnaît la réalité du fondateur de sa propre religion, il n'aura aucune difficulté à accepter Baha'u'llah comme la Manifestation de Dieu pour cette époque.

Le Kitab-i-Iqan a permis à un grand nombre de personnes, d'horizons différents de comprendre la vérité de leur propre religion, premier pas vers la croyance en Baha'u'llah. Ce livre a projeté une grande lumière sur les Livres saints des révélations passées. Il a dévoilé le schéma et révélé la signification de la révélation progressive. Il a posé une fondation durable pour l'unité finale de toutes les religions du passé. Il a servi comme une clef avec laquelle les disciples de Baha'u'llah ont ouvert les portes de connaissances jusqu'à là inconnues à l'homme. Il est devenu une source d'inspiration pour les érudits baha'is et les enseignants qui depuis ont écrit des volumes prouvant l'authenticité du message de Baha'u'llah par des preuves rationnelles et intellectuelles ou par l'interprétation des Écritures saintes du passé. En effet, ce livre a donné une nouvelle vision aux baha'is leur permettant de dévoiler les mystères de la religion et d'enseigner leur Foi avec une plus grande perspicacité et une plus grande connaissance.


c) Thèmes principaux du Kitab-i-Iqan (première partie)

La première chose à laquelle nous devons penser lorsque nous étudions le Kitab-i-Iqan est le fait que Baha'u'llah écrivit ce livre pour un homme d'origine musulmane ; les passages qu'il cite proviennent souvent du Coran. Dans les paragraphes d'ouverture Baha'u'llah a rendu la reconnaissance de la vérité conditionnelle au détachement de l'homme des choses de ce monde. Un point qu'il accentue à travers tout le livre. Voici ces paroles:

"Nul ne peut atteindre les rives de l'océan de la vraie compréhension s'il n'est détaché de tout ce qui existe au ciel et sur la terre…
Ces paroles signifient que ceux qui marchent dans le chemin de la foi, ceux qui ont soif du vin de la certitude, doivent se laver de tout ce qui est terrestre, c'est-à-dire détourner leurs oreilles des paroles oiseuses, leurs pensées des imaginations vaines, leurs coeurs des attachements terrestres et leurs yeux de la vue des choses périssables. Ils doivent mettre leur confiance en Dieu et, lui restant fidèles, suivre son sentier. C'est alors qu'ils deviendront dignes des gloires resplendissantes du soleil de la connaissance et du savoir divin et bénéficieront d'une grâce invisible et infinie… (7)"

* Raisons pour lesquelles l'homme s'oppose aux prophètes de Dieu

Dans la première partie du Kitab-i-Iqan, Baha'u'llah s'étend sur l'histoire des prophètes du passé et explique les principales raisons pour lesquelles l'homme s'oppose à eux. En comprenant ces raisons, l'on peut être amené à reconnaître la vérité de la cause de Dieu pour ce jour. Il attache une telle importance à ce thème, qu'il y consacre une partie considérable du livre.

Après avoir décrit certaines des cruautés et des outrages qui furent accumulés sur certains prophètes du passé, Baha'u'llah fait remarquer:

"Réfléchis à ces événements: Pourquoi tant de contestations et de conflits, tant de luttes et de tumulte, tant de tyrannie et de bouleversements se produisent-ils à l'avènement de chaque Manifestation de Dieu ? Et ce, bien que tous les prophètes de Dieu, lors de leur manifestation aux peuples du monde ont invariablement prédit la venue d'un autre prophète après eux, indiquant les signes qui annonceraient l'avènement de la future loi, ainsi qu'en témoignent toutes les Écritures. Bien qu'on recherchât et qu'on attendît les manifestations de sainteté, et en dépit des signes inscrits dans les livres saints, pourquoi en chaque âge, tous les prophètes et élus de Dieu eurent-ils à subir de tels actes de violence, d'oppression et de cruauté ? (8)"

Baha'u'llah énumère alors différentes causes du rejet de la Manifestation de Dieu par l'homme. Tout d'abord on trouve le fait qu'à chaque époque, les masses ont toujours suivi aveuglément leur clergé qui pour la plupart se sont aussi opposés au nouveau prophète de Dieu. En ce qui concerne les chefs religieux, Baha'u'llah écrit:

"De tout temps les chefs religieux ont tenu les peuples sous leur joug et les ont détournés des rivages du salut éternel, les uns par amour du pouvoir, les autres par ignorance. C'est à cause d'eux que tous les prophètes de Dieu ont bu la coupe du sacrifice et se sont envolés au plus haut horizon de gloire. Combien de cruautés indicibles, les gouvernants et les prêtres de chaque âge ont-ils fait subir à ces rois du monde, ces gemmes de vertu divine ! lls ont été détournés des possessions immortelles par leurs biens terrestres et périssables. (9)"

Plus loin dans le livre, Baha'u'llah condamne les prêtres pour leur ignorance et leur manque de discernement:

"Parmi ces… il faut compter les prêtres et les docteurs du temps de la Manifestation de Dieu qui, manquant de compréhension, et tout à leur amour du pouvoir matériel, ne se rendent pas à la Cause de Dieu. Non seulement ils n'entendent pas la voix divine, mais "ils se bouchent les oreilles" [nota: Coran II.19]. Et les hommes, les prenant pour guides, au lieu de Dieu, attendent d'être repoussés ou acceptés par ces bonzes entêtés; ils n'ont ni oreilles, ni yeux, ni coeur pour reconnaître le vrai du faux ! (10)"

Une autre cause du refus de l'homme à accepter le nouveau messager est que celui-ci apporte de nouveaux enseignements, abroge les lois du passé et établit un ordre nouveau. Ce changement radical contrarie les chefs religieux, car ils voient ce nouveau messager comme un défi à leur autorité et de toute leur force se lèvent pour lui faire opposition.

Une autre raison pour rejeter le nouveau prophète est que des signes pour l'avènement de la prochaine Manifestation de Dieu sont donnés dans chaque religion. Comme l'homme s'attend à voir la réalisation littérale de ces signes et qu'il n'a pas véritablement compris leur signification exacte, il est incapable de reconnaître le nouveau messager de Dieu.

* Les signes du retour du Christ

Pour élucider ce point, Baha'u'llah consacre non moins de soixante-dix pages à l'interprétation d'un passage des Évangiles qui donne les signes du retour du Christ [nota: Matthieu XXIV 29-31]. Ce faisant il effleure plusieurs autres sujets.

Concernant les signes de la venue du Christ, il révèle:

"Les disciples du Christ lui demandèrent ensuite quels étaient les signes du retour de sa Manifestation, et dans quel temps il aurait lieu. Ils le questionnèrent plusieurs fois et, à chaque fois, cette beauté incomparable répondit en leur indiquant un signe particulier qui annoncerait l'avènement de la dispensation promise, ainsi qu'il est écrit dans les quatre Evangiles.
Celui qu'on traite injustement va te citer une de ses réponses et, pour l'amour de Dieu, je vais donner aux hommes les bienfaits encore dissimulés dans le trésor de l'arbre sacré et caché, afin que les mortels ne restent pas privés de leur part du fruit immortel.
Peut-être ainsi, et sans que j'en attende la moindre récompense, obtiendront-ils quelques gouttes des eaux de la vie éternelle qui sont offertes à l'humanité depuis le "séjour de paix" de Bagdad.
Et voici la mélodie, chantée avec puissance et majesté, par Jésus, fils de Marie, dans le Ridvan de l'Évangile, révélant les signes qui doivent annoncer l'avènement de la manifestation qui suit. Dans le premier Évangiles de saint Matthieu, on peut lire: "Et aussitôt après l'affliction de ces jours-là, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera pas sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances seront ébranlées. Alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel ; alors aussi toutes les tribus de la terre se lamenteront en se frappant la poitrine, et elles verront le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande gloire. Il enverra ses anges avec un grand son de trompette…" [nota: Matthieu cité dans le Kitab-i-Iqan]
Comme les prêtres chrétiens n'ont pas compris le sens de ces paroles, ni leur dessein spécifique, et qu'ils s'en sont tenus à leur sens littéral, ils ont été privés de la grâce jaillissante de la révélation de Muhammad et de ses rafraîchissantes bontés. (11)"

* Interprétations des termes symboliques

Baha'u'llah explique alors plus longuement la signification de ces mots:

"… l'affliction est celle qui résulte du manque de capacité à acquérir la connaissance spirituelle et à comprendre la parole de Dieu. Elle a lieu à la disparition de l'étoile de vérité et des miroirs qui réfléchissent sa lumière, lorsque l'humanité affligée ne sait plus vers qui se tourner… C'est ce qui se voit de nos jours. Les peuples ne sont-ils pas conduits par des ignorants qui les mènent selon leurs caprices ? Dans leur bouche, la mention de Dieu est devenue un mot vide de sens, et sa sainte parole, lettre morte ?… Bien que reconnaissant dans leur coeur l'unité de la loi de Dieu, ils ont tout de même proclamé dans tous les sens de nouveaux ordres et, à chaque saison, de nouveaux décrets. On n'en peut trouver deux qui soient d'accord sur une même loi car ils ne cherchent d'autre Dieu que leur propre désir et ne suivent d'autre voie que la mauvaise… Ils s'efforcent de tout leur possible de protéger leurs occupations insignifiantes de peur que leur autorité soit discréditée ou que l'étalage de leur magnificence soit terni. Si le voile qui recouvre leurs yeux était enlevé à l'aide du collyre du savoir de Dieu, on découvrirait très certainement qu'un grand nombre de bêtes voraces rongent le cadavre des âmes des hommes.
Quelles "afflictions" plus grandes que celles-ci ? Un homme qui veut connaître la vérité et atteindre à la connaissance de Dieu ne sait où aller ni qui interroger, tant les idées et les voies sont nombreuses et contradictoires. Cette "affliction" est la caractéristique essentielle de chaque révélation. Autrement il n'y aurait pas de raison pour que le Soleil de vérité apparût. En effet, l'apparition du matin de la direction divine doit nécessairement suivre l'obscurité de la nuit de l'erreur… (12)"

En ce qui concerne les mots "soleil" et "lune", Baha'u'llah déclare:

"Les mots soleil et lune, mentionnés dans les écrits des prophètes de Dieu, ne s'appliquent pas seulement aux soleil et lune visibles, mais ils ont de nombreuses significations particulières aux cas où ils sont employés. Ainsi, "soleil" signifie en un sens les Soleils de vérité qui se lèvent de l'horizon de l'ancienne gloire et répandent sur le monde une effusion de grâce céleste. Ces soleils de vérité sont les Manifestations universelles de Dieu dans les mondes de ses noms et attributs. Et de même que le soleil visible, ainsi que l'a décrété Dieu, le Vrai, l'Adoré, aide au développement de toutes choses terrestres: aux arbres, aux fruits avec leurs diverses couleurs ; aux minéraux et à tout ce qui existe dans la création ; de même, les arbres de l'unité divine, les fruits de son unicité, les feuilles du détachement, les fleurs de la connaissance et de la certitude, la myrte de la sagesse et de l'explication, apparaissent par leur soins attentifs et l'influence éducative de ces astres divins… C'est grâce à la chaleur de ces soleils divins et aux feux éternels qu'ils allument que la flamme de l'amour de Dieu brûle avec ardeur dans le coeur des hommes…
D'autre part, ces termes s'appliquent aux prêtres de la révélation précédente, qui vivent au temps de la suivante et tiennent fermement en mains les rênes de la religion. Si ces prêtres sont éclairés par la lumière de la révélation suivante, ils seront agréables à Dieu et resplendiront d'une éternelle lumière. S'il en est autrement, on pourra dire qu'ils sont plongés dans l'obscurité, bien que, selon toute apparence, ils soient les guides des hommes, car la foi et l'incroyance, la direction et l'erreur, la félicité et la misère, la lumière et l'obscurité dépendent toutes des décrets de celui qui est l'étoile du matin de la vérité. Quiconque, parmi les prêtres de chaque âge, reçoit la source de la connaissance, aux jours de la reddition des comptes, le témoignage de foi, celui-là reçoit en vérité la science, la faveur divine et de la lumière de la véritable intelligence. Autrement il est marqué du signe de la folie, du reniement, du blasphème et de l'oppression.
Il est évident et manifeste pour chaque observateur de discernement que comme la lumière de l'étoile s'estompe devant l'effusion de la splendeur du soleil, de même le luminaire de la connaissance terrestre, de la sagesse et de la compréhension disparaît dans le néant lorsqu'il est mis face à face avec les gloires resplendissantes du Soleil de vérité, la source de la compréhension divine…
On emploie en troisième lieu les mots soleil, lune et étoiles pour désigner les lois et les commandements qui sont proclamés dans chaque religion, telles les lois de la prière et du jeûne…
… Donc, il est clair et manifeste que, par les mots "le soleil sera obscurci et la lune ne donnera plus sa lumière et les étoiles tomberont du ciel" est sous-entendu l'inconstance des prêtres et l'abrogation des lois fermement établies par la révélation divine, tout ceci ayant été prédit en langage symbolique par la Manifestation de Dieu….
On sait qu'à chaque nouvelle Manifestation, le "soleil" et la "lune" des enseignements, lois, commandements et interdictions, qui avaient brillé dans la précédente révélation, perdent leur éclat et les peuples qui avaient vécu à l'ombre de ces enseignements sont privés de son influence. (13)"

À propos du "signe du Fils de l'Homme dans le ciel", Baha'u'llah affirme que ce signe est rendu manifeste dans le monde visible comme dans le monde invisible. Avant la venue de chaque prophète, non seulement une étoile est apparue dans les cieux, indiquant la naissance d'une nouvelle révélation, mais un héraut a annoncé ces bonnes nouvelles au peuple de cette époque. Par exemple, les devins à l'époque de Moïse mirent en garde le Pharaon:

"Une étoile venait d'apparaître au ciel, signe de la conception d'un homme qui tiendrait en sa main son sort et celui de son peuple. En même temps, ainsi que les Livres nous l'enseignent, un vieillard apportait la Bonne nouvelle consolatrice au peuple d'Israël. (14)"

Avant les jours de la révélation du Christ, des mages allèrent voir Hérode et dirent: "Où est le roi des juifs qui vient de naître ? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer" [nota: Matthieu II,2]. C'était le signe apparaissant dans le ciel visible. Cependant l'étoile spirituelle était Jean Baptiste. Il prédit la venue du Christ et prépara le peuple pour sa révélation.

Avant l'avènement de Muhammad, il y eut aussi des événements similaires. Voici les paroles de Baha'u'llah à propos de celui qui fut le héraut du Prophète de l'islam:

"Et dans le ciel spirituel, donnant au peuple la bonne nouvelle de l'apparition de ce soleil d'unité, quatre hommes se succédèrent annonçant sa venue. Ruz-bih (appelé plus tard Salman) fut leur serviteur à tous les quatre, chacun d'eux, au moment de mourir l'ayant envoyé servir l'autre. Quand le quatrième fut sur le point de mourir, il dit: "Oh Ruz-bih, quand tu m'auras enseveli, va en Hijaz où apparaîtra le soleil de Muhammad et soit heureux de le rencontrer" ! (15)"

Et dans cette révélation, avant la déclaration du Bab, ces signes jumeaux apparurent. Baha'u'llah déclare:

La plupart des astronomes ont parlé de l'apparition des étoiles dans le ciel, et sur terre nous avons constaté la venue des deux brillantes lumières, Ahmad et Kazim(*)… (16)
(*) Nota: Shaykh Ahmad-i-Ahsa'i est le fondateur de l'école Shaykhi de l'islam. Il fut suivi par Siyyid Kazim-i-Rashti. Tous deux enseignèrent à leurs disciples que la venue du promis de l'islam était proche et les prépara pour son avènement… La plupart des premiers babis appartenaient à la secte Shaykhi.
À propos des lamentations des "tribus de la terre" et la venue du Fils de l'Homme dans les "nuages du ciel", Baha'u'llah écrit:

"Ce symbole veut dire qu'alors les peuples gémiront d'être privés du soleil de la beauté divine, de la lune du savoir et des étoiles de la sagesse révélée et qu'ensuite cette apparition promise de la beauté adorée descendra du ciel, et chevauchant sur les nuages. En d'autres termes, que cette beauté divine, du ciel de la volonté de Dieu apparaîtra dans la forme humaine ; Le mot ciel se rapporte à la grandeur et à l'élévation apparaissent ces saintes aurores et ces éternels Orients. Si ces êtres éternels semblent venir du sein d'une mère, en réalité ils descendent du ciel des causes, et s'ils habitent sur terre, ils reposent sur le siège spirituel. Lorsqu'ils marchent parmi les hommes, ils volent dans l'atmosphère de la présence divine ; ils circulent sur la terre sans mouvoir leurs pieds ; ils atteignent les hauteurs de l'unité sans le secours des ailes ; ils parcourent en un instant l'immensité de l'espace et traversent instantanément le monde visible et le royaume invisible. (17)"

Quant à la signification de "nuages", Baha'u'llah affirme:

"Ainsi, ces "nuages" obscurcissent le ciel lorsque les commandements sont modifiés, la religion changée, quand les coutumes, les lois sont détruites et que le plus humble des croyants passe avant les docteurs et les prêtres infidèles. De plus, l'apparition de la Beauté éternelle [nota: Baha'u'llah] dans une forme humaine, buvant, mangeant, sujette à la pauvreté ou à la richesse, à la gloire ou à l'humiliation, dormant, veillant, etc., toutes ces choses constituent autant de nuages qui mènent les gens au doute et à la perdition. Et ce sont ces "nuages" qui, dans le ciel d'instruction et de savoir, doivent être dissipés. (18)"

Concernant l'envoi d'"anges", Baha'u'llah explique que ces saintes âmes se sont:

"Les anges sont des hommes qui ont détruit tout ce qui était humain en eux, par le pouvoir spirituel du feu de l'amour de Dieu, et qui se sont parés des attributs des chérubins. (19)"

En interprétant le passage des Évangiles mentionné plus haut, Baha'u'llah élucide plusieurs autres points, jette la lumière sur quelques paroles obscures et cachées des prophètes, cite longuement le Coran et les traditions de l'islam et révèle un large éventail de nouvelles vérités qui étaient restées inconnues et cachées au sein des religions précédentes. Il explique la signification de termes comme "le changement de la terre", le "ciel qui se fend" qui d'après l'islam doit se passer à la dernière heure, le jour de la Résurrection, le jour "où le ciel produira une fumée palpable, qui enveloppera l'humanité" [nota: Coran XLIV 10].

De plus, il affirme:

"…si, dans chaque ère, les signes d'une Manifestation devaient apparaître en ce monde, juste comme il est écrit, il n'y aurait pas de contradicteurs ; et comment alors distinguer les bons des méchants, les pécheurs des justes ? Juge équitablement: Si les paroles qui sont écrites dans l'Évangile se réalisaient matériellement, et si les anges venaient avec Jésus, fils de Marie, sur les nuages du ciel, qui aurait la force de nier, et s'enorgueillir ? Tous les hommes seraient pris d'une telle peur que, loin de vouloir renier ou accepter, ils ne pourraient prononcer une seule parole. (20)"

* Autres raisons qui font que l'homme rejette les prophètes

La raison pour laquelle les gens n'ont pas compris la signification des signes donnés dans les Livres saints est qu'ils ont aveuglément suivi leurs chefs religieux. Baha'u'llah confirme ceci dans le Kitab-i-Iqan en ces mots:

"Ainsi, dans chaque ère, le désaccord et la contradiction se glissent entre les peuples qui passent leur temps à discuter, disant: tels signes ne sont pas venus, tels autres non plus, etc. Ces erreurs ont été les leurs parce qu'ils s'en sont rapportés à leurs prêtres, reniant ces joyaux uniques, ces êtres divins. Quant aux prêtres, enfermés dans leurs basses ambitions et leur avidité sordide, ils ne voyaient dans ces éternels soleils que des adversaires de leur savoir et de leur intelligence, et des obstacles à leurs efforts. Ils expliquaient les paroles divines, celles des Traditions et des Lettres d'unité, dans leur sens matériel. Et ils s'éloignaient sans recours, aussi bien eux que leurs peuples, des ondes de bonté et de merci de Dieu. (21)"

Pour pouvoir comprendre les mystères enchâssés dans la religion de Dieu Baha'u'llah déclare à plusieurs reprises, l'homme doit purifier son coeur de toutes choses terrestres. Voici l'un des passages:

"Si tu purifies le miroir de ton coeur de la poussière de tes préférences injustes, tu comprendras tous les symboles révélés par le Verbe de Dieu manifesté dans chaque religion, et tu sauras les mystères de la sagesse. Mais tant que tu ne consommeras pas par les flammes du détachement absolu les voiles du prétendu savoir humain, tu n'atteindras pas l'aurore éclatante du vrai savoir.
Saches en vérité qu'il y a deux sortes de savoir: le divin et le satanique. L'un coule de la fontaine de l'inspiration divine et l'autre n'est que le reflet de pensées vaines et obscures. La source du premier est Dieu lui-même; la motivation du second sont les murmures des désirs égoïstes. L'un est guidé par le principe: "crains Dieu, il t'instruira", l'autre est une confirmation de cette vérité que "le savoir est le plus grand voile qui nous sépare de Dieu". Les fruits du premier sont la patience, le désir ardent, la vraie compréhension et l'amour ; ceux du second l'arrogance, la vanité et la suffisance. Et dans les explications données par les Envoyés, nul ne risque de respirer les parfums de ce sombre savoir dont l'obscurité étouffe la terre, qui ne produit que rébellion et iniquité et dont les résultats sont la rancune et la haine: ce sont des poisons mortels, et l'ombre des arbres de ce savoir n'est qu'un feu dévorant. (22)"

Un autre facteur important qui a fait obstacle à la reconnaissance des Manifestations de Dieu sont les épreuves qui sont associées à leurs révélations. Dans chaque cas, certains événements dans la vie de la Manifestation ont agi comme l'obstacle principal pour le peuple, les empêchant de reconnaître la vérité. À ce propos, Baha'u'llah a révélé ces paroles:

"Et toutes ces paroles symboliques et énigmatiques qui sont descendues de l'Origine des causes sont destinées à éprouver les peuples, afin de reconnaître les coeurs dont la terre est féconde et ceux dont la terre est stérile ; et c'est une des coutumes de Dieu avec ses peuples, ainsi qu'on le voit dans les Ecritures. (23)"

Il démontre cet important principe en donnant quelques exemples. Parlant de Muhammad qui avait l'habitude de se tourner vers Jérusalem lorsqu'il conduisait la prière avec ses disciples, Baha'u'llah raconte cette histoire où Muhammad soudainement se tourna vers La Sainte Mosquée (La Mecque):

"… Et un jour que Muhammad et quelques-uns de ses disciples étaient en train de faire la prière obligatoire du milieu du jour, et avaient déjà fait deux prosternations, Gabriel [nota: L'ange qui personnifie l'Esprit Saint pour Muhammad] leur apparut et dit: "Tournez-vous vers la plage de l'oratoire sacré."
Et, au milieu de la prière, Muhammad se tourna de Jérusalem vers La Mecque. Alors la crainte et l'effroi s'emparèrent de ses disciples, et beaucoup d'entre eux abandonnèrent la prière et vinrent grossir le nombre des infidèles. Ce trouble n'avait d'autre but que d'éprouver ses serviteurs.… Oui, ces choses qui sèment le trouble sont pour Dieu la pierre de touche par laquelle il distingue et sépare le sincère du menteur. (24)"

Une autre histoire mentionnée par Baha'u'llah en illustration de ce thème, concerne Moïse:

"Considère Moïse, fils d'Imran, qui fut l'un des plus grands prophètes et révéla un livre inspiré de Dieu… il rencontra sur la place publique deux hommes qui se disputaient. L'un d'eux lui demanda de lui venir en aide. Moïse le secourut et tua l'autre…
Pense donc un peu aux épreuves auxquelles Dieu nous soumet ! Un homme connu pour être un assassin, qui avoue son crime, ainsi qu'il est écrit, qui avait été élevé aux yeux de tous pendant environ trente ans dans le palais du Pharaon, c'est cet homme que Dieu choisit pour lui donner le suprême pouvoir ! Et il l'a laissé devenir, au vu et au su de tous, un assassin, causant ainsi étonnement et réprobation parmi les gens. (25)"

L'humanité a également été testée lorsque le Christ est apparu. Mais à cette occasion, les circonstances de sa naissance furent l'épreuve, ainsi que l'explique Baha'u'llah:

"Vois aussi Marie: Cette femme admirable, sous le poids de circonstances prodigieuses, se désolait d'avoir vu le jour, ainsi qu'on peut le comprendre par la lecture des livres saints… Que pouvait-elle répondre au peuple ? Comment lui dire que cet enfant d'un père inconnu lui était venu par l'oeuvre du Saint-Esprit ? Chaste, elle prit son enfant et retourna à la maison… Quelle terrible épreuve ! Néanmoins Dieu fit un prophète de cet enfant de l'Esprit qu'on savait n'avoir pas de père légitime, et fit de lui sa preuve envers tous les peuples du ciel et de la terre. (26)"


d) Thèmes principaux (deuxième partie)

* Nature de Dieu et de ses manifestations

Ayant clairement démontré certaines des raisons qui ont empêché les hommes de reconnaître les Messagers de Dieu, Baha'u'llah commence la deuxième partie du Kitab-i-Iqan avec l'un des passages les plus éclairants qu'il ait révélé, à propos de la nature de la Manifestation et de sa relation avec Dieu et l'homme. Dans les paroles suivantes, il déclare d'une façon très éloquente, que l'homme seul ne pourra jamais connaître son Créateur, mais que par sa bonté Dieu se révèle en chaque époque, à travers un prophète:

"Pour les hommes instruits, au coeur éclairé, il est évident que l'Essence inconnaissable, l'Etre divin, est, à un degré incommensurable, exalté au-dessus de tout attribut humain. Il n'a pas à vivre dans un corps, à monter ni à descendre, à entrer ni à sortir ; il est plus grand que les qualifications de chacun ne peuvent l'exprimer et plus mystérieux que le coeur humain ne peut le saisir. À jamais il a été et sera invisible dans son identité. À jamais Il sera voilé dans son essence éternelle et sera éternellement caché aux yeux des hommes dans sa réalité… Car entre lui et les hommes, il n'y a pas de commune mesure ni aucun terme de comparaison ; on ne peut dire qu'il est loin ni qu'il est près ; rien n'indique sa présence ou son absence. Car tout ce qui est dans les cieux et sur terre n'existe que par son Verbe, et c'est par son désir, qui est la Volonté primordiale, que les êtres, de la non-existence, passent dans le monde de l'existence… Les prophètes, les docteurs, les prêtres, les philosophes et les sages de chaque génération reconnaissent tous qu'ils ne peuvent arriver à connaître cette quintessence de la vérité, et qu'ils sont impuissants à comprendre cette réalité des réalités. (27)"

Le rang et la nature de la Manifestation de Dieu sont exaltés au-dessus du monde de l'humanité. Il est en vérité l'incarnation des attributs de Dieu révélée à l'homme. Il est la source de toutes les énergies spirituelles qui sont relâchées d'âge en âge. De même que le soleil est la source de vie et d'énergie pour cette terre, de même la Manifestation de Dieu est le Soleil de l'humanité. La vie, la croissance et le progrès de l'humanité sont causés par l'apparition de ces Âmes célestes et en dépendent. Baha'u'llah loue le rang des Manifestations de Dieu et révèle une mesure de leur gloire en ces termes:

"Comme les portes sont fermées par lesquelles cette identité réelle serait accessible aux hommes, par la miséricorde infinie de celui dont "la miséricorde englobe tous les êtres" et dont "la merci dépasse toutes choses", les joyaux brillants du monde de l'esprit sont apparus sur cette terre dans le corps noble de l'homme et se sont manifestés à lui, afin qu'il puisse à son tour faire connaître au monde les mystères de cette Identité éternelle et de cette impérissable Essence. Ces saints miroirs, lieux d'apparition de l'ancienne gloire, sont tous, et chacun, les interprètes sur terre de celui qui est l'astre central de l'univers, son essence et son but ultime. Leur savoir est son savoir, leur pouvoir son pouvoir, leur puissance sa puissance, leur beauté sa beauté, leur Révélation un signe de sa gloire immortelle ; ils sont les trésors de la connaissance et les dépositaires de la sagesse suprême, l'apparition de la bonté infinie, et les aurores du Soleil éternel, ainsi qu'il est dit: "Il n'y a pas de différence entre toi et eux, si ce n'est qu'ils sont tes serviteurs et tes créatures." C'est ce que veut également dire: "Je suis lui, et il est moi", qu'on trouve dans les Traditions. (28)"

Et à nouveau, il révèle ce qui suit:

"… Ceux d'entre les hommes qui sont les plus parfaits, les meilleurs, sont les Manifestations du Soleil de vérité et l'on peut dire que les autres n'existent que par leur vouloir, n'agissent que par leur bonté. "Si ce n'était pour toi, Je n'eusse pas créé les cieux." En leur sainte présence rien n'existe plus, rien n'a plus de valeur. La langue ne peut convenablement chanter leurs louanges ni la parole dévoiler leurs mystères. Ces tabernacles de sainteté, ces miroirs qui réfléchissent une lumière glorieuse et éternelle, ne sont que les expressions de celui qui est l'Invisible des invisibles, avec tous ses noms et attributs: savoir, pouvoir, souveraineté, grandeur, miséricorde, sagesse, gloire, bonté et générosité. (29)"

Il y a deux passages dans le Coran qui sembleraient être contradictoires. L'un parle de l'unité des Messagers de Dieu, l'autre en exalte certains au-dessus des autres. Baha'u'llah cite ces passages et d'une part, explique l'unité des Manifestations de Dieu et de l'autre leurs différences. De leur unité, il déclare:

"De plus, il est évident pour toi que les confidents de Dieu se présentent aux hommes comme les révélateurs d'une cause nouvelle et les porteurs d'un message nouveau. Puisque ces oiseaux du trône céleste viennent tous du ciel de la volonté de Dieu et ne s'élèvent que pour proclamer sa foi irrésistible, on les considère comme une seule et même personne.…
Il y a deux façons de considérer les Manifestations de Dieu: la première consiste à envisager leur c condition abstraite, pure et sans mélange, la condition de l'unité incomparable ; dans cette condition, on peut appeler les Prophètes d'un seul nom et les qualifier tous d'une seule manière. Il est dit: "Nous ne faisons aucune distinction entre les prophètes de Dieu." [nota: Coran, II, 285]. Car tous attirent les hommes à l'unité de Dieu, et leur donnent les bonnes nouvelles de la miséricorde infinie ; tous ils ont endossé la robe glorieuse du prophétisme… Tu sais donc, à n'en pas douter, que les différents Prophètes sont les temples de la cause de Dieu, apparus sous des aspects différents. Et si tu y fais attention tu verras qu'ils habitent tous dans le même tabernacle, planent dans les mêmes hauteurs, sont assis sur le même trône, parlent le même langage, proclament les mêmes lois. Telle est l'unité de ces essences de l'existence et de ces soleils incommensurables. Si l'une de ces saintes Manifestations dit: je suis le retour de tous les Prophètes, Elle dit vrai, et il est certain que chaque apparition est le retour de la précédente. (30)"

Puis, parlant des différences qui distinguent les Manifestations de Dieu, Baha'u'llah explique:

"… Ainsi chacune porte un nom qui la qualifie personnellement, accomplit une mission précise et apporte une révélation particulière. "Nous élevâmes les prophètes les uns au-dessus des autres. Les plus élevés sont ceux à qui Dieu a parlé. Nous avons envoyé Jésus, fils de Marie, accompagné de signes évidents et nous l'avons fortifié par le Saint-Esprit." [nota: Coran II.253]
Selon leurs différents degrés d'élévation et leur mission, les paroles qui coulent de ces sources de savoir divin semblent plus ou moins différer. Seuls ceux qui savent les mystères des questions divines comprennent que toutes ces Manifestations ont une seule origine. (31)"

De même que la réalité de chaque Manifestation est identique à celle de la Manifestation précédente, de même leurs disciples sont aussi le retour de l'essence des disciples de la révélation précédente. À ce sujet Baha'u'llah se sert de l'analogie suivante:

"Ainsi, par exemple, qu'une rose fleurisse en Orient ou en Occident, c'est toujours une rose. Ce qui importe, ce n'est pas la forme extérieure de la fleur mais bien plutôt le parfum qu'elle exhale. (32)"

Comme déjà indiqué, la Manifestation de Dieu a une double nature, divine et humaine. L'explication de Baha'u'llah est lumineuse:

"Mais, dans l'unité et dans les hauteurs de l'abstraction, ces perles de l'existence s'appellent Autorité, Divinité, Unité et Identité sans mélange ; car toutes siègent sur le trône de la révélation de Dieu, et toutes se tiennent sur les hauteurs divines de l'Invisible. C'est-à-dire que Dieu apparaît par leur apparition ; sa beauté brille dans leur beauté. C'est ainsi que la parole de Dieu lui-même est sortie des lèvres de ces Etres d'Unité.
Envisagées sous le rapport de leur diversité, de leur limitation et de leurs caractéristiques, les Manifestations font preuve d'une servitude, d'un dévouement et d'une renonciation sans égaux: "Je suis le serviteur de Dieu, et je ne suis qu'un être humain comme vous."
Si une des Manifestations universelles dit: "Je suis Dieu", c'est exact ; car nous avons démontré qu'avec leurs révélations, les noms et qualités de Dieu deviennent visibles sur terre… Si le Prophète dit au contraire: "Je suis le serviteur de Dieu", ceci n'est pas moins exact, car extérieurement, il apparaît au dernier degré de servitude, et nul ne peut être aussi humble que cette perle de l'existence. (33)"

* La souveraineté des prophètes

Une des questions que Haji Mirza Siyyid Muhammad demanda à Baha'u'llah de résoudre pour lui, concernée les circonstances de l'apparition du Qa'im. D'après les traditions de l'islam, il doit venir en grande majesté et gouverner les peuples. Ces conditions ne furent pas littéralement accomplies par le Bab. Baha'u'llah consacre une grande partie du Kitab-i-Iqan à sa réponse, démontrant que tous les prophètes de Dieu sont apparus avec majesté et pouvoir, mais que ceci était des conditions spirituelles plutôt que physiques. Leur souveraineté était céleste, et par elle, ils établirent leur ascendance et leur puissance sur l'humanité. Parlant de la souveraineté du Qa'im, il écrit:

"Mais ce n'est pas la puissance que le monde a imaginée. D'abord, tous les anciens Prophètes qui ont annoncé aux peuples la bonne nouvelle de la prochaine apparition, toutes ces anciennes Manifestations ont parlé dans leur Livre de la puissance de la Manifestation suivante. Et il n'y a là rien de spécial au Qa'im. Si nous considérons ces anciennes Manifestations, nous pouvons sans hésitation leur attribuer la force et la puissance et toutes les qualifications divines, et cela uniquement parce qu'elles sont les manifestations des qualifications invisibles et les aurores des divins mystères.
De plus, la puissance exercée sur le monde entier par le Qa'im, qu'il soit ou non revêtu du pouvoir matériel, dépend uniquement de sa volonté propre. Tu n'ignores pas que, si les Livres anciens parlent de puissance, de richesse, de vie, de mort, de résurrection, ce n'est pas dans le sens qu'on donne communément à ces mots aujourd'hui. La puissance est ce pouvoir qui apparaît dans chaque Soleil de réalité, qui est en lui-même, et qui ne sert qu'à lui. C'est cette autorité interne qui agit surtout ce qui existe, et qui est rendue sensible suivant la réceptivité spirituelle des hommes. (34)"

Comparant l'ascendance et le pouvoir créatif de la Manifestation de Dieu à la brève souveraineté des rois de la terre, Baha'u'llah déclare:

"Cette puissance qui, par une seule parole, une seule lettre, peut disposer de tout, vaincre et dominer toutes choses, n'est-elle pas plus grande que la puissance des rois de la terre qui, en dépit de leur sollicitude pour leurs sujets et de leur assistance à ceux qui sont dans le besoin, arrivent tout juste à se faire obéir mais ne sont au fond jamais aimés ni respectés ? La vraie puissance, au contraire, avec une seule parole, a soumis le monde entier et a conféré l'existence à tous les êtres. "Quelle différence il y a entre la poussière terrestre et le Roi des rois !" En effet, comment les comparer ? Rien ne peut être mis en parallèle avec le saint royaume, dont les plus humbles serviteurs sont les véritables rois de l'univers. (35)"

Parmi les autres histoires que Baha'u'llah raconte pour démontrer la signification de la souveraineté et de l'autorité attribuées aux prophètes de Dieu, il y a celle de Jésus durant sa captivité aux mains des Juifs:

"Un jour, comme les juifs avaient demandé à Jésus, fils de Marie, d'avouer qu'il était le Messie et le Prophète, afin de pouvoir le condamner comme infidèle à la peine de mort, lui qui était l'astre de la révélation divine, ils l'amenèrent devant Pilate et devant Caïphe, le grand prêtre d'alors, assemblés avec les plus éminents docteurs. Un nombreux public assistait à la séance, raillant et maudissant Jésus. Aux questions réitérées de ses juges, il garda le silence. Enfin, un maudit d'entre les hommes vint en face de lui et dit: "N'as-tu pas dit: je suis le Messie, le Roi des rois, ma parole est le Verbe de Dieu, le destructeur du Sabba ?" Alors Jésus releva la tête et dit: "Ne voyez-vous pas le Fils de l'homme assis à la droite du pouvoir et de la toute puissance ?" Et cependant, en apparence, il n'avait d'autre pouvoir que le pouvoir intérieur venant de Dieu, qui se trouve dans tout ce qui est au ciel et sur la terre ! (36)"

Au cours de sa présentation de la souveraineté, Baha'u'llah s'attarde sur les souffrances qui ont été amoncelées sur les prophètes de Dieu et ses Élus. Il décrit le martyre de l'Imam Husayn qui a répandu un éclat glorieux sur la foi de l'islam. Il fait aussi le portrait des souffrances et des tribulations qui furent infligées à Muhammad pendant les premiers temps de son ministère. À ce sujet, Baha'u'llah démontre que le Verbe énoncé par la Manifestation transporte l'âme humaine d'un état de détresse et d'ignorance vers le glorieux royaume des vertus et des perfections divines. Par la puissance de sa révélation, il soude les coeurs des peuples et familles en conflit et fait d'eux une seule nation. Et il souligne la pertinence d'une célèbre prophétie de la Bible:

"… En outre, que de gens de diverses croyances et de tempéraments opposés ont revêtu les nouvelles robes d'union, et ont bu à la coupe d'unité dans la grâce du glorieux paradis et du céleste printemps embaumé ! - C'est ce que veut dire la fameuse Tradition: "L'agneau et le loup boiront à la même source." [nota: Isaïe LXV.25] Considérez combien sont ignorants ceux qui, à l'exemple des anciens, s'attendent à voir ces animaux se réunir réellement pour un repas en commun ! Telle est la condition des hommes: on dirait qu'ils n'ont jamais bu à la coupe d'intelligence ni fait un pas sur la route du discernement ! Quel bien résulterait pour le monde de la réalisation effective de ces choses ? Et comme ce verset s'applique bien à eux: "Les hommes ont des coeurs avec lesquels ils ne comprennent rien, des yeux avec lesquels ils ne voient rie !" [nota: Coran VII.178] (37)

* La signification de "vie" "mort" et "résurrection"

À nouveau, Baha'u'llah révèle la signification des termes usités dans les Saints Livres des religions passées, tels que "vie", "mort", "résurrection", le "coup de trompette", "paradis", et "enfer". Il déclare:

"… La mort et la vie sont ici celles de la foi. Et c'est parce que les hommes n'ont pas compris cela qu'ils se sont révoltés contre chaque Manifestation, qu'ils ne se sont pas laissé conduire par le Soleil de direction, et qu'ils n'ont pas suivi la Beauté éternelle. (38)"

Baha'u'llah affirme que le Jour de la résurrection est introduit par l'avènement de chaque Manifestation de Dieu ; par sa révélation, les croyants sortent des sépultures de l'incroyance et acquièrent la vie spirituelle. Voici quelques-unes de ses paroles:

"Et les mêmes faits se sont reproduits lors de l'apparition de chaque Manifestation. Comme l'a dit Jésus: "Vous devrez renaître à nouveau" [nota: Jean III.7], et ailleurs: "Celui qui n'est pas né de l'eau et de l'esprit n'entrera pas dans le Royaume de Dieu, car celui qui est né de la chair est chair, et celui qui est né de l'esprit est esprit" [nota: Jean V.5-6]. Autrement dit, quiconque est né du souffle de l'esprit des saintes Manifestations lors de leurs apparitions est vivant, ressuscité ; il entre dans le divin paradis d'amitié ; sinon, la mort, la privation, le feu de l'infidélité, la colère de Dieu l'attendent. Dans toutes les Ecritures sacrées, nous voyons que ceux qui n'avaient pas bu aux coupes éthérées du vrai savoir, et dont le coeur n'avait pas reçu les grâces du Saint-Esprit au temps des Manifestations, ont été considérés comme morts, livrés à la géhenne, privés de vue, de coeur, d'entendement. Nous vous rappelons ce verset déjà cité: "Les hommes ont des coeurs avec lesquels ils ne comprennent rien." [nota: Coran VII.178]
Dans les Evangiles, il est écrit qu'un jour un des disciples du Christ, qui avait perdu son père, vint lui demander la permission d'aller l'enterrer et de revenir ensuite. Cette essence du détachement dit: "Laissez les morts enterrer les morts" [nota: Luc IX.60, tel que cité dans le Kitab-i-Iqan] (39)

Dans le Coran, il y a de nombreuses références au jour où l'homme arrivera en la présence de Dieu. Ceci affirme Baha'u'llah peut uniquement être interprété comme accéder à la présence de la Manifestation de Dieu:

"Arriver en cette présence n'est possible qu'au jour de la résurrection, qui est ce jour où Dieu lui-même apparaît dans sa révélation universelle. C'est le sens de l'expression "le Jour de la Résurrection" dont parlent toutes les Ecritures saintes, un jour annoncé à tous.
Peut-on imaginer un jour plus précieux, plus grand et plus glorieux que ce jour de la grande manifestation ? Pourtant, les hommes ne s'en soucient pas et se privent des bienfaits que la miséricorde divine verse sur nous comme une ondée printanière ! Alors qu'il a été prouvé de toutes les façons possibles que ce jour sera le plus grand, et cette cause la plus importante, comment l'homme désespère-t-il en se laissant gagner par le doute des sceptiques ? En dehors de ces arguments irréfutables pour ceux qui réfléchissent, ne connais-tu pas la fameuse Tradition: "La résurrection aura lieu à l'arrivée du Qa'im" ? Les Imams qui sont la lumière de direction ont expliqué également, en l'attribuant à l'apparition du Qa'im, ce verset du Coran: "Les hommes attendent-ils que Dieu vienne à eux dans les ténèbres des nuages ?" [nota: Coran II.210], lequel, de l'avis général, s'applique à ce qui se passera au jour de la résurrection, c'est-à-dire au Qa'im et à sa manifestation. (40)"

* Le voile de la connaissance

Il y a plusieurs références dans la deuxième partie du Kitab-i-Iqan concernant les prêtres et les chefs religieux qui par leur "soi-disant connaissance" ont empêché les peuples de se tourner vers les Manifestations de Dieu. Ces déclarations sont semblables à celles que l'on trouve dans la première partie du livre, mais là, elles sont principalement dirigées vers les prêtres de l'islam [nota: Voir appendix IV pour un récit sur Hadji Mirza Karim Khan, l'un des prêtres auquel Baha'u'llah se réfère dans le Kitab-i-Iqan] Car le savoir acquis peut devenir un voile entre l'homme et Dieu. Se référant à ce voile, Baha'u'llah déclare:

"Ces sciences, pour lesquelles il est dit: "La science est le plus grand voile", nous les avons détruites par le feu de l'amour du Bien-Aimé, et nous avons dressé une autre tente. Nous nous glorifions en rendant grâces à Dieu d'avoir consumé le plus grand voile par le feu de la beauté du Bien-Aimé, et de n'avoir laissé aucune place dans les coeurs pour ce qui n'est pas le désir du Bien-Aimé ! Nous ne tenons qu'à un seul savoir: le sien ; à une seule connaissance: l'apparition de sa lumière. (41)"

La reconnaissance de la Manifestation de Dieu ne dépend pas de la connaissance acquise:

"Pour saisir les paroles divines et comprendre les explications des colombes spirituelles [nota: Les Manifestations de Dieu], point n'est besoin d'être un érudit. Il suffit d'avoir un coeur pur, une âme chaste et un esprit libre de préjugés ; la preuve en est aujourd'hui les gens qui n'ont jamais rien appris de science humaine et qui reposent sur les divans du savoir. Les nuages de la divine bonté ont fait pousser dans leur coeur les roses de la sagesse et les anémones de la compréhension. Bénis sont les purs et les sincères pour la part qu'ils ont de la lumière du plus grand jour ! (42)"

* Le chercheur sincère

Une des plus éblouissantes allégations de Baha'u'llah dans le Kitab-i-Iqan se trouve dans les passages concernant les qualités et les attributs du chercheur sincère. Voici ses paroles telles qu'il les adresse à Haji Mirza Siyyid Muhammad, l'oncle du Bab:

"Mais, mon frère, le chercheur qui veut s'engager dans les chemins qui conduisent à la connaissance de l'Eternel, doit purifier son coeur de la noire poussière de la science humaine et des insinuations sataniques; car c'est dans son coeur que les divins et invisibles mystères apparaissent. Il doit le purifier de toute souillure, car c'est le sanctuaire de l'amour éternel du Bien-Aimé ; il lui faut affranchir son âme de tout ce qui est l'eau et la boue des choses sans réalité, des ombres vaines, afin de ne conserver en lui aucune trace d'amour ou de haine. Car l'amour risque de le conduire dans le mauvais chemin, et la haine de l'empêcher de suivre la bonne voie. De nos jours, n'est-ce pas l'amour ou la haine qui ont privé bien des gens de la face éternelle de la majesté divine, et qui les retiennent sans pasteur dans les déserts de perdition et d'oubli ? Le chercheur doit aussi s'en remettre à chaque instant de sa vie à Dieu, se détourner des hommes, se séparer du monde de poussière pour s'unir au Seigneur des seigneurs, ne se préférer à nul autre, effacer de son coeur l'orgueil et la fierté, s'armer de patience et d'endurance, et suivre la loi du silence pour se garder de vaines paroles. Car la langue est un feu qui couve, et l'abus des paroles est un poison mortel ; et tandis que le feu naturel consume les corps, le feu de la langue consume les esprits et les coeurs. Celui-là ne laisse aucune trace après une heure, tandis que celui-ci dure des siècles !
Le chercheur doit savoir que la médisance est une grave erreur, et s'en garder à jamais; car elle éteindrait la lampe brillante de son coeur, et détruirait la vie de l'âme. Il doit se contenter de peu, et ne jamais demander plus qu'il n'a. Il doit chercher à s'allier à ceux qui sont détachés des choses de ce monde et éviter les vaniteux. Il doit prier dès l'aurore, s'efforcer de tout son pouvoir de trouver le Bien-Aimé, et lutter contre sa négligence à l'aide du feu de l'amour et de la prière. Il doit passer, aussi rapide que l'éclair, loin de tout ce qui n'est pas lui, et donner tous ses soins aux malheureux afin de leur faire partager les bénédictions qu'il possède. Il doit être bon pour les animaux, encore meilleur pour son semblable, l'homme, qui a le don de la parole. Pour l'amour du Bien-Aimé, il ne doit pas tenir à la vie, et les critiques des gens ne doivent pas le détourner de la vérité. Il ne doit pas faire à autrui ce qu'il n'aime pas qu'on lui fasse. Il ne doit pas promettre ce qu'il ne pourra tenir. Il doit éviter de se lier avec les pécheurs et implorer pour eux le pardon de Dieu. Il ne doit pas mépriser les méchants, car nul ne sait qui sera jugé bon. Combien de méchants avant de mourir recevront l'essence de la foi, goûteront le vin immortel et s'envoleront au royaume suprême ! Et combien de fidèles qui, au moment de l'ascension de leur esprit, auront changé d'attitude et résideront dans les derniers degrés de la géhenne !
Le but de toutes ces explications et de ces claires paroles est de faire savoir au chercheur que tout ce qui n'est pas Dieu est mortel, et que rien n'existe que l'Adoré. Celui-là seul qui se conforme à ces règles de conduite sera un homme d'une haute spiritualité. Nous les avons déjà mentionnés à propos des exigences que doit remplir celui qui avance sur le chemin de la connaissance positive. Lorsque le voyageur, sincère et détaché, réunit ces qualités, qui sont implicites dans le verset: "Quiconque fait un effort pour nous" [nota: Coran XXIX.69], il jouira de la bénédiction conférée par ces mots: "En vérité nous le guideront dans nos chemins." [nota: Coran XXIX.69] Car s'il allume dans son coeur la lampe de la recherche, des efforts, de l'amour, de la passion et de l'extase et si la brise de la miséricorde divine souffle sur lui, la nuit de l'erreur, du doute et de la crainte ne tardera pas à disparaître pour faire place à la lumière du savoir et de la certitude. Alors le Messager spirituel de la cité divine se lèvera comme l'aurore, avec son cortège de bonnes nouvelles, et réveillera par la trompette d'instruction l'âme, le coeur et l'esprit, endormis sur les couches de négligence ! C'est ainsi que la bonté et le secours invisible de L'éternel Saint-Esprit donnent une vie nouvelle ; au point que le chercheur se découvrira de nouveaux yeux, un nouvel entendement, un nouveau coeur et une âme nouvelle, avec lesquels il verra les signes évidents du monde et les obscurs secrets de l'âme, et il comprendra que dans le moindre atome se trouve une porte par laquelle on entre dans le domaine de l'évidence, de la certitude et de la conviction. Dans chaque chose, il verra le mystère de la révélation divine et l'évidence d'une manifestation éternelle. (43)"

* Preuves de la révélation du Bab


Ayant clarifié ces points fondamentaux pour Haji Mirza Siyyid Muhammad, Baha'u'llah présente alors les preuves de l'authenticité du message du Bab. À nouveau il prépare le chemin en parlant d'une façon générale des Manifestations de Dieu, consacrant plusieurs pages à expliquer que la plus grande preuve d'un prophète est le prophète lui-même, de même que la preuve du soleil est le soleil lui-même.

Puis suit en importance la preuve que la Manifestation de Dieu est la révélation de la Parole de Dieu. Baha'u'llah montre comment Muhammad, à plus d'une occasion indiqua le Coran comme preuve de sa mission:

"Au début de ce Livre, il est écrit: Seul le Livre subsiste au début duquel il est écrit: "A. L. M. ('Alif, Lam, Mim.) Voici le livre sur lequel il n'y a point de doute ; c'est la direction de ceux qui craignent le Seigneur." [nota: Coran II.1]… Ainsi Dieu a fait du Coran le guide de tous les peuples de la terre, et cette invisible unité témoigne elle-même de sa valeur jusqu'au dernier jour… Dans un autre passage, on trouve: "Si vous avez des doutes sur le Livre que nous avons envoyé à notre serviteur, produisez un chapitre au moins pareil à ceux qu'il renferme, et appelez, si vous êtes sincères, vos témoins, ceux que vous invoquez à côté de Dieu." [nota: Coran II.23] Combien alors les paroles de Dieu sont élevées, et combien grande est leur valeur, puisque l'argument suprême, le pouvoir tout-puissant, la volonté accomplie et la preuve parfaite y sont contenus ! (44)"

L'étude des vies des Fondateurs de toutes les religions démontre que le Verbe de Dieu est l'instrument le plus effectif par lequel le prophète crée une nouvelle civilisation. Il pénètre dans le coeur des peuples et devient l'esprit de l'âge. Lorsqu'un chercheur reconnaît la Source de la parole révélée, il pénètre dans le Cité de la certitude, affirme Baha'u'llah, et il décrit cette cité comme:

"…n'est autre que le Verbe de Dieu: la Bible au temps de Moïse ; l'Evangile au temps de Jésus ; sous Muhammad le Prophète de Dieu, le Coran ; de nos jours le Bayan, et au temps de "Celui que Dieu manifestera", son Livre qui sera le complément de tous les autres qu'il dominera de toute sa supériorité ! (45)"

À propos de la révélation du Bab, il écrit ce qui suit:

"L'univers cependant n'a jamais vu ni éprouvé une bonté comparable à celle qui émane aujourd'hui des Paroles divines, comme les pluies d'avril des nuages du Miséricordieux ; car les plus grands Prophètes, dont le caractère divin et la gloire brillent comme le soleil, n'ont apporté qu'un seul Livre dont les versets sont connus de tous. Tandis que, de ce nuage de la miséricorde divine, il a été révélé tellement d'ouvrages que nul ne peut les compter. On n'en connaît jusqu'ici qu'une vingtaine de volumes, mais combien y en a-t-il qui ne nous sont pas parvenus, ou qui sont tombés entre les mains des ennemis qui en ont fait ce que personne ne sait ! (46)"

Comme souvent au commencement des révélations du passé, des âmes inconnues embrassèrent la Foi de Dieu, les érudits l'ont rabaissée et ont méprisé ses disciples. Baha'u'llah fait remarquer combien était différente la situation lorsque apparut le Bab:

"Aujourd'hui, au contraire, dans cette sublime Manifestation, un grand nombre de prêtres élevés, de docteurs accomplis, d'érudits incontestés ont bu à la coupe de l'approche et de la rencontre, et ont reçu le plus haut bienfait. Dans le chemin du Bien-Aimé, ils ont sacrifié leur vie et leurs biens. Certains de leurs noms que tu connais encourageront les indécis et tranquilliseront ceux dont l'âme est inquiète.
L'un d'eux, Mulla Husayn [nota: Un éminent homme de savoir, un des plus grands parmi les disciples de Siyyid Kazim. Il fut le premier à reconnaître le Bab et il est le grand héros de la révélation babie], reçut l'éclat de la Manifestation: "Sans lui, Dieu ne se serait pas assis sur le siège de sa miséricorde, trône de sa gloire éternelle." Siyyid Yahya [nota: Connu sous le nom de Vahid, voir annexe III] fut incomparable et unique dans son temps… et tant d'autres, près de 400, dont les noms sont écrits dans les Tablettes préservées de Dieu ?
Ils ont tous été attirés par ce Soleil divin et lui ont obéi au point d'abandonner biens et familles pour obéir aux désirs du Très-Glorieux: Leurs coeurs se sont levés pour le Bien-Aimé. Ils ont sacrifié tout ce qu'ils possédaient. (47)"

Puis suit un passage de louanges de Baha'u'llah au Bab où il décrit sa ténacité à proclamer sa Cause face à une farouche opposition. Une telle ténacité a été une caractéristique de tous les prophètes de Dieu et est encore un de leurs critères. Voici quelques unes des déclarations de Baha'u'llah à propos du Bab:

"Il y a une autre preuve, brillante parmi les preuves ; j'entends parler de la fermeté qu'a montrée, dans la cause de Dieu, cette Beauté éternelle, le Bab, alors qu'il n'était qu'un adolescent, et que sa Manifestation se heurtait contre tout ce qui existait, contre les idées de chacun, des humbles, des nobles, des riches, des pauvres, des puissants, des méprisés, des rois comme de leurs sujets. Nul ne lui fit peur, à nul il ne prêta attention ! De telles choses peuvent-elles se passer sans le commandement de Dieu et le divin vouloir ? Je jure qu'il y a là de quoi faire réfléchir ! Même avec le courage du monde entier, qui oserait se risquer à pareille aventure, s'il n'en avait la permission de Dieu, et s'il ne sentait dans son coeur la miséricorde et dans son âme la bonté divines ? (48)
La fermeté dans la cause est donc un solide argument et une preuve sublime de la vérité…
Considère maintenant cet arbre de la cause de Dieu, ce tout jeune homme, le Bab qui s'est levé pour la proclamer ; de quelle fermeté il fit preuve ! Des peuples entiers s'efforcèrent en vain de le faire reculer ! Plus ils amoncelaient les calamités sur cet arbre de sainteté (arbre du Paradis), plus son ardeur augmentait, plus le feu de son amour se développait, ainsi que chacun a pu le voir. À la fin, il donna sa vie et son âme s'envola dans l'au-delà. (49)"

Quant aux effets de la révélation du Bab sur ses disciples, Baha'u'llah écrit:

"Et parmi les preuves de la vérité de sa manifestation on peut citer l'autorité, le pouvoir transcendant et la suprématie que lui, qui est le révélateur et la Manifestation de l'Adoré, a révélés, seul et sans aide, au monde entier. La Beauté éternelle apparut à Shiraz en l'an 60 [nota: 1260 A.H. (1844) année de la déclaration du Bab] où elle déchira les voiles. En peu de temps, dans tout le pays, les marques de la victoire, du pouvoir et de l'autorité de cette Essence des essences et de cette Mer des mers étaient manifestées ; partout la cause recrutait des adhérents à ce soleil d'identité. Combien de nobles et purs coeurs prirent exemple sur lui, et combien de gouttes de savoir se répandirent sur tout l'univers, de cette mer de sagesse divine ! Dans chaque ville pourtant, les prêtres et les nobles s'efforçaient de le combattre par la haine, l'injustice et la jalousie ! Combien d'hommes saints, essences de justice, furent mis à mort comme des criminels ; combien d'êtres purs, conformant leurs actes à leur doctrine, furent tués dans les plus affreux tourments ! Ce qui ne les empêcha pas jusqu'à la fin d'évoquer le souvenir de Dieu, et de s'envoler dans les hauteurs de la résignation et du consentement. Ces hommes étaient à ce point transformés qu'ils ne s'occupaient que de la volonté du Bab et n'acceptaient d'autres ordres que les siens. Se soumettant à son bon plaisir, leurs âmes étaient unies à son souvenir. (50)"

Il est important de comprendre que le Bab a accompli les prophéties citées dans les Écritures et particulièrement celles de l'islam. La révélation du Bab avait un lien particulier avec l'islam. Non seulement il était lui-même un descendant de Muhammad, mais son avènement était très sincèrement attendu par les Musulmans, par les chi'ites comme par les sunnites. Il était considéré comme l'apogée et le fruit de la Foi de l'islam. Muhammad et les saints Imams avaient laissé derrière eux, d'innombrables prophéties concernant la venue du Promis. Toutes les circonstances de sa révélation, le temps, le lieu et les nombreux aspects de sa cause sont mentionnés dans les traditions de l'islam soit clairement soit par des allusions.

Mirza Ahmad-i-Azghandi, qui devint un ardent croyant, fut l'un des prêtres les plus prodigieux du Khorasan. Avant la déclaration du Bab, il avait senti le besoin de compiler toutes les prophéties et traditions de l'islam se rapportant à l'avènement du Promis. Si vaste est l'envergure de ces prophéties que sa compilation consistait en près de douze milles traditions !

L'accomplissement des prophéties concernant l'apparition du Qa'im est de la plus grande importance pour l'islam chiite. Pendant plus de mille ans, ces adhérents en ont parlé dans leur mosquée, leurs écoles et maisons. C'est peut-être pour cette raison que Baha'u'llah a consacré quelques pages dans le Kitab-i-Iqan pour expliquer quelques-unes de ces traditions. Ce faisant, il démontre comment le Bab a clairement accompli ces prophéties.

* Baha'u'llah anticipe sa propre révélation

En prévision de sa propre révélation, faisant allusion à lui-même comme à la "Quintessence de la Vérité", "la Réalité interne", la "Source de toute lumière", et, "le Roi de pouvoir céleste", Baha'u'llah s'adresse aux chefs de la communauté babie et aux érudits en ces termes:

"Aujourd'hui, nous demandons au peuple du Bayan, aux instructeurs, aux docteurs, aux lettrés et aux témoins du Bayan, de ne pas oublier les recommandations que Dieu leur a faites dans leurs livres et de s'en tenir aux éléments essentiels de leur cause, de peur que, lorsque celui qui est la quintessence de la vérité, la réalité interne de toutes choses et la source de lumière apparaîtra, ils ne se laissent arrêter par quelques phrases du Livre, et qu'ils ne renouvellent à son sujet les injustices des peuples du Coran. Car ce roi de puissance divine [nota: Ceci est une référence à "Celui que Dieu doit rendre manifeste"] a, en vérité, le pouvoir de faire disparaître, d'un seul mot, tout souffle de vie dans le Bayan et son peuple, et, d'un autre mot, il peut leur donner à tous la vie éternelle, en les ressuscitant des tombes des plaisirs et des désirs. Soyez attentifs et veillez, car la fin suprême des hommes doit être de croire en lui, d'arriver à sa rencontre et de voir sa présence divine. (51)"

Dans un autre passage, faisant allusion à lui-même comme à "l'Oiseau céleste", il affirme:

"Par Dieu ! cet oiseau céleste, vivant maintenant dans la poussière, peut chanter des milliers d'autres chants que ces mélodies et dévoiler encore d'innombrables mystères dont le moindre détail est encore plus sublime que tout ce qui est jamais venu sous notre plume ! Mais nous les réservons pour le temps où la volonté divine fera sortir les épouses spirituelles des palais mystiques, et les fera entrer sans voiles sur la terre de l'existence ! (52)"

Et pourtant, Baha'u'llah anticipe dans certains passages du Kitab-i-Iqan l'opposition qu'il allait rencontrer et les souffrances qu'il allait endurer des mains d'ennemis à l'intérieur de la communauté babie. Faisant allusion à Mirza Yahya, et aux gens autour de lui, Baha'u'llah écrit:

"En ces jours le vent de jalousie et d'envie est en train de souffler, et je jure, par l'Educateur de tout ce qui existe, que depuis le commencement du monde qui n'a jamais commencé, jusqu'à nos jours, il n'y a jamais eu jalousie pareille à celle qu'on voit en ce moment. Des hommes qui n'ont jamais respiré le parfum de la justice ont brandi contre nous le drapeau de la révolte ; de tous côtés les épées sont tirées, les flèches sont lancées. Je ne me suis jamais mis en avant ni au-dessus de qui que ce soit, je me suis au contraire toujours considéré comme le compagnon et le très humble et fidèle ami de chacun. Avec un pauvre j'ai toujours été comme un pauvre, avec les savants et les nobles je me suis toujours tenu sur la réserve. (53)"

Baha'u'llah parle de ses souffrances dans beaucoup de ses Écrits et explique clairement que la plus grande souffrance infligée à la Manifestation de Dieu provient de ceux qui professent sa foi mais qui lui sont infidèles. La douleur que subit Baha'u'llah suite à l'infidélité de Mirza Yahya, son hypocrisie et sa conduite infamante, n'était pas physique. Il ressentit ce chagrin et cette douleur dans son âme et déclare dans le Kitab-i-Iqan:

"Et malgré tout, je jure par Dieu qui est Un, que tout ce que j'ai eu à subir des ennemis et des docteurs [nota: docteurs de l'islam] n'est rien à côté de ce que j'ai eu à supporter de la part de ceux qui se disent mes amis: si je le racontais, pas un de ceux qui ont l'esprit équitable ne pourrait le supporter ! (54)"

L'autorité avec laquelle Baha'u'llah parle dans le Kitab-i-Iqan , le ton de beaucoup de ses remarques et les allusions qu'il fait à lui-même indiquent tous son rang divin et sa déclaration imminente. Dans un passage, il déclare:

"L'univers est en état de gestation à cause de toute cette bonté, et bientôt le résultat en sera visible à tous, dans ce monde de poussière. Alors celui qui meurt de soif parviendra au Kawthar (*) du Bien-Aimé ; celui qui est perdu dans les déserts de l'éloignement et de la non-existence arrivera aux tentes de la vie et de la présence de l'Amant. (55)"
(*) Nota: Littéralement une rivière du paradis ; symboliquement les eaux vivifiantes de la révélation de Dieu.

Le Kitab-i-Iqan est comme un océan. Il contient le tréfonds de la réalité de la religion et ses profondeurs sont insondables. On peut le lire de nombreuses fois, pourtant à chaque fois de nouvelles vérités et des nouvelles visions se manifestent devant les yeux.



11. AUTRES PREMIERS CROYANTS

a) Hadji Mirza Muhammad-Taqiy-i-Afnan


Il n'est pas surprenant de dire que peu de temps après sa révélation, le Kitab-i-Iqan devint la source de connaissance divine pour tous les croyants et la cause de la conversion d'un nombre incalculable d'âmes à la Foi. Plusieurs parents du Bab reconnurent la vérité du Message du Bab rien qu'en lisant ce livre.

Une de ces personnes fut Hadji Mirza Muhammad-Taqi (*) dénommé le Vakilu'd-Dawlih, l'un des plus éminents croyants parmi les Afnan. Dès qu'il eut lu le Kitab-i-Iqan, qui avait été révélé en l'honneur de son père, il reconnut la vérité de la Cause et se hâta vers Bagdad pour être en présence de Baha'u'llah. Dans ce voyage, il était accompagné par son frère aîné Hadji Muhammad-'Ali, qui embrassa aussi la Foi et devint l'un des plus remarquables croyants.
(*) Nota: un cousin du Bab, le fils de Hadji Mirza Siyyid Muhammad pour qui Baha'u'llah révéla le Kitab-i-Iqan.

Cette réunion avec Baha'u'llah exerça une très grande influence sur Hadji Mirza Muhammad-i-Taqi. Tout son être fut magnétisé par son amour pour Baha'u'llah et il fut rempli d'un nouvel esprit qui lui permit de se rendre compte du rang de Baha'u'llah avant sa Déclaration et de se lever en son service. Son dévouement et son enthousiasme dans la cause de Dieu furent exemplaires, et, lorsqu'il marchait dans les rues de Bagdad, il rayonnait d'une telle joie céleste que les croyants de cette cité avaient l'habitude de l'appeler le "charmant Afnan". il semblait que la flamme de l'amour divin allumé par la main de Baha'u'llah avait complètement brûlé toutes ses attaches à ce monde.

Dans cet état, il retourna à Yazd, où il continua son travail de marchand et où il était très estimé par ses concitoyens.

Bien que dès le début de cette révélation les gens de Yazd aient été des ennemis fanatiques de la Foi nouveau-née et aient impitoyablement persécuté les disciples de cette ville, la famille des Afnan n'était pas impliquée. Les fonctionnaires du gouvernement et les autres dignitaires les traitaient avec considération et respect. ils avaient, en particulier, beaucoup d'égard pour Hadji Mirza Muhammad-i-Taqi dont les actions et la personnalité le faisaient apprécier des autorités.

Vers la fin du ministère de Baha'u'llah, le noyau d'une communauté baha'ie commença à s'étendre rapidement à 'Ishqabad, dans la province du Turkistan. De nombreuses familles baha'ies de Perse émigrèrent vers cette ville où ils profitèrent d'une mesure de liberté dans leurs activités baha'ies.

À une occasion, Hadji Mirza Muhammad-i-Taqi prit ses dispositions pour acheter quelques propriétés à 'Ishqabad et, en ayant informé Baha'u'llah, il reçut les instructions de se servir d'une partie de ces propriétés pour la construction d'un Mashriqu'l-Adhkar. Après l'ascension de Baha'u'llah, Hadji Mirza Muhammad-Taqi, suite aux instructions de 'Abdu'l-Baha, alla à 'Ishqabad et entreprit la tâche de superviser la construction de cette Maison d'adoration. Il consacra tous ses efforts à l'exécution de cette vaste entreprise et y dépensa toutes ses ressources financières. Avec l'aide d'autres baha'is, il érigea ce noble édifice, le premier Mashriqu'l-Adhkar du monde baha'i [nota: Suite à un tremblement de terre dans cette région, ce bâtiment devenait dangereux et dut être démoli en 1963].

Lorsque la construction du Mashriqu'l-Adhkar fut achevée et la décoration intérieure bien avancée, 'Abdu'l-Baha fit venir Hadji Mirza Muhammad-Taqi en Terre sainte. il quitta 'Ishqabad en 1325 AH (1907 EC), confiant toutes ses affaires et celles de la Maison d'adoration à son fils aîné, Hadji Mirza Mahmud, et finit ses jours en présence du Maître.

Il mourut en Terre sainte et est enterré sur les pentes du Mont Carmel, à l'ombre du Tombeau du Bab, dans le voisinage de la caverne d'Élie.

Aucun récit sur Hadji Mirza Muhammad-Taqi ne serait complet sans la mention de sa jeunesse, lorsque adolescent de quinze ans, il s'asseyait en présence du Bab écoutant sa voix mélodieuse lorsqu'il révélait les prières et les versets de Dieu. Dans ses brèves mémoires, qu'il écrivit à 'Ishqabad, Hadji Mirza Muhammad-Taqi parle de ces jours:

"Je me souviens que chaque dimanche, j'avais l'habitude d'aller à la maison de mon illustre tante, la mère du Bab, où j'avais le grand plaisir d'accéder à sa présence…Je me souviens particulièrement d'une occasion où, il m'autorisa à m'asseoir en sa présence et gentiment me coupa une tranche de melon qu'il me donna. Il était occupé à écrire des prières et des versets. Il me tendit alors une des prières qu'il avait révélée pendant le week-end et me demanda de la chanter en sa présence… Le Bab quitta Chiraz pour La Mecque en passant par Bushihr cette même semaine ou la semaine d'après… Deux ou trois mois plus tard j'allais à Bushihr pour rejoindre mon père… À son retour de La Mecque, le Bab vint à notre maison de Bushihr où je passai plusieurs jours en sa présence. Durant ces jours, il passait chaque moment de son temps à révéler les versets de Dieu et à écrire des prières… Un soir avec des larmes dans les yeux, je le suppliai en toute sincérité de prier pour moi afin que je puisse passer mes jours au service de Dieu et à la fin j'obtins son assentiment. Il m'assura que ce serait ainsi. (1)"

Hadji Mirza Muhammad-Taqi était la personnification du détachement, de l'humilité et de la servitude. Son seul but dans la vie était de servir la Cause qu'il aimait tellement. Il communiait souvent en esprit et par la prière avec Baha'u'llah. On raconte de lui, que chaque jour, chez lui, il mettait ses plus beaux habits, s'asseyait seul quelques heures dans sa chambre et avec la plus grande dévotion et sincérité, il dirigeait son coeur et son âme vers Baha'u'llah, se considérant comme étant en présence même de la Beauté bénie.

'Abdu'l-Baha disait que chaque fois qu'il était saisi de chagrin, le fait de voir Hadji Mirza Muhammad-Taqi faisait disparaître sa tristesse et emplissait son coeur de joie.

Durant ses heures sombres d'incarcération à Acre, lorsque les briseurs d'alliance travaillaient la main dans la main avec les autorités turques pour attenter à sa vie, 'Abdu'l-Baha écrivit une épître à Hadji Mirza Muhammad-Taqi et lui donna les instructions pour organiser l'élection de la Maison Universelle de justice (*), si les menaces contre lui devaient être mises à exécution.
(*) Nota: Baha'u'llah a ordonné la Maison Universelle de Justice comme corps suprême de la Foi. Elle fut élue pour la première fois en 1963 et a son siège à Haïfa.

Dans la même épître 'Abdu'l-Baha parle de la grandeur de la cause de Dieu et prédit les attaques futures qui seront portées contre elle. Voici ses paroles prophétiques et de mauvais augures, écrites à une époque ou le message de Baha'u'llah n'avait atteint qu'un petit nombre de personnes du monde occidental.

"Que la cause est grande, très grande ! Qu'il est féroce l'assaut de tous les peuples et habitants de la terre. Sous peu, se feront entendre, aux quatre coins du monde, la clameur de la multitude à travers l'Afrique, à travers l'Amérique, le cri de l'Européen et du Turc, le gémissement de l'Inde et de la Chine. Tous sans exception, ils se dresseront et de toute leur force ils résisteront à sa cause. Alors, les chevaliers du Seigneur, assistés de sa grâce céleste, raffermis par la foi, soutenus par la puissance de leur discernement et renforcés par les légions de l'Alliance, se lèveront et manifesteront la vérité de ce verset: "Vois la confusion qui a frappé les tribus des vaincus. !" (2)

Dans ses services dévoués, Hadji Mirza Muhammad-Taqi apporta victoire et honneur à la cause de Dieu. 'Abdu'l-Baha l'a désigné comme étant l'un des "… quatre vingt anciens qui étaient assis sur le siège devant Dieu…" mentionnés dans l'apocalypse de St Jean le divin [nota: Des autres vingt trois "anciens" seulement dix-neuf ont été nommés, il s'agit du Bab et des dix-huit Lettres du Vivant]


b) Nabil-i-A'zam

Aucun récit de la révélation de Baha'u'llah ne serait complet si l'on ne parlait pas de Mulla Muhammad-i-Zarandi, surnommé Nabil-i-A'zam, l'un de ses apôtres remarquables qui joua un grand rôle dans la propagation de son message et dans la dissémination de sa parole. Il est immortalisé par ses narrations détaillées, dont une partie, La chronique de Nabil, traitant spécialement de l'histoire du Bab, a été traduite en anglais par Shoghi Effendi, le Gardien de la Foi. L'autre partie traitant du ministère de Baha'u'llah doit encore être publiée.

Dans sa jeunesse Nabil était un berger. Il avait un grand amour de la nature et passait souvent la nuit, couché sur le sol, contemplant les étoiles et en communion solitaire avec le Créateur. Il chantait les versets du Coran en suivant son troupeau dans les champs, et priait Dieu qu'il lui permette de trouver la vérité dans sa vie.

Un jour de 1847, il entendit par hasard, deux hommes racontant l'histoire du Bab. Son coeur fut instantanément attiré vers le nouveau message et peu de temps après il rencontra un croyant qui lui enseigna la Foi. Il devint un disciple ardent du Bab et, malgré les nombreux obstacles qui furent placés sur son chemin, il resta toujours actif dans la propagation de son message.

Sa première rencontre avec Baha'u'llah eut lieu à Téhéran vers 1850. Pourtant, à ce moment, Nabil ne se rendit pas compte de la grandeur de son rang. Plus tard, lorsque la communauté babie semblait être sans chef et les croyants découragés et décontenancés, Nabil dans son égarement prétendit être "Celui que Dieu rendra manifeste", et dissémina parmi les babis quelques-uns de ses propres écrits. Puis il arriva à Bagdad et vint en présence de Baha'u'llah. Cette fois, son oeil intérieur vit la gloire de sa révélation et son âme fut vivifiée par son puissant Esprit. Il se prosterna à ses pieds et implora le pardon pour son audace. Comme acte de repentir et pour montrer la mesure de son humilité envers Baha'u'llah, il coupa sa barbe, qui à cette époque était le symbole de la dignité d'un homme, et en fit une brosse avec laquelle il balaya les abords de la maison de Baha'u'llah.

Animé par l'ardent désir de servir Baha'u'llah et fortifié par sa grâce intarissable, Nabil put rendre de remarquables services à sa cause. Sa loyauté et son dévouement envers Baha'u'llah étaient exemplaires. Il se distingue d'entre tous les compagnons de Baha'u'llah, comme celui qui était dominé par un amour passionné pour lui. Cet amour était si intense que ceux qui le rencontraient ne pouvaient manquer de détecter le feu brûlant à l'intérieur de son âme.

Nabil était un poète doué, un génie inspiré qui écrivait avec beaucoup de facilité. Certains de ses récits sont même composés en vers. Ces poèmes révèlent l'intensité de sa foi, et l'ardeur de son amour.

En de nombreuses occasions, Baha'u'llah l'envoya en mission en Perse. Dans ces voyages, partout où il allait, il transmettait les nouvelles de Baha'u'llah et incitait les croyants à se lever et à le servir. Lorsque Baha'u'llah quitta Bagdad pour Constantinople, Nabil ne put rester en arrière. Il revêtit un costume de derviche et à pied et incognito, prit la route de Constantinople rejoignant en chemin le groupe de Baha'u'llah. De Constantinople, Baha'u'llah l'envoya vers la Perse, pour y enseigner et y propager la nouvelle de la Cause. De Perse, il alla vers Andrinople, scène de la proclamation du message de Baha'u'llah. À nouveau Baha'u'llah l'envoya en Perse pour disséminer les Écrits et pour aider les croyants à prendre conscience de la signification de sa révélation. Avec beaucoup de zèle et d'enthousiasme il voyagea partout et aida à l'établissement des bases d'une communauté baha'ie grandissante, distincte du très petit nombre qui dans leur aveuglement avait suivi Mirza Yahya. Cette dernière communauté, appelé Azalis, déclina dans les années qui suivirent, vers l'insignifiance et l'oubli. Ce fut aussi pendant cette période que le mot baha'i désignant les disciples de Baha'u'llah vint à remplacer le terme babi.

Une autre mission qui après ce voyage fut confiée à Nabil par Baha'u'llah, fût d'aller en Égypte pour faire appel au Khédive de la part de sept croyants qui avaient été incarcérés à l'instigation de l'un des ennemis de la Foi, le consul général persan dans ce pays. Mais peu de temps après son arrivée, Nabil fut lui-même jeté en prison à Alexandrie. Là, il rencontra Faris Effendi, un médecin chrétien et prêtre qui était aussi prisonnier. Nabil lui enseigna la Foi et Faris Effendi devint un croyant profond et dévoué, probablement le premier chrétien à le devenir.

Lorsque Baha'u'llah fut exilé à Acre, le bateau qui le portait jeta l'ancre à Alexandrie près de la prison. Par une étrange coïncidence Nabil en fut informé. Lui et Faris Effendi envoyèrent une lettre sur le bateau à Baha'u'llah pour l'informer de leur sort. Baha'u'llah envoya une épître en réponse, exprimant son plaisir à recevoir leur lettre et les assurant de son affection. Il écrivit spécialement pour Faris Effendi, des paroles d'encouragement ; ce dernier, s'adressant à Baha'u'llah comme à son Seigneur miséricordieux, implora d'être accepté comme l'un de ses serviteurs dévoués.

Quelque temps plus tard, Nabil put quitter l'Egypte. Il voyagea vers la Terre sainte et arriva aux portes d'Acre déguisé. Mais les ennemis de Baha'u'llah le reconnurent et le signalèrent aux autorités qui l'expulsèrent de la cité. Après cela, il vécut dans différents endroits en Terre sainte et pendant quelque temps dans une caverne sur le Mont Carmel. Il passait ses journées en prières et en supplication, aspirant au moment où il pourrait à nouveau être en présence de son Seigneur. Finalement ses prières furent entendues, les portes de la prison s'ouvrirent aux croyants, et Nabil parvint à nouveau en présence de son Seigneur avec une joie immense. Ce fut pour lui l'instant de victoire. Il passa le restant de sa vie à Acre et eut souvent le privilège d'être en sa présence. Ce fut en 1887 qu'il commença l'importante tâche d'écrire ses récits. Il commença la préface en ces termes:

"J'ai l'intention, avec l'aide et l'assistance de Dieu, de consacrer les pages d'introduction du présent récit aux informations que j'ai pu recueillir au sujet de ces deux grandes lumières, Shaykh Ahmad-i-Ahsa'i et Siyyid Kazim-i-Rashti ; après quoi, j'espère relater, dans l'ordre chronologique, les principaux événements qui se sont déroulés depuis l'an 1260 [nota: 1260 A.H soit 1844 E.C], année qui vit la déclaration de la foi du Bab, jusqu'à nos jours en l'an 1305 A.H [nota: 1887-8 EC]
Parfois, j'entrerai dans les détails et, parfois, je me contenterai d'un bref résumé des faits. Je donnerai une description des épisodes que j'ai moi-même vécus et de ceux qui m'ont été rapportés par des informateurs attitrés et dignes de foi, en spécifiant, dans chaque cas, leurs noms et leurs positions. Je suis principalement redevable envers les personnes suivantes pour les informations qu'elles m'ont apportées: Mirza Ahmad-i-Qazvini, le secrétaire du Bab ; Siyyid Isma'il-Dhabih ; Shaykh Hasan-i-Zunusi ; Shaykh Abu-Turab-i-Qazvini ; enfin et surtout, Mirza Musa, Aqay-i-Kalim, le frère de Baha'u'llah .
Je rends grâce à Dieu pour m'avoir assister dans la rédaction de ces pages préliminaires, de les avoir bénies et honorées de l'assentiment de Baha'u'llah qui a daigné les examiner et qui a signifié, par l'intermédiaire de son secrétaire Mirza Aqa Jan, qui les lui avaient lues, sa satisfaction et son approbation. Je prie que le Tout-Puissant me soutienne et me guide, de peur que je ne faillisse à la tâche que je me suis engagé à accomplir. (3)"

Lorsque Baha'u'llah mourut, Nabil fut inconsolable. Il ne pouvait vivre sans son Bien-aimé. Le feu de l'amour, qui avait brûlé en lui si intensément et si longtemps, s'était maintenant emparé de lui et allait l'enflammer avec la couronne du sacrifice. Pendant quelque temps, il essaya fortement de s'adapter, mais ceci devint de plus en plus difficile et, à la fin, incapable de contenir l'océan d'amour qui déferlait dans son âme, il mit fin à sa vie en se noyant dans la mer. Il était un véritable amant de la Beauté bénie. Il laissa derrière lui une note rendant hommage à 'Abdu'l-Baha et donnant la date de sa mort dans un seul mot arabe "Ghariq" (noyé). La valeur numérique de ce mot est 1310 AH (1892-3 EC).

L'une de ses dernières contributions fut d'écrire le récit très émouvant de l'ascension de Baha'u'llah. De plus, il fut choisi par 'Abdu'l-Baha pour sélectionner dans les Écrits de Baha'u'llah les passages qui constituent maintenant le texte de la prière de souvenance [nota: Les quatre premiers paragraphes de cette prière sont extraits d'une épître de Baha'u'llah à l'un de ses disciples, Aqa Baba ; les cinquième et sixième paragraphes proviennent d'une autre épître révélée pour un croyant baha'i que je n'ai pas pu identifier, et le dernier paragraphe est d'une épître de Baha'u'llah à Khadijih-Bagum, la femme du Bab]

Cette prière est récitée dans le plus saint Tombeau [nota: Le Tombeau de Baha'u'llah à Bahji] et dans le Mausolée du Bab pour la commémoration de l'ascension de Baha'u'llah et du martyre du Bab. C'est une prière unique, dont les baha'is se servent à travers le monde pour ces occasions ou d'autres occasions appropriées.

La contribution de Nabil à l'histoire babie et baha'ie a une immense envergure. Les croyants trouvent ses récits déjà publiés non seulement très informatifs mais aussi source d'inspiration et d'approfondissement dans la Foi. Il a laissé derrière lui une mine d'informations que le passage du temps ne détruira jamais et dans laquelle, les générations encore à naître cueilleront leur propre moisson de connaissance et d'inspiration.


c) Les Compagnons de Baha'u'llah

Quand le Kitab-i-Iqan fut révélé, un nombre considérable de babis étaient arrivés à Bagdad dans le seul but d'accéder en la présence de Baha'u'llah. Nombreux étaient ceux qui avaient reconnu son rang et étaient devenus des disciples ardents bien avant la déclaration de sa mission. Parmi ceux-ci, il autorisa quelques-uns d'entre eux à rester à Bagdad, tandis qu'il ordonna aux autres de retourner chez eux et de propager la cause de Dieu dans leur pays natal.

Ainsi, une petite communauté d'âmes dévouées qui étaient attirées par son pouvoir prit naissance à Bagdad. Ces enivrés de Dieu, compagnons de Baha'u'llah, ces géants spirituels de cette "dispensation", furent les amants de sa beauté, la personnification du détachement, une nouvelle race d'hommes qui s'étaient totalement soumis à sa volonté et qui étaient impatients de sacrifier toutes choses, même leur vie, dans son sentier. Aucun pouvoir terrestre ne pouvait détourner leurs pensées de sa gloire, ni aucune agence humaine les séparer de sa personne. Ils gravitaient autour de lui comme fait le papillon autour de la chandelle et étaient inconscients d'eux-mêmes dans l'adoration qu'ils lui manifestaient. Leur plus grande joie était d'être en sa présence et la première pensée qui leur venait à l'esprit après l'avoir quitté était comment ils pourraient à nouveau accéder en sa présence. Ils vivaient dans un état d'attente continuelle espérant que par sa bonté Baha'u'llah pourrait à nouveau les convoquer dans sa maison ou leur accorder l'insigne honneur de venir à leurs réunions ou fêtes.

L'histoire n'a jamais vu un tel degré d'amour, de dévouement et d'abnégation totale de soi, manifesté par les hommes. Et jamais dans l'histoire des religions autant de disciples dévoués se sont rassemblés autour d'un personnage qu'ils savaient être leur Seigneur bien des années avant sa déclaration. En vérité, le Bab a indiqué dans ses Écrits que le rang de "Celui que Dieu rendra manifeste" serait si exalté que, avant de dévoiler sa gloire, des âmes saintes le reconnaîtraient et avec une dévotion absolue seraient impatientes de donner leur vie dans son chemin.

Non seulement ceci est arrivé avant sa déclaration, mais il y a des êtres qui étaient assurés de son rang exalté même durant le ministère du Bab. Quoique Baha'u'llah ait reçu la première annonce de sa révélation dans le Siyah-Chal de Téhéran bien avant ceci, quelques-uns des premiers babis le reconnurent comme celui que le Bab avait prédit.

L'une d'entre eux fut Tahirih, l'héroïne immortelle de la révélation babie. Longtemps avant l'emprisonnement de Baha'u'llah dans le Siyah-Chal, elle devint totalement consciente de son rang et écrivit certains de ses plus beaux poèmes le louant comme son Seigneur et l'objet de son adoration. Shaykh Hasan-i-Zunuzi, un babi plein de zèle comprit aussi précocement le rang de Baha'u'llah. Le Bab l'avait assuré qu'il rencontrerait "Celui que Dieu rendra manifeste" dans la ville de Karbila. Dans cette même ville, un an avant l'emprisonnement de Baha'u'llah dans le Siyah-Chal, il rencontra par hasard Baha'u'llah dans la rue, celui-ci lui confia le secret de son rang qui serait révélé beaucoup plus tard à Bagdad. Nombre d'autres, qui étaient dotés de vision intérieure et spirituelle, furent de même, guidés pour voir la gloire de Dieu qui brillait derrière une myriade de voiles de dissimulation.

Beaucoup sont étonnés de ceci. Car comment une manifestation de Dieu peut-elle être reconnue avant d'avoir elle-même reçut la première annonce de sa Mission ? 'Abdu'l-Baha a expliqué cela. Il déclare qu'une Manifestation de Dieu est toujours une Manifestation. Il a en lui, tous les attributs divins longtemps avant qu'il ne reçoive l'appel d'être prophète. Il est comme un homme endormi, ou comme une lampe placée sous une couverture, sa lumière dissimulée aux yeux des hommes. Le prophète ne révèle ses pouvoirs et attributs que lorsque sonne l'heure de la naissance de sa mission. Cette heure marque son apparition comme Manifestation de Dieu, quoique la déclaration de sa mission puisse arriver plus tard lorsqu'il l'annonce publiquement. La naissance de la révélation de Baha'u'llah eut lieu à Téhéran, bien qu'il ne la déclarât que dix ans plus tard à l'extérieur de Bagdad.

Il n'est pas étonnant, que les compagnons de Baha'u'llah à Bagdad qui avaient des yeux spirituels pour voir la gloire de leur Seigneur avant la déclaration de sa mission étaient emplis de l'esprit d'extase et de joie. Ils vivaient dans un état de détachement total, oublieux de ce monde et de tous ses habitants. De leur ferveur et de leur amour pour Baha'u'llah, Shoghi Effendi écrit:

"Les fêtes joyeuses que ces compagnons, malgré leur salaire extrêmement modeste, offraient sans arrêt en l'honneur de leur Bien-Aimé, les réunions se prolongeant tard dans la nuit, au cours desquelles, après des prières, des poèmes et des chants, ils prononçaient à haute voix des louanges du Bab, de Quddus et de Baha'u'llah, les jeûnes qu'ils observaient, les veilles auxquelles ils se livraient, les rêves et les visions qui mettaient leur âme en feu et qu'ils se racontaient les uns aux autres avec des sentiments d'enthousiasme débordant, l'empressement avec lequel ceux qui servaient Baha'u'llah, attentifs à ses besoins, exécutaient ses commissions et transportaient des outres pleines d'eau pour des ablutions et autres besoins domestiques, les actes d'imprudence qu'ils commettaient parfois dans les moments d'extase, les expressions d'étonnement et d'admiration que leurs paroles et leurs actes provoquaient au sein d'une population qui avait rarement été le témoin de pareilles démonstrations de transport religieux et de dévotion personnelle, tous ces faits et beaucoup d'autres resteront à jamais associés à l'histoire de cette période immortelle qui s'écoula entre l'heure où naquit la révélation de Baha'u'llah et la proclamation qu'il en fit, à la veille de son départ d'Iraq. (4)"

Parlant de ses compagnons, Nabil décrit ce qui suit:

"Ceux qui avaient goûté à la coupe de la présence de Baha'u'llah étaient tellement exaltés, que les palais des rois leur paraissaient plus éphémères qu'une toile d'araignée…Leurs fêtes et leurs célébrations étaient telles, que les rois de la terre n'en avaient jamais rêvés de semblables…
Pendant bien des jours, au moins dix personnes vécurent tout au plus avec deux sous de dattes. Nul ne savait à qui appartenaient en réalité les souliers, les manteaux ou les robes qui se trouvaient dans leurs demeures. Celui qui allait au bazar pouvait dire que les souliers qu'il portait étaient les siens, et chacun de ceux qui étaient admis en présence de Baha'u'llah pouvait affirmer que le manteau ou la robe qu'il portait lui appartenait. Ils avaient oublié jusqu'à leurs propres noms, leur coeur ne contenait rien d'autre que leur adoration pour leur Bien-Aimé…Ô la joie de ces jours, le bonheur et l'émerveillement de ces heures ! (5)"



12. LA DÉCLARATION IMMINENTE DE BAHA'U'LLAH

Au fur et à mesure que l'année 1863 approchait, et d'après le ton des épîtres qui s'écoulaient de sa plume et des allusions qu'il faisait en public comme en privé, l'on pouvait se rendre compte que les signes de la déclaration de la mission de Baha'u'llah devenaient de plus en évidents. Le fait que chaque jour une nouvelle épître était révélée indiquait clairement que l'heure approchait où son rang suprême serait dévoilé.

Pour ceux de son entourage, ce fut une période de joie et d'extase, ils étaient radieux de lire ces épîtres émouvantes et ces odes allègres. La nuit, ils se réunissaient dans une petite pièce, allumaient de nombreuses bougies et chantaient à haute voix ces odes joyeuses. Oublieux de ce monde et totalement immergés dans les royaumes de l'esprit, ils constataient brusquement que la nuit était devenue jour. Les conversations que ces héros de Baha'u'llah avaient pendant ces nuits historiques, en plus de chanter les épîtres, concernaient entièrement sa personne bénie. Les histoires qu'ils se racontaient l'un l'autre à son sujet, le partage des sentiments de joie qu'ils avaient éprouvé en le rencontrant soit chez lui ou dans les rues et les bazars de Bagdad, les profondes discussions qu'ils avaient pour découvrir les mystères enchâssés dans ses épîtres, les spéculations qu'ils faisaient sur le moment et la nature de la déclaration de sa mission, tout cela créait une atmosphère d'excitation et de ravissement bien au-delà de l'expérience de n'importe quel homme aujourd'hui.

Du fait de leur style unique, de leurs paroles et de leur pouvoir qui enchantaient l'âme, les odes et épîtres qui furent révélées par Baha'u'llah pendant cette période sont très difficiles à décrire et presque même impossibles à traduire. Parmi celles-ci, l'on trouve: Subhana-Rabbiya'l-A'la, Ghulamu'l-Khuld, Hur-i-'Ujab, Az-Bagh-i-Ilahi et Halih-Ya-ßisharat.


a) Subhana-Rabbiya'l-A'la

Cette épître en arabe a été révélée en l'honneur de Hadji Mirza Musay-i-Javahiri, appelé le Harf-i-Barqa (Lettre d'éternité) par Baha'u'llah. Son père, Hadji Mirza Hadi, autrefois un vizir persan, était une personne distinguée tenue en haute estime par les notables de Perse et d'Irak. Il avait émigré à Bagdad où il avait établi sa résidence. C'était un homme possédant de grandes richesses et beaucoup d'influence qui avait très bonne réputation auprès des habitants de cette cité. Vers la fin de sa vie, Hadji Mirza Hadi était très attiré par Baha'u'llah et lui était entièrement dévoué. Souvent il allait en sa présence et s'asseyait à ses pieds en signe d'humilité et d'effacement.

Après sa mort, de graves difficultés surgirent concernant ses biens. Lorsque tout fut réglé, son fils, Hadji Mirza Musa, qui était un inébranlable et loyal disciple de Baha'u'llah, hérita d'une partie de ses biens. Il possédait la maison où habitait Baha'u'llah à Bagdad ainsi que d'autres propriétés et était désireux de les lui offrir. Mais Baha'u'llah refusa ce cadeau. Hadji Mirza Musa persévéra jusqu'à ce que finalement Baha'u'llah donna les instructions pour que la maison soit achetée à un juste prix. Cela fut fait et la maison devint propriété de la Foi.

Baha'u'llah désigna cette maison comme la "Maison de Dieu", la "plus grande Maison", et ordonna qu'elle devienne un centre de pèlerinage. À l'intérieur de ses murs, d'innombrables épîtres furent révélées et pendant de nombreuses années les versets de Dieu affluèrent à profusion. De ce lieu sacré, Baha'u'llah répandit la splendeur de son nom sur les peuples du monde et souffla l'esprit de vie dans le corps de l'humanité. Après les Tombeaux sacrés à Acre et Haifa où sont enterrés les restes terrestres de Baha'u'llah et du Bab, cette maison et la maison du Bab à Shiraz sont considérées par les baha'is comme les lieux les plus saints sur terre.

Le pèlerinage à la maison de Baha'u'llah à Bagdad et à celle du Bab à Shiraz est l'une des observances sacrées de la Foi ordonnées dans le Kitab-i-Aqdas. Lorsque Baha'u'llah était à Andrinople, il révéla les deux Surihs de Hajj (pèlerinage).Il commanda ensuite à Nabil-i-A'zam d'aller à Bagdad et à Shiraz en pèlerinage. Il est le premier, et jusqu'à présent le seul qui ait accompli tous les rites de pèlerinage prescrit dans ces épîtres.

Vers la fin de la vie de 'Abdu'l-Baha en accord aves ses instructions, certains travaux de construction furent réalisés sur la maison de Baha'u'llah à Bagdad. Ses fondations furent renforcées et le bâtiment fut restauré dans sa forme originelle. Cependant, peu de temps après, les ennemis de la Foi la saisir illégalement et cela finit par faire l'objet d'une démarche auprès du Conseil de la Société des Nations. En 1929, ce conseil confirma les droits des baha'is sur la maison, mais pour diverses raisons, leur verdict ne fut pas respecté par les autorités et la maison n'est toujours pas évacuée.

Dans certaines de ses épîtres, Baha'u'llah a exalté la sainteté et la gloire de ce sanctuaire sacré, il a prédit le sort et l'abaissement auxquels elle sera assujettie et a prophétisé son exaltation finale et sa grandeur dans les temps à venir. Dans l'une de ses épîtres, Baha'u'llah a révélé ce qui suit:

"Ne t'afflige point, ô demeure de Dieu, si le voile de ta sainteté est déchiré par les infidèles. Dieu t'a parée, dans le monde de la création du joyau de son souvenir. Un ornement de ce genre, nul homme ne peut, en aucun temps, le profaner. Vers toi, en toutes circonstances, les regards de ton Seigneur continueront à se tourner. Au temps fixé le Seigneur l'exaltera aux yeux de tous les hommes, par le pouvoir de la vérité. Il en fera l'emblème de son royaume, le sanctuaire autour duquel circulera la foule des croyants. (1)"

Baha'u'llah entame l'épître de Subhana-Rabbiya'l-A'la avec des paroles d'encouragement adressées à Mirza Musa, le Harf-i-Baqa, lui disant de se détacher de ce monde et de tout ce qu'il contient, pour pouvoir s'élever dans les royaumes de l'esprit et de participer aux mélodies du Royaume.

Il décrit en termes dramatiques l'apparition devant lui de "la servante céleste", personnifiant "le plus grand Esprit", et fait allusion à sa propre révélation en des termes qu'aucune plume ne peut décrire. L'épître entière transmet dans un langage symbolique les joyeuses nouvelles de l'avènement du Jour de Dieu et en même temps prévient les croyants de prendre garde aux épreuves qui vont leur advenir, entraînant nombre d'entre eux à ne pouvoir atteindre sa gloire et sa grâce.

Cette épître est écrite dans un langage allusif. Pour la comprendre, le croyant doit se tourner vers Baha'u'llah et méditer ses paroles. C'est le seul moyen pour son coeur de recevoir les grâces inépuisables de Baha'u'llah et réaliser la signification de ses paroles.


b) Lawh-i-Ghulamu'l-Khuld

La tablette de Ghulamu'l-Khuld (l'adolescent du paradis) est un autre écrit de même nature, mais écrite partie en arabe et partie en persan. C'est une très belle tablette, elle fut révélée par Baha'u'llah pour célébrer l'anniversaire de la déclaration du Bab. Remplie d'images et d'un langage allégorique, elle transmet clairement les bonnes nouvelles de la venue de Baha'u'llah. Faisant allusion à lui-même en termes symboliques, il annonce le dévoilement de sa Beauté, glorifie sa propre révélation, s'identifie comme étant le Verbe duquel dépendent les âmes de tous les prophètes de Dieu et ses élus. Il déclare à tous ses compagnons que celui qui était caché aux yeux des hommes est maintenant venu. Il affirme que par sa venue une bouffée de vie a été insufflée sur toutes choses créées, invite ses véritables amants à venir s'unir à leur Bien-aimé. Il les exhorte à purifier leurs coeurs pour être admis en sa présence et leur conseille de se débarrasser de tout attachement à ce monde, de rejeter au loin leurs vaines imaginations et superstitions.

Dans cette épître, Baha'u'llah témoigne aussi de la grandeur du rang du Bab et affirme qu'il est le Point duquel a été générée toute la connaissance. L'une des vérités de la cause de Baha'u'llah est que le Bab est la source de toute connaissance. En vérité, chaque prophète de Dieu a été la source de la connaissance pour son peuple. Cela est largement démontré par l'histoire.

Par exemple, les enfants d'Israël étaient captifs aux mains de pharaon, privés de leurs droits à la liberté et à la justice. Mais par l'influence de Moïse ils furent délivrés de cet esclavage. Sous son autorité, provenant de Dieu, ils accédèrent dans le monde à une grande renommée pour avoir construit une grande civilisation. 'Abdu'l-Baha déclare que certains philosophes grecs firent le voyage en Terre sainte spécialement pour acquérir la connaissance du peuple juif. Là, ils entendirent parler de l'unité de Dieu et de l'immortalité de l'âme et ramenèrent avec eux ces enseignements en Grèce [nota: Voir Les leçons de Saint jean d'Acre, ch.V].

De même, la foi chrétienne apporta une civilisation qui s'étendit à travers le monde occidental, balaya les critères de Rome et installa à leur place une nouvelle façon de vivre. Elle éclaira l'esprit de millions de gens et établit de nouvelles bases de savoir et de connaissance.

À ce sujet l'islam offre, cependant, le meilleur exemple. Bien qu'il trouve son origine parmi les tribus guerrières de l'Arabie, la civilisation qu'il a apportée, a donné d'un côté la vie spirituelle à des millions de personnes et de l'autre côté, a créé des lieux de savoir et de connaissance partout dans le monde musulman. Ses érudits et ses savants ont posé les fondations de nombreux arts et sciences qui plus tard atteignirent les peuples du monde chrétien et révolutionnèrent leurs vies.

Décrivant les Arabes sous l'influence de l'islam, George Townshend, le grand érudit irlandais, écrit dans Christ et Baha'u'llah:

"Vu la position hors pair du Coran, vénéré à titre de miracle littéraire, en raison également de la fierté que les arabes vouaient à leur langue, qu'ils considéraient comme la seule langue parfaite employée par l'homme, et qui est, en effet, considérée par les savants actuels comme une des plus extraordinaires réalisations intellectuelles de cette race, c'est la littérature qui prédominait sous toutes ses formes. On fonda des écoles et des universités où accouraient les étudiants venus de nombreux pays. De grandes oeuvres, traitant de sujets variés, virent le jour ; de vastes bibliothèques furent fondées, qui réunissaient des centaines de milliers de volumes. Les califes pillaient le monde en quête de connaissances nouvelles, ils équipaient des expéditions chargées de rechercher et de faire rendre aux pays inconnus et aux âges révolus leurs traditions et leurs sciences. On occupa une armée de traducteurs qui transposaient en arabe des ouvrages de langue grecque, égyptienne, hindoue et hébraïque. On étudia minutieusement la grammaire et ses règles. On édita sur une vaste échelle des dictionnaires, des lexiques et des encyclopédies. On fit venir du papier de la Chine. On emprunta aux Indes un nouveau système numérique (généralement connu sous le nom de chiffres arabes). Les califes prirent l'habitude d'inviter à la cour des hommes de lettres de réputation mondiale. Les grandes librairies de la capitale devinrent le lieu de rencontre des savants, des philosophes, des poètes et des grammairiens de divers pays.
La pratique des sciences exactes et abstraites allait de pair avec celle des belles-lettres. Dans les sciences expérimentales telles que la chirurgie et la médecine, la chimie, la physique, en géographie comme en mathématiques et en astronomie, les Arabes étaient à la tête du monde de cette époque. Les Arabes créèrent un style d'architecture nouveau et raffiné qui réunissait la grâce aérienne à la solidité imposante et à l'art d'utiliser la lumière. L'influence de ce style se retrouve aux Indes et jusqu'à l'île de Java, en Chine, au Soudan et dans toute la Russie. Les Arabes avaient créé de nombreuses industries. Ils améliorèrent leurs méthodes d'agriculture et d'horticulture. Les premiers à connaître l'emploi du compas, les navigateurs arabes guidaient leurs vaisseaux à travers les mers, pendant que les caravanes entretenaient des relations commerciales avec toutes les provinces de l'Empire, et transportaient les produits des Indes, de la Chine, du Turkestan et de la Russie, de l'Afrique et de la Malaisie.
La gloire de Bagdad, avec ses mosquées et ses palais, ses temples d'étude, ses jardins embaumés, était imitée dans les centres moins importants du monde de l'islam, tels que Basrah, Boukhara, Grenade et Cordoue. À propos de cette dernière ville, on a écrit qu'à l'apogée de la prospérité elle avait plus de vingt mille maisons et plus d'un million d'habitants, et qu'à la tombée de la nuit un homme pouvait marcher en ligne droite sur une distance de 16 km. le long de ses rues pavées et éclairées, tandis qu'en Europe, des siècles plus tard, il n'y avait pas une seule rue pavée à Paris, et qu'à Londres l'éclairage publique n'existait pas.
C'est à Cordoue que fut fondée la première université d'Europe. Une multitude d'étudiants chrétiens y suivirent des cours, parmi eux figurait Gerbert qui, par la suite, devint Sylvestre XI, le grand pape de Rome.
Inévitablement, et malgré l'antagonisme entre la chrétienté et l'islam, cette civilisation avancée exerça son influence sur l'évolution de la vie et de la pensée européenne. Des idées, des techniques et des nouvelles attitudes d'esprit passèrent de l'islam en Europe occidentale par l'intermédiaire de l'avant-poste musulman en Sicile et de la splendeur éblouissante de l'Espagne arabe, par l'intelligence des savants et les ressources des universités arabes, par ses marchands, ses diplomates et ses voyageurs, par ses soldats, ses marins et ses paysans reconvertis. (2)"

Dans cette Révélation, qui est l'accomplissement des âges et des siècles passés, l'humanité a été dotée, dans tous les domaines de la connaissance humaine, d'énormes capacités de croissance et de développement. Jusqu'au moment de la révélation du Bab, les progrès humains avaient été très lents et limités dans leur portée. Avec la venue du Bab, cependant, une nouvelle ère de connaissance, sans précédent dans son étendue s'ouvre pour l'humanité.

Dans l'une des traditions de l'islam, il est clairement stipulé que "la connaissance comprend vingt-sept lettres. Tout ce que les prophètes ont révélé à ce jour ne correspond qu'à deux lettres. Aucun homme à ce jour n'a connu plus que ces deux lettres. Mais lorsque le Qa'im se lèvera, il sera la cause qui rendra les vingt-cinq autres lettres manifestes." (3)

Depuis l'apparition du Bab, les progrès de l'homme dans la civilisation matérielle comme dans la spirituelle ont été prodigieux. L'augmentation sans précédent des découvertes scientifiques a, dans une courte période de temps, établi un merveilleux système de communication à travers le monde, qui est de la plus grande importance si nous devons correctement évaluer le plan de Dieu pour l'humanité.

La diffusion de la lumière de la foi de Baha'u'llah à travers la planète tout entière et la proclamation de son message à l'échelle mondiale ne pouvaient être réalisées avant que les peuples du monde ne soient capables de communiquer facilement les uns avec les autres. Sans un système mondial de communication, liant l'humanité ensemble, la foi de Baha'u'llah aurait été impraticable et inefficace. Car c'est une Foi dont les enseignements fondamentaux gravitent autour du principe de l'unité de l'humanité. Son message est universel et son but est d'établir un ordre mondial spirituel pour tous ceux qui habitent sur terre.

Au début de la Foi en Perse, de nombreux croyants ne pouvaient visualiser le moyen par lequel la cause de Baha'u'llah pourrait atteindre les coins les plus éloignés de la terre. La seule façon de voyager qu'ils connaissaient, était la marche, ou monter un âne ou une mule. La question qui les déconcertait le plus était comment pourraient-ils couvrir de si longues distances pour enseigner la Cause. À ce moment-là, nul ne pouvait offrir de solution si ce n'était de dire que Dieu créerait les moyens. Mais le Bab avait déclaré que l'humanité devrait établir un système de communications rapides pour que la nouvelle de la venue de "Celui que Dieu rendra manifeste" puisse atteindre le monde entier.

Maintenant cela est arrivé, et dans une courte période de temps une révolution scientifique miraculeuse a eu lieu. Aujourd'hui le monde est devenu un seul monde. L'homme peut communiquer à la vitesse de la lumière et voyager plus vite que le son. Le Bab a vraiment ouvert la voie à une nouvelle ère de connaissance humaine, pavant le chemin pour la venue de Baha'u'llah. Aujourd'hui la cause de Baha'u'llah a touché toute l'humanité et les institutions en pleine ascension de son Ordre mondial sont fermement établies dans chaque pays.

L'affluence de connaissance dans cette révélation s'est produite dans les domaines spirituels comme matériels. Ils doivent tous deux progresser la main dans la main de façon à ce qu'une civilisation divine puisse être amenée à l'existence. L'un sans l'autre créerait un tel déséquilibre dans la vie de l'homme qu'il compromettrait sa progression. La connaissance scientifique seule mènera au matérialisme, et la connaissance spirituelle seule aboutira en superstition.

La révélation de Baha'u'llah a pour but de créer cet équilibre dans la société humaine. La civilisation baha'ie naîtra lorsque cela sera réalisé à l'échelle mondiale. Alors, la connaissance de Dieu dominera tellement l'âme humaine que la noblesse de caractère et les vertus divines seront les traits distinctifs de l'espèce humaine. Alors, le progrès scientifique assorti aux acquisitions spirituelles ouvrira la voie à une ère nouvelle de réalisations humaines. Dans une telle société, les arts baha'is, la littérature, la musique, ainsi que les autres effusions de l'esprit humain germeront et se développeront et l'arbre de l'humanité fleurira et grandira vers sa maturité.


c) Hur-i-'Ujab

Une des autres épîtres de Baha'u'llah révélée vers la même époque est la Hur-i-'Ujab (La merveilleuse servante). Elle est écrite en arabe et est semblable aux deux épîtres précédentes, en ce qu'elle transmet les mêmes bonnes nouvelles. Elle est écrite dans un langage allégorique et contient le symbole de la "Servante céleste".

Baha'u'llah y fait allusion à la révélation de son glorieux rang, affirme que la lumière de sa face s'est répandue sur les hommes et déclare que les effusions de sa révélation ont été si prodigieuses que les coeurs purs en ont été stupéfaits. Il dénonce aussi la perversité et l'aveuglement des incroyants parmi ses compagnons. Cela fait allusion à Mirza Yahya et à ses acolytes, qui trahirent la foi de Dieu et causèrent beaucoup de tristesse et de douleur à Baha'u'llah.


d) Az-Bagh-i-Ilahi

Az-Bagh-i-Ilahi est une ode révélée peu de temps avant la déclaration de Baha'u'llah. C'est l'une de ses odes les plus joyeuses, composée dans un style exalté. Chaque verset en persan est